Îles des Princes : un archipel aux portes d’Istanbul

Kınalıada
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À 1 h de navigation de la rive européenne d’Istanbul pour la plus proche, les îles des Princes s’égrènent dans la mer de Marmara sur une dizaine de kilomètres, parallèlement à la côte anatolienne, distante d’environ 4 km. Quatre (sur neuf) sont habitées, pour une superficie globale de 11 km².

La plus grande s’appelait « Prinkipo » (prince en grec), d’où leur nom au pluriel. Les Turcs préfèrent Adalar, les « îles », tout simplement. Élégance des kiosks (pavillons typiques en bois) et autres édifices, verdures et forêts, chant des oiseaux… Malgré les exils du siècle dernier et les excès du tourisme contemporain, les îles des Princes restent le poumon maritime d’Istanbul.

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Les Îles des Princes hier

Côte de Büyükada
Côte de Büyükada © piola1 - stock.adobe.com

Péninsules jusqu’à il y a 10 millénaires, les Îles des Princes entrent dans l’histoire à l’époque byzantine.

L’usage, repris par les Ottomans, est alors d’y bannir des « princes » et autres élites disgraciées. Parfois même les supprimer, comme au XIe siècle pour Romain IV Diogène. Triste privilège, même si beaucoup durent plutôt leur survie à cet exil.

Aux pêcheurs s’ajoutèrent à partir du XIXe siècle les premières résidences secondaires des minorités de l’empire ottoman. Grecs, Arméniens, Levantins et juifs, plus d’autres étrangers, y apprécient l’air sain et l’ambiance moins pesante. Peuple peu maritime originaire des steppes, les Turcs préféreront longtemps les côtes comme celle de Yalova.

Maisons traditionnelles d'Heybeliada
Maisons traditionnelles d'Heybeliada © nejdetduzen - stock.adobe.com

L’âge d’or des kiosk familiaux, élégants pavillons en bois d’un à deux étages, mêlant influences ottomane et européenne au gré des courants architecturaux, coïncida avec l’arrivée des vapur de ligne en 1848, lançant la mode des îles.

Affichée plus librement que sous l’œil de l’administration de la capitale, la réussite des minorités ottomanes et l’atmosphère multiculturelle teintée de luxe et plaisirs à l’européenne attirèrent l’attention quand la situation se tendit à partir des années 1920.

Le pogrom des Grecs d’Istanbul les 6 et 7 septembre 1955 affecta par contagion les autres « étrangers ». Si les îles furent en partie épargnées, les expulsions de 1964 puis la crise chypriote de 1974 sonnèrent le glas d’une époque. Une désertification affecta les îles jusqu’aux années 1980.

Les Îles des Princes aujourd’hui

Burgazada
Burgazada ©Kayihan - stock.adobe.com

Si certaines familles s’installent encore dans leurs résidences secondaires à la belle saison, c’est de nos jours le tourisme qui rythme la vie des îles. Les anciens résidents ou visiteurs diront qu’ils ne reconnaissent plus les Îles.

Certes, l’apparence générale a changé. Façades fanées de kiosks en bois abandonnés ou manquant d’entretien, balafres de luxe « nouveaux riches » et spéculation des années 1980 ont affecté l’élégance de l’architecture. Le consumérisme et la fébrilité des week-ends d’été semblent bien éloignés des raffinements d’autrefois, même si ces excitations ne sont pas nouvelles. Les dauphins n’accompagnent plus les ferries dans une mer de Marmara en souffrance.

Pourtant, les Îles des Princes restent bien un miroir maritime d’Istanbul, procurant divertissements et jolies promenades, aux parfums doucement nostalgiques rehaussés de belles restaurations.

Malgré la résistance des habitants, les fameuses calèches des îles ont été remplacées par des véhicules électriques de 4 à 14 places. Avec du recul, cela semble positif et pratique, l’Istanbul Kart étant acceptée.

Les Îles des Princes : quand y aller ? Comment les visiter ?

Bateau pour les Îles des Prince
Bateau pour les Îles des Princes © Caner - stock.adobe.com

Venir en semaine est hautement suggéré, surtout à la belle saison. D’autres préféreront les soirées d’après le dernier ferry, en y logeant. Ou carrément le hors saison, quand l’archipel distille sa déclinaison du hüzün, une mélancolie typiquement turque, littéraire et addictive, alimentée ici par les maisons abandonnées, les fantômes de l’âge d’or, le pas lent d’habitants modestes...

La mini-croisière vers les îles participe amplement, avec les escales, au plaisir de l’excursion. Les navires affectés contribuent à l’expérience : look un peu rétro, café, deux ponts intérieurs avec banquettes et tables, et un supérieur à l’air libre, sous auvent.

Parti de Kabataş (Beşiktaş ) sur la rive européenne, la Corne d’or s’arrondit à tribord, portant, comme un phare le palais de Topkapı, avant l’escale à Kadıköy.

Puis vient le moment de scruter les îles, si proches ou encore lointaines, selon les visibilités et réflexions mariant parfois le ciel et la mer jusqu’à effacer l’horizon. Au large, voiliers et bateaux de pêcheurs s’observent ; sur la côte, tours et minarets émergent des étendues urbaines. Le premier accostage déclenche ces métamorphoses îliennes si recherchées.

Vélo à Büyükada
Vélo à Büyükada © Artyom - stock.adobe.com

Favorisées par une circulation paisible et la verdure des façades ouest et sud – les villages s’étendent au nord et à l’est –, la marche et le vélo sont les deux activités les plus pratiquées. Vérifier sa monture, éventuellement électrique pour les petites côtes.

Qu’en est-il des baignades ? Quasi fermée, la mer de Marmara concentre les polluants, tandis qu’Istanbul est proche. Déchets venus des continents et multiplications des algues suscitent une prise de conscience écologique, assortie de mesures protectrices. Les plages ferment en cas de problème.

N’espérez pas de criques sauvages en haute saison, ce sera par principe payant, plutôt entassé et régimenté, ponton, transat… Les bancs, petits parcs et forêts ne manquent pas pour le farniente.

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Au retour des îles, arrêtez-vous à Kadıköy, pour boire et manger jusqu’à tard, dans cet animé district de la rive asiatique.

Büyükada, la « grande île »

Büyükada
Büyükada © ssmalomuzh - stock.adobe.com

Plus grande terre de l’archipel (5 km²), l’ancienne Prinkipo, « l’île du Prince », témoigne depuis le XIXe siècle de la vogue balnéaire de l’archipel.

Comptant le plus grand nombre de kiosks en bois et riches demeures, joliment rénovés ou mélancoliquement abandonnés, elle continue d’incarner ces îles, de ses excès estivaux à la beauté fondamentale des collines couvertes de pins, qui, passée l’agglomération du nord, couvrent ses deux tiers et enrichissent les multiples promenades et panoramas.

Kiosk de la rue Nizam
Kiosk de la rue Nizam © Dominique Roland

Les lieux de culte grecs et arméniens précédèrent la première mosquée, ouverte à l’aube du XXe siècle, comme la synagogue, aujourd’hui très sécurisée… Bien que révolue, l’âme multiculturelle de Büyükada réapparaît ici et là, comme à l’approche de Pâques et d’autres fêtes.

La partie la plus cossue de l’île s’étend au nord-ouest. Aller au moins boire un verre au Splendid Hotel (1911), rue Çankaya. Plus loin, voici l’élégant palais de justice puis la villa Mizzi, aux faux airs de château de brique, et la rue Nizam, bordée de luxueuses demeures. La faute aux murs et clôtures, c’est du large qu’on verra de longs escaliers plonger vers les flots.

Büyükada - monastère Aya Gorgi
Büyükada - monastère Aya Gorgi © Marius Karp - stock.adobe.com

Bientôt, la petite route s’élève en entrant dans la forêt. Après une épingle, le carrefour du resto Lunapark, desservi par les transports de l’île, est le point de départ  du chemin menant au monastère Aya Gorgi, par une montée soutenue de 20 mn.

Ce site incontournable partageant ses spectaculaires panoramas maritimes avec le populaire café-resto Yücetepe. Normalement ouvert aux visites de 10 h à 16 h, le monastère est objet de grande ferveur lors du pèlerinage de la Saint-Georges, le 23 avril. Dépassant la seule communauté chrétienne, les croyances populaires, illustrées par les bandes de tissus et plastiques noués dans les buissons comme ex-voto, lui attribuent le pouvoir de favoriser les naissances.

Büyükada - orphelinat grec
Büyükada - orphelinat grec © thehakanarslan - stock.adobe.com

Monter côté opposé du Lunapark rapproche de l’ancien orphelinat grec. Délabrée mais toujours formidable, sa silhouette domine l’île. Fermé depuis 1964 sur fond de crise gréco-turque, il se rapproche chaque jour de l’écroulement.

Une autre balade intéressante démarre de l’Horloge vers l’est, par la rue des commerces et restos. S’arrêter en chemin à l’église Rum Ortodoks (Pervane Sk.), parfois ouverte le week-end, puis longer la côte sur environ 3 km – jolies vues sur l’île de Sedef en prime –, jusqu’au sympathique et intéressant musée des Îles des Princes.

Le + de routard.com

Initiative locale, d’où son ton critique, le musée des Îles des Princes aborde tous les thèmes, de la Préhistoire à l’exil forcé, en passant par l’architecture, la nature et la vie sociale. En profiter pour un café et un en-cas chez le sympathique John, dans la cour. Noter qu’on peut rejoindre sans rebrousser chemin le carrefour « Lunapark » en un gros quart d’heure.

Heybeliada, la deuxième plus grande île de l’archipel

Heybeliada - jetée
Heybeliada - jetée © Khaled Eladawy/Wirestock - stock.adobe.com

Un kilomètre seulement après Burgazada en venant d’Istanbul, la deuxième plus grande île de l’archipel (2,4 km²) ressemble à Büyükada, en plus petite. Longtemps refuge de la communauté grecque, l’ancienne Halki est aujourd’hui souvent visitée en escale avec sa grande sœur. Prévoir au moins 2 h.

Un parc aquatique tristoune ne parvient pas à gâcher la bonne impression de l’arrivée : deux vertes élévations autour du village – Heybeli signifie « sacoche de selle », les îliens s’amusent d’une poitrine –, des terrasses autour de la jetée et, sur la gauche, le lycée naval (1824) où mouillait le yacht d’Atatürk, l’élégant Savarona.

Concentrant la vie locale et ses commerces, la première parallèle à la mer est animée, même hors saison. En regard de la jetée, la montée s’incurvant vers l’ouest découvre un assemblage gentiment bohème d’autres cafés, brocanteurs et marchands de plantes. De nombreux kiosks sont en mauvais état. Poursuivre sur Refah Şehitleri pour apercevoir sur la droite, à l’arrière de pergolas fleuries, l’ancien Merit Halki Palas, autrefois très renommé.

Ruelle avec végétation - Heybeliada
Ruelle avec végétation - Heybeliada © YoncaEvren - stock.adobe.com

D’ici, par une verte montée sur la colline nord, on peut rejoindre l’ancien séminaire d’Aya Triada, autrefois premier centre grec orthodoxe du pays, fermé par le gouvernement en 1971 pour raisons politiques.

Hormis la coïncidence d’une visite officielle, la chapelle, sa miraculeuse icône double face et le cimetière, comme la riche bibliothèque religieuse du sous-sol sont inaccessibles. Il faudra se contenter, en matinée seulement, d’une ancienne salle de classe aux bureaux figés dans l’attente et, à la belle saison, du jardin. 

Selon le tempo, aller s’égarer dans les ruelles plus au sud, reliées par des allées envahies de végétation, hachurant de beaux points de vue sur les îles et la rive asiatique. L’île compte aussi quelques plages (payantes), notamment sur sa côte ouest.

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Une jolie et verte promenade de 3 km vers la pointe sud-ouest aboutit au monastère Terki Dünya, dédié à saint Spyridon. S’il est ouvert, un café avec vue sur Büyücada et jusqu’à Yalova équivaut à un shot de sérénité intemporelle.

Les autres îles des Princes et gros cailloux

Kınalıada
Kınalıada © Irina Lepneva - stock.adobe.com

Les deux îles suivantes embellissent la navigation mais sont peu visitées lors de sorties à la journée depuis Istanbul. Mais pourquoi pas ! À faire en tandem avec Büyükada, ou Heybeliada, ou…

– Kınalıada : cône aplati surmonté d’un mat de télécommunications, la première île en venant d’Istanbul, plus aride que les autres, fut historiquement celle des Arméniens. Des restos et cafés se pressent vers l’embarcadère. Vides hors saison, de grandes villas récentes, « pieds » sur une plage de galets, colonisent la rive nord.

– Burgazada : toute proche d’Heybeliada, l’ancienne Antigone, originellement peuplée de Grecs, vit nombre de citadins aisés turcs s’installer en saison au siècle dernier. Le dôme sphérique de l’église orthodoxe Aya Yani Kilisesi surplombe toujours un front de mer garni de cafés et restos. L’avenue Gonullu compte de belles demeures. Grâce aux efforts, l’île a reverdi depuis le dramatique incendie de 2003. Le petit marché du vendredi offre une bonne opportunité de visite.

Sedef Adasi
Sedef Adasi © Khaled El-Adawi - stock.adobe.com

– Sedef Adasi : dernière de l’archipel, et aussi la plus petite (0,2 km²) hormis les gros rochers, « l'île aux perles » appartient à des héritiers de l’aristocratie impériale. Voulue paradisiaque, plantée de pins et oliviers, elle est rigoureusement privée, sauf invitation d’un propriétaire d’une des villas luxueuses noyées dans la végétation de sa façade est, ou… celle d’un futur marié organisant l’heureux évènement auprès du centre dédié, sur la côte opposée.

– Les gros cailloux : inaccessibles, leurs silhouettes à l’ouest du trajet des ferries s’accompagnent de drames et légendes.

Au XIXe siècle, le curieux château construit par l’excentrique diplomate anglais Bulwer s’accorda bien avec la réputation d’île maudite de la plate Yassiada. Ne la démentira pas le procès organisé en 1960 des membres du Parti démocrate. En 2020, Erdoğan la renomme Demokrasi ve Özgürlükler Adası (« île de la démocratie et de la liberté »), à l’issue d’un chantier ayant supprimé la forêt au profit d’équipements politico-touristiques, volontairement surdimensionnés, et... déserts.

Un kilomètre au nord-ouest de Yassiada, la pointue Sivri n’aurait qu’un pêcheur à moitié ermite comme habitant. Rien d’autre à signaler, sinon... l’horrible exil ici de milliers de chiens errants en 1911, puis, début des années 2000, le projet d’y édifier une statue d’un derviche tourneur plus imposante que celle de la Liberté.

Fiche pratique

Retrouvez tous les bons plans, adresses et infos utiles dans le Routard Istanbul en librairie 

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Office de tourisme de Turquie

Comment y aller ?

D’Istanbul, départ depuis Eminönü avec Turyol et Kabataş avec Şehir Hatları. Env 15 ferries/j., d’env 7 h à 21 h 30 (dernier retour). Compter 1,50 €/trajet. Sur les panneaux des quais, repérer son embarcadère – il est encadré –, et vérifier la direction. Ne pas hésiter à demander ! Pour deux îles en une journée, partir à 9 h au plus tard.

La plupart des bateaux desservent 4 îles, dans l’ordre : Kınalı Ada, Burgaz Ada, Heybeli Ada et Büyük Ada. Les nombreuses liaisons permettent de caboter facilement de l’une à l’autre et les panneaux indiquant les bateaux pour les îles portent la mention « Adalar ».

Meilleure saison : avril à octobre, fin de saison souvent très agréable.

Se déplacer : marche, vélo ou bus électrique (1-2 €/trajet).

Loger sur les îles : attention au délicat rapport qualité-prix en haute saison, surtout le week-end. Bien comparer et lire les avis. Trouvez votre hôtel.

Se baigner : lire l’avertissement plus haut. À Büyükada (le meilleur choix), essayer l’ultra équipée Nakibey Plaj, ou la plus modeste et éloignée (pointe sud) Viranbağ Plajı.

Où manger, boire un verre ou café :

L’embarras du choix à Büyücada en haute saison, plus limité sinon, surtout sur les autres îles.

– Büyücada : Splendid Otel Palas pour le luxe nostalgique ; Konak restaurant, un bon et soigné self « Lokatansi », avec terrasse côté mer ; Secret Garden, dans une ruelle en retrait, cuisine simple mais fiable, dans une jolie cour.

– Burgazada : l’animé Barba Yani, à 50 m de la jetée et l’Indos, 300 m au sud.

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