Routard.com, guide voyage en ligne

Châteaux de la Loire

Culture et traditions

La batellerie de Loire

Non, ce n'est pas possible ! Ainsi ont pensé ces dernières années quelques nostalgiques en regardant les anneaux d'ancrage dont s'enorgueillissent encore certains quais de la Loire, depuis belle lurette désertés. Pas possible que ce fleuve, jadis axe commercial majeur de la France, ne soit guère plus qu'un monument historique destiné à « faire beau » et à refroidir les centrales nucléaires. Alors que les gestes anciens étaient presque oubliés, ils ont donc remis ça. Et c'est ainsi que la Loire a mis les voiles ! Quelques années ont suffi pour qu'une petite communauté naisse en vue de redonner vie à cette « rivière de Loire » , une soixantaine de beaux bateaux en bois se donnant aujourd'hui en spectacle de Nantes à Saumur et de Tours à Gien. Il y avait longtemps que l'on n'avait pas vu ça sur ce « chemin d'eau ».

Il aura fallu plus d'un siècle pour que la mémoire soit ravivée et que flottent à nouveau sur la Loire de superbes bateaux à remonter le temps, tel le Baraquai, long de 15 mètres, lourd de 4 tonnes, gréé d'un mât de 18 mètres et portant la grande voile « carrée » de Loire, de 90 m², ce bateau, qualifié d'expérimental, a été le premier, depuis la construction des centrales nucléaires à s'être rendu dans la capitale sans jamais quitter l'eau.
Belle résurrection, à en juger par le succès des nombreuses fêtes de la batellerie désormais organisées au fil du fleuve, ces eaux n'ont assurément pas dit leur dernier mot, le tourisme fluvial étant promis à un bel avenir.

La Loire, fleuve littéraire

Paresseuse, impétueuse, capricieuse, glorieuse, majestueuse... On lui a déjà attribué tous les adjectifs du dictionnaire tant elle est multiple. La Loire ! Baudelaire la voyait en vert, Heredia en blond, La Fontaine en cristal et Jules Lemaître en bleu. Les souverains n'ont fait que passer, mais la Loire trône toujours sur une cour d'écrivains, poètes et autres rêveurs happés par ce fleuve dont la beauté est faite d'un subtil mélange de tranquillité et de brutalité, de civilisation et de sauvagerie. Une Loire libertaire autant qu'énigmatique.
Et pourtant ! « Elle ravagerait mille moissons, engloutirait des bourgs, ferait flotter des villes », rappelait La Fontaine évoquant les redoutables crues mais toutefois charmé par cette rivière « arrosant un pays favorisé des cieux ». De Madame de Sévigné à Du Bellay, de Ronsard à Péguy ou à Maurice Genevoix, le chantre le plus inspiré du fleuve Liger, combien furent-ils de contemplatifs à jeter l'encre sur ce « chemin d'eau ». Des Loire à l'infini ! La Loire : une eau d'où jaillissent les mots.

Figures

- Jeanne d'Arc : avant de devenir Jehanne, « la bonne Lorraine / Qu'Anglais brûlèrent à Rouen », la Pucelle emporte sur la Loire la victoire décisive d’Orléans qui renverse le cours de la guerre de Cent Ans.
- Honoré de Balzac : né à Tours en 1799 d'un père franc-maçon, le futur Prométhée de La Comédie humaine fait ses classes chez les oratoriens de Vendôme et commence à ausculter les types humains de la Touraine. Il en tirera Le Lys dans la vallée, l'un de ses plus beaux livres, dont l'action se déroule sur les bords de l'Indre.
- Georges Bataille : ami des surréalistes, l'érotomane mystique termine ses jours à Orléans en 1962.
- René Descartes : son enfance, il la passa près du Grand-Pressigny, dans un village du nom de La Haye. Aujourd'hui, La Haye est devenue Descartes. C'est plus vendeur.
- Alain-Fournier : Le Grand Meaulnes, récit d'une adolescence et de ses premières amours, est une transposition à peine romancée de l'enfance solognote d'Alain-Fournier. il disparut à l'âge de 28 ans.
- Antoine Laurent de Lavoisier : le créateur de la chimie moderne fut aussi un propriétaire terrien du Blésois, terrain d'élection de ses nombreuses expériences agricoles : sélection des grains, diffusion de la pomme de terre, etc.
- Charles Péguy : « Demain sur nos tombeaux / les blés seront plus beaux. » Tué au front en 1914, le chantre du sol français avait été un orphelin d'Orléans. Sorti de Polytechnique, il devient socialiste, puis cocardier.
- François Rabelais : né aux alentours de 1485 à Chinon. C'est ce paysage et les gens qu'il côtoie qu'il immortalisera dans les célèbres aventures de Gargantua et de Pantagruel.
- (Duc de) Richelieu : c'est à Richelieu, près de Chinon, que le grand cardinal fit dessiner par des architectes sa cité idéale. Idéale, donc symétrique et régulière. Et fastueuse, cela va sans dire.
- Ronsard : Né hobereau près de Vendôme, Pierre de Ronsard devient le poète officiel de la cour des Valois. Il fut un godelureau déchaîné, doublé d'un séducteur habile : « Un petit feu me court / frétillant sous la peau, je suis muet et sourd. » C'est l'heure fraîche et joyeuse de la Renaissance.
- (Duc de) Sully : originaire de l'Artois, ce compagnon d'armes d'Henri IV reçut le duché de Sully, sur la Loire. Passé surintendant, il rétablit l'équilibre financier du royaume et favorisa largement l'agriculture.
- Léonard de Vinci : c'est l'architecte, non le savant ou le peintre, que François Ier invite à épauler ses élans bâtisseurs. Léonard commence par esquisser une ville nouvelle et un palais à Romorantin, puis zappe sur le grand projet du règne : Chambord, où sa contribution est décisive. Si les célèbres escaliers tournants sont à coup sûr son œuvre, il est probable qu'il inspira aussi le plan d'ensemble du château.

Des petits trous

Le tuffeau de la Loire et de ses affluents est un calcaire bien pratique. On en fait des pierres à bâtir, toutes blanches. Et quand la carrière s'épuise, on vient y creuser son trou. Humide et sombre, mais pas cher... Été comme hiver, il y fait 14 °C, et s'il manque un meuble, on le taille dans le rocher : four, pétrin, pressoir, chapelle, pigeonnier, éventuellement le luxe d'une façade.

Quoi de plus insolite que cette architecture en creux qui a de quoi faire grimacer couvreurs, charpentiers et maçons. Ni bois ni pierres, ni tuiles ni ardoises... : le troglodyte (celui qui habite un « troglo ») a trop de matière, il en enlève même sans arrêt. Jusqu'au XVIe siècle, on s'entasse dans la même paroi, toutes classes confondues, sur plusieurs niveaux reliés par des ruelles ou des escaliers. Ces villages abondent en Vendômois (Trôo, Gué-du-Loir, Les Roches-l'Évêque) et en Touraine (Chinon, Rochecorbon, Villaines-les-Rochers, qui reste habité). Mais le XVIIe siècle a changé les normes du confort : on laisse ces « caves demerantes »(ces « antres », disait Ronsard) aux pauvres. Les villageois du XIXe siècle ne s'en serviront plus que comme ateliers, chais ou appentis.

Rêves de châteaux

Depuis que les rois sont passés par là, les châteaux de la Loire nourrissent l'imaginaire. Que de coups de cœur en perspective dès qu'on vagabonde par exemple sur les routes buissonnières de Touraine, la plus châtelaine des provinces françaises. Des vieilles pierres millésimées à foison ! Derrière les châteaux stars, le tuffeau roi s'est taillé un empire d'au moins 1 200 castels, manoirs et autres gentilhommières de caractère. Certaines petites communes tourangelles en comptent plus d'une dizaine, illustrant tous les styles, de la forteresse médiévale au palais néogothique. Dix siècles ont laissé là leurs empreintes dans la pierre. Peu de contrées peuvent se flatter d'un patrimoine aussi dense et varié.

Des châteaux dont les propriétaires ont parfois du mal à faire bouillir la marmite. Les temps sont durs pour la majeure partie des châtelains qui, pour sauvegarder l'héritage familial, ont non seulement appris à jongler avec les régimes fiscaux, mais aussi à baisser leurs pont-levis, de plus en plus de châteaux privés étant ouverts pendant l'été à la visite.
Dans l'ombre des châteaux stars que sont Chenonceau, Chambord, Blois, Amboise, Villandry, Langeais, Loches ou Chinon, combien de beaux édifices à découvrir !

Bienvenue aux roturiers... Du duc de Luynes aux princes de Broglie, nombre d'aristocrates se sont en effet résignés à accueillir chez eux des citoyens n'ayant pas la moindre bribe de parenté avec les quarante rois qui ont fait la France. Maints petits châteaux ont ouvert leurs grilles avec succès, la visite de vieilles pierres privées étant devenue une pratique culturelle en vogue.

Mais à force de passer devant des lits à baldaquin, on finit par avoir envie de s'allonger dessus. Un fantasme qu'ont compris des châtelains plus  ouverts que d'autres. C'est ainsi qu'aujourd'hui le commun des mortels peut dormir chez eux, conscients que leur passé doit assurer leur présent. Certains, pour ne pas l'avoir compris à temps, ont d'ailleurs dû mettre la clé sous la porte. Les hôteliers ont profité de l'aubaine, particulièrement en Touraine, où les châteaux-hôtels et les châteaux d'hôte ont fleuri à tout vent. Plus besoin dès lors de particule pour fermer l'œil sous les lambris. En toute sérénité ! Car on jouit d'autant mieux de la vie de château qu'on n'a pas à entretenir la toiture...





 



Accès rapide : Contact, Recrutement, Photos de voyage, Billet d'avion, Hôtels, Maroc, Italie, Portugal, Paris, Espagne, Tunisie, Madrid, Chine, Thaïlande, Egypte, Canada
Marrakech, Etats-unis, Barcelone, République Dominicaine, Sénégal, Cuba,Vietnam, Mexique, Madagascar, Berlin, Toulouse, Turquie, Venise, New-York, Seychelles, Japon
Paris, Budapest, Bretagne, Corse, Amsterdam, Bruxelles, Vienne, Québec, Ile Maurice, Réunion, Normandie, Australie, Lyon, Nice, Marseille, Croatie