Roumanie : la Transylvanie, voyage au pays de Dracula

30 juillet 2025

Lovée au cœur de la Roumanie, face à la majestueuse chaîne des Carpates, la Transylvanie évoque immanquablement le célèbre vampire Dracula.
Imaginé par l’écrivain irlandais Bram Stoker, ce personnage mythique s’inspire, entre autres, d’une figure historique bien réelle : Vlad III, surnommé Vlad Țepeș, dit « l’Empaleur ». Ce redoutable souverain fut prince de Valachie, l’une des trois provinces qui composaient la Roumanie, au XVe siècle.
Mais la Transylvanie est loin de se réduire à une terre de légendes et au folklore vampirique. Églises fortifiées, forêts profondes, villages aux maisons colorées, culture aux influences multiples… c’est l’une des plus belles régions de Roumanie, que l’on peut découvrir au départ de Brașov, charmante cité nichée à 185 kilomètres au nord de Bucarest.



Le vampire Dracula, de la réalité au mythe

Dracula, prince des Ténèbres, est sans doute le vampire le plus célèbre du monde ! Ce mythe littéraire, entre héros romantique et monstre terrifiant, est né de l’imagination fertile de Bram Stoker en 1897. Pour façonner son personnage, l’écrivain irlandais s’est inspiré d’une figure historique sanguinaire : Vladislav III, voïvode (prince) de Valachie, connu pour sa cruauté légendaire.
Certes, Vlad n’avait rien d’un vampire — de mémoire de Roumain, personne ne l'a jamais vu mordre un cou. Mais son règne au XVe siècle, dans un contexte de conflits entre les royaumes chrétiens et l’Empire ottoman, fut d’une brutalité extrême.

Surnommé « l’Empaleur », Vlad infligeait à ses ennemis le supplice du pal : empalés vivants sur de longues perches, ses victimes agonisaient lentement. On estime que plusieurs dizaines de milliers de personnes ont péri ainsi. Un autre de ses surnoms, « Draculea », signifie « fils du dragon », en référence à l’ordre du Dragon auquel appartenait son père.
Vlad l’Empaleur trouva la mort en décembre 1476, lors d’une bataille contre les Ottomans. Sa tête fut envoyée à Constantinople, exposée comme un trophée macabre. En raison de sa lutte contre les Ottomans, il est considéré par certains Roumains comme un héros national. Quatre siècles plus tard, l’imagination de Bram Stoker allait faire du prince roumain une icône immortelle de la littérature gothique.
Le vampirisme vient du fond des âges, et les récits légendaires sont nombreux en Europe centrale. Parmi les sources d’inspiration de Bram Stoker, citons la comtesse hongroise Bathory (1560-1641) qui se baignait dans le sang de jeunes vierges pour garder l’éternelle jeunesse. Brrr…
Le château de Bran, un décor de film

Il passe pour le château de Dracula, et pourtant… ni le vampire imaginé par Bram Stoker, ni le redoutable Vlad l’Empaleur n’y ont jamais mis les pieds. Haut lieu du « Dracula business », le château de Bran, situé à moins de 30 minutes de route de Brașov, reste néanmoins l’un des monuments historiques majeurs de Transylvanie.
L’édifice actuel fut construit à la fin du XIVᵉ siècle, à l’emplacement d’une ancienne forteresse en bois, afin de protéger les routes commerciales reliant la Transylvanie à la Valachie. Le château passa ensuite entre les mains des Habsbourg, puis de la famille royale roumaine après la chute de l’Empire austro-hongrois. Ce n’est qu’en 1956, après l’exil forcé de la famille royale, qu’il fut ouvert au public.
Dominant la ville éponyme de son éperon rocheux, le château de Bran semble parfois toucher les nuages, souvent enveloppé d’une brume épaisse qui renforce son aura mystérieuse. Bram Stoker s’en est-il inspiré ? Rien ne le prouve. Dans son roman, le château de Dracula se situe en réalité dans le col de Borgo (Bârgău), bien loin de Bran.

La visite, à sens unique, permet de découvrir l’intérieur labyrinthique du château. Sur ses 57 pièces, 30 sont ouvertes au public, organisées autour d’une cour intérieure et d’un puits. Étonnamment, malgré les soirées d’Halloween et les boutiques de souvenirs, le château mise davantage sur sa véritable histoire que sur le mythe de Dracula.
Si la visite peut laisser les amateurs de frissons sur leur faim, une petite exposition sur les instruments de torture et un « tunnel du temps » sont proposés en supplément. Ce dernier, toutefois, présente peu d’intérêt.
La princesse Ileana, fille préférée de la reine Marie, qui avait hérité du château de Bran, y installa en 1944 un hôpital destiné à soigner la population ainsi que les blessés de guerre, les Américains ayant bombardé l’hôpital de la Croix Rouge, à Braşov.
Sighișoara : chez Vlad II Dracul, le père de Dracula

Située à 1h45 de route de Brașov, la charmante petite ville de Sighișoara (28 000 habitants) est elle aussi liée au mythe de Dracula. C’est ici que serait né Vlad II Dracul, père de Vlad Țepeș.
Sighișoara est sans doute la cité médiévale qui incarne le mieux l’esprit de la Transylvanie. Une fois garé au parking visiteurs, quelques marches suffisent pour rejoindre la tour de l’Horloge, un beffroi de 64 mètres de haut qui marque l’entrée de la vieille ville.
Rues étroites et pavées, maisons ventrues aux façades colorées, porches d’un autre temps… Classée par l’UNESCO, la ville haute, restaurée après un incendie en 1676, regorge de charme.

Au cœur de la citadelle, une maison à la façade fraîchement rénovée attire le regard, à l’angle de Piata Muzeului et de Strada Cositorarilor. Parmi les plus anciennes constructions encore debout, elle abrite aujourd’hui une taverne très touristique : la Casa Vlad Dracul.
Le père de Vlad l’Empaleur aurait résidé ici entre 1431 et 1436. Surnommé Vlad II Dracul en raison de son appartenance à l’ordre du Dragon (« Dracul » en roumain) — une confrérie fondée par Sigismond de Luxembourg, roi de Hongrie —, il faisait partie des 24 nobles chargés de freiner l’expansion ottomane, de lutter contre l’hérésie et de protéger la famille impériale.
À l’intérieur de la Casa Dracul, Vlad II est représenté sur une fresque intitulée Le Portrait au Turban, exposée dans l’une des salles du restaurant. Côté cuisine, l’établissement propose des plats traditionnels : sarmale (feuilles de chou farcies à la viande), mămăliga (semoule de maïs accompagnée de crème fraîche), et autres spécialités locales.

Pour prolonger la visite de la ville haute de Sighișoara, on peut emprunter l’escalier couvert en bois datant de 1642, composé de 173 marches. Il mène à l’église de la Colline et servait autrefois à protéger les écoliers des intempéries lorsqu’ils se rendaient à l’école voisine.
Si vous êtes un « draculomaniaque » invétéré, vous pouvez visiter la maison de Vlad II Dracul, à l’étage de la taverne Casa Dracul. Moyennant 10 lei (2 €), vous pourrez visiter « la chambre de Dracula ». Plus folklore qu’autre chose, mais donne le sourire (ou les chocottes !)
Les autres sites de Transylvanie où Vlad Țepeș a laissé des traces… de sang

Envie de poursuivre votre Dracula Tour ? Direction Târgoviște, entre Bucarest et le château de Bran, une ville qui fut résidence princière et capitale de la Valachie entre 1396 et 1714. Aujourd’hui encore, on peut flâner dans l’ancienne cour princière, où Vlad Țepeș lui-même a séjourné.
Le site regroupe des monuments construits entre le XIVᵉ et le XVIIᵉ siècle : des églises, les maisons princières, la maison de Doamna Bălașa, la Tour du Couchant, les bains, les remparts, la maison Dionisie Lupu (qui abrite aujourd’hui le musée de l’Imprimerie), ainsi que la tour de garde à l’entrée. Non loin de là, une bataille décisive s’est déroulée dans la nuit du 17 au 18 juin 1462, opposant l’armée de Vlad Țepeș à celle de l’Empire ottoman.

Autre site à découvrir : la citadelle de Poenari, perchée sur la spectaculaire route Transfăgărașan, à 168 km de Sighișoara. Construite au XVe siècle sur ordre de Vlad III l’Empaleur, cette forteresse se dresse à 800 mètres d’altitude, sur une falaise isolée.
Le site est remarquable autant pour son panorama que pour la richesse de sa faune et de sa flore. Il n’est pas rare d’y voir vautours et ours. Pour y accéder, il faut gravir pas moins de 1 480 marches.
La légende raconte que Vlad aurait recruté les bâtisseurs de la citadelle lors d’un banquet sanglant, et qu’une grande partie des prisonniers contraints à l’ouvrage y aurait trouvé la mort. On dit que leurs âmes hantent encore les lieux…
D’autres sites sont également liés à Dracula en Roumanie, comme Sibiu, où l’un des fils de Vlad Țepeș serait enterré, et le monastère de Snagov, où une mystérieuse dalle funéraire abriterait la tombe du terrible Empaleur.
La Transylvanie au-delà du folklore : la beauté des citadelles saxonnes

Si le mythe de Dracula a rendu la Transylvanie célèbre, ce beau coin de Roumanie a bien d’autres atouts à faire valoir. Tout au long de ses routes sinueuses, on traverse une région préservée, où le temps semble suspendu : le pays des citadelles saxonnes, situé entre Brașov, Sighișoara et Sibiu, où l’on peut découvrir une centaine de villages aux églises entourées de fortifications.
À partir du XIIe s, des Allemands se sont installés en Transylvanie à la demande des rois de Hongrie, soucieux de peupler ces terres convoitées par les Turcs. Pour se protéger des invasions, les Saxons ont bâti des forteresses autour des églises. Ce précieux témoignage est toujours debout. Pas moins de 8 citadelles sont inscrites au Patrimoine mondial de l’humanité.

L’une des plus belles se trouve à Biertan, un charmant village aux maisons colorées, niché au creux des collines à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Sighișoara.
Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, son église fortifiée se rejoint par un escalier en bois couvert. De type halle, elle est entourée d’une double enceinte, typique des citadelles saxonnes. Les ruelles pavées qui l’entourent invitent à la flânerie.

Entre Brașov et Biertan, à environ une heure de route de chacun, se trouve la petite citadelle de Viscri, qui n’a rien à envier à ses voisines. C’est l’un des plus beaux villages saxons de Transylvanie, classé par l’UNESCO depuis 1999. Sa citadelle du XIIIe s, rehaussée de 4 tours et bastions, protège une église. Un vrai bijou. Bien que la visite soit rapide, elle offre un condensé d’histoire : musée des mosaïques, outils agricoles, tour de guet…
Cerise sur le gâteau : à l’issue de la visite, il est possible de séjourner chez l’habitant. Viscri compte de nombreuses maisons d’hôtes ouvertes durant la belle saison, où l’on peut rencontrer les locaux et savourer des plats traditionnels — considérés comme les meilleurs de la région.
Dans les villages fortifiés de Transylvanie, une pièce était réservée aux couples qui ne s’entendaient plus. Cette loge disposait d’un lit, d’une assiette, d’une cuillère et d’une fourchette. On y enfermait ensemble le couple pour une durée déterminée (15 jours à 1 mois). Une fois ce temps écoulé, ils étaient libres de se séparer... ou pas. On dit qu’un seul divorce a été prononcé à Biertan pendant les quelque 300 ans où ce « cachot matrimonial » avait fonctionné.
Fiche pratique
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Comment y aller ?
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Brașov se trouve à 3h20 de route et 2h30 de train de Bucarest. Location de voiture conseillée pour sillonner la région.
Bonnes adresses
- Burg Hostel : str. Bastionului, 4-6 à Sighișoara. La seule AJ de la ville, impeccablement située dans la citadelle. Resto à petits prix. Dortoir 60 lei (12 €), double à partir de 110 lei (20 €).
- La Ceaun : Piata Sfatului, 11-12. Résa : 0735-153-148. Un petit resto bien dans l’air du temps, mixant avec bonheur tradition, modernité et petits prix ! Tout le folklore roumain est là, mais rajeuni et épuré. Carte courte et efficace, faisant la part belle aux soupes et plats mijotés au chaudron (la ceaun), tout comme les fameuses sarmales. Aux beaux jours, bien agréable terrasse. Tlj 12h-22h. Plats environ 35 lei.
- Casa Vlad II : str. Cositorarilor, 5. 0265-771-596. Tlj 10h-22h. Mentionné dans l’article, ce restaurant situé à Sighișoara est la maison de Vlad II Dracul, le père de Vlad Tepes. C’est l’un des seuls endroits où l’on nous sert du Dracula à toutes les sauces. Les plats y sont tout simplement succulents et le service très bien. Repas environ 60 lei.
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Où acheter un souvenir
Spoonman’s Shop : à Sighișoara, face au restaurant Vlad II Dracul, une petite boutique artisanale où l’on ne trouve pas que des cuillères. À l’intérieur du bois, des icônes en verre, de la céramique, de la broderie, des tissus, des tapis traditionnels, des œufs peints... Tout est réalisé à la main par des artisans roumains. Une adresse de souvenirs comme on les aime !
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