Petite introduction
Nous aurions bien gravé tous ces conseils dans la pierre ou le marbre,
mais peut-être vous auraient-ils encombrés pour le voyage. D’abord une constatation :
très peu de gens prennent systématiquement tous les routards et, de même, peu
de gens se refusent catégoriquement à prendre un stoppeur. D’ailleurs, chacun
sait que « les routards sont sympas ! ».
Conclusion : la croyance selon laquelle le fait d’être pris ou non dépendrait
essentiellement du conducteur est fausse, ou du moins inexacte : être pris,
ou non, dépend en effet dans une large mesure de l’auto-stoppeur lui-même et
de son habileté.
Il existe donc une technique, ou plutôt des techniques qui élèvent le stop au
rang d’un art et qui font qu’il ne suffit pas de se tenir debout au bord d’une
route pour que l’on puisse décemment appeler cela « faire du stop ».
Apologie sommaire du stop
Le stop est un sport complet mais aussi une « bonne école »
en ce sens qu’il apprend, outre à marcher, à être patient, débrouillard, hardi,
à vaincre sa timidité, se déshabituer de son petit confort bien douillet, à
avoir confiance en soi ; savoir que l’on s’en sortira. Enfin, à connaître
des gens que l’on n’a pas autrement l’occasion de rencontrer. Est-il nécessaire
de souligner, en outre, que le stop est dans le monde actuel une des seules
manières de goûter à l’aventure et d’assouvir son goût du risque ? Oui,
monsieur.
Le stop est un des meilleurs moyens pour visiter un pays. Combien de chauffeurs
n’hésitent pas à faire quelque chose de particulier pour le stoppeur ?
Cela va du simple verre offert à l’invitation à déjeuner, de l’hébergement aux
détours pour visiter un village inconnu. Fréquemment, l’automobiliste n’hésite
pas à attirer votre attention sur un site à côté duquel vous seriez passé sans
l’avoir vu, s’il ne s’était pas arrêté pour vous le montrer. Il y aurait beaucoup
à dire sur le stop, notamment l’espèce de franc-jeu joué par les deux parties
sur les longs trajets : on sait que la rencontre est très brève sans espoir
souvent de se revoir, alors on se laisse aller, on se confie…
Et puis vous apprendrez, dans les pays traversés, que les gens sont merveilleux.
Vous voyant au bord de la route, beaucoup sourient en vous encourageant, d’autres
vous encouragent en souriant. Très peu se moquent et ceux qui s’arrêtent donnent
un aperçu de l’indigène de la contrée ! En s’arrêtant, il favorise l’idée
d’un pays à gens charmants, impression que vous garderez et qui en vaut bien
une autre.
Attitude et tenue
Se tenir bien droit et non avachi comme certains (!). Paraître détendu,
même si vous attendez depuis trois heures, et surtout un léger sourire aux lèvres
– sans exagération ! Regardez l’automobiliste droit dans les yeux afin
d’établir aussitôt un contact entre vous deux. C’est d’ailleurs pour cela qu’il
ne faut jamais stopper avec des lunettes de soleil. Fumer une cigarette pour
tuer le temps est souvent une erreur fatale. Il faut viser le plus large public.
Le conducteur non fumeur se demandera si l’auto-stoppeur va continuer de fumer
dans sa voiture. Enfin, quand vous descendez, n’oubliez jamais de dire au revoir
ou merci à votre conducteur dans sa propre langue. C’est le détail qui l’incitera
à prendre systématiquement tous les autres stoppeurs par la suite.
Habillement
Une règle fondamentale est de porter une chemise de couleur claire,
voire blanche. De plus, contrairement à ce que pensent bon nombre de stoppeurs,
une certaine forme d’originalité dans l’habillement n’est pas à bannir. De nombreux
automobilistes aiment s’arrêter pour prendre des « petits-rigolos-qui-ont-l’air-bien-sympathiques ».
On a déjà rencontré des petits astucieux qui n’hésitent pas à stopper en veste
et cravate (le type qui a loupé son train). Ça marche très bien. En gros, il
faut donc jouer au stoppeur occasionnel. Faire celui qui est « obligé »
marche presque toujours.
Un vague bagage juridique
– L’auto-stoppeur est toujours couvert par l’assurance au tiers
de l’automobiliste (obligatoire). Il peut même bénéficier, de surcroît, des
indemnités prévues par l’assurance famille-passagers souscrite (éventuellement)
par le propriétaire du véhicule.
– Si l’automobiliste n’est pas responsable de l’accident, c’est l’assurance
du propriétaire du véhicule qui indemnise l’auto-stoppeur.
– Attention, si vous prêtez le volant à un stoppeur et si vous êtes
assuré au tiers, vous ne serez pas couvert si vous êtes accidenté dans votre
voiture (puisque vous êtes l’assuré, vous n’êtes pas un tiers, compris ?).
Ceci n’est pas vrai si vous êtes « tous risques » ou si vous avez
souscrit « un prêt du volant ».
– L’automobiliste conduisant en état d’ivresse, responsable d’un accident,
peut être traduit devant un tribunal par l’auto-stoppeur si l’ivresse était
« flagrante ». Toutefois, la compagnie d’assurances pourra l’indemniser
de même que l’auto-stoppeur victime de l’accident, si l’ivresse était légère.
En vigueur depuis le 9 juillet 1970, date à laquelle les compagnies
d’assurances ont supprimé la « déchéance de garantie pour conduite en état
d’ivresse ».
– Enfin, l’auto-stoppeur ne doit pas monter avec n’importe qui : si
son chauffeur est manifestement ivre ou encore si la voiture est déjà surchargée,
il doit préférer continuer à tendre le pouce. Faire la route dans ces conditions
serait de sa part accepter un risque ; en cas d’accident, les juges laisseraient
une part de responsabilité à sa charge pour les blessures, et donc l’indemnité
serait diminuée.
– À l’étranger, il faut savoir que l’accident est réglé d’après le droit
du pays où se produit l’accident. Ainsi, en Allemagne, il n’existe pas de préjudice
moral. Quant aux pays de l’Est, ils ignorent la responsabilité civile, et l’automobiliste
doit prendre une assurance spéciale pour sa voiture et les passagers.
Les règles du stop
Être routard donne le merveilleux sentiment d’appartenir à une immense
famille. On se prend aussitôt de sympathie pour celui qui partage la même situation
que vous. Ainsi le fameux Paris-Istanbul en stop conduit à faire connaissance
avec vingt ou trente routards qui deviendront rapidement de vrais amis que l’on
retrouvera au hasard de la route. Aussi, pour ne pas briser cette amitié si
spontanée, il convient de respecter quelques règles fondamentales :
– se placer toujours après celui qui est arrivé avant vous ;
– ne jamais se placer trop près de lui afin de ne pas le défavoriser ;
– ne pas oublier lorsque l’on passe à côté de lui de lancer le « bonne
chance » ou encore le « good luck ! » traditionnel.
L’emplacement
Sans doute le problème essentiel. Partir de l’axiome que « l’automobiliste
est paresseux ». Deux paramètres sont donc à respecter : d’abord la
possibilité de stationnement, ensuite la vitesse de la voiture.
Si ces deux facteurs ne sont pas réunis, ne perdez pas votre temps : marchez
vers un endroit plus propice.
Si les chauffeurs vous font signe qu’ils tournent prochainement… c’est que vous
êtes près d’un carrefour. Y aller.
Quelques emplacements types :
– après un virage (mais assez loin cependant afin de laisser le temps de
freiner et de vous voir à l’avance) ;
– après un carrefour ;
– au milieu d’une longue côte ;
– sur les bretelles d’autoroutes ;
– à la sortie d’une station-service ;
– aux péages des autoroutes ; pour l’automobiliste, il n’est pas toujours
facile d’appuyer sur le bouton. Aidez-le en lui offrant le ticket et demandez-lui
où il va. Tous répondent, et si on demande alors s’ils ont une place, ils ont
du mal à refuser. S’ils refusent, souhaitez-leur bonne route, et la politesse
leur donnera des regrets… peut-être.
Enfin, le stop sur les petites routes est beaucoup plus valable qu’il ne paraît.
Beaucoup de personnes se refusent à prendre un stoppeur à l’entrée d’une autoroute
(on rencontre n’importe qui, dans l’esprit des automobilistes) alors que, sur
une route d’importance moyenne, les gens sont plus en confiance. Inconvénient :
les distances parcourues sont plus courtes.
Bagages et accessoires divers
Il va sans dire que le sac à dos est primordial, sinon indispensable,
pour faire de la route. Le placer donc bien en évidence car il présente la particularité
de mettre les automobilistes en confiance.
Si vous avez d’autres paquets, dissimulez-les ; peu de gens aiment – à
juste titre d’ailleurs – voir leur véhicule transformé en camion de déménagement.
Le petit drapeau, aux couleurs de la terre natale (la France est assez bien
vue à l’extérieur), cousu sur le sac à dos s’impose absolument, surtout à l’étranger.
Pensez aussi à la pancarte désignant votre destination. Préparez à l’avance
chez vous un panneau. Prenez un carton (pour la rigidité – il faut penser au
vent !) et confectionnez une enveloppe de plastique transparent (utilisé
pour recouvrir les livres, par exemple) que vous scotchez sur 3 côtés.
On a donc ainsi une sorte de « tiroir ». Préparez alors sur des feuilles
blanches avec de gros marqueurs toutes les villes traversées. On les
glisse dans le panneau et, au fur et à mesure du voyage, on met en position
visible la prochaine ville à atteindre.
Sur votre panneau, indiquez une ville assez proche par laquelle toutes les voitures
sont obligées de passer. Une fois dans l’auto, quand vous vous rapprochez de
ladite ville, demandez à votre chauffeur : « Combien de kilomètres
reste-t-il pour aller jusqu’à X ? » (X étant une ville plus éloignée).
À coup sûr, il comprendra que vous allez plus loin et, si vous êtes sympa, il
vous gardera. Encore faut-il être sympa !
Mais de nos jours, rien de plus banal que de voir à la sortie des villes sur
les grands axes toute une file d’auto-stoppeurs, les uns derrière les autres
avec une petite pancarte indiquant leur destination. Le conducteur ne s’attardera
pas sur cette longue file toute banale. Le stoppeur qui étonnera l’automobiliste
par un gag ou une originalité sortira plus vite du lot. Cela peut être l’habillement,
une pancarte sur laquelle vous avez écrit « Coucou, me voilà… ». À
vous d’avoir de l’imagination.
Enfin, ayez toujours une carte du pays à proximité afin, éventuellement, de
modifier votre itinéraire en fonction de la route suivie par votre chauffeur.
L’attitude à adopter vis-à-vis de l’automobiliste
Il existe une loi tacite entre le stoppeur et le stoppé. Si quelqu’un
vous prend, vous ne devez pas pour autant vous installer confortablement au
fond de la voiture et vous assoupir en attendant que votre chauffeur bénévole
vous conduise à destination. S’il vous prend, ce n’est guère par pitié mais
plutôt parce que, ouvert de tempérament, il désire apprendre quelque chose de
vous, de vos activités ou voyages.
En fait, les conducteurs vous prennent parce qu’ils réclament de vous quelque
chose. Petite liste des besoins à envisager :
– ils s’ennuient et vous allez les divertir (ou vice versa) ;
– ils sont curieux et vous allez leur fournir toutes les informations requises,
en particulier sur vous-même ;
– ils se veulent charitables et vous êtes l’élu ;
– il leur manque concrètement quelque chose et vous allez partager les
frais ou conduire la voiture.
C’est à vous de vous montrer intéressant et de mener la conversation
hors du cadre suranné de la pluie et du beau temps. Voilà pourquoi nous pensons
réellement qu’il est bon de prendre les auto-stoppeurs quelle que soit leur
look. Si le chauffeur est seul, prenez la place à l’avant. Certains automobilistes
n’aiment pas avoir un inconnu assis derrière eux. De plus, il est plus facile
ainsi d’engager la conversation.
N’ayez jamais hors de l’esprit que lorsqu’un automobiliste s’arrête,
il fait un effort pour vous. De grâce, n’ayez pas l’attitude de certains auto-stoppeurs
qui refusent de monter dans un véhicule qui ne va pas assez loin. Si une telle
attitude est excusable sur les autoroutes, elle devient insoutenable sur les
routes normales. Un tel refus risque de vexer l’automobiliste qui hésitera à
s’arrêter par la suite. La règle à adopter est de prendre n’importe quel véhicule
qui va même vaguement dans votre direction.
D’autre part, quand un chauffeur s’arrête, ne lui faites pas perdre son temps.
Courez vers la voiture.
Une remarque importante : lorsque le conducteur vous fait signe qu’il est
plein, faites-lui aussitôt un signe de remerciement, non seulement parce que
cela ne vous coûte rien, mais aussi parce qu’il arrive assez fréquemment que
la voiture s’arrête et fasse une marche arrière, le conducteur vous disant :
« Vous me semblez si sympathique que l’on va se serrer un peu. »
« Le choc psychologique »
Correctement utilisée, c’est une méthode des plus efficaces. Elle
consiste à aller directement dans les restaurants de routiers ou les aires de
repos à demander le plus aimablement possible :
– « Vous n’iriez pas à… par hasard ? » (ou mieux : en direction
de…).
Ou mieux :
– « Ça ne vous dérangerait pas de prendre un malheureux auto-stoppeur qui
poireaute depuis X heures ? » (X supérieur à 2).
Ou encore :
– « Pardon, monsieur, savez-vous à quelle heure il y a un car pour X, par
hasard ? »
Il faut à tout prix que vous demandiez avec un sourire complice, de telle sorte
que l’on vous considère comme un familier et que les barrières dressées par
la méfiance soient aussitôt brisées.
Autres endroits particulièrement intéressants pour demander directement aux
propriétaires de voiture :
– les auberges de jeunesse ;
– les terrains de camping.
Organismes d’auto-stop « sans pouce »
Certaines associations se chargent de mettre en rapport avant le
départ chauffeur et voyageur ; cela remplit les sièges vides et fournit
une compagnie au conducteur. Pour les puristes, c’est du voyage organisé ni
plus ni moins ; pour les autres, c’est un moyen économique de se déplacer.
Quand on est quatre ou plus, les frais sont partagés à égalité ; sinon,
on paie un pourcentage qui ne revient pas à plus de 20 centimes du kilomètre
(pour comparer : le tarif SNCF du kilomètre en 2e classe est
de 68 centimes de 250 à 500 km et de 63 centimes au-delà de 500 km).
C’est une formule qui se développe… car elle permet d’éviter le gaspillage de
l’essence (puisqu’on n’a toujours pas de pétrole, il faut bien continuer à avoir
des idées). L’offre et la demande s’équilibrent à peu près… Si, en période de
pointe, il faut que le stoppeur s’inscrive suffisamment à l’avance (1 à 2 semaines),
en hiver, au contraire, il y a plus d’offres que de demandes.
Cette formule souffre de la négligence des passagers qui, beaucoup trop souvent,
annulent au dernier moment leur demande, sans prévenir personne.
L’automobiliste se retourne contre l’organisme qui n’y peut rien et, surtout,
des petits copains qui auraient pu partir restent en rade. Ce serait quand même
dommage d’être obligé de mettre en place un système plus répressif ! Le
stop sans pouce marche assez bien vers le Maroc, la Grèce et la Turquie et,
bien sûr, des destinations moins lointaines.
Liste des agences en France
Plusieurs agences, autrefois regroupées sous l’enseigne Provoya,
offrent quasiment les mêmes conditions de fonctionnement : 70 F
pour un trajet supérieur à 500 km et 30 F pour un trajet inférieur
à 200 km (remboursables si non utilisé), 240 F pour les autostoppeurs
et 40 F pour les conducteurs, pour un abonnement à Paris valable 2 ans
pour 8 trajets. Les agences de province ne fonctionnent pas de la même
façon ; il est donc préférable de téléphoner avant.
– Allostop-Paris (Provoya) : 30, rue Pierre-Semard, 75009 Paris. Tel : 01-53-20-42-42. Fax : 01-53-20-42-44. M. : Poissonnière. Ouvert du lundi de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h et samedi de 10 h à 13 h et de 14 h à 16 h.
– Autopass-Lille : 10, rue de la Piquerie, 59000 Lille. Tel : 03-20-14-31-96.
– Voyage Au Fil-Nantes (Antenne information jeunesse) : 28, rue du Calvaire, 44000 Nantes. Tel : 02-51-72-94-60.
– Allostop-Rennes (à l'association Espace, étudiants services) : 37, bd de Beaumont, 35000 Rennes. Tel : 02-99-30-93-93. Ouvert du lundi au vendredi de 9 h à 13 h et de 14 h à 18 h, jusqu'à 17 h le samedi. Fait aussi les billets BIJ.
Organismes similaires en Belgique, Suisse, Espagne et au
Québec
– Bruxelles : Taxistop, rue du Fossé-aux-Loups 28, 1000 Bruxelles. Tel : 32 (0)70-222-292. Fax : 32 (0)2 223-22-32. E-mail : info@taxistop.be. Internet : www.taxistop.org.
- Louvain-la-Neuve : Taxistop, boulevard Martin 27, 1340 Ottignies. Tel : 070-22-22-92.
- Montréal : 4317 rue Saint-Denis, H2J 2K9 Montreal, Québec, Canada. Tel : 1-514-985-3032.
- Québec : Internet : www.allostop.ca. Également, à Sherbrooke, Allostop, 1204, rue King Ouest. Tel : (819) 821-3637.