Kiev
La capitale de l’Ukraine peut être considérée comme la « Mère de tous les peuples slaves orientaux ». Il y règne depuis l’indépendance une atmosphère de ville en transition, fraîchement convertie à la liberté, au capitalisme, à l’argent et à la consommation. Effervescente, dynamique, avec un je-ne-sais-quoi de sauvage et d’incontrôlable dans les mœurs, voici le nouvel Eldorado pour les aventuriers et les affairistes : défilé incessant de 4 X 4 aux vitres noires, casinos style russes en veux-tu en voilà, magasins de luxe pour tous les goûts, appât du gain et désir de donner un sens au vide spirituel et intellectuel de l’après communisme.
Kiev ressemble à la dernière frontière de l’Europe de l’Est. Elle est la tête, le cœur et l’estomac de la nouvelle Ukraine, ce pays qui a dit non à la mainmise soviétique, et s’en est détaché pacifiquement sans verser une goutte de sang. Mais on dira ce que l’on veut : par l’histoire, par son aspect extérieur, par son style et son caractère, Kiev restera pour longtemps encore liée « charnellement » et culturellement à la Russie comme un fils rebelle à sa mère dominatrice, plus qu’à n’importe quel pays de l’Europe de l’Ouest. Les démagogues et les flatteurs diront le contraire. Nous ne sommes pas de ceux-là…
Étalée sur des collines verdoyantes qui ondulent sur la rive droite du Dniepr, à la limite de l’Europe et de l’Asie orientale, elle porte en elle une charge sentimentale énorme, à la fois pour les Ukrainiens et les Russes. Les Russes orthodoxes ne la vénèrent-ils pas comme une ville sacrée ?
C’est ici qu’eut lieu en effet le « baptême » de la Russie (Rus’ kievienne) vers l’an 1000. Pour mesurer ce phénomène, il suffit de visiter le monastère de la Pechers’ka Lavra (classé au Patrimoine mondial de l’Unesco). Des foules de fervents orthodoxes et de femmes voilées, accourus d’Ukraine et de toutes les Russies y viennent en pèlerinage. Une des églises de cette immense enceinte (28 ha, divisés en Lavra Haute et en Lavra Basse) abrite en sous-sol des chapelles souterraines - la Laure des Catacombes - série de 123 corps momifiés (dont celui de saint Antoine) : les moines fondateurs de Kiev. Ils dorment pour l’éternité dans des galeries ténébreuses nimbées de mystères, éclairées par quelques faibles bougies.
Dominant les eaux couleur acier du Dniepr, jaillissant comme un sceptre impérieux des collines boisées, la Rodina Mat (« Mère de la Nation ») est un très grand monument en titane qui représente une guerrière brandissant un bouclier et une épée, symbole de la nation. Le cœur animé de la capitale se situe autour de la place Maydan Nezalejnosti (place de l’Indépendance), haut-lieu de la révolution Orange de 2004. De là, suivre la longue et monumentale avenue Khrechtchatyk, artère principale du centre-ville, bordée d’imposants immeubles staliniens, de commerces et de magasins de mode.
Dans la partie haute de la ville, la cathédrale Sainte-Sophie (Sofiyski Sobor), la plus ancienne église de Kiev, dessine ses bulbes dorés dans le ciel, en se reflétant dans les baies vitrées du luxueux Hôtel Hyatt voisin (le lobby a été dessiné par Jean-Michel Wilmotte), emblème de la nouvelle économie libérale et des nouveaux riches. De cette place Saint-Sophie, gagner à pied la partie basse de la ville, le quartier du Podil, sorte de Montmartre kievien (en moins mercantile…) en empruntant la descente de Saint-André (rue Andriyivsky), une rue pavée bordée d’échoppes de souvenirs et de vieilles maisons (dont celle de l’écrivain Mikhaïl Boulgakov). À Podil, se trouve le musée de Tchernobyl. Voir encore : le marché Bessarabskaya (authentique, très vivant), le Parlement ukrainien (Rada), le stade de foot du Dynamo de Kiev…
L’viv (Lvov)
À l’extrême est de l’Ukraine, non loin de la Pologne. On a souvent comparé cette ville à une « Florence d’Europe centrale ». D’autres y voient une « Prague perdue dans les champs de blé » ou même « une cité italienne transportée dans la banlieue de Moscou ». Son centre historique est splendide. Rescapé des guerres et des révolutions, il mêle les styles gothique, Renaissance, baroque et rococo. La patine du temps, l’usure du collectivisme défunt, et le désir de redonner à la ville son éclat d’antan : cela se lit partout, sur les façades usées des somptueuses maisons et des palais, sur la pierre des églises aussi, et surtout dans les yeux pleins d’espoir des habitants qui adorent leur ville.
Naguère capitale culturelle de la grande Pologne, L’viv fut rattachée de force à l’empire soviétique par Staline après 1945. Lire l'histoire très intéressante et instructive de la fameuse ligne Curzon. C’est dire combien les Polonais aujourd’hui regrettent leur chère cité dans les plaines ukrainiennes. Bref, L’viv est de loin la plus belle ville d’Ukraine, et aussi celle où le rythme de vie, plus proche de celui de Cracovie que de Kiev, semble plus humain, moins affairiste, moins rude.
À voir : la grande place du marché (Plochtcha Rynok), les quelques 80 églises de la ville, la colline du Haut Château (vue étonnante sur L’viv), et bien sûr le cimetière Lytchakivsky, aussi beau que le cimetière du Père Lachaise à Paris, avec des kyrielles de sépultures, tombeaux, monuments funéraires classés comme les plus originaux d’Ukraine.
Les Carpates
Au sud-ouest de l’Ukraine, frontalière avec quatre pays (Pologne, Slovaquie, Hongrie et Roumanie), la région des Carpates semble vivre en dehors du temps. La vie s’y déroule à un rythme lent et campagnard, loin de l’agitation des grandes villes. On emprunte des routes charmantes mais difficiles ou roulent des charrettes tirées par des chevaux. Des paysans au teint hâlé cultivent les champs. Des babouchki mènent sur les chemins de terre des troupeaux d’oie et des vaches.
C’est un drôle de voyage dans le temps, au sein d’une Europe isolée, marginalisée et rurale, dans un monde clos, oublié et sauvage, où la modernisation n’a pas encore opéré ses changements. Des basses collines de L’viv (Lvov) à la région isolée de Gorgani (Horhany) en passant par la chaîne montagneuse de Tchornohora (point culminant le mont Hoverla, 2 061 m), le paysage des Carpates déroule des étendues de forêts profondes où vivent encore par endroits des loups, des ours bruns, des bisons et des cerfs.
Pour accéder au Parc naturel des Carpates, on peut passer par la jolie ville de Kolomyya (58 000 habitants environ), où se tient le musée d’art populaire Hutsul. Les Hutsul forment une minorité ethnique vivant de l’élevage des moutons dans les pâturages de haute montagne. Ils se nourrissent des produits de la montagne (champignons, fromage, galettes de maïs), habitent des maisons en bois et en chaume, et produisent un artisanat original (chemises brodées, tapis en laine, céramique colorée). La ville de Ivano-Frankivsk (environ 205 000 habitants) a gardé un je-ne-sais-quoi de la vieille Pologne dans son style et son architecture. Elle peut être une autre porte d’entrée pour cette région. Afin de bien découvrir les Carpates, mieux vaut prévoir 3 ou 4 jours, et y aller avec un guide parlant l’ukrainien ou le russe. On peut aussi se débrouiller seul, à condition d’avoir une bonne carte et une voiture en bon état. Reste enfin la solution des bus (plus hasardeuse) pour les aventuriers.
Odessa
Odessa se trouve à 450 km au sud de Kiev, au bord de la mer Noire (train ou avion pour y aller). Catherine II a fondé Odessa en 1794, espérant en faire la « Saint-Petersbourg du sud de la Russie ». Elle confia l’administration et la direction de la ville au gouverneur français Armand de Richelieu (descendant du fameux duc) qui établit un plan carré à la française (façon Nouvelle-Orléans) avec des immeubles ne dépassant pas deux étages, et des arbres par milliers, partout. Une ville écolo du XIXe siècle en somme.
Odessa devint le grand port russe de la mer Noire. Cette ville active et bourdonnante d’activité commerciale entre dans la légende en 1905 avec la révolte du cuirassé Potemkine, évènement porté à l’écran par le génial Eiseinstein. Ville libre, libertine et libertaire, ce port franc était voué au voyage, au commerce et à l’argent (le dieu grec Hermès n’est-il pas la divinité tutélaire d’Odessa ?).
Ce fut naguère le refuge des écrivains, des peintres et des artistes mais aussi des sans-grades, des déclassés, des aventuriers et des minorités (1/3 des habitants de la ville avant 1939 étaient des Juifs), Odessa aujourd’hui a perdu de sa splendeur, conséquence de l’occupation nazie, et du collectivisme mais le charme envoûtant de ce port du grand sud de l’Ukraine subjugue plus que jamais les voyageurs.
À voir : les célèbres escaliers Potemkine descendant jusqu’au port de commerce, le musée Pouchkine (il y a vécu en exil), le vieux quartier historique quadrillé d’avenues ombragées par des platanes (comme dans le Sud de la France) et se coupant à angle droit comme dans une ville coloniale du Nouveau Monde. À quelques kilomètres à l’extérieur de la ville, en bord de mer, le quartier d’Arkadia où se retrouvent les noctambules. Il renferme des dizaines de bars, de restaurants et de discothèques, ouvertes toute la nuit, dans une ambiance de Luna Park et de fête foraine balnéaire.
La Crimée
Baignée par les eaux bleues et limpides de la mer Noire (paradoxalement elle n’est pas du tout de couleur noire) la République autonome de Crimée dessine une presqu’île (26 100 km2) en forme de vague cerf-volant. Elle est rattachée géographiquement à l’Ukraine par un isthme. Elle est surtout rattachée historiquement à l’Ukraine par décision de Nikita Khroutchev (il était ukrainien). Il en fit don en 1954 à la République Socialiste d’Ukraine.
On y accède en avion ou en train depuis Kiev. Voilà une vieille terre « mythique et légendaire » (la Cherchonèse), en plein sur la ligne de frottement entre l’Europe et l’Asie centrale. Peuplée successivement par les Scythes, les Cimmériens, les colons Grecs, les Huns, les Bulgares, les Khazars, la Crimée forma en 1443 un puissant khanat gouverné par les Tatars (des descendants des Mongols mélangés aux peuples de la région). Pendant trois siècles, les Tatars de Crimée ont vécu à l’abri des convoitises étrangères jusqu’à ce que Catherine II (annexion de la Crimée en 1783) et Staline (déportation des Tatars de Crimée en 1944) viennent bouleverser violemment leur destin.
Depuis le XIXe siècle la Crimée est devenue la Côte d’Azur des Russes, leur Riviera en somme. Les citoyens aisés de l’époque soviétique y venaient en villégiature. Sebastopol (célèbre depuis la guerre de Crimée, 1854-1855) et Balaklava à l’extrémité sud jouissent d’un climat quasi-méditerranéen, doux en hiver et chaud en été. Les eaux turquoise et les plages du littoral attirent chaque année des foules de touristes et de vacanciers. La région produit du vin et du cognac réputés.
Plus à l’est, Yalta (82 000 habitants), ville aux nombreux palais kitsch, est entrée dans l’histoire mondiale le 11 février 1945. Ce jour-là, au Palais de la Livadia, Churchill-le-cigare, Roosevelt-la-cigarette et Staline-la-pipe signèrent les fameux accords de Yalta, se partageant les territoires fumant de l’Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. À Bakhtchissaraï, on peut voir le Palais des Khans, les vestiges de l’époque Tatare et la ville troglodytique de Tchoufout-Kalé. Sur la côte est de la Crimée, voir aussi Karadag (réserve naturelle aux rochers volcaniques) et Soudak (forteresse historique de la route de la Soie).