Province de Ha Giang (Vietnam) : les coups de coeur d'Olivier Page

Col de Ma Pi Leng © pomphotothailand - stock.adobe.com

Olivier Page

Découvrez les coups de cœur d’Olivier Page, responsable éditorial du Routard Vietnam, dans la méconnue province de Ha Giang, au nord-est du pays.

 Malouin d’origine. A 16 ans il réalise un long tour de France en mobylette. Son aptitude à la vie nomade, sa curiosité pour les cultures, son goût des autres ont conduit ce Breton d’âme fugitive à collaborer naturellement avec le Routard. Depuis 1990, il parcourt le monde, pour découvrir d’autres lieux, d’autres gens. Et faire partager ses plus belles découvertes à ses  lecteurs.

Tes coups de cœur dans la province de Ha Giang ?

Tes coups de cœur dans la province de Ha Giang ?
Tisserande à Lung Tam © Olivier Page

- Le col de Ma Pi Leng et le plateau de pierre. 

Le col de Ma Pi Leng n’est pas très élevé (1 200 m), mais, quand on y arrive au terme d’une route étroite et sinueuse, on a la sensation étrange d’être à 4 000 m d’altitude. Non pas par manque d’oxygène, mais parce que le paysage est si accidenté, la vallée si profonde, les montagnes aux alentours si découpées, que l’on se croirait en haute montagne. Au col, une plate-forme d’observation domine ce vaste paysage et le canyon vertigineux de la rivière Nho Qué.

Le plus étrange est la nature du sol qui forme un paysage rocailleux, aride, désolé, semé de quelques buissons et d’herbes sauvages, ici et là. Et toujours ces aiguilles calcaires mal découpées, ces pitons rocheux ciselés comme si le temps les avait grignotés.

J’ai même vu sur un versant abrupt d’une montagne, une bicoque en bois plantée dans un jardinet… Non, ce n’était pas un mirage, un pauvre habitant y demeure haut perché, loin de tout, au cœur d’un étrange univers minéral. Cet habitant solitaire ignore probablement que ce plateau de pierre si rude, si difficile à vivre, est classé désormais comme parc géologique sous le nom de Géopark, ceci pour le grand bonheur des touristes de passage.

- Le Palais de Vuong Chinh Duc à Sa Phin.

À 12 km de Dong Van, le palais de Vuong Chinh Duc se cache sur une petite colline boisée au-dessus du village de Sa Phin. Manoir ou château ? Il s’agit d’un palais-forteresse, entouré de murs, construit sur le modèle des demeures des mandarins chinois : les Yamen. L’ensemble consiste en plusieurs bâtiments en bois, de deux étages, abritant 64 pièces au total réparties autour de trois cours intérieures.

Jusqu’en 1954, ce fut la demeure privée du roi de Sa Phin, Vuong Chinh Duc, un notable local fortement enrichi dans la culture du pavot et le commerce de l’opium. L’opium était vendu par le roi aux Français qui en tiraient un profit considérable pour les caisses de la colonie. À l’époque, le palais pouvait héberger une centaine de personnes, dont une garnison de miliciens armés chargés de la sécurité de la demeure et de l’entrepôt d’opium. Après le départ des Français du nord du Viêt Nam en 1954, le propriétaire s’exila et son palais fut confisqué par l’État communiste.

Aujourd’hui, il se visite. Clin d’œil de l’histoire, c’est mademoiselle Vuong Thi Tro, arrière-petite-fille du dernier roi, née dans ce palais, qui assure les visites de groupe en tant que guide.

- Le village de tisserands de Lung Tam. 

À une dizaine de kilomètres au nord de Quan Ba (et à 47 km de la ville de Ha Giang) en suivant la route RC4, on arrive au village de Lung Tam, habité par des Dzao, une minorité ethnique venue autrefois de Chine. Il abrite un atelier de tisserands, remarquable endroit qui ignore la révolution industrielle et les machines électroniques.

Comme le lin, le chanvre est une plante cultivée pour sa tige qui fournit une excellente fibre textile, à la fois ferme et flexible. À Lung Tam, ce n’est pas le chanvre indien qui pousse (avec lequel on fait le hachisch), mais le chanvre vietnamien. Les locaux n’en tirent aucune drogue. Ils cultivent le chanvre pour en faire des toiles. L’atelier de tisserands du hameau de Ho Tien emploie des adolescentes en apprentissage et des dames âgées.

Gandhi aurait été enchanté à la vue du métier à tisser traditionnel actionné avec les pieds et les mains par une seule personne. Aucune technologie moderne ici, tout se fait à l’ancienne. Récolte du chanvre dans les champs, séchage des tiges, filage, tissage et confection de la toile. Ces toiles sont ensuite colorées avec des  teintures végétales uniquement, dont l’indigo, teinture bleu foncé qui provient de l’indigotier. Ce travail patient et méticuleux donne naissance à des toiles de chanvre, douces au toucher et belles à voir.

Avant de partir, je passe à la boutique, attenante à l’atelier, et j’achète un sac à main en toile de chanvre pour Nostalgie, mon épouse vietnamienne restée à Paris. Du haut de gamme « ethnique-chic » à prix très sages !

Tes adresses préférées pour dormir ?

Tes adresses préférées pour dormir ?
© Olivier Page

- Bong Hostel : si vous commencez votre voyage dans la province par la ville de Ha Giang, alors c’est au Bong Hostel qu’il faut loger. Ce petit hôtel économique est idéal pour les routards et les motards à petit budget, nombreux sur les routes de la région. À l’accueil, on parle anglais. Dortoirs de 12 et 14 lits dans les étages, simples, mais propres et climatisés, avec salle de bain collective. Cafétéria au rez-de-chaussée. Parfois les repas se prennent en commun dans cette pièce unique, et les hôtes mangent assis par terre. Avantage, on peut y louer des vélos et des motos (style Honda 100 cc), 200 000 Dg/jour.

- Guest House Xuan Thu : la meilleure adresse de Dong Van (à 1 060 m d’altitude) pour voyageurs à petit budget. Il s’agit d’une petite auberge économique tenue par M. Hung, un jeune Vietnamien dynamique qui parle bien l’anglais. Les chambres sont simples, mais propres, équipées de la climatisation réversible (été-hiver). La plupart ont une baie vitrée donnant sur le marché ethnique. Fait aussi cafétéria et restaurant. On y mange des pancakes, des sandwiches et des petits plats vietnamiens classiques à prix doux. Le patron organise des excursions à moto dans la région de Dong Van. Possède une seconde guesthouse (on dit homestay) à Lung Cu, dans un site superbe à la frontière du Viêt Nam et de la Chine.

- Les maisons d’hôtes (homestay) Dzao du village communautaire de Nam Dan. Nous sommes ici dans la partie sud-ouest de la province de Ha Giang. Dormir chez l’habitant, dans une famille, est possible et facile. On se débrouille avec quelques mots d’anglais et de vietnamien.

Au village de Nam Dan, dans une vallée fertile et verte, l’ethnie Dzao à Longues Tuniques (c’est son nom) constitue l’une des branches des Dzao venus de Chine il y a 3 siècles. On y trouve plusieurs maisons d’hôtes, tenues  par les membres d’un même clan : les Ly. Chez Ly Quoc Thang on est reçu par un couple charmant d’une quarantaine d’années, d’authentiques Dzao en costume traditionnel noir orné de bandes colorées chez les femmes (et souvent de bijoux plaqués argent). 

En pierre au rez-de-chaussée, en bois à l’étage avec une véranda extérieure, leur maison abrite à l’étage une sorte de grenier aménagé en dortoir collectif avec des matelas sur le plancher et des couvertures pour l’hiver. Les toilettes sont à l’extérieur. Plus loin, d’autres maisons d’hôtes du même type tenues par des cousins des Ly. Les repas se prennent sur place.

Tes bonnes adresses pour manger ?

Tes bonnes adresses pour manger ?
Marché ethnique © Olivier Page

- Les tables d’hôtes chez les habitants des villages ethniques. Par exemple, les tables des maisons d’hôtes (homestay) du village communautaire de l’ethnie Dzao de Nam Dan (voir adresse dans la rubrique Hébergement). Le principe est simple : que le voyageur ait réservé ou pas, il trouvera un lit en dortoir, c’est-à-dire un matelas sur le plancher à l’étage et le dîner inclus dans le prix du séjour.

Les repas du soir se prennent tôt : vers 19 h, rarement plus tard. Les hôtes se retrouvent assis par terre sur des coussins, jambes repliées, assemblés autour d’une grande table basse. Sur celle-ci une multitude de plats ont été disposés par la maîtresse de maison. L’ambiance est communautaire, chaleureuse et conviviale. On y déguste une cuisine familiale, rustique et traditionnelle, faite à partir des produits du jardin ou du marché local.

Difficile de trouver plus naturel, plus sain, que cette cuisine des montagnes. Des légumes en veux-tu en voilà, présentés dans des coupelles : épinards, choux, tomates, brocolis, concombres… De la viande de porc, de chèvre ou de poulet, provenant de la ferme ethnique. Et, bien sûr, ce qui donne sa saveur et sa personnalité à la cuisine dzao sont les herbes (médicinales pour la plupart) et les sauces.

Selon les familles, on sert aussi des soupes (pho) ou des raviolis vietnamiens (banh cuon), et toujours des rouleaux de printemps (nem). Au dessert, des fruits frais venant aussi du verger communautaire. On boit de la bière vietnamienne et de l’alcool de riz. Compter 100 000 Dg/pers  (4 €) pour un repas.

- Les éventaires de cuisine autour des marchés ethniques. Ce sont les meilleurs endroits pour manger à prix doux des produits qui ne portent pas le label bio et qui pourtant le sont. À Ha Giang, à Quan Ba, à Sa Phin, à Meo Vac, mais surtout à Dong Van (tous les jours), les marchés ethniques rassemblent des foules de marchands, de fermiers et de villageois, tous venus des hameaux pour vendre leurs spécialités alimentaires.

Des légumes : salades, choux, carottes, pommes de terre, tomates, brocolis, concombres… Ils sont tellement beaux à voir qu’on a envie de les manger crus. Si vous aimez la viande : la chèvre est sur tous les marchés et sur toutes les cartes de restaurants, et on trouve aussi du porc, du poulet, du bœuf… Les fruits les plus courants sont les mandarines et les bananes. Le riz provient des rizières situées dans le fond des vallées. Lui aussi est bio, tout comme le miel qui est élaboré dans des recoins de la montagne, parmi les plus dures rocailles.

Parfois, on rencontre un vendeur de noix. Elles ressemblent aux noix européennes, et sont délicieuses, car les noyers poussent bien à cette altitude où l’air n’est pas pollué.  Curieusement, beaucoup de Vietnamiens des villes n’ont jamais croqué une noix. En revanche, on ne conseille pas le poisson de mer qui arrive à Ha Giang congelé.

À Dong Van, une spécialité à savourer : les Tam Giac Mach Gion (crispy cakes) ce sont des friandises sucrées faites à partir d’une poudre de fleur, mélangée à du maïs. Ces fleurs roses poussent dans les champs du plateau de pierre, quand la terre le permet.

- Blue Sky Restaurant Food & Smoothies. On peut être humble et modeste, et proposer de la qualité à ses clients : c’est la devise de ce petit resto vietnamien sans prétention tenu par une dame attentionnée. On y sert de la cuisine locale fraîche et saine (sans produits chimiques) : rouleaux de printemps (nems), soupes (pho), nouilles frites, boulettes de viande, petites brochettes de chèvre, saucisses et aussi des plats végétariens (riz aux légumes, épinards, smoothies au melon ou à l’avocat…).

L’activité que tu recommandes ?

L’activité que tu recommandes ?
Route entre Yen Minh et Dong Van © filmlandscape - stock.adobe.com

C’est simple, l’activité principale c’est de voyager, c’est-à-dire de parcourir la grande boucle (loop) qui traverse la province. La boucle idéale est la suivante : Ha Giang-Dong Van-col de Ma Pi Leng-Meo Vac et retour à Ha Giang par les bourgades de Sung Mang, Lung Phin et Yen Minh. Cet itinéraire fait près de 350 km. Il faut prévoir suffisamment de temps. Compter donc 5 nuits et 6 jours, et ne soyez pas pressés.

Certains routards motorisés veulent faire ce grand tour en un temps record (3 jours/3 nuits). C’est une erreur. Sur les routes montagneuses de Ha Giang, on ne roule pas à plus de 40 km/h, parfois à 30 km/h dans certains secteurs où la route est très sinueuse. La prudence s’impose, surtout par temps de pluie.

On peut voyager en bus de nuit (durée 7 à 8 h) au départ de la gare routière de My Dinh à Hanoi pour atteindre la ville de Ha Giang. Sur place, on trouve facilement des loueurs de motos, notamment à l’hostel Bong (voir plus haut). Le casque est obligatoire. Ne pas compter faire ce périple en scooter, car il ne sera pas assez puissant pour gravir certaines routes pentues.

Les routes principales sont bitumées partout avec parfois des nids-de-poule, ou des passages en mauvais état (travaux). L’autre recommandation, c’est de loger chez l’habitant (minorités ethniques Hmongs noirs, Dzao, Nungs ou Lolos blancs) si possible, car c’est la meilleure manière de découvrir les cultures autochtones.

- Bon à savoir : il faut acheter un permis de séjour (Entry permit to the restricted area & border area) pour voyager dans la province. Il coûte environ 210 000 Dg (9 €), et il est valable 10 jours. Le service d’immigration de la ville de Ha Giang et les bureaux de police les délivrent. De plus en plus d’hôtels se chargent de cette formalité qui ne prend que 15 minutes.

Un coin secret à découvrir à Ha Giang ?

Un coin secret à découvrir à Ha Giang ?
Lung Cu © pomphotothailand - stock.adobe.com

Le site frontalier de Lung Cu. À l’extrémité nord de cette province montagneuse et sauvage, voici Lung Cu, au terminus d’une petite route. C’est d’ailleurs le point le plus septentrional du Viêt Nam. À 26 km au nord de Dong van, loin du tintamarre du monde moderne, Lung Cu est le poste frontalier qui fait face à la Chine (la province du Yunnan), le grand et puissant voisin du Viêt Nam.

Dans ce site remarquable, une tour en béton, coiffée du drapeau vietnamien, se dresse comme un phare dominant un vaste paysage aux horizons lointains. Du belvédère, un petit chemin mène à un village communautaire habité par les Lolos noirs, une minorité ethnique venue de Chine il y a 3 siècles. Le plus insolite dans ce bout du monde est de trouver un petit café (Cuc Bac) tenu par Yoshiro Igura, un Japonais qui est tombé en amour avec la région. Il habite dans une petite maison en pisé, de style traditionnel.

Ton meilleur souvenir de voyage ?

Ton meilleur souvenir de voyage ?
Ly Quoc Thang et sa femme © Olivier Page

Une soirée chez Ly Quoc Thang et sa femme au village communautaire de Nam Dan (voir plus haut), habité par des Dzao à longues tuniques. Quel bonheur de s’installer à la table d’hôte communautaire de cette bonne maison rustique et de savourer les plats que madame Ly a préparés toute la journée, aidée par sa sœur !

Grâce à mon guide, l’excellent Nguyen Van Hung (de l’agence Rues d’Asie, recommandée par le Routard), nous avons échangé facilement avec le maître des lieux. Grand et svelte, vêtu d’une tunique en toile noire (typique de l’ethnie Dzao), cet homme d’une quarantaine d’années s’exprime toujours avec le sourire. Quand il sourit, il dévoile des dents impeccables et blanches. Il pourrait être mannequin pour une marque de dentifrice vietnamien ! À l’origine, un pauvre fermier qui a eu le premier l’idée du tourisme durable pour développer son village.

Jovial et de bonne humeur, c’est aussi un bon vivant. Il suffit de trinquer avec lui en début de dîner pour voir que cet homme n’inspire pas la mélancolie. Au contraire ! Il élabore lui-même un alcool de riz délicieux et naturel, mais assez fort, servi dans de petits gobelets en porcelaine.

Monsieur Ly ne parle pas anglais (son fils oui), uniquement le vietnamien et le dialecte local. On arrive à se comprendre quand même. Tout se passe dans la simplicité chaleureuse d’une auberge ethnique, loin du brouhaha du monde moderne. Les 10 jeunes convives étrangers (canadiens, américains, hollandais, français) essaient de manier les baguettes pour se régaler.

Au menu, riz, rouleaux de printemps, salade de haricot et de choux, viande de chèvre, lardons, maïs, omelettes, tofu, autant de produits sains et naturels, bio peut-on dire, car provenant tous du jardin potager familial. Ce soir-là j’ai senti que la communication entre les êtres ne passe pas que par le langage, mais par des attitudes, des gestes simples, des attentions. Et que l’on peut se passer du superflu… pourvu que le facteur humain guide nos pas. C’est la leçon que nous délivrent, semble-t-il, les habitants de la province de Ha Giang.

Les bonnes adresses d’Olivier

- Bong Hostel à Ha Giang. 63-65 rue Minh Khai. Tél. : 09-15-12-19-87. E-mail : bonghostel@gmail.com Compter 130 000 Dg/pers/nuit.

- Guest House Xuan Thu à Dong Van. En face du marché. Tél. : 168-754-07-62. Chambre double 180 000 Dg.

- Les maisons d’hôtes (homestay) Dzao du village communautaire de Nam Dan. À 2 km au nord de Quan Ba (Tam Son), petite ville située à une cinquantaine de kilomètres au nord de Ha Giang. Tél. : 460-14-25 ou port. : 164-363-18-92. Compter 80 000 Dg/pers (3 €) pour une nuitée (repas non inclus).

- Blue Sky Restaurant Food & Smoothies : 98, Ly Tu Trong, Phuong Minh Khai, ville de Ha Giang. Tél. : 098785-93-98. Plats 80 000-200 000 Dg.

 

Texte : Routard.com

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