Monuments historiques
Les dolmens
Les îles Anglo-Normandes présentent un grand intérêt
archéologique, puisqu’elles abritent des monuments mégalithiques parmi les mieux
conservés d’Europe. Il subsiste de nombreuses sépultures des communautés néolithiques
qui les peuplèrent à partir du VIe millénaire avant notre ère.
Parmi celles-ci, le site des Fouaillages à Guernesey serait le plus ancien
ensemble mégalithique d’Europe et, en tout cas, la plus ancienne tombe des îles,
qui daterait du Ve millénaire av. J.-C.
À Jersey, La
Hougue Bie est célèbre pour son allée funéraire couverte de blocs de pierre
pesant plusieurs tonnes, une prouesse technique pour l’époque encore fort bien
conservée. Des chapelles médiévales se dressent sur le tumulus qui la recouvre,
comme un témoignage du passage de relais qui s’est effectué entre les cultes
païen et chrétien.
Les fortifications et châteaux
Les menaces récurrentes d’invasions des Vikings ou des Français, mais également la guerre civile anglaise au XVIIe siècle
(dont les îles furent aussi les victimes) et l’invasion allemande pendant la
Seconde Guerre mondiale (les îles furent alors considérées comme un segment
stratégique du fameux Mur de l’Atlantique) ont motivé la construction de très
nombreux ouvrages de fortification. Beaucoup de châteaux sont aujourd’hui restaurés ou transformés
en musées.
- À Jersey : les châteaux de Mont Orgueil (XIVe siècle,
à la pointe occidentale de l’île) et Elizabeth (XVIe siècle,
sur un îlot de la baie de Saint Aubin).
- À Guernesey : Castle Cornet
(XIIIe siècle, à Saint Peter Port).
Entre 1778 et 1779,
pas moins de 15 tours défensives furent également érigées sur ses côtes,
face à la menace française ; une dizaine sont toujours en place aujourd’hui (notamment
dans la baie de l’Ancresse). Le dispositif fut renforcé une dizaine d’années
plus tard, avec l’édification de ce que l’on appelle les tours Martello (Fort
Hommet, Fort Saumarez, Fort Grey).
Dans de nombreux cas, les
Allemands se sont contentés de renforcer les défenses préexistantes. Certaines
de leurs constructions ont pourtant été effectuées au prix de la vie de nombreux
travailleurs forcés, un souvenir douloureux que les îles cultivent avec solennité.
C’est le cas notamment de l’ancien hôpital souterrain de Jersey, formé de galeries
creusées sur des centaines de mètres et aujourd’hui transformé en musée.
Sur les traces de Victor Hugo
Le long séjour de Victor Hugo dans les îles Anglo-Normandes, en particulier
à Guernesey, a laissé une empreinte indélébile qu’elles dévoilent avec fierté.
Suite au coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte en décembre 1851, Hugo,
fervent défenseur de la République, choisit de s’exiler. Après un court passage
en Belgique, il débarque à Jersey le 5 août 1852, avec sa famille
et accompagné de sa maîtresse, Juliette Drouet.
À Jersey
À son arrivée, Victor Hugo s'est installé à Marine Terrace,
une maison de Saint Hélier aujourd’hui transformée en hôtel.
D'autres lieux rappellent le passage de l'écrivain à Jersey, comme le rocher des Proscrits
sur la plage de Saint Hélier. Une plaque apposée sur celui-ci rappelle
que c’est ici que Victor Hugo donnait rendez-vous à ses amis exilés par
Napoléon III. Mais son soutien ostensible à ces derniers, en
particulier lors de la publication d’un article critiquant le voyage de
la reine Victoria en France, lui vaut au bout de 3 ans d’être jugé
indésirable sur l’île.
À Guernesey
Changement de cap : Victor Hugo s’installe alors à Guernesey, où il accoste
fin octobre 1855. Il se prend d’amour pour l’île et ses habitants :
il y vivra 15 ans, jusqu’en 1870, année de la chute du second Empire.
C’est là notamment qu’il publie quelques-uns de ses chefs-d’œuvre comme Les
Misérables, La Légende des siècles ou encore Les Travailleurs
de la mer (dont l’action se passe sur l’île, à qui il dédie le livre).
Le lieu de pèlerinage incontournable est bien sûr sa maison de Saint Peter Port, Hauteville House, aujourd’hui propriété de la Ville de Paris et dont
l’intérieur et les jardins ont été conservés en l’état. Si la décoration peut
sembler aujourd’hui kitsch, elle est le reflet du goût immodéré de Hugo
pour la brocante et l’histoire. Il réaménagea lui-même cette ancienne maison
de corsaire, dessinant des panneaux de bois sculpté ou recyclant des tapisseries
anciennes. On peut y visiter son cabinet de travail, une tourelle entièrement
vitrée assurant une vue imprenable sur le port et la mer, où il écrivait debout
devant son pupitre.