Les maisons d'artistes en France

05 janvier 2015

« On ne met pas son passé dans sa poche ; il faut avoir une maison pour l’y ranger ». (Jean-Paul Sartre, La Nausée)
Les maisons d’artistes ont-elles gardé leur âme ? Celle de leurs recherches et de leurs passions ? Que nous apprennent-elles sur leurs anciens occupants ?
Visiter ces demeures permet de rentrer dans l’intimité d'hommes célèbres qui, pour la plupart, étaient en quête de tranquillité créative. C'est aussi découvrir des lieux résolument à part, dans lesquels le quotidien devenait une oeuvre d'art, une source d'inspiration.
Petite sélection des plus belles maisons d'artistes de France, de la Vallée aux Loups de Chateaubriand au château de Voltaire à Ferney, en passant par le château de la Brède de Montesquieu ou l'atelier de Delacroix à Saint-Germain-des-Prés.
Maison de Rosa Bonheur à Thomery

Vous avez dit shocking ?
Une peintre extravagante, appréciée des étrangers.
Rosa Bonheur (1822-1899) s’habille en homme, vit avec son amie anglaise Nathalie Micas et sa mère, fréquente le colonel Cody alias Buffalo Bill. Rosa Bonheur choque les notables du Second Empire !
Célèbre à Paris dans son atelier de la rue d’Assas, c’est au hameau de By, en lisière de la forêt de Fontainebleau, que Rosa se retrouve en 1859 dans une grande maison de style normand.
La communauté de femmes gère le domaine, installe une véritable ménagerie servant de modèle à l’artiste. Même les lions – apprivoisés – circulent dans la maison. L’impératrice Eugénie vient lui rendre visite.
Puis arrive une jeune peintre américaine, Anna Klumpke, qui aidera Rosa à terminer La Foulaison, et redonne goût à sa vie. Cette grande amie sera sa légataire universelle et saura préserver l’atelier et la maison de Rosa Bonheur.
Musée de l’atelier de Rosa Bonheur, Château de By, 77810 Thomery.
Maison de Chateaubriand à Châtenay-Malabry

Le romantique absolu
« Je suis attaché à mes arbres… Un jour, ils protègeront mes vieux ans, comme j’ai protégé leur jeunesse » (Chateaubriand)
1807 : Chateaubriand (1768-1848) est condamné par l’Empereur à être « éloigné de Paris au moins de deux lieues ». L’écrivain achète ainsi une « maison de jardinier cachée parmi les collines couvertes de bois » à la Vallée aux Loups.
L’auteur d’Atala et du Génie du Christianisme plante des arbres venus du Proche-Orient et d’Amérique du Nord, aménage la demeure où il vivra dix ans avec son épouse Céleste. Hélas, ruiné, il vend la propriété en 1818 à Montmorency qui la loue à Madame Récamier. Et Chateaubriand de s’y rendre en visiteur pour voir sa belle amie.
Classé en 1939, le domaine a été restauré. On y voit toujours l’escalier à double volée « disposé pour y mettre des fleurs ». La maison semble habitée avec son mobilier et ses tableaux, la tour Velléda est toujours présente au milieu des arbres.
La Vallée aux Loups, Maison de Chateaubriand, 87, rue Chateaubriand, 92290 Châtenay-Malabry.
Maison de Jean Cocteau à Milly-la-Forêt

« Je reste avec vous »
Un jardin, des souvenirs et la maison des dernières années.
C’est en apprenant la nouvelle du décès de son amie Édith Piaf, que Cocteau (1889-1963), s’étouffe et décède d’une crise cardiaque. Il était dans sa maison de Milly-la-Forêt, achetée en 1947.
Dans cette demeure récemment restaurée et ouverte au public, on visite les bureaux et les salons où l’on retrouve les œuvres de Jean Marais, les dessins et photos de ses amis : Picasso, Warhol, Modigliani et Buffet parmi d’autres.
Sur les traces de Cocteau et de son chien, on se promène dans le jardin bucolique que l’on parcourt jusqu’au verger. Cette évocation passionnante du prince des poètes a été rendue possible grâce aux œuvres recueillies par son dernier compagnon Edouard Dermit et au mécénat de Pierre Bergé.
À la sortie de Milly, les murs de la chapelle Saint-Blaise-des-Simples, peints de fleurs par Cocteau, abritent la sépulture de l’artiste.
Maison de Jean Cocteau, 15, rue du Lau, 91490 Milly-la-Forêt.
Maison Eugène Delacroix à Paris

L’atelier refuge
« La vue de mon petit jardin et l’aspect riant de mon atelier me causent toujours un sentiment de plaisir ».
Malade, souhaitant éviter trop de déplacements pour terminer la chapelle de l’église Saint-Sulpice, Eugène Delacroix (1798-1863) s’installe en 1857 au cœur de Saint-Germain-des-Près.
Sur la place Furstenberg, cette maison pleine de charme fut la dernière demeure de l’artiste parvenu au faite de sa gloire. Chambre, salon, bibliothèque et atelier sont tapissés de ses peintures, pastels, dessins et lithographies. Le portrait de Jenny Le Guillou, sa fidèle gouvernante, côtoie les œuvres de ses proches, dont Huet, Colin et Riesener ainsi que ses fresques de l’abbaye de Valmont.
Le jardin, ouvert au public, est un havre de paix qui éclaire l’atelier. On voit la palette du peintre ainsi que de nombreuses photos et son portrait. Son mobilier, vendu à l’Hôtel Drouot en 1864, a été en partie reconstitué.
Maison Eugène-Delacroix, 6 rue de Furstenberg, 75006 Paris.
Maison d'Alexandre Dumas à Port-Marly

Tous pour lui
« J’aime qui m’aime », telle est la devise de Dumas à Monte-Cristo.
« Je veux un château Renaissance, accompagné d’un pavillon gothique au milieu d’un lac. Le parc sera à l’anglaise, avec des cascades…
- Mais cela va vous coûter deux cent mille francs !
- Je l’espère bien ! », dialogue Alexandre Dumas (1802-1870) avec son entrepreneur…
En 1847, tout est installé et Dumas tient table à Monte-Cristo, à Port-Marly, sur les pentes de Saint-Germain-en-Laye. L’écrivain travaille dans son pavillon surnommé le Château d’If, fait la cuisine, courtise les femmes, bavarde avec les amis. Trois ans plus tard, il est ruiné.
Il faut attendre 1970 pour qu’une campagne menée par Alain Decaux sauve le domaine. Le roi du Maroc devient le mécène de la chambre mauresque, réaménage les étages, aide à l’installation du musée.
Château de Monte-Cristo, 1, av. Kennedy, 78560 Port-Marly.
Maisons de Victor Hugo : Paris, Guernesey, Villequier

Le poète accompli
Amateur d’art et collectionneur, Victor Hugo aimait aussi décorer ses maisons.
Entre 1832 et 1848, la famille Hugo loue un appartement au deuxième étage de l’hôtel Rohan-Guéménée, place des Vosges à Paris. C’est là qu’il écrit ses œuvres principales dont Les Misérables et le début de La Légende des Siècles. Expositions et dessins animent le premier étage. Au second, le salon chinois et la salle à manger médiévale conçus pour sa maîtresse Juliette Drouet à Guernesey, mènent à son bureau et à sa chambre.
En 1851, proscrit, Victor Hugo part en exil en Belgique, à Jersey puis à Guernesey où il s’installe grâce aux droits d’auteur des Contemplations. Dominant l’océan, Hauteville House est une grande maison blanche qu’il décore d’antiquités. Il reviendra en France après la chute du Second Empire, en 1870.
- Maison Victor-Hugo, 6, place des Vosges, 75004 Paris.
- Hauteville House, Saint-Pierre-Port Guernesey, Iles Anglo-Normandes.
- Musée Victor-Hugo, Maison Vacquerie, Quai Victor-Hugo, 76490 Villequier.
Château de Montesquieu à La Brède

Écrivain et vigneron
« Nous devons à la mémoire de nos aïeux de conserver, autant que nous le pouvons, les maisons qu’ils ont possédées et chéries… ».
Montesquieu (1689-1755) écrit une grande partie de son œuvre, dont L’Esprit des Lois, au château bordelais de La Brède. Fier d’être propriétaire récoltant viticole : « La nature s’y trouve dans sa robe de chambre et au saut du lit », dit-il de cette demeure reconstruite au XVe siècle où il passe presque toute sa vie.
Façades disparates, tours dissymétriques environnées de douves semblables à un lac, salons immenses, lambris et caissons, bibliothèque, chambre et bureau, tout concourt à l’environnement paisible de cet écrivain humaniste. Il aimait particulièrement regarder par la fenêtre le parc à l’anglaise qu’il avait lui-même dessiné.
Château de La Brède, av. du Château, 33650 La Brède.
Maison-musée Gustave Moreau à Paris

Un symboliste à part entière
«J’aime tant mon art, que je ne serai heureux que quand je le ferai pour moi seul»
C’est sur les ordres même du peintre Gustave Moreau (1826-1898) que ce musée peu ordinaire est créé à ses frais et selon ses désirs. Il est situé dans la maison où il habite, son œuvre y est rassemblée et exposée.
Des thèmes mythologiques, littéraires ou bibliques sont traités tour à tour de façon académique, symboliste, voire abstraite sur des centaines de tableaux que l’on ne peut voir nulle part ailleurs. 5 000 dessins et aquarelles sont présentés dans des meubles mobiles.
L’appartement où vécurent ses parents et lui-même, les souvenirs de son amie Alexandrine Dureux, rien n’a changé de cet univers fantastique que l’on parcourt notamment par un escalier à volute.
Un monde étrange fait de visions, d’apparitions, de monstres et de chimères, de femmes inquiétantes, tels Salomé dansant, les Licornes ou Jupiter et Sémélé.
Musée Gustave-Moreau, 14, rue de La Rochefoucauld, 75009 Paris.
Auguste Rodin à Paris et Meudon

Les ateliers du génie
Un homme barbu à la silhouette puissante monte depuis la gare, vers la villa des Brillants à Meudon.
C’est le sculpteur Rodin (1840-1917), au faite de sa gloire en 1895. Il recherche ici la tranquillité, loin des admirateurs et des passions. Depuis la villa, la vue s’étend, magnifique, sur les rives de la Seine.
Dans la journée, Rodin se rend dans l’un de ses nombreux ateliers parisiens dont l’hôtel Biron. Le soir, il partage souvent une soupe au chou avec Anatole France dans la petite salle à manger rustique.
Rainer-Maria Rilke est son secrétaire. Les statues et les ébauches sont omniprésentes. La statue de Balzac se dresse sous les charmilles. Un grand pavillon décoré des vestiges du château d’Issy abrite ses esquisses, de la Porte de l’Enfer aux Bourgeois de Calais.
C’est à Meudon, où il est enterré, que l’on suit au mieux les différentes étapes de la création du maître. Léguées à l’État en 1916, ses œuvres achevées sont exposées à l’Hôtel Biron à Paris.
- Villa des Brillants, 19, av. Auguste-Rodin, 92190 Meudon.
- Musée Rodin, 79, rue de Varenne, 75007 Paris.
Maison de Pierre Loti à Rochefort

Les folies de l’officier de marine
Attention ! La maison de Pierre Loti est actuellement fermée pour d'importants travaux. Rendez-vous à l'espace Pierre Loti
Une maison familiale qui cache les décors festifs de l’écrivain.
Rien de plus fantastique, mais aussi cosmopolite, que cette succession de pièces théâtrales au décor tour à tour gothique, Renaissance, orientale ou asiatique.
Durant plus de 35 ans, Julien Viaud (1850-1923) les décore au retour de ses voyages lointains. Enrichi par ses droits d’auteur, il inaugure les salles lors de fêtes somptueuses comme le dîner Louis XI en 1888 ou la fête chinoise en 1903. La stèle d’Aziyadé est au centre de la mosquée. Le salon turc croule sous les soieries d’or et les marbres. Un moucharabieh s’ouvre sur la chambre arabe.
Après ces somptueux festins, l’ « Enchanteur » Loti, déguisé suivant les circonstances, aimait à fumer le narghilé avant de se réfugier dans sa chambre monacale et blanchie à la chaux.
Maison de Pierre Loti, 141, rue Pierre-Loti 17300 Rochefort.
Maison de François Mauriac à Saint-Maixant

Malagar, lieu d’inspiration
Une balade littéraire par les paysages des romans de Mauriac.
« Il faut bien que l’histoire que nous racontons se déroule dans des lieux qui nous soient familiers… ». Dominant la vallée de la Garonne, les vignobles, Langon et la forêt des Landes, le domaine familial de Malagar appartient à l’univers de l’écrivain François Mauriac (1885-1970). De magnifiques paysages et un intérieur chaleureux sont le cadre de ses romans dont le Nœud de vipères et la Chair et le sang.
Le rez-de-chaussée de cette maison patricienne est à visiter, sans oublier la cuisine par où rentrait toujours Mauriac. Le parc de 4 hectares avec l’allée de cyprès, le panorama depuis le moulin de Cussol, le verger et le chai rouge sont un cadre idéal pour une promenade évoquant l’académicien prix Nobel de littérature.
« De sa terrasse (Malagar), j’espère regarder l’éternité sans trop cligner des yeux », Les maisons fugitives.
Malagar, Centre François-Mauriac, 33490 Saint-Maixant.
Maison de Claude Monet à Giverny

Giverny, les couleurs de la palette
Crépi rose, volets verts, pièces aux tons chauds, fleurs à profusion…
À 43 ans, Claude Monet (1840-1926) refait sa vie avec sa maîtresse et ses enfants. Proche de sa Normandie natale, il découvre Giverny et s’y gorge de jardinage, de peinture et de couleurs. Il longe les berges de la Seine, achète un îlot, installe ses ateliers. Et Giverny lui apporte la réussite avec une exposition chez le galeriste Durand-Ruel.
Monet détourne un bras de l’Epte pour alimenter un étang franchi par un pont japonais et plante des nénuphars. Il reçoit ses amis, le peintre Gustave Caillebotte venu en bateau, ou encore Berthe Morisot et Mallarmé.
C’est la période des séries des Cathédrales, des Meules, des Peupliers, puis celle des Nymphéas jusqu’à son dernier jour. La maison, à l’abandon jusqu’en 1966, sera restaurée grâce à l’Institut de France et aux dons américains.
Fondation Claude-Monet, 84, rue Claude-Monet, 27620 Giverny.
Lire notre article Giverny et Rouen, sur les traces de Monet.
Maison de Marcel Proust à Illiers-Combray

Marcel et Tante Léonie
À la recherche du temps perdu
Le jeune Marcel Proust (1871-1922) passe ses vacances à Illiers, village de la Beauce, dénommé Combray dans ses écrits. «… Vu du chemin de fer quand nous y arrivions la dernière semaine avant Pâques, ce n’était qu’une église résumant la ville… ». Celle-ci porte dorénavant le nom d’Illiers-Combray.
La famille Proust se rend chez les parents Amiot. Billard, salon des dames, fumoir, salle à manger, un long couloir menant aux chambres, une lanterne magique sur le chevet… on y revit les pages de Du côté de chez Swann.
À visiter aux alentours : le jardin, la boutique où Élisabeth Amiot, alias tante Léonie, achetait ses madeleines, l’église de À la recherche du temps perdu, les rues et maisons de Pastiches et Mélanges, ou encore le Pré Catelan, modèle du parc de Tansonville de Swann et classé site littéraire.
Maison de Tante Léonie, musée Marcel-Proust, 4, rue du Dr-Proust, 28120 Illiers-Combray.
Pierre-Auguste Renoir à Cagnes-sur-Mer et Essoyes

La lumière sensuelle du peintre
Des milliers de tableaux en plein air sont l’œuvre impressionniste de Renoir.
Auguste Renoir (1841-1919) passa de nombreux séjours à Essoyes dans l’Aube, village natal de son épouse et modèle Aline Charigot. On y voit son atelier au fond du jardin, environné des décors champêtres chers à sa palette. En pleine gloire, il y fait une chute de bicyclette qui provoque des rhumatismes douloureux, l’obligeant à l’immobilité.
Le climat provençal de Cagnes-sur-Mer sera bénéfique à Renoir qui acquiert en 1907 le domaine des Collettes, peuplé de magnifiques oliviers et d’orangers. On l’imagine se protégeant du soleil sous son éternel chapeau, au milieu de sa famille et de ses amis. Il expose alors en Europe et aux États-Unis, participe à tous les Salons, se lance dans la sculpture.
En 1919, suite à une congestion pulmonaire, il sera enterré à Essoyes avec sa famille.
- Atelier Renoir, à Essoyes 10360 (ouverture en février 2011).
- Musée Renoir, à Cagnes-sur-Mer, Chemin des Collettes, 06800.
Jean-Jacques Rousseau : Chambéry, Montmorency et Ermenonville

Nomade et révolutionnaire
Toute sa vie, Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) ira de maisons en maisons. Quand il s’arrête, c’est pour écrire.
De 1735 à 1737, la maison savoyarde et isolée des Charmettes abrite les amours du jeune Genevois et de Mme de Warens. « Ô Maman ! dis-je à cette chère amie en l’embrassant… ce séjour est celui du bonheur et de l’innocence ».
Mme de Warens cultive des plantes médicinales, Rousseau élève des pigeons et des abeilles. La maison, symbole de la simplicité du bonheur, deviendra après la Révolution, un haut lieu de pèlerinage romantique.
Entre 1757 et 1762, Rousseau s’arrête au Mont-Louis de Montmorency. Une simple table de bois et une chaise face à une fenêtre donnent sur un jardin et des lilas. Au fond, un pavillon que Rousseau surnomme « le donjon ». C’est le cadre où il compose ses plus grandes œuvres : Julie ou la Nouvelle Héloïse, Du Contrat social, Émile ou De l’éducation.
En 1776, Rousseau, invité par le marquis de Girardin, se rend à Ermenonville. Un parc à l’anglaise et ses fabriques évoquent le retour à la nature. Il y botanisera quelques mois avant sa mort et son enterrement provisoire sur l’île des Peupliers.
- Musée des Charmettes, 890, chemin des Charmettes, 73000 Chambéry.
- Musée J.-J.-Rousseau, Le Mont-Louis, 5, rue Jean-Jacques-Rousseau, 95160 Montmorency.
- Parc Jean-Jacques-Rousseau, 60950 Ermenonville.
George Sand à Nohant et Gargilesse

La bonne dame de Nohant
George reçoit ses amis et ses amants à Nohant… pour le travail et pour le plaisir.
À Nohant, gentilhommière berrichonne du XVIIIe siècle, le cabinet de travail, la chambre, la salle à manger, la cuisine, les marionnettes de son fils Maurice, le jardin où elle repose, tout ici vibre encore de la fougue de George Sand (1804-1876).
Nohant où viendront Jules Sandeau son mari en 1830, puis Liszt, Balzac, Chopin, Delacroix, Rousseau, Dumas fils, Gautier, Flaubert, Tourgueniev, et bien d’autres… George écrit la nuit, galope le jour dans ce Berry qu’elle aime tant.
« A-t-on bien raison de tenir tant à ces demeures pleines d’images douces ou cruelles, histoire de votre propre vie, écrite sur tous les murs en caractères mystérieux et indélébiles qui, à chaque ébranlement de l’âme, vous entourent d’émotions profondes ou de puériles superstitions ? » Histoire de ma vie.
- Domaine de George Sand, 36400, Nohant-Vic.
- Maison de George Sand, 36190, Gargilesse.
Marquise de Sévigné à Grignan, Vitré et Paris

Tout l’esprit de la marquise
Trois demeures de charme pour cette femme de lettres du Grand Siècle.
Connue surtout par ses échanges épistolaires avec sa fille la comtesse de Grignan, Madame de Sévigné (1626-1696) relate les événements de son siècle, personnages de la cour ou problèmes religieux, sur le ton aimable du badinage.
1 500 lettres ont été répertoriées : la moitié sera publiée au XVIIIe siècle par sa petite-fille, l’autre partie au XIXe siècle.
La Marquise se partage entre le château des Rochers, résidence bretonne de son mari près de Vitré, et l’hôtel Carnavalet dans le Marais à Paris où elle habite.
Elle rendra trois fois visite à sa fille Françoise Adhémar de Monteil, au magnifique château de Grignan où elle la soigne lorsque cette dernière tombe malade. Et c’est sous le soleil de la Drôme que la Marquise mourut à son tour, peu après sa fille chérie. Les trois demeures présentent chacune de nombreux souvenirs de Madame de Sévigné.
- Château de Grignan, 26230 Grignan.
- Musée des Rochers-Sévigné, route d’Argentré du Plessis, 35500 Vitré.
- Musée Carnavalet, 23 rue de Sévigné, 75003 Paris.
Maison de Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise

Sur les pas du peintre maudit
« C’est gravement beau, c’est de la pleine campagne, caractéristique et pittoresque », (Vincent à Théo).
À Auvers-sur-Oise, les reproductions des tableaux de Van Gogh (1853-1890) conduisent à la façade pimpante et rénovée de l’auberge Ravoux.
Le 20 mai 1890, Vincent prend pension à l’auberge, chambre n°5 : 3,50 francs par jour pour cette minuscule mansarde éclairée d’une lucarne. Avec quelque 70 toiles en deux mois environ, il y sèche ses peintures, les empile sous le lit. Le 29 juillet, son frère Théo assiste aux derniers instants de Vincent qui s’est suicidé avec un revolver. Depuis, la chambre n°5 n’a plus jamais été relouée.
Un pèlerinage tout en émotion qui se poursuit à travers Auvers, par le château, l’atelier et le musée Daubigny, la maison du Docteur Gachet et le musée de l’Absinthe, avant de se rendre au-dessus de l’église, au cimetière. Là, sur la gauche le long d’un mur, reposent sous le lierre et pour l’éternité, Vincent et son frère Théo.
- Maison de Van Gogh - Auberge Ravoux, pl. de la Mairie.
- Parcours spectacle au château d’Auvers.
Lire notre article Auvers-sur-Oise, sur les traces des impressionnistes.
Jules Verne à Nantes et Amiens

L’imagination au pouvoir
Où l’on retrouve Jules Verne et son épouse Honorine dans la bonne ville picarde d’Amiens.
« Sur le désir de ma femme je me fixe à Amiens, ville sage, policée, d’humeur égale, la société y est cordiale et lettrée ».
En 1871, le nantais Jules Verne (1828-1905), au faite de sa gloire, se rend donc à Amiens où il habitera, de 1882 à 1900, cette drôle de maison en brique rouge, surmontée d’une tourelle aussi curieuse que ses inventions. Le cabinet de travail, les appartements, le grenier, un jardin d’hiver, la librairie Hetzel ainsi que de nombreux documents et montages audiovisuels évoquent de façon ludique la vie du romancier.
La Ville idéale (1875) décrit dans un rêve futuriste les monuments d’Amiens en l’an 2000. Un parcours que l’on peut suivre à travers la ville encore de nos jours.
- Centre de documentation Jules-Verne, 2, rue Ch.-Dubois, 80000 Amiens.
- Musée Jules-Verne, 3, rue de l’Hermitage, 44100 Nantes.
Château de Voltaire à Ferney-Voltaire

Aux portes de la Suisse
Quand le château de Voltaire (1694-1778) à Ferney était « l’auberge de l’Europe ».
Les avions se posant à l’aéroport international de Genève-Cointrin survolent à basse altitude le château de Ferney-Voltaire.
En 1759, c’était un havre de paix proche de la frontière pour cet écrivain philosophe de 65 ans qui dérangeait le pouvoir royal. Après avoir réaménagé le château et le parc, Voltaire y fait œuvre sociale. Il assèche les marais, attire les artisans horlogers et faïenciers et survient aux besoins de la contrée. « Il faut cultiver son jardin », affirme l’auteur de Candide.
Depuis la terrasse face au panorama sur les Alpes, on monte par l’escalier d’honneur jusqu’à l’antichambre dont les gravures illustrent la vie du patriarche à Ferney. La chambre de Voltaire et les salons évoquent ses amis, la marquise du Châtelet, Catherine II de Russie et Frédéric II de Prusse ainsi que sa nièce, Madame Denis.
Château de Voltaire, 01210, Ferney-Voltaire.
Maison d'Émile Zola à Médan

Les soirées de Médan
« Un trou charmant au bord de la Seine… »
En 1878, grâce aux droits d’auteur de L’Assommoir, Zola (1840-1902) acquiert ce « modeste asile champêtre » sur la Seine. L’écrivain se transforme en architecte, fait édifier deux tours, un grand jardin, un pavillon pour son éditeur Georges Charpentier.
Alexandrine Zola, bonne cuisinière, reçoit les amis de l’écrivain : Maupassant, Flaubert, Huysmans, Cézanne, Manet, Pissarro, et tout le groupe des Naturalistes. La vie y est parfaitement saine et organisée. Aucun jour sans tracer une ligne : « nulla dies sine linea » est-il inscrit sur les murs de son cabinet de travail où se poursuit l’œuvre des Rougon-Macquart.
Après le repas, une promenade hygiénique s’impose et Zola de se rendre en vélo chez sa maîtresse et mère de ses enfants, Jeanne Rozerot à Verneuil. Le soir, les amis et les discussions littéraires vont bon train…
Un jardin et un mémorial sont dédiés à l’affaire Dreyfus que défendit Zola dans son célèbre J’accuse.
Maison de Zola, 26, rue Pasteur, 78670 Médan.
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