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Itinéraires conseillés Nicaragua

Le Nicaragua n’est pas très grand (le quart de la France), mais les communications n’y sont ni très aisées ni très rapides. Pour voir l’essentiel de l’ouest, si vous vous déplacez en bus, il sera difficile de rester moins d’une semaine. Beaucoup de voyageurs greffent quelques jours à Granada et sur la côte Pacifique à un séjour au Costa Rica : c’est une possibilité, mais la plupart s’en repartent frustrés de ne pas avoir pu rester plus longtemps.

Si vous partez pour un périple au long cours en Amérique Centrale, il ne serait pas inutile de prévoir deux semaines pour l’ouest et le nord du Nicaragua, et une semaine de plus si vous vous décidez à descendre sur la côte caraïbe et jusqu’aux Corn Islands. Pas mal de routards y finissent leur séjour par quelques jours de farniente sous les cocotiers. Et certains s’y oublient carrément.

Managua

Managua, la capitale, en grande partie rasée par le séisme de 1972, ne vous retiendra pas très longtemps. En termes de monuments, il ne reste guère que la carcasse évocatrice de l’ancienne cathédrale, dressée sur le flanc de la vaste plaza de la República. Une escale à Managua semble toutefois essentielle pour percevoir la réalité du pays.
Son animation constante, sa statue de Sandino perchée au sommet de la Loma de Tiscapa, la balade le long du Malecón (face au lago de Managua), les contrastes même entre les bidonvilles aux chaussées défoncées et les centres commerciaux ultramodernes du Nuevo Centro participent de la compréhension du pays. Dans la même veine, enchaînez les visites de la grandiloquente nouvelle cathédrale financée par un roi de la pizza américain et de l’iglesia Santa María de los Ángeles, avec son cycle de fresques sandinistes représentant une résurrection révolutionnaire...

Granada

Si Managua a été choisie comme capitale, c’est parce qu’elle se trouve à égale distance des deux cités phares du pays, León la libérale (à 1 heure à l’ouest) et Granada la conservatrice (à l’est). Fondées la même année (1524), à l’aube de la colonisation, elles se sont toujours opposées dans leur quête du pouvoir, souvent physiquement.

Des deux cités, Granada est incontestablement la plus belle, la plus charmante, avec son architecture coloniale rénovée autour de la place de la cathédrale, ses hôtels de charme, ses calèches et ses musées. Ne manquez pas la superbe Casa de los Tres Mundos (1720), aux deux lions enchaînés, ni l’église San Francisco et son couvent (1529) où sont exposés de superbes statues précolombiennes et des pièces d’art religieux. Il serait dommage, aussi, de passer à côté du splendide petit Mi Museo, et de sa collection de poteries précolombiennes constituée par un amateur danois. D’autres églises, le marché très animé, les bons restaurants vous retiendront facilement 2 jours. Un 3e ne sera pas de trop pour aller explorer les Isletas, un archipel d’îlots verdoyants posé sur le lago de Nicaragua (castillo San Pablo, nombreux oiseaux).

À quelques encablures de la ville, il y a aussi l’isla Zapatera et son archipel, parc national, but d’excursion sympa à la découverte de pétroglyphes. Sur terre, le volcan Mombacho (1 344 m), assoupi depuis 1570, en appelle à une balade géniale à travers une extraordinaire forêt pluviale où résonnent les cris des oiseaux, jusqu’à des champs de fumerolles. Parfois, même, le sommet sort des nuages et le soleil pointe son nez... Une route grimpe sur les pentes, accessible en 4x4 ou en navette.

Autre escale de choix : le lac de cratère de la Laguna de Apoyo (réserve naturelle), avec plusieurs options d’hébergement pour se retirer du monde.

Masaya et les Pueblos Blancos

À mi-chemin de Managua et de Granada, la petite ville de Masaya, haut lieu de la résistance amérindienne à la conquista, conserve un visage colonial plutôt charmant. C’est un centre d’artisanat (grand marché) réputé pour ses fêtes traditionnelles, à commencer par la San Jerónimo (29-30 septembre).

La ville est ancrée sur le flanc oriental de la lagune de Masaya, un autre lac de cratère aux eaux bleutées miroitantes. Sur la rive opposée se dressent les pentes du volcán Masaya, le plus accessible du pays, devenu parc national. Une route goudronnée grimpe jusqu’à la vaste caldeira, d’où s’élèvent des fumerolles. Toutes sortes de randos sont possibles, mais il fait bien chaud sur les pentes presque nues !

La région étendue entre la laguna de Masaya et celle d’Apoyo est connue sous le nom de Pueblos Blancos, les « villages blancs ». Regroupés autour d’églises massives et chaulées, beaucoup se consacrent à l’artisanat - et plus particulièrement à la poterie, comme San Juan de Oriente. À chacun ses traditions, son style, ses ateliers familiaux (faciles à visiter). On peut aussi pousser la porte de la maison natale de Sandino à Niquinohomo et passer à San Marcos, où est né Somoza... Et ne ratez pas le très beau panorama sur la laguna de Apoyo depuis le « balcon » de Catarina.

León

Dressée sur la plaine chauffée à blanc, entourée de canne à sucre et de champs de coton, León est une ville à la fois religieuse, universitaire et contestatrice, comme le prouvent encore les nombreuses fresques (murales) sandinistes peintes aux abords du Parque Central. La plus célèbre, face au monument du 10e anniversaire de l’insurrection, montre Sandino écrasant de sa botte l’Oncle Sam.

Côté colonial, on visite la basilique baroque, où est conservé un Christ en bois du XVIe siècle. Il se trouvait jadis à León Viejo, prédécesseur de l’actuelle León, grandie à 30 km de là et détruite par un séisme en 1610 (maigres ruines classées à l’Unesco). Ne manquez pas la visite des toits, avec vue sur les volcans voisins. D’autres églises méritent le détour : La Merced (1662), El Calvario et la Iglesia de la Recolección (XVIIIe) et, surtout, l’extraordinaire (XVIIIe), à la façade baroque enluminée de colonnes torsadées et de médaillons aux motifs religieux naïfs. Côté musées, il faut au moins voir le Museo Rubén Darío, consacré au grand écrivain (voir « Culture »).

De León, il ne faut guère que 30 minutes pour rejoindre l’immense plage de sable gris-brun de Poneloya, qui s’anime surtout en fin de semaine. Las Peñitas, à côté, fait face à l’isla Juan Venado, une île déserte que l’on peut aborder en kayak - ou en lancha avec un pêcheur. Au menu : tortues marines, caïmans, iguanes, échassiers... Et on ne parle pas de les manger, mais de les observer à distance respectueuse !

D’autres plages peu fréquentées s’étendent le long de la côte Pacifique vers le sud. Difficile d’y accéder sans son propre véhicule (4x4).

Les fous de rando profiteront de leur séjour dans la région pour se mesurer à trois géants : le Momotombo, dont le cône parfait se hisse juste au-dessus des eaux du lago de Managua (à son extrémité nord-ouest) ; son voisin le Cerro Negro, aux pentes recouvertes de cendres (descente possible en ski ou surf !) ; et, plus loin au nord-ouest, passé Chinandega, le Cosigüina (réserve naturelle), dont le cratère renferme un petit lac vert émeraude du plus bel effet... Dans tous les cas, mieux vaut faire appel à un guide (certains hébergements de León proposent ces excursions).

La côte Pacifique Sud

Avis aux surfeurs : voici votre paradis ! Première véritable station balnéaire à s’éveiller au Nicaragua, San Juan del Sur se développe à l’initiative de nombreux expatriés américains et européens. De part et d’autre de la grande baie aux eaux calmes, bordée d’une multitude de restaurants de fruits de mer, la côte se creuse d’anses enserrées par la forêt tropicale. Certaines font partie de domaines privés, comme l’extraordinaire et immense Morgan's Rock, d’autres sont le rendez-vous des surfeurs, comme Majagual, perdue au bout d’un chemin défoncé. Coup de cœur pour la superbe playa El Coco (au sud) et pour Marsella (au nord).

Si vous avez un 4x4 et que vous êtes là entre juillet et janvier, poussez jusqu’à la réserve de Punta La Flor. Les nuits sans lune, les tortues olivâtres y débarquent par centaines lors des arribadas pour pondre leurs œufs.

D’un tout autre genre, la plage de Montelimar, à une heure à l’ouest de Managua, vit à l’ombre de ses villas chic et de son grand complexe balnéaire. On est là loin de la réalité nicaraguayenne, mais près d’une fort belle et immense plage... Les Nicas normaux, eux, se retrouvent plutôt à Pochomil, à quelques km de là.

Le lago de Nicaragua et le río San Juan

Étrange mer intérieure, le lago de Nicaragua est le 10e plus grand lac au monde ! Somoza adorait y pêcher le requin d’eau douce - et ce n’est pas là qu’une simple expression, mais le résultat de l’évolution. Les scientifiques émettent l’hypothèse d’un lien ancien avec la mer qui se serait refermé au gré des éruptions.

Outre les excursions possibles au départ de Granada, le principal centre d’intérêt du lac est l’île d’Ometepe, constituée de deux volcans jumeaux. La vision de ces deux cônes dressés sur les eaux, depuis le pont du ferry parti de San Jorge (près de Rivas), est saisissante. Sur place, randonnées, balades en kayak ou à cheval, observation des oiseaux et des pétroglyphes, baignade dans la belle lagune de Charco Verde ou sur les 6 km de sable gris de la plage de Santo Domingo vous occuperont bien un ou deux jours. On trouve aussi plusieurs petits musées archéologiques.

Les aventuriers dans l’âme sauteront dans le ferry de San Carlos, une bourgade amarrée à l’orée du mythique río San Juan, qui marque la frontière avec le Costa Rica jusqu’à son embouchure dans la mer des Caraïbes. Utilisé par les flibustiers anglais pour venir attaquer Granada, il fut au XIXe siècle l’un des passages obligés des Américains migrant de la côte est des États-Unis vers la Californie. Il était alors bien plus sûr de transiter par bateau à travers l’Amérique Centrale que d’affronter les Indiens des grandes plaines... L’isthme étant à son point le plus étroit, c’est ici, et non à Panama, que faillit être construit le canal transocéanique.

Des pangas descendent quotidiennement le río jusqu’à El Castillo, né autour d’une puissante forteresse (1666) destinée à repousser les Anglais. Mais c’est le voyage en lui-même qui est le plus intéressant, au rythme du bateau, sur cette autoroute boueuse noyée dans la forêt tropicale. Des pangas épisodiques rejoignent ensuite San Juan del Norte, sur la côte caraïbe, traversant l’immensité verte de la réserve de la biosphère Indio-Maíz. Une vraie Amazonie. Passé San Carlos, on ne parle plus de voyage, mais d’expédition. Oubliez le confort, les horaires, l’idée même de sécurité.

Le nord montagneux

Seuls ceux qui ont pas mal de temps, en général, s’aventurent dans cette région aux cordillères entremêlées, couvertes de plantations de café et de pans de forêt humide. Matagalpa (petit détour) et Ocotal peuvent toutefois faire l’objet d’une escale en route vers le Honduras. La première, plutôt agréable, se perche dans une étroite cuvette à 700 m d’altitude. Elle célèbre à la fois le café (petit musée) et les sandinistes, avec un musée dédié à Carlos Fonseca et un pélerinage entrepris par tous les internacionalistas sur la tombe de Ben Lider, un américain engagé aux côtés du FSLN.

Pour découvrir la beauté de la région, rien ne vaut une excursion à la Selva Negra, pionnier de l’écotourisme au Nicaragua, géré par une famille d’ascendance bavaroise, ou à La Esperanza Verde, une ferme biologique et solidaire entourée par la « forêt des nuages ». L’un et l’autre disposent d’un réseau de sentiers.

Superbe, la Panaméricaine grimpe au gré des virages jusqu’à Estelí, autre bastion sandiniste. Notre préférence va toutefois, à l’extrême nord du pays, à Octotal, avec son joli Parque Central. À 30 km à l’est, la vieille Ciudad Antigua, fondée par les conquistadores dans les années 1600, n’est plus qu’un village loin de tout, mais son église, la plus ancienne du pays, dégage un charme fou. Difficile de croire que le flibustier anglais Henry Morgan vint jadis piller la cité !

La côte caraïbe

Rares sont les voyageurs qui s’y aventurent. Difficile d’accès, soumise à des pluies quasi continuelles, survolée par des hordes d’insectes, la région n’a guère à offrir en dehors d’une ambiance de bout du monde et des belles plages des Corn Islands. Cette bien-nommée Moskitia fut le siège d’un royaume éphémère et fantoche sous tutelle anglaise. Restent une population majoritairement noire, descendant d’esclaves amenés des îles des Caraïbes et un parler créole aux accents révolus.

Bluefields n’est qu’une escale, Puerto Cabezas un trou, et tout ce qui est entre les deux n’est accessible qu’en panga... Seule l’immense Laguna de Perlas (Pearl Lagoon) peut, peut-être, justifier l’effort de s’y rendre. Non pour l’unique canon XVIIIe que l’on peut y voir, mais pour ses possibilités de promenade en bateau à la découverte de la faune ou, vers le large, des Pearl Cays. Un incroyable chapelet d’îlots paradisiaques où l’on s’attend à voir tourner la nouvelle pub Bounty...

Seul lieu aisément accessible (en petit avion) Big Corn Island marque parfois la fin d’un voyage, le temps de se prélasser sous les cocotiers. Plages et récifs coralliens, pêche, festins de langouste, boîtes à reggae et bars à bière attirent un nombre croissant de visiteurs entre fin janvier et mars - la saison la plus sèche. À une heure de panga, Little Corn est plus retirée encore. Un vrai bout du monde.


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