Le Grand Tour de Suisse

05 juillet 2016

Et si vous (re)découvriez la Suisse ? Pour explorer toutes les facettes de ce pays voisin, mais finalement méconnu, rien de mieux que le Grand Tour de Suisse, un itinéraire routier de quelque 1 600 km qui traverse quatre régions linguistiques, cinq cols alpins, onze sites classés au Patrimoine mondial de l’UNESCO, deux biosphères et vingt-deux lacs.
Entre le Tessin, empreint de dolce vita à l’italienne, la région de Berne-Oberland bernois et sa triade de l’Eiger, Mönch et Jungfrau, la savoureuse région de Fribourg et les sommets majestueux du Valais, la Riviera vaudoise et les vallées du Jura, ou encore Lucerne et ses monuments historiques, que de contrastes et de variété !
Villes, villages, monuments, paysages, autant d’étapes qui illustrent les différents visages de la Suisse, et qui ne manqueront pas de vous émerveiller. En voici un avant-goût…
Jura et Trois-Lacs
Comparés à leurs proches voisins alpins, les sommets du Jura peuvent sembler bien modestes. Pourtant, ce massif de moyenne montagne cache de somptueux sites naturels à l’instar du spectaculaire Creux du Van. Vers 5000 av. J.-C., l’homme s’était déjà installé sur les rives des lacs jurassiens. Terre d’histoire et de traditions, donc, ce Jura.
Au creux d’une de ses vallées bordées de sombres résineux s’est inventée la mythique absinthe. Certaines de ces amples vallées sont encore et toujours pays d’horlogerie. Ancestral savoir-faire qui a aussi façonné l’urbanisme des villes de La Chaux-de-Fonds et du Locle, aujourd’hui inscrites au Patrimoine mondial de l’UNESCO.
Le Creux du Van

Pour façonner le Creux du Van, la nature a pris son temps (eau, neige et glace ont travaillé pendant quelques millénaires) mais elle a vu les choses en grand : ouvert sur un des flancs du massif du Jura, ce « creux » forme un amphithéâtre rocheux qui s’évase sur plus de 1 km. Spectaculaire, vraiment ! D’autant que ses falaises calcaires plongent de quelque 160 m dans la vallée.
Au long du sentier, simplement protégé de l’abîme par un de ces murets de pierres sèches typiques des pâturages du Jura, se dévoile, pour peu que le soleil soit de la partie, un formidable panorama sur le lac de Neuchâtel et les Alpes.
Au pied des falaises, dans les éboulis, pointent souvent les cornes de chevreuils, de chamois ou de bouquetins. Et tout au fond du cirque jaillit une source dont la température de l’eau peine à dépasser 4 °C, quelle que soit la période de l’année. Température idéale pour troubler une absinthe, autre spécialité du Val-de-Travers ?
Berne - Oberland bernois

Une mosaïque de paysages… La formule est usée ? Elle convient pourtant parfaitement à ce vaste territoire dont la forme pourrait (avec un soupçon d’imagination !) rappeler celle de la peau de l’ours de son blason.
Au centre, Berne, cité créée en 1191 par les Zähringen. Une ville capitale (et siège de la Confédération helvétique depuis 1848) qui a traversé les siècles sans dommage, aujourd’hui riche d’un patrimoine qui lui a valu d’être classée par l’UNESCO.
À l’est, quasiment aux portes de la ville, s’étend la riante et presque hors du temps vallée de l’Emmental, où est fabriqué le fameux fromage du même nom. Au sud, surplombant les glaciers scintillants comme des cascades rugissantes, pointent les sommets de l’Oberland bernois dont les trois inséparables (et mondialement connus) Eiger, Mönch et Jungfrau. Il est quasiment indispensable d’en gravir les pentes en train jusqu’à la gare la plus haute d’Europe, à 3 454 m d’altitude.
Autres sites superbes à découvrir, les eaux des lacs de Brienz ou de Thoune en bateau: deux lacs parmi les… 800 dénombrés dans la région !
L’Oberland bernois, ce sont également des hameaux et des villages riches en patrimoine et en traditions locales, à découvrir au hasard des alpages ou au creux des vallées. D’ailleurs, impossible de dresser le portrait de cette région sans évoquer un autre de ces joyaux, la célébrissime station de Gstaad, où boutiques de luxe et somptueux chalets de stars n’ont pas effacé quelques siècles d’authenticité alpine.
La Vieille Ville de Berne

Si l’on en croit la légende, en 1191, Berchtold V, duc de Zähringen, avait décidé de donner à cette ville nouvellement fondée le nom du premier animal qu’il rencontrerait sur place. Ç’aurait pu être la grenouille d’une autre fable. Ce fut un ours, Bär en allemand, qui donna Bärn, puis Bern (avec un « e » final en français).
Aujourd’hui, cet ours figure toujours en bonne place sur les armoiries de la ville. Une silhouette de l’animal se devine également sur les emballages de la célèbre barre chocolatée Toblerone, produite à Berne depuis le début du XXe s. Et il semble impensable de passer en ville sans aller saluer les plantigrades en chair et en os du parc aux ours (Bärenpark).
N’allez pas imaginer pour autant que les Bernois sont des ours. Bien au contraire ! Vous pourrez goûter leur sens de l’hospitalité (et découvrir que Berne est une ville plus qu’animée) au long de cette enfilade de places (de la Waisenhausplatz à la Bärenplatz) que les Bernois appellent Die Front.
De multiples terrasses vous y tendent leurs chaises, pour manger des frites au curry ou boire un verre en jetant un coup d’œil distrait (sinon intéressé) sur une partie d’échecs géants en cours. À un angle de la Bärenplatz se dresse le Palais fédéral (Bundeshaus), à visiter pour comprendre comment fonctionne cet état de 26 cantons, symbolisés par autant de fontaines devant l’édifice.
Ensuite, une fois franchi la tour de l’Horloge (Zytglogge), ancienne porte des remparts et plus vieux monument de Berne (1220), vous constaterez combien, blottie depuis le Moyen Âge dans une boucle de l’Aar, la vieille cité a conservé fière allure. Pas étonnant qu’elle soit reconnue « site du Patrimoine mondial de l’UNESCO » depuis 1983.
Les arcades de la large et pavée Marktgasse, garnies d’élégantes vitrines, s’étendent sur pas moins de 6 km. Au pied de ces arcades se nichent nombre de petites caves qui abritent bars, boutiques, théâtres ou cinéma. Et en déambulant sur les pavés, on croise de nombreuses fontaines colorées surmontées de statues Renaissance et des maisons vieilles de plusieurs siècles parfaitement alignées. Derrière la façade de celle posée au n° 49, un certain Albert Einstein a écrit rien de moins que la théorie de la relativité et la loi d’équivalence de la matière et de l’énergie (E = mc2, bien sûr !). Cet appartement d’un modeste (mais génial même s’il a peiné à obtenir le bac !) fonctionnaire se visite aujourd’hui.
Comme, à deux pas, se visite la cathédrale Saint-Vincent (Berner Münster) dont le clocher accumule les records : culminant à 100 m pile, c’est le plus haut de Suisse qui abrite la plus lourde (avec sa tonne et demie) cloche du pays. De là-haut, la superbe vue sur la Vieille Ville ne donne qu’une envie : se replonger dans ses rues et ruelles.
Et poussez jusqu’au musée des Beaux-Arts (Kunstmuseum) pour un rendez-vous artistique avec Courbet, Cézanne, Monet, Picabia, Picasso, Matisse, Braque, Kandinsky, Giacometti, et tant d’autres…
Les villages de Gstaad et Saanen

Gstaad ? Grâce à la presse people, personne n’ignore que quelques stars internationales possèdent un chalet dans cette station de sports d’hiver qui, bien qu’un peu huppée avec des prix à plusieurs zéros dans certaines vitrines de boutiques, possède un certain charme (un charme certain, même !).
Saanen, sa proche voisine, commune historique (dont dépend d’ail eurs Gstaad), a conservé beaucoup de son authenticité avec de nombreux chalets anciens (du XVe au XVIIe s) aux boiseries peintes, parfois de versets de la Bible en lettres gothiques. Sous son immanquable clocher recouvert de ces planchettes de bois appelées tavillons, l’église Saint-Maurice abrite elle aussi dans son chœur d’étonnantes fresques qui retracent la vie de saint Maurice. Son acoustique exceptionnelle lui permet d’accueillir des concerts classiques dans le cadre du Festival Menuhin (de mi-juil à début sept).
Lucerne - Lac des Quatre-Cantons
Lucerne ressemble à s’y méprendre aux cartes postales qui l’illustrent... Si ce n’est que ses nombreux monuments historiques (à commencer par le pont de la Chapelle) y voisinent avec des équipements culturels d’avant-garde comme la salle de concerts.
Lucerne est posée tout au bord du lac des Quatre-Cantons, dont les rives abritent également – comme son nom l’indique – les petits cantons qui ont conclus la première alliance fédérale. Le pays de Guillaume Tell, la Suisse primitive.
Les Alpes viennent également mourir au pied de la vieille cité avec quelques- uns des sommets emblématiques du coin (Pilate, Stanserhorn, Titlis ou Rigi) que l’on gagne via des moyens de transport qui accumulent les records.
Le pont de la Chapelle (Kapellbrücke)

Jeté en travers de la rivière depuis 1333, c’est le plus ancien et, après celui de Bad Säckingen, le plus long pont couvert en bois d’Europe, même s’il a été raccourci par cinq fois, de 1741 à 1898.
Ce pont de la Chapelle était, à l’origine, décoré de 112 peintures sur bois du XVIIe s, accrochées dans les triangles formés par les poutres de la toiture. Elles illustraient l’histoire de Lucerne et les vies de saint Léger et de saint Maurice, les patrons de la ville. En août 1993, un incendie a ravagé le pont et consumé la majeure partie des peintures originales.
Reconstruit en un temps record (8 mois), l’ouvrage a certes retrouvé ses formes d’antan, mais il faudra encore quelques décennies pour que le bois se patine. Et si une trentaine des peintures originales y sont exposées à nouveau (dont le cycle consacré à saint Maurice), pour les autres, ne restent que des espaces vides noircis par les flammes… Le site a néanmoins conservé une vraie magie.
Tessin
Tout au sud des Alpes, par-delà le col (ou le plus long tunnel routier du monde…) du Saint-Gothard, le Tessin, c’est la Suisse version « dolce vita », le seul canton helvétique où l’italien est l’unique langue officielle.
Splendide Tessin qui, en une même journée ensoleillée, peut vous faire passer des étincelants glaciers aux palmiers des rives du lac Majeur. Le Tessin, ce peut être aussi un authentique cappuccino sur la Piazza Grande de Locarno, une simple mais délicieuse halte dans un petit grotto, ces restaurants locaux typiques perdus dans les vallées, une séance de lèche-vitrine à Lugano ou encore une randonnée dans les collines du Mendrisiotto, région qui, en cette année 2015, ne sera qu’à une petite heure de route de l’Exposition universelle de Milan.
Les trois châteaux de Bellinzone

Bellinzone s’amarre au pied du Gothard. Une position stratégique qui a valu à cette petite cité déjà très méditerranéenne avec ses piazzas pastel d’être superbement fortifiée avec trois châteaux, bâtis entre les XIIIe et XVe s.
Le plus beau est, sans conteste, le Castello Montebello. Derrière le pont-levis et la double enceinte, le donjon central abrite le Museo archeologico e civico. Le Castelgrande, flanqué de deux tours hautes de 28 m, est, lui, le siège du Museo storico archeologico e artistico avec un superbe ensemble de fresques Renaissance sur bois.
On grimpera enfin jusqu’au Castello di Sasso Corbaro, qui trône à 230 m au-dessus de la ville et dont on a vraiment peine à croire que 6 mois suffirent à le construire... Cet « ensemble remarquable de structure défensive de la fin du Moyen Âge contrôlant un col alpin stratégique » est désormais classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO.
Lugano, côté sommets

Lugano a les pieds dans l’eau de son lac et la tête dans les nuages. Le San Salvatore, appelé aussi « pain de sucre » se dresse majestueusement au-dessus de la cité, façon Rio des Alpes. Côté est, le Monte Brè (925 m est l’un des sommets les plus ensoleillés de Suisse. Depuis 1912, un gentil funiculaire part à son assaut depuis Cassarate, pour un panorama difficile à égaler.
Fribourg et sa région

La région de Fribourg n’a fait que tardivement et discrètement sa révolution industrielle. Et c’est finalement une chance pour le visiteur, qui découvrira ici une nature certes cultivée mais étonnamment préservée, et des villes, bourgs et autres villages qui semblent vivre encore au Moyen Âge.
Comme Gruyères, lové au pied de son château, qui compte, sans discussion possible, parmi les plus beaux villages de Suisse. Comme Morat ou Estavayer-le-Lac sur les rives de ce qu’on peut appeler la « Riviera fribourgeoise ». Ou comme Fribourg, enfin, capitale et centre économique du canton, dont la Vieille Ville a été superbement conservée.
Territoire riche en patrimoine, la région de Fribourg a tout autant le sens de la fête : avec moult manifestations populaires, comme la Désalpe quand, à l’automne, les vaches joliment fleuries quittent les alpages. Le cœur des Fribourgeois vibre ensuite pour la Bénichon, qui marque la fin des gros travaux dans les champs, et dont le menu traditionnel peut comprendre jusqu’à 14 plats.
Les Fribourgeois (familièrement appelés les Dzodzets) tiennent par-dessus tout à conserver le goût des produits du terroir : celui du fromage Le Gruyère AOP, bien sûr, mais aussi ceux de la cuchaule à la moutarde de Bénichon, du jambon fumé à la borne, des poires à Botzi, des meringues à la crème double, crème qui entre également dans la composition du délicieux gâteau à la crème du Vully. Ce Mont-Vully dont les coteaux bien orientés accueillent le plus petit vignoble de Suisse.
Gruyères

Joliment perchée sur une colline, au débouché de la vallée de l’Intyamon qui cache de superbes vieux villages comme Grandvillard ou Lessoc, l’ancienne capitale des comtes de Gruyères, qui ont régné sur la région jusqu’en 1554, n’a, elle non plus, rien perdu de sa superbe. Le village est, à juste titre, considéré comme l’un des plus beaux de Suisse avec sa rue principale toujours pavée et bordée d’élégantes maisons médiévales qui grimpe doucement vers l’ancien château comtal posé là depuis le XIIe s.
Si le donjon est vieux d’un siècle de moins (XIIIe s), le château que l’on visite aujourd’hui a été agrandi au XVe s. Après (ou avant, à vous de voir !) la visite du château, on pourra pousser la porte de deux étonnants musées, consacrés l’un à Hans Ruedi Giger, artiste multitalent, inventeur de la créature du film Alien notamment, l’autre au bouddhisme tibétain avec une impressionnante collection de pièces, pour certaines très anciennes.
Et Gruyères, évidemment, a donné depuis le XVIIe s son nom à un fameux fromage fabriqué dans ces Préalpes depuis au moins l’Antiquité. Gruyère sur lequel on apprend tout ou presque dans la fromagerie de démonstration de Pringy, l’une des premières créées en Suisse, en 1969, ou en grimpant jusqu’à la fromagerie d’alpage de Moléson, qui date, elle, du XVIIe s et fabrique encore, comme autrefois, le fromage au feu de bois.
Enfin, pour une expérience encore plus authentique, le Sentier des fromageries permet d’aller frapper au hasard à la porte d’une ferme d’alpage.
Morat

Cette adorable petite ville médiévale, fondée au XIIe s par le duc Berthold de Zähringen, se dresse, sereine, sur une colline dominant l’une des rives du lac du même nom. Située sur un axe de communication nord-sud reliant Rome à la Germanie, Morat était déjà présente du temps des Romains sous le nom de Muratum. Elle est entrée dans l’histoire de la Suisse en 1476 avec la seconde grande défaite de Charles le Téméraire face aux confédérés (alliés de Louis XI).
On franchit aujourd’hui encore des remparts quasi intacts par la porte de Berne (XVIIIe s) et son horloge (remontée à la main depuis 1778 !). Belle perspective sur la Grand-Rue (Hauptgasse), ses arcades et ses façades des XVIIe et XVIIIe s, ses enseignes d’hier ou d’aujourd’hui, peintes ou en fer forgé, et ses entrées de caves. À gauche, la Französische Kirchgasse conduit en un rien de temps vers l’église française, sobre petit édifice gothique du XVe s (vue imprenable sur le lac depuis le jardin). À droite de la porte, la Deutsche Kirchgasse mène, elle (logiquement pour les germanophones !), à l’église allemande des XIVe et XVIIIe s, mi-gothique, mi-baroque et qui abrite une chaire du XVe s sculptée dans un seul tronc de chêne.
Juste derrière l’église, des escaliers de bois grimpent vers les remparts et l’adorable chemin de ronde qui offre de jolies vues sur les toits de la ville ou sur le lac depuis la plus haute tour. En redescendant, à hauteur du café-pension Ringmauer, on peut voir le mécanisme de l’ancienne horloge (1816) de la lanterne de l’hôtel de ville. La Kreuzgasse mène ensuite à l’hôtel de ville, sa tour baroque, ses arcades du XVIe s et son balcon ouvert sur le lac. En suivant la Rathausgasse, on atteint le château construit en 1255 par Pierre de Savoie. S’il ne se visite pas, on peut toutefois pénétrer dans sa cour-jardin.
Valais

Tout le monde connaît l’inimitable silhouette du Cervin et les pittoresques et chic stations que sont Zermatt, Crans-Montana, Verbier ou Saas-Fee.
Mais le Valais (Wallis en allemand), c’est aussi la haute vallée du Rhône vers laquelle dégringolent d’autres petites vallées, et des villages de chalets arrimés aux flancs des montagnes qui crèvent le plafond des 4 000 m (le Valais compte 45 sommets à ces altitudes !). Ce sont aussi des glaciers étincelants, de fières roches, de petites villes grésillant sous un soleil déjà méridional.
C’est aussi le plus gros producteur de vin de Suisse, des vins musclés, fruités, produits des vignes étagées au-dessus de la plaine jusqu’au vertige. Le Valais, c’est encore un pays de traditions solidement ancrées, à commencer par ces fameux combats de reines qui opposent les vaches meneuses des troupeaux de la race d’Hérens.
Le Valaisan a gardé le sens de la fête. Et celui de l’accueil. Alors, allez dans les petits bistrots, commandez un verre de Malvoisie ou de Petite Arvine, et goûtez à la Viande Séchée du Valais IGP ou, bien évidemment, à la raclette inventée ici.
Faites ensuite quelques balades digestives : avec plus de 8 000 km de sentiers balisés, chacun trouvera chemin à sa chaussure, en sous-bois dans l’odeur des mélèzes, au travers des vignes ou au long des bisses, ces étonnants canaux d’irrigation en altitude spécifiques au Valais.
Grimentz

La vallée du Rhône s’éloigne ; la petite route, tortueuse, se hisse sur la rive gauche du Val d’Anniviers, riche encore en anciens moulins. Enfin, à 1 572 m d’altitude, dans un grandiose cadre de montagnes cernées de forêts de conifères propices aux randonnées, on atteint Grimentz, petit bijou de vieux bois brûlé par le soleil.
Son noyau historique compte, sans conteste, parmi les plus beaux du Valais. Un vrai village de carte postale avec ses ruelles étroites bordées de chalets plusieurs fois centenaires et presque noyés sous les géraniums. On y découvre également d’anciens greniers, sur pilotis, du XVIIe s, très ingénieux avec leurs grosses pierres plates qui empêchaient les rongeurs de s’y hisser.
Dans le vieux village de Grimentz, l’eau est partout ou presque, du torrent bouillonnant qui fait tourner la roue du moulin à de plus disciplinées fontaines animées. Mais c’est bien du vin que cache la cave de la fière Maison bourgeoisiale (1480-1550), dans de vieux tonneaux en mélèze où vieillit le Vin du Glacier – spécialité locale qui remonte à l’époque de la transhumance. D’autres barriques sont entreposées dans les trois Caves blanches en pierre situées derrière l’église.
La station moderne, en contrebas du village, accueille l’arrivée du célèbre Grand Raid, course VTT redoutable pour les mollets, qui relie Verbier à Grimentz.
Abbaye de Saint-Maurice

Située dans la vallée du jeune Rhône, sur la route conduisant de Rome en Gaule et en Germanie par le col du Grand-Saint-Bernard, la région a vu défiler de nombreuses légions. La légende dit que Maurice, chef de la légion thébaine (chrétienne), y a subi le martyre avec tous ses soldats pour avoir refusé de tuer des chrétiens, à la fin du IIIe s. En 515, Sigismond, futur roi des Burgondes, y fonde une abbaye au pied d’une impressionnante falaise.
S’imposant bientôt comme un des principaux lieux de pèlerinage des Alpes, elle accumule peu à peu les trésors. Une quarantaine de moines augustiniens occupent toujours les lieux et l’enseignement dispensé dans leur collège est réputé à des kilomètres à la ronde. C’est, au-delà, la plus ancienne abbaye d’Europe occidentale n’ayant jamais cessé d’être en activité : 1 500 ans en 2015 !
Victime de plusieurs éboulements et d’un incendie, la basilique présente un style assez composite. Le vieil ambon (pupitre) ciselé du VIIIe s y voisine ainsi avec des lampes modernes évoquant les martyrs thébains… On y visionne un petit film d’introduction, avant de découvrir les vestiges des sanctuaires primitifs qui occupèrent successivement les lieux. Un autel dédié aux nymphes y existait déjà aux temps romains ! Le plus intéressant vient ensuite : le fabuleux trésor, l’un des plus précieux de la chrétienté. Fantastique !
Glacier d'Aletsch

Avec ses 23 km de long pour 27 milliards de tonnes de glace, le glacier d’Aletsch est le plus grand glacier des Alpes. Il est dominé par 9 sommets de plus de 4 000 m. Ces géants des Alpes se laissent admirer depuis une succession de points de vue atteints aisément par téléphérique ou télécabine depuis la vallée de Conches.
La beauté de ce panorama a valu à toute la région d’être inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Et si vous cherchez un autre point de vue incontournable, faites un détour par Crans-Montana. Son panorama alpin unique au monde déroule une puissante frise blanche sur 200 km de long. En prime? Une vue imprenable sur les sommets qui forment la mythique « Couronne Impériale » dominant la verte vallée du Rhône brodée de vignes.
Vaud - Région du Léman
Posés au sud-ouest de la Suisse, complétement francophone, le canton de Vaud (région du Léman) regroupe des territoires d’une extrême variété : en moins d’une heure, on peut passer de l’ambiance très alpine des Diablerets (au pied du plus haut sommet du canton à 3 210 m d’altitude) aux rives déjà presque méditerranéennes de la Riviera vaudoise vers Vevey ou Montreux (et son célébrissime Jazz Festival), des pâturages encore sauvages du Jura aux sublimes paysages du vignoble de Lavaux, inscrits au Patrimoine mondial de l’UNESCO ; d’une vallée de Joux façonnée par la haute horlogerie aux agréables plages familiales d’Yverdon-les-Bains...
Le Léman, ouvert sur le monde

Mais le centre de gravité démographique du canton de Vaud se situe incontestablement sur les bords du Léman. Les rives du plus grand lac alpin d’Europe hébergent la grande agglomération genevoise et la plus grande densité de population du canton de Vaud, autour de son chef-lieu : Lausanne.
Comparée à certains cantons alémaniques, cette vaste région urbaine n’est que moyennement industrialisée, mais elle se rattrape dans le secteur tertiaire, notamment à Lausanne avec l’enseignement (le campus est d’importance) et la médecine de pointe (le Centre hospitalier universitaire est le plus gros employeur de la ville).
Un vrai dynamisme qui a contribué à installer sur les bords du Léman une population très cosmopolite. Ce qui explique également l’art de vivre que cultive le canton de Vaud, entre vie culturelle intense et gastronomie typique.
Le vignoble en terrasses de Lavaux

Lausanne s’efface à peine que les premiers ceps s’accrochent déjà aux pentes raides dominant le Léman. Voici Lavaux et ses incroyables vignobles aux 10 000 terrasses, étirés sur près de 30 km entre les villages de Lutry et de Saint-Saphorin.
Introduite dès l’époque romaine, la vigne, tournée vers le soleil du sud, a sur- tout conquis la région à partir du XIIe s, à l’instigation des moines cisterciens. Elle la recouvre aujourd’hui entièrement, sur 614 ha d’un paysage à couper le souffle, classé en 2007 au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Quelque 250 familles y cultivent en majorité le chasselas (le blanc représente 80 % de la production). Petites routes tortueuses et chemins de randonnée sillonnent le coin de village en village, invitant à profiter des fabuleux panoramas au gré de haltes répétées dans les restaurants et caveaux ouverts à la dégustation.
On découvre souvent le vignoble au départ de Lutry, charmant village au bord du lac qui mérite une promenade, avec sa Grand-Rue et ses venelles bordées de passages voûtés, de belles maisons typiques, de cours et de boutiques d’artisans. On peut déguster les vins blancs du cru, aux notes de rose et de pamplemousse, au Caveau des Vignerons avant d’aller visiter le vieux château (XVIe s), devenu Hôtel de Ville, connu pour ses belles peintures murales.
Empruntez ensuite la route de la Corniche : étroite à souhait, elle sinue à flanc de coteau, à travers les vignes, offrant d’invraisemblables panoramas sur le Léman et les Alpes en toile de fond. Venant de Lutry, il faut quitter la route du lac et s’élever vers Aran, Riex, Épesses (difficile de se garer ici !), Chexbres et, enfin, Saint-Saphorin.
Au-dessus d’Épesses, on ira voir la tour de Marsens (XIIe s), qui servait de vigie et de refuge aux moines travaillant dans les vignes. Plus haut, on rejoint Grandvaux (au pied de l’autoroute), où l’on pourra voir la maison du Bailli (1594), le clocher roman de l’église (XIIe s) et… une statue de Corto Maltese, en souvenir des 10 années qu’Hugo Pratt passa dans le village ! Plus bas, sur le lac, le gentil bourg de Cully, avec son chêne deux fois centenaire (1798).
Pour les plus courageux, huit circuits balisés (de 2,1 à 5 km) permettent d’explorer les vignobles de Lavaux ; demandez la carte dans les offices de tourisme locaux. La randonnée dite des Trois Soleils s’étire, elle, sur 12,3 km entre Lutry et Saint-Saphorin (panneaux jaunes). Autre option : la grande traversée d’Ouchy au château de Chillon en 2-3 jours (35,8 km ; 9 h de marche effective). Suivre les panneaux bleus ornés d’une grappe de raisin avec une tête souriante en forme de soleil.
Le musée Olympique de Lausanne

C’est un nouveau musée agrandi, entièrement repensé et réaménagé avec des animations numériques, qui a rouvert ses portes fin 2013. Précédé d’un parc semé de sculptures de grands artistes contemporains (comme Niki de Saint Phalle ou Calder) sur le thème du sport, il intègre aussi une piste d’athlétisme et un amphithéâtre de verdure.
Le musée s’organise sur trois niveaux, qui présentent chacun une dimension de l’olympisme. Le premier explore l’histoire des Jeux depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, en passant bien sûr par l’action de Coubertin pour les faire renaître, puis le trajet de la flamme vers les villes olympiques. Le 2e niveau est consacré aux compétitions proprement dites, entre portraits d’athlètes et matériel – chaussures de Jesse Owens (1936) et Michael Johnson (dorées !), maillot de Michael Phelps, skis des paralympiques ou encore bobsleigh pour deux de l’équipe suisse des années 1920 (sommaire !). Des images diffusées en boucle ramènent à l’émotion de l’instant.
La dernière partie du musée évoque l’esprit olympique, à travers la découverte des villages olympiques, des règles, de l’entraînement, des interviews de sportifs… Saviez-vous que, aux JO de Paris, en 1924, le menu des athlètes comprenait une demi-bouteille de vin ou de bière ? On termine par un spectacle audiovisuel à 180°C avec les médailles. Si, après tout cela, vous ne vous sentez pas l’âme d’un champion…
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