:: La recette de l'huile sacrée
D’où vient le monoï ? Son nom signifie « huile parfumée » ou « huile sacrée » en tahitien (il est aussi appelé Manogi en Paumotu ou Pani en Marquisien). Ce produit traditionnel est fabriqué et utilisé par les Polynésiens depuis plus de 2 000 ans. Il en existe deux types :
- le « monoï des Mama », produit artisanalement à partir d’amande de coco fraichement râpée ;
- le « monoï de Tahiti », qui est depuis 1992 une appellation d’origine et domine la quasi intégralité du marché de l’exportation ; il est le seul à répondre aux exigences réglementaires de l’industrie cosmétique.
La fabrication du monoï de Tahiti suit un protocole strict. Il est issu de la macération du tiare Tahiti (littéralement « fleur de Tahiti ») dans l’huile de coprah, ou de haari, raffinée. Les fleurs sont cueillies au stade de bouton, et sont plongées — au plus tard le lendemain du jour de la récolte — dans l’huile durant au moins dix jours. Ensuite le macérât obtenu est mis en décantation, filtré et enrichi en vitamine E (antioxydant naturel). Pour s’assurer d’utiliser un monoï de Tahiti de qualité, il faut vérifier l’origine des produits utilisés : Cocos nucifera pour l’espèce de cocotier et Gardenias tahitensis pour les fleurs.
:: Massage et spiritualité
Le monoï de Tahiti connaît un usage traditionnel en Polynésie depuis fort longtemps ; jadis il était surtout réservé à la noblesse, les Arii. Malgré la violente acculturation que les Européens infligèrent au peuple Maohi aux XVIIIe et XIXe siècles, des éléments culturels traditionnels liés au monoï perdurent, notamment l’art du massage (taurumi en tahitien).
Dès la naissance, la mère peut prodiguer à son bébé un massage au monoï. Il s’agit à la fois de stimuler le bon développement psychomoteur de l’enfant et de conditionner sa peau, de la nourrir, de la protéger. Ces massages rappellent le geste associé la naissance de Tané, le dieu tahitien de la beauté. En effet, une légende raconte que Tané, le fils d’Atéa était sans forme — il ressemblait à une méduse géante, au néant ! Alors Ta’aroa, le dieu créateur, utilisa nombre d’éléments qu’offre la nature, dont les composants du monoï, pour lui façonner une peau parfaite.
La pratique des massages au monoï se poursuit tout au long de la vie : elle fait partie intégrante de la cosmogonie polynésienne consacrant la symbiose de l’homme et de la nature. Cette harmonie se retrouve dans les gestes du masseur (tahua en tahitien), le monoï en est le médium, des mains du tahua au patient, de la peau à la nature.
L’utilisation exclusive du monoï de Tahiti en produit solaire est incontestablement un détournement occidental. Bien qu’il ait toujours servi à protéger, peau et cheveux, des méfaits du soleil, il existe des mélanges à diverses essences qui ont d’autres vertus : chargé de miri, il protège du froid ; chargé de Réa Tahiti, il protège des mauvais esprits ; accompagné de plantes parfumées, le Humuei des Marquises sert à attirer l’être désiré.
Au-delà des bienfaits corporels et médicinaux, le monoï possède une dimension symbolique importante. Il fait partie intégrante de certains rites religieux traditionnels. Au cours de cérémonies qui se déroulaient dans le marae, temples sacrés en plein air, les prêtres maoris se servaient du monoï pour oindre les objets sacrés et le répandaient abondamment sur les autels de pierre pour purifier les offrandes destinées aux dieux. Il n’y avait pas non plus de mariages ou couronnements royaux sans monoï ou tiare.
Le programme de Monoï Here Tahiti, très riche, permet d’appréhender ce produit typiquement polynésien de différentes manières. Le monoï est présenté, de ses origines à nos jours, à travers des conférences culturelles et scientifiques. Des ateliers initient les visiteurs à la fabrication de monoï traditionnel et de monoï Tahiti. Enfin, pour le plaisir de chacun, des démonstrations de Ra’au Tahiti (médecine traditionnelle) et surtout de massage sont mis en place chaque jour.
La route du monoï, de Papeete à Papara, sera inaugurée à cette occasion. Cet itinéraire retrace les activités liées au monoï, des champs de tiare Tahiti et de l’huilerie de Papeete jusqu’aux laboratoires cosmétologiques, aux savonneries… À terme, la route du monoï deviendra une activité touristique pérenne.
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