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Bosnie-Herzégovine![]() © Pascal Robin La Bosnie-Herzégovine est l’archétype du grand chaudron yougoslave, le lieu de toutes les rencontres et de tous les conflits de l’histoire. Impossible de chasser de la mémoire les massacres de 1992-95, l’épuration ethnique, le saccage de villages entiers, les déportations. Pourtant, la Bosnie n’est plus en conflit depuis longtemps. Le pays n’est plus ce no man’s land maintes fois décrit, criblé de mines antipersonnel (il n’y en a plus que sur 3 % du territoire). C’est un pays qui revit, avec des cicatrices, certes, mais qui se réapproprie ce qui a depuis des siècles fait son originalité : son multiculturalisme. La Bosnie est le seul pays d’Europe où, dans une même rue, l’œil s’accroche (encore) tour à tour à un minaret, un clocher orthodoxe ou catholique, un mur de synagogue... Les confessions déclinent les diverses identités : Bosniaques (48 %) musulmans, Serbes (37,1 %) orthodoxes, Croates (14,3 %) catholiques. Conquise par les Slaves au VIIe siècle, puis par les Ottomans au XIVe siècle, la région, carrefour de l’Orient et de l’Occident, s’est forgée au confluent de ces deux grands peuples. Les frontières n’ont eu de cesse de bouger, jusqu’à l’expansion à la fin du XIXe siècle de l’empire austro-hongrois. Malgré la guerre récente et ses destructions, malgré la création de deux entités politiques à l’intérieur même de la Bosnie (l’une serbe, l’autre croato-bosniaque), l’héritage mêlé est partout visible. Signe positif, des mosquées ont été reconstruites en Republika Srpska et des églises orthodoxes rénovées au sud, dans la Fédération Croato-Bosniaque. Les conflits territoriaux anciens ont piqueté le pays de forteresses et de châteaux. Et dans les vieux centres, les mosquées des XVe et XVIe siècles, les églises, les madrasas, les vieilles maisons ottomanes, les tombeaux des uns et des autres déroulent une histoire aussi surprenante que turbulente. L’Unesco, conscient de cette richesse, a récemment classé deux sites bosniens au patrimoine mondial : le vieux Mostar et le pont ottoman de Visegrad. Ce qui fait le charme de la Bosnie ne tient cependant pas qu’à ses contrastes culturels et son patrimoine bâti. On y découvre aussi des espaces sauvages comme il en demeure peu en Europe. Forêt primaire, karst troué de grottes et de canyons, rivières tumultueuses aux eaux émeraude, chutes et cascades en pagaille, pâturages d’altitude, c’est un vrai bonheur que de se laisser dériver au fil des routes tortueuses.
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