L’Outback : l’Australie, côté désert

L’Outback : l’Australie, côté désert
Kata Tjuṯa © Peter Heimpel - Fotolia

On l’appelle le « cœur rouge ». Partie la plus désertique du plus sec des continents, l’Outback (« arrière-pays ») australien déroule des paysages d’une démesure à peine concevable. Dépassés, les grands espaces de l’Ouest américain : le XXXL, c’est ici ! Un million d’habitants s’y partagent un territoire grand comme les deux tiers de l’Europe.

Sous l’œil se déroulent des plaines intarissables plantées d’acacias, d’arbustes ou de maigres broussailles, ou tout juste revêtues d’un linceul de graminées en touffes (spinifex). L’horizon se perd dans la brume de chaleur ou se gondole à l’approche des vieux massifs de grès rouge érodés. En ligne de mire : Uluu, le fameux monolithe d’Ayers Rock, griffé par le temps et les esprits aborigènes et son alter ego des Kata Tjuṯa (monts Olga).

En chemin, d’autres perles s’ajoutent au collier, comme les McDonnel Ranges, où les wallabys émergent du chaos et le « Jardin d’Éden » du King’s Canyon. Autant d’oasis qui subliment les immensités australiennes.

L’Outback ou l’enfer rouge du désert

L’Outback ou l’enfer rouge du désert
King's Canyon © boyloso - Fotolia

Les yeux fixés sur la route depuis des heures, le compteur défile, kilomètre après kilomètre. L’Australie ne paraît jamais aussi vaste qu’au cœur du Cœur Rouge, dans cet Outback où la steppe semi-désertique déroule sans fin ses étendues de sol parcheminé, sur lequel les vieilles montagnes ont recraché des agglomérats de rochers.

Chaque pierre, chaque mètre carré de terrain prend ici une texture modelée par les millions d’années qui se sont écoulés. Rien n’est neuf dans l’Outback australien, tout est vieux, érodé, usé jusqu’à la corde. Les pluies, tombant surtout durant l’été austral, ravinent le sol. Les brousailles semblent brûlées de leur vivant. Les rivières de vieux souvenirs évaporés, que seuls leurs lits défaits et craquelés trahissent encore.

Du milieu de la nuit à l’acmée du jour, le thermomètre fait ici sa révolution chaque 12h, délaissant les abords du gel pour caracoler souvent au-delà des 30°C (40° C en été). Qui peut bien survivre à une telle amplitude thermique ?

Les kangourous et les wallabies ont leur technique : ils broutent à l’aube, lorsque la rosée nimbe encore les maigres arpents herbeux qu’ils peuvent trouver. Les wombats, eux, s’enfoncent sous terre et y entreposent leur nourriture, qui s’y gorge d’une humidité toute relative.

Le dingo lui-même, sous ses airs de chien battu, s’est adapté. En plein désert, sa fourrure prend des teintes rougeâtres et se double d’une couche isolante. D’ailleurs, plus les conditions sont hostiles, plus le dingo est trapu.

Alice Springs, la capitale du désert

Alice Springs, la capitale du désert
Bâtiment des télégraphes © nick holdsworth - Fotolia

Alice Springs, c’est small town Australia dans toute sa superbe : moins de 30 000 habitants, 3 shopping centers où affluent ceux qui résident dans un rayon de 300 km, une poste où l’on doit venir chercher leur courrier et aucun gratte-ciel pour tirer le regard vers le haut. Ici, tout est plat, comme le paysage.

Porte de l’Outback, Alice (pour les intimes) rissole sous le soleil 300 jours par an. Loin de tout, proche de rien, la ville se contente de jouer les oasis avec ses driveways léchés de palmiers dattiers et d’eucalyptus, ses motels, ses piscines, son Aquatic Center, ses pelouses bien vertes et rases, son golf et son Foodland où l’on vend de la queue de kangourou…

Tout cela grâce à une source découverte en 1871 (aujourd’hui tarie), à laquelle fut donné le nom de l’épouse du superintendant des télégraphes.

Le bâtiment des télégraphes est encore là, rappelant le temps de la conquête, celui de la ruée vers l’or de 1887 et l’histoire des chameliers afghans qui permirent de tracer les premières pistes et d’approvisionner cet outback.

Restent des dromadaires pour balader les touristes, mais aussi la très sérieuse Camel Cup (2e samedi de juillet), née d’un pari dans les années 1970 et aujourd’hui sponsorisée par le Lion’s Club…

Reptile Centre, Alice Springs Desert Park, Museum of Central Australia, galeries d’art aborigène… tout ici parle des grands espaces naturels qui cernent la ville et de leurs habitants. Mais le mieux est bien encore d’aller voir par soi-même.

McDonnell Ranges : wallabies et kangourous

McDonnell Ranges : wallabies et kangourous
Simpson’s Gap © Marco Saracco - Fotolia

Sur les cartes d’Alice Springs, la Todd River lance sa trace bleutée. Déception : 345 jours de l’année, en moyenne, le cours d’eau est à sec et poussiéreux.

En remontant son cours, on a vite fait de voir poindre les sommets des McDonnell Ranges, une chaîne s’étirant sur plus de 300 km de part et d’autre de la ville. Modelée par le temps, la roche s’y crevasse de gorges et de combes où, de loin en loin, se creusent des bassins naturels remplis par les eaux de pluie. C’est le refuge de l’endémique Dryopsophus gilleni, une grosse grenouille verte au dos constellé de points blancs.

À Simpson’s Gap, 25 km à l’ouest d’Alice Springs, une brèche dans la roche rougeâtre dissimule l’un des ces précieux points d’eau, gardé par des petits wallabies des rochers. Le célèbre Larapinta Trail, qui explore tout le massif sur 223 km, y passe dès le premier jour — mais il faut plutôt poursuivre 2-3 jours pour s’immerger dans les plus beaux paysages de l’itinéraire.

La recontre des wallabies fut trop brève ? Ne manquez pas celle des joeys du Kangaroo Sanctuary. Du mardi au vendredi soir (l’heure à laquelle ils se réveillent), pour 85 A$, transport inclus, vous aurez l’occasion de visiter ce centre de réhabilitation des jeunes kangourous rouges orphelins, installé sur un pan d’outback de 76 ha, avec hôpital et volontaires à la clef. Forcément attachant lorsqu’on vous dépose l’un de ces joeys dans les bras, enrobé dans sa couverture lui rappelant la poche de sa mère.

King’s Canyon, un Jardin d’Éden en plein cagnard

King’s Canyon, un Jardin d’Éden en plein cagnard
King’s Canyon © Andrew - Fotolia

La voiture file sur le ruban de goudron. Sur ces terres de bush, les panneaux jouent la vitesse à la hausse : 110 km/h. De loin en loin, les road trains venant en sens inverse déplacent de colossales masses d’air avec leurs trois remorques bout à bout. Next stop : King’s Canyon, à 460 km au sud-ouest d’Alice Springs.

Vedette du Watarrka National Park, le King’s Canyon dresse ses murailles, écarlates le soir, dans une zone isolée de montagnes écartelées par gorges et trous d’eau — refuges de la faune et de la flore. Après les pluies, le désert s’y couvre des tapis violines des Calandrinia balonensis et des drôles de bouquets écarlates des swainsonas aux lèvres noires, surgissant du sable.

On s’y embarque pour une belle croisière pédestre le long du Rim Walk (6 km). Le sentier s’élève vers les berges hautes du canyon, traversant la collection de domes érodés de la « Cité perdue », empilés comme des assiettes ébréchées, avant de plonger par un long escalier en bois dans l’oasis du « Jardin d’Éden ». Là, tout au fond, les trous d’eau si précieuse s’entourent d’un foisonnement — relatif — de grands cycas endémiques et d’eucalyptus.

Se baigner est tentant, mais le respect exige de s’en tenir à la sueur. Les Aborigènes ont fait du Garden of Eden un lieu hautement sacré, émanation du temps du rêve, cette ère oubliée qui vit se façonner l’homme et ses mythes.  L’imagination est toujours allée bon train dans ce pays où l’immensité du territoire oblige à penser les choses en grand.

Uluṟu, parc national et patrimoine mondial

Uluṟu, parc national et patrimoine mondial
Uluṟu © ronnybas - Fotolia

Surgissant du néant dans la lumière orangée du petit matin ou les violets jaunâtres du crépuscule, le dôme d’Uluṟu s’impose sur l’horizon. Longtemps baptisé du seul nom du gouverneur britannique de l’Australie du Sud, Ayers Rock a finalement retouvé son toponyme aborigène.

Les géologues, eux, parlent d’inselberg pour désigner ce relief isolé en plaine, dernier vestige d’une très ancienne montagne à avoir survécu à l’érosion. On pourrait presque parler d’iceberg, tant l’essentiel de sa masse reste enterré.

Quel vestige en tout cas ! Un bloc de grès rouge oblong de 348 m de hauteur et 2,5 km de long, évoquant un dos de baleine émergeant des flots sablonneux du désert… Seuls quelques grottes, crevasses et replis ponctuent sa carapace.

Durant l’été austral, Uluṟu devient château d’eau. Les pluies s’y coagulent en cascadelles sublimes, nourrissant tout autour de la base des bassins temporaires et leur végétation. Seul le Mutitjulu Waterhole, aux eaux placides nichées au pied même de la roche polie, subsiste à l’année. Le peuple des Anangu, dépositaire du lieu, lui voue un respect à la hauteur de sa rareté. Il est peuplé de grenouilles et, disent-ils, protégé par le serpent arc-en-ciel Wanampi.

Certains s’offrent le tour complet du rocher (9,4 km), d’autres privilégient les balades guidées par les rangers, porte ouverte sur les traditions aborigènes. De moins en moins de randonneurs tentent le sommet : s’il peut s’avérer un peu dangereux, les Anangu aimeraient surtout en décourager l’ascension en raison de son caractère sacré.

Les 36 têtes des Kata Tjuṯa

Les 36 têtes des Kata Tjuṯa
Kata Tjuṯa © Enrico Della Pietra - Fotolia

À un trentaine de  kilomètres à l’ouest d’Uluṟu, les Kata Tjuṯa (monts Olga) font partie du même parc national et appartiennent à la même veine rocheuse antédiluvienne (600 millions d’années).

On dénombre ici 36 monolithes ou « dômes » de forme allongée, striés par endroits de veines grises et piquetés de trous, que divisent plusieurs gorges. Leur nom aborigène, signifiant « plusieurs têtes », dit bien de quoi il retourne.

Moins géométriques, mais plus vastes et plus élevés qu’Uluṟu, les Kata Tjuṯa culminent à près de 600 m au-dessus de la plaine désertique, imposant plus encore leur caractère colossal.

Site essentiel des croyances anangu, le secteur n’est que partiellement accessible aux marcheurs. La plus courte des deux balades autorisées (2,6 km aller-retour), dans le profond entonnoir de la Walpa Gorge, témoigne de la monumentalité des lieux. Ses deux énormes murs opposés ont permis à une fine bande de végétation de se développer à l’abri du soleil écrasant. C’est là que vivent l’essentiel des 400 espèces de plantes et 150 espèces d’oiseaux répertoriées.

Partant du parking suivant, la Valley of the Winds walk (7,4 km la boucle complète) porte bien son nom : par moments, on sent le vent chaud du désert s’y engouffrer avec puissance. La randonnée, parfois ardue lorsque le mercure frise les 35 °C (le sentier est fermé au-delà de 36 °C), conduit sur le flanc nord du massif, jusqu’au splendide point de vue de Karingana. Devant vous s’ouvre alors un immense amphithéâtre de roche rouge.

Outback, very out-back

Outback, very out-back
Ormiston Gorge © totajla - Fotolia

Vient un moment où croiser les énormes 4x4 des Australiens bardés de matériel se lançant à l’assaut du désert devient un peu frustrant. Le goudron a certes des atouts sur les interminables distances du Red Centre, mais il enserre le voyage dans un carcan qui laisse peu de place à l’aventure.

Si explorer le secteur du Simpson Desert demande de vrais capacités de conducteur off-road, le Red Centre Way (alias Mereenie Loop) dessine une jolie alternative accessible même aux campervans en saison sèche.

Cet itinéraire de 690 km permet de regagner Alice Springs depuis Uluṟu via King’s Canyon et les West McDonnell Ranges, avec tout juste 128 km d’une (généralement) large piste pour pimenter les choses. Rien d’affreusement méchant, mais de grosses sections de tôle ondulée si le bulldozer n’est pas passé depuis un moment, des passages un peu sablonneux  mieux adaptés aux 4x4 et, en prime, quelques franchissements de gués, de lits de rivière caillouteux et de grosses baignoires s’il a plu récemment. Sans oublier chevaux, ânes et dromadaires sauvages qui s’oublient parfois au milieu de la route…

En bonus, au choix : Ormiston Gorge pour ceux qui rejoindront Alice par la Route 2, avec son grand bassin niché au pied de hautes falaises et un lookout en surplomb. Ou, mieux encore, le détour depuis la vieille mission d’Hermannsburg (Route 6) par Mpulungkinya, alias Palm Valley, où prospèrent des centaines de grands cycas et de palmiers. Une ultime oasis pour mieux apprécier ces immensités désertiques qui fondent l’Outback.

Fiche pratique

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Comment s’y rendre ?

Aucun vol direct entre la France et l’Australie. On fait généralement une escale dans les pays du Golfe ou à Singapour. Trouvez votre billet d’avion pour l’Australie.

La plupart des visiteurs rejoignent d’abord Alice Springs en avion depuis l’une des grandes métropoles australiennes et y louent une voiture. C’est chose facile grâce à Qantas ou Virgin Australia, généralement moins cher. Cela étant, il existe aussi des vols directs vers Uluṟu depuis Melbourne, Cairns, Sydney et Alice avec Qantas, Virgin et le (presque) low-cost Jetstar.

Alice Springs se trouve sur le trajet des bus Greyhound reliant Adelaide (South Australia) à Darwin (Northern Territories). D’Alice, on peut aussi rejoindre Cairns et Brisbane sur la côte du Queensland, mais il s’agit d’être patient (54h de voyage !). Intéressez-vous aux pass Short Hop et Hop on Hop off qui permettent des escales en chemin.

Pour rejoindre Uluṟu depuis Alice Springs (ou King’s Canyon), on peut prendre l’un des 2 bus quotidiens de Voyages (169 A$ aller simple, soit env 115 €) pu, un peu moins cher, celui d’AAT Kings (à partir de 129 A$, soit env 88 €) avec arrêt dans une camel farm.

Une première ligne de chemin de fer reliant Adelaide à Alice Springs a été inaugurée en 1929. En 2004, elle a finalement été prolongée jusqu’à Darwin, permettant enfin de traverser l’île-continent de part en part du sud au nord (ou vice versa), sur 2979 km. The Ghan (c’est le nom du train, très chic) se décline aussi, de mai à août, en Ghan Expedition, façon voyage organisé en 3 nuits et 4 jours, à des tarifs proches de l’exorbitant…

Si vous envisagez de louer une voiture dans une des grandes métropoles australiennes et de tailler la route jusqu’au Red Centre, renseignez-vous bien auparavant. Vu les distances, la plupart des compagnies n’autorisent l’usage de leurs véhicules que dans certains Etats, ou interdisent les pistes (ou les deux). Si vous dépassez, vous ne serez pas couvert en cas de pépin.

Climat

Chaud, croyez-vous ? Chaud, oui, mais pas seulement. Caniculaire (au-delà de 40 °C) en journée d’octobre à mars, avec de violents orages et des nuits plutôt douces. Frais, voire froid les nuits d’hiver (5-6 °C au plus bas de mai à août), avec des journées plus tempérées. Côté précipitations, il ne pleut jamais plus de 3 jours par mois

Hébergement

L’hébergement coûte cher en Australie si l’on tient à dormir à l’hôtel ou même en motel (compter minimum 100-120 A$, soit 68-82 € la nuit). Par contre, l’Outback offre un sacré pannel de campings plus ou moins sauvages ou organisés. Certains, le long des pistes, sont même gratuits ! Sinon, beaucoup de routards adoptent le campervan, une sorte de fourgon aménagé dans lequel on peut dormir — une véritable invitation au nomadisme.

Sites Internet

www.australia.com/fr-fr

www.traveloutbackaustralia.com

www.northernterritory.com

www.macdonnellranges.com

www.kangaroosanctuary.com

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Texte : Claude Hervé-Bazin

Mise en ligne :

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