La nouvelle Istanbul

Carine Keyvan
par Carine Keyvan

27 novembre 2009

Carine Keyvan
À cheval entre Orient et Occident, Istanbul sera capitale européenne de la Culture en 2010. À cette occasion, la ville a entrepris de rénover ses hauts lieux historiques. Mais ce n’est pas tout…
L’Istanbul moderne est une métropole cosmopolite vibrante, où festivals et biennales drainent un public international et où les musées d’art moderne témoignent de la vitalité de la culture turque contemporaine.
Des boutiques branchées de l’Istiklal Caddesi aux nuits brûlantes du Bosphore, l’ancienne Constantinople, en pleine effervescence, prouve une fois encore sa capacité d’adaptation à la modernité. Tout en sachant demeurer elle-même… Bienvenue dans la cité de tous les paradoxes !
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Un lifting pour Constantinople

Carine Keyvan
Trait d’union entre Orient et Occident, Istanbul, la ville aux 2 500 mosquées, a été choisie comme Capitale européenne de la culture pour l’année 2010. À la veille des festivités, cette mégapole de treize millions d’habitants est en plein lifting. Les joyaux historiques sont rénovés, tandis que des centres commerciaux à l’américaine et de nouveaux lieux dédiés à l’art contemporain font leur apparition aux quatre coins de la ville. L’ancienne Constantinople prouve une fois encore sa capacité d’adaptation.

Toujours aussi bohème, la Pera (photo), le vieux quartier européen qui borde l’Istiklal Caddesi, prend des allures de Soho turque avec ses galeries et ses restos arty tandis que le long du Bosphore, les bars et clubs ultra design attirent une faune chic et branchée. La cité semble avoir les yeux rivés vers l’Europe. La spéculation immobilière bat son plein, et les grands travaux de réhabilitation ou de désenclavement du grand Istanbul poussent les pauvres à la périphérie. Les premiers à en pâtir sont les Roms, une communauté installée ici depuis plus de mille ans. Ce changement de physionomie orchestré par la municipalité a un coût social et humain : la gentrification express est en marche.

En route pour l'Europe

Carine Keyvan
L’intégration de la Turquie dans l’Europe est toujours un sujet de discorde, pourtant Istanbul est déjà dans les starting-blocks. Pour preuve, elle a été choisie pour incarner la capitale culturelle européenne en 2010. Cette métropole posée entre deux continents à saisi cette occasion pour restaurer quelques vestiges datant de l’époque byzantine, à commencer par la célèbre mosquée de Sainte-Sophie dont de superbes mosaïques ont été mises à jour. Des édifices plus récents, comme les cuisines du Palais de Topkapi, ont été réaménagés et le centre culturel « Atatürk », du nom du père de la Nation, totalement rénové, accueillera tout au long de l’année des concerts et ballets.

Si le riche passé d’Istanbul fait affluer les visiteurs depuis la nuit des temps, la ville compte profiter de cette vitrine culturelle pour s’affirmer en tant que la capitale de la Turquie moderne. Semaine du design ou biennale d’art contemporain s’affichent désormais fièrement au calendrier des manifestations. Loin de tourner le dos à son histoire, l’ancienne Constantinople se réinvente sans cesse.

La mixité reste son point fort explique Mehmet Gürs, la star des fourneaux d’origine turco-finlandaise : « Les stambouliotes sont à cheval sur les traditions, le changement n’est accepté que s’il conserve une part de notre identité ». Ce bouillon de culture profite à la nouvelle génération de stylistes, designers et artistes de tout poil qui bâtit sa réputation sur ce mélange des genres.

L’art contemporain dans tous ses états

Carine Keyvan
Istanbul est l’une des rares villes du monde à pouvoir s’enorgueillir de posséder deux musées d’art moderne. Ouvert fin 2004, Istanbul Modern est posé dans un ancien entrepôt des douanes à l’ombre de la mosquée de Tophane. Cet espace privé de 4 000 mètres carrés réparti sur deux étages constitue une belle approche de la créativité de la scène artistique turque. Le resto, aménagé avec des pièces incontournables du design, offre une vue imprenable sur le va-et-vient des bateaux dans la Corne d’or.

Logé dans une ancienne centrale électrique sur la colline d’Eyüp, le Santral se veut plus avant-gardiste encore. L’édifice est colossal : 118 000 m2 ! L’université de Bigli est à l’initiative de ce lieu pluridisciplinaire qui accueille, outre des expositions, plusieurs cinémas, une salle de danse, un parc et une bibliothèque. Près de mille étudiants chercheurs — architectes, designers ou penseurs — y trouvent aussi refuge chaque année. À la manière du 104 à Paris, le Santral devrait redynamiser le quartier où il se trouve. La zone de la colline d’Eyüp passe pour plutôt traditionnelle et religieuse comme en témoigne le grand cimetière musulman.

Un autre projet situé en périphérie de la ville, le centre de production artistique Yenikapi affiche une ambition comparable. Cette plateforme accueille des étudiants encadrés par des artistes contemporains européens tels que Sophie Calle, Sanja Ivekovic ou Antoni Muntadas. Leur travail vidéo et photo sera exposé fin 2010, mais le site compte rester une pépinière de talents au-delà des manifestations d’Istanbul 2010.

L’Istiklal Caddesi, le SoHo stambouliote

Carine Keyvan
Ce sont les Champs-Élysées turcs. Près de trois millions de personnes déferlent sur l’Istiklal chaque week-end ! Immeubles cossus, ambassades, boutiques à la mode, restos, galeries s’égrainent le long de cette artère qui traverse la partie occidentale de la ville, de la place Taksim à Tünel. Le paradoxe légendaire d’Istanbul se déploie sous nos yeux : tramway nostalgique ou voiture dernier cri (bien que la rue soit piétonne !), jeunes filles voilées contre jeunesse lookée, resto ultra design ou salon de thé où l’on sert des pâtisseries traditionnelles... Une atmosphère particulière se dégage immanquablement de ce quartier qu’affectionnaient déjà les artistes européens du XIXe siècle.

Aujourd’hui, le lèche-vitrine est devenu l’activité phare, mais les nombreuses fondations d’art installées dans les immeubles au style haussmanien offrent un nouveau souffle à la création. L’endroit le plus en vue, The Galerist s’est même taillé une réputation internationale. Misir Appartimenti, le bâtiment dans lequel se loge cette galerie pointue, concentre à lui seul l’esprit de l’avenue, avec au rez-de-chaussée le House café, aménagé par Autoban, les stars locales du design, au dernier étage le 360°, bar panoramique à la vue exceptionnelle et aux étages des multimarques de mode ultra chic.

Flânez aussi dans les rues perpendiculaires à la découverte des passages couverts ou des ruelles, en particulier la trépidante Nevizade, qui regorge de tavernes où le raki coule à flots. Après l’Université de Galatasaray, descendez vers Cucurcuma, l’ancien quartier français et italien, repaires de boutiques de petits créateurs et de brocanteurs. Ambiance bohème garantie.

Le Bosphore, le repaire branché

Carine Keyvan
Pour humer la dolce vità stambouliote, direction les rives du Bosphore. Cette zone a toujours été plébiscitée par les sultans et les bourgeois qui s’y réfugiaient l’été pour fuir la moiteur de la ville. Aujourd’hui, les anciens palais de Besiktas sont transformés en luxueux hôtels où la nuit peut avoisiner les 23 000 € ! Une balade en bateau donnera un bel aperçu des fortunes qui se cachent ici. Politiciens et riches industriels possèdent de somptueux Yali en bois, ces maisons traditionnelles au bord de l’eau tandis que les résidences privées à l’américaine poussent comme des champignons sur les collines verdoyantes. On y trouve la quatrième villa la plus chère du monde, estimée à 100 millions de dollars. Les yachts amarrés en bordure du fleuve remplacent les pêcheurs d’autrefois…

Le week-end, la jeunesse dorée vient s’encanailler dans les restos à ciel ouvert et boîtes de nuit select d’Ortaköy. Mais, les petits budgets ont aussi droit de cité. Les promeneurs viennent profiter de l’esprit village qui règne dans ce quartier. Déambulez sur le marché aux puces et entre les baraques de pommes de terre garnies, formule qui permet de se restaurer à mini prix. Partez à la découverte de la superbe mosquée baroque à l’ombre du pont du Bosphore, de l’église arménienne, de la synagogue du XVIIe siècle, des curieuses installations d’appareils de gym en plein air, des boutiques artisanales et des cafés cosy… Un vrai melting-pot.

Fiche pratique

Carine Keyvan

Pour préparer votre voyage, consultez nos fiches Istanbul et Turquie.

Office de tourisme turc

Istanbul 2010

Istanbul Modern

Santral

Comment y aller ?

- Air France et Turkish Airlines propose plusieurs vols quotidiens au départ de Paris à partir de 321 € l’aller-retour. De province, la compagnie offre une liaison via Amsterdam.
Turkish dessert également Istanbul au départ de Lyon (10 vols hebdomadaires) et au départ de Nice (1 vol quotidien).

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Où dormir ?

- Chambers of the Boheme : Kucuk Parmakkapi sokak, n°23, Beyoğlu. Tél. : +90-212-251-0931. Une auberge de jeunesse affiliée hostelling international, délicieusement décorée dans le style ottoman. À partir de 14 €.

- Lush Hotel : Siraselviler cad., n°12, 34433 Taksim. Tél. : +90-212-243-95-95. Un hôtel design idéalement situé à deux pas de la place de Taksim. À partir de 99 € la nuit avec petit déjeuner.

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Où manger ?

- Mikla : Marmara Pera, Mesrutiyet caddesi n°15, 34430 Beyoglu. Tél. : 00-90-(212)-293-56-56. Le restaurant perché au 18e étage de l’hôtel Marmara Pera propose une cuisine fusion imaginée par un chef turco-finlandais. Sa cuisine raffinée respecte les produits du terroir et le portefeuille. Les prix oscillent autour de 30 € le plat, bien moins cher qu’un restau français étoilé.

- Hamdi : Thamis Cad/ Kalcin sak 17. Tél. : +90-212-528-03-90. Un resto qui sert une excellente cuisine turque traditionnelle. La vue sur la mosquée de Soliman et le pont de Galata est tout simplement enchanteresse. Comptez 10-15 €.

Où sortir ? Où prendre un verre ?

- Cihangir café : Sira Selviler Caddesi / Kantar Odalari Çikmasi 162 Cihangir. Tél. : +90 212-251-96-61. Le café est fréquenté par les artistes et intellectuels de ce quartier bobo et cosmopolite qui s’étend de Taksim aux rives du Bosphore.

- The Hall : Küçük Bayram Sokak, n°7, Beyoğlu. Tél. : + 90-212-244-87-36. Cet étonnant club se niche dans une église vieille de 131 ans. À la fois bar, boite et restaurant, ce haut lieu de la nuit ne manque pas d’attrait, d’autant que le propriétaire, un anglais effectue une programmation musicale pointue.

- Reina : 44 Muallim Naci Cd, Ortaköy. Tél. : +90-212-259-5919. Ce club posé à l’ombre du pont du Bosphore qui relie la rive européenne à la rive asiatique est l’endroit le plus en vue la capitale. Pour danser sous les étoiles aux côtés de la bourgeoisie stambouliote, il faudra montrer patte blanche car les sbires de l’entrée opèrent une sélection drastique.

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