Ischia et Procida, deux perles au large de Naples

Ischia et Procida, deux perles au large de Naples
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Capri, c’est peut-être fini… Il y a belle lurette que ce joyau de la Méditerranée, prisé par la jet-set et immortalisé par Jean-Luc Godard dans Le Mépris, fait davantage rêver les amateurs de croisières « tout inclus » que les routards.

Ce n’est pas une raison pour oublier deux autres perles du golfe de Naples : Ischia (prononcer « Iskia ») et Procida. Bien qu’à quelques encablures de la cité parthénopéenne, ces deux îles, moins connues, jouent la carte de la discrétion.

Prisée par les Napolitains et les curistes, Ischia, l’île verte aux nombreuses sources thermales, offre un cadre de vie (et de vacances) hors du commun.

Totalement à l’écart du tourisme de masse et habitée par des familles de pêcheurs, Procida la secrète est sans doute la plus belle et la plus authentique des trois îles. Le temps semble s’y être arrêté, sous le soleil exactement.

Ischia, le feu sur l'eau

Ischia, le feu sur l'eau
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À moins de trois quarts d’heure en hydroglisseur de Naples, Ischia, avec ses airs de belle alanguie, a tout du petit paradis balnéaire où il fait bon être en villégiature. Cette île invite à la nonchalance, en un contraste flagrant avec l’agitation perpétuelle napolitaine.

Nul ne pourrait imaginer que la placide Ischia est née d’une éruption volcanique. Pourtant, à bien y regarder, sa forme de chapeau pointu, les pentes raides de ses collines, ses routes en lacets, ses cultures étagées lui donnent un air de famille avec Madère, autre île volcanique.

Mais Ischia est plus douce que sa consœur atlantique : son point culminant, le monte Epomeo (un volcan éteint) ne dépasse pas les 788 mètres. On peut d’ailleurs facilement y accéder après une petite promenade d’une heure depuis le village de Fontana. De là, le panorama sur le golfe de Naples est bien entendu superbe.

La lave sous Ischia est toutefois loin d’être éteinte. L’île doit même une fière chandelle à ses origines volcaniques. Sur une superficie d’à peine 47 km², elle possède l’un des patrimoines thermaux les plus riches au monde : 29 bassins, des centaines de sources, des fumerolles que l’on retrouve dans bon nombre d’endroits dont la plage de Maronti où l’eau est chaude toute l’année ! Depuis les Romains, Ischia est réputée pour ses eaux salines, alcalines et sulfureuses aux vertus relaxantes ou thérapeutiques.

Situés à deux pas de la mer, entre la plage et les collines, nichés dans des jardins fleuris, les parcs thermaux de l’île sont exceptionnels. On s’y baigne dans des piscines naturelles d’eau chaude, en plein air, sous le ciel de la Méditerranée. Magique !

La liste des V.I.P. qui ont fréquenté l’île, de Goethe à Elizabeth Taylor en passant par Lamartine et Garibaldi, est d’ailleurs impressionnante. Luchino Visconti, le réalisateur de Mort à Venise, y acheta une villa, tout comme l’éditeur Angelo Rizzoli. Leurs propriétés ont été transformées en musée et en centre culturel.

À l’ombre du château

À l’ombre du château
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Un petit paradis, Ischia ? Oui, à condition d’éviter les mois d’été, car vous n’y serez pas seuls. Quand les Napolitains désertent la fournaise de leur ville au mois d’août pour la fraîcheur marine, quand les curistes anglo-saxons profitent des grandes vacances pour s’y refaire une santé, la population de l’île passe de 65 000 à plus de 250 000 personnes ! 80 % des habitants d’Ischia vivent d’ailleurs du tourisme.

L’île compte six municipalités, dont certaines méritent le détour. Au bord de l’eau, Ischia Ponte déroule son réseau de ruelles aux maisons colorées et typiques sous le regard d’un superbe château du XVe siècle, perché sur un îlot escarpé : le castello aragonese (château aragonais), carte postale de l’île.

Cette forteresse, reliée à l’île par un pont, nous rappelle que la région de Naples fut l’objet de bien des convoitises. Au XVIIIe siècle, jusqu’à 2 000 familles s’y réfugièrent pour échapper aux raids des pirates !

Véritable citadelle, le castello aragonese renferme des églises, une prison et un donjon. Aujourd’hui propriété privée — acquis pour 42 000 lires (210 €) en 1912 —, le château abrite également une école de restauration réputée (Laboratorio Sperimentale di Restauro). Une partie du site est accessible au public. Le panorama sur Capri et le golfe, depuis les jardins en terrasses, est époustouflant.

Jardins méditerranéens et villages de pêcheurs

Jardins méditerranéens et villages de pêcheurs
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Grâce à la fertilité de ses sols, Ischia possède une végétation luxuriante : bois, pinèdes, vignes — l’île produit un vin très correct —, et bien sûr les fameux citronniers qui inspirèrent à Goethe l’un de ses plus beaux poèmes… Cette profusion a valu à Ischia le surnom d’« île verte ».

C’est à Forio, aux délicieux jardins de la Mortella que cette appellation prend tout son sens. Créé par un compositeur anglais, William Walton, tombé fou amoureux de l’île, ce parc abrite plus de 800 espèces de plantes rares et exotiques, disséminées dans un dédale de chemins à flanc de colline.

Dès les beaux jours, des concerts de musique sont organisés dans un petit amphithéâtre surplombant la Méditerranée, alors que le soleil se couche dans la mer.

Tout près des jardins, à Lacco Ameno, la villa Arbusto, construite par la richissime famille Rizzoli (propriétaire du Corriere della Sera), abrite le musée archéologique Pithecusae qui conserve de nombreux témoignages de l’établissement des Grecs à Ischia, dont la célèbre coupe de Nestor (750 av. J.-C.) mentionnée dans l’Iliade d’Homère.

Quant au versant sud de l’île, il est resté, lui, plus sauvage, avec des routes sinueuses et des flancs escarpés où s’agrippent églises et maisons en tuf, roche volcanique à l’étonnante couleur verte.

Ses petits villages respirent la tranquillité comme Panza, d’où l’on jouit d’un magnifique panorama, ou Sant’Angelo, pittoresque village de pêcheurs situé face à un immense promontoire rocheux.

Coup de foudre à Procida

Coup de foudre à Procida
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Ambiance plus intimiste à Procida. Cette île, la plus petite du golfe de Naples, avec une superficie d’à peine 4 km², est aussi la plus belle de toutes. Son avantage : elle a été « oubliée » du tourisme de masse. Aucun complexe hôtelier n’a été construit sur l’île et encore rares y sont les hôtels et les chambres d’hôtes.

À Procida mieux vaut parler un peu l’italien pour se faire comprendre… Bref, cette île discrète, pour ne pas dire secrète, a su garder son authenticité, malgré sa proximité avec Naples (qui ne se trouve qu’à une demi-heure de bateau).

Essentiellement peuplée de familles de pêcheurs, Procida, avec ses maisons aux couleurs pastel qui semblent agglutinées aux rochers et ses églises au dôme coloré, a des airs d’île grecque.

Dans le village de Marina di Corricella, on se croirait au bord de la mer Égée. L’architecture y est pour beaucoup : les maisons, qui ont toutes une entrée voûtée sur leur façade colorée, sont pratiquement collées les unes aux autres.

Les petites terrasses, les escaliers extérieurs, les arcs reliant les bâtisses par-dessus une ruelle apportent leur touche typique à cette sorte de mini-labyrinthe dans lequel on flâne avec bonheur. En croisant, au fil des rues, un enfant qui joue ou un chat assoupi…

La Corricella a conservé tout son charme méditerranéen : c’est dans ce décor exceptionnel qu’a été tourné Le Facteur, ce beau film retraçant l’amitié entre Pablo Neruda en exil (incarné par Philippe Noiret) et un modeste facteur italien (Massimo Troisi).

Bien avant, Lamartine et Elsa Morante ont eu un véritable coup de foudre pour l’île. Le premier y a situé l’action de son roman Graziella, qui narre l’histoire d’amour entre un noble français et une jeune fille italienne. Morante s’est inspirée de Procida pour L’île d’Arturo, « aux petites rues solitaires enfermées entre des murs antiques, au-delà desquels s’étendent des vergers et des vignes qui semblent des jardins impériaux. »

Avec vue sur la mer

Avec vue sur la mer
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Procida est un lieu de vie, et non une destination touristique. On n’y vient donc pas pour y « faire des monuments », mais pour prendre son temps et profiter de cette si belle lumière méditerranéenne qui fait scintiller le bleu de la mer. L’île, toute petite, est propice à la promenade. Elle offre de surcroît de magnifiques panoramas, comme celui depuis le point le plus élevé de Procida, Terra Murata.

Depuis cette citadelle, tout le golfe de Naples s’offre au regard. C’est pour cette raison que, dès le XIe siècle, Terra Murata a servi de vigie, mais aussi de refuge aux Procidains contre les attaques de pirates. Les murs de la citadelle renferment un quartier avec ses petites maisons médiévales, ses cours, ses jardins et ses églises, et où le temps semble s’être arrêté.

L’abbaye San Michele, construite au XVIe siècle à l’emplacement d’un monastère bénédictin, est consacrée au patron de l’île, l’archange saint Michel, dont l’apparition, selon la légende, aurait repoussé une attaque sarrasine en 1535. À l’intérieur, se trouvent de nombreux ex-votos, une bibliothèque pourvue d’ouvrages du XVIIe siècle ainsi qu’une statue de saint Michel offerte par des… Marseillais !

Eh oui, de nombreux Procidains ont émigré au siècle dernier dans la cité phocéenne et à La Ciotat. Amis marseillais, si vous vous appelez Amalfitano ou Schiano, vous avez peut-être de la famille à Procida !

Enfin, toute balade à Procida aboutit à la mer et finit par une baignade. La plage en demi-cercle de Marina di Chiaiolella, de l’autre côté de l’île, mérite qu’on y pose sa serviette.

Si vous ne goûtez guère aux activités nautiques, deux terrasses vous invitent, toujours à Chiaiolella, à des plaisirs moins sportifs : la dégustation d’un limoncello glacé ou d’antipasti de fruits de mer accompagnés d’un verre de falanghina, ce bon vin blanc de Campanie qui se boit frais. Salute !

Infos pratiques

Infos pratiques
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Comment y aller ?

Depuis Naples, plusieurs liaisons par jour en ferry, hydroglisseur ou hydrofoil vers Ischia et Procida (même ligne) depuis le molo Beverello dans le centre ou Mergellina (près du Pausillipe).
Durée : de 30 min à 1 h pour Procida et de 40 min à 1 h 30 pour Ischia, selon le moyen de transport utilisé. Compter de 13 € (Procida) à 16 € (Ischia) la traversée.
Les principales compagnies sont SNAV (www.snav.it), Alilauro (www.alilauro.it), Medmar (www.medmargroup.it) et Caremar (www.caremar.it).

Où dormir ?

À Ischia
La Capannina : via Campagnano, 76. Tél : 081-90-10-17. www.hotellacapannina.it Un vrai nid d’aigle, avec une vue à couper le souffle sur le château, Procida et le Vésuve. Chambres conventionnelles, mais disposant de balcon ou terrasse. Fait aussi resto. Doubles de 64 à 90 € selon la saison.

À Procida
La Corricella : via Marina Corricella, 88. Tél : 081-896-75-75. Dans une grande maison rose aux volets verts surplombant le port, une dizaine de chambres dont 4 en mezzanine. Superbes couchers de soleil depuis la terrasse. Doubles de 90 à 120 €, petit déj. inclus.

Où manger ?

À Ischia
La Tinaia : via Matteo Verde, 39, à Forio d'Ischia. Tél : 081 998-448. Fréquenté par les habitants de l’île, un resto-pizzeria qui sert une cuisine régionale copieuse et savoureuse à prix doux. Repas autour de 15-20 €. Goûtez la saucisse aux friarielli, les gnocchi à la sorrentina et les bonnes pizze.

À Procida
Crescenzo : sur le port, Marina Chiaiolella. Tél : 081-896-72-55. www.hotelcrescenzo.it . Antipasti et excellentes pâtes aux fruits de mer, pizze et poissons frais que l’on déguste en terrasse au bord de l’eau. Fait aussi hôtel. Repas autour de 20-25 €.

Où acheter de bons produits ?

I sapori dell’isola d’Ischia : via L. Mazzella, 150 – 80070 Ischia. Tél : 081-991-229. Limoncello, rucolino (liqueur locale à base de roquette) à bon prix, pâtes, savons et produits de beauté au citron d’Ischia, biscotti. Accueil sympa et professionnel.

Thermalisme à Ischia

Parmi les nombreux parcs thermaux de l’île, nous vous en recommandons deux, le Parco Negombo (www.negombo.it) à Lacco Ameno et les Giardini Poseidon (www.giardiniposeidon.it) à Forio d’Ischia. 28 € la journée (réduction après 13 h), soins non inclus.

Liens utiles

Office de tourisme d’Ischia et Procida
www.infoischiaprocida.it
Site de l’office du tourisme de la Campanie
www.turismoregionecampania.it

Texte : Jean-Philippe Damiani

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