Roumanie : la Transylvanie secrète

Olivier Page
par Olivier Page

09 août 2011

Olivier Page
Olivier Page, rédacteur au Guide du Routard, et son coéquipier Bertrand Deschamps ont exploré une partie méconnue de la Transylvanie, la région des Monts Apuseni, pays d’alpages et de pâturages, loin du monde moderne.
Ils ont marché dans les pas de Cioran et de Dracula, dormi dans des villages hors du temps, rencontré bergers, laboureurs, artisans et commerçants, jeunes et vieux, pauvres et riches.
Un voyage aux confins de l’Europe, dans l’une des régions les plus secrètes de cette Roumanie si latine, ancrée dans la tradition, mais stimulée par son adhésion en 2007 à l’Union européenne. Tout change vite là-bas sauf l’image encore négative de ce pays blessé par l’histoire.
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Les monts Apuseni, loin du monde

Olivier Page
Des nuages floconneux glissent vers l’est de l’Europe dans un ciel bleu céruléen, encore frais en ce début de printemps. Parti d’Albac, un village des Monts Apuseni, isolé au fond d’une vallée de Transylvanie, je marche sur un long chemin de terre, entre champs, pâturages et forêts de sapins, en compagnie de Bertrand, mon ami et coéquipier, et Mircea Morar, notre guide francophone.

À 1200 m d’altitude, au-dessus de la plaine, loin de Bucarest et de son agitation, très loin de Bruxelles et de l’Union Européenne, même si la Roumanie en est membre depuis 2007, voici un monde inconnu, une machine à remonter le temps. La Roumanie rurale, forestière et pastorale, déroule des paysages d’un autre âge. Un univers de charrettes et d’attelages tirés par de robustes chevaux, des chemins de terre et de boue, sans voiture, sans feu rouge, des sentiers fleuris dans des bois noirs émergeant de longs hivers rigoureux, un tableau hors du temps qui aurait inspiré les peintres naturalistes du XIXe s.

Paysage éclatant de vert, de jaune, de pastel, parsemé de hameaux et de fermes éparpillés au gré des ondulations du relief. De solides laboureurs poussant la charrue à la main, tapotant sur l’échine de leurs chevaux, des villageois aux épaules larges fabriquant leur pain dans des fours aux parois fuligineuses, des jeunes femmes tenant la faux, des vieilles tenant la serpe, des scieurs de bois maniant la hache avec bonheur, des bucherons qui ignorent Bucarest, des troupeaux de bêtes, vaches, moutons broutant au grand air.

Loin des turpitudes du monde moderne, certains hameaux perchés sur ces crêtes hautaines n’ont reçu l’électricité qu’en 2005. On y vit aujourd’hui comme du temps des grands-parents, parfois encore au rythme des bougies, des lampes à pétrole et des saisons, dans une autarcie économique presque complète. L’horloge des monts Apuseni n’indique pas la même heure humaine que dans le reste du pays.

Comme dans un conte

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Sur la carte de la Roumanie, au nord-ouest du pays, entre les villes d’Arad, Oradea, Cluj, Alba Iulia et Hunedoara, les monts Apuseni forment le massif montagneux le plus discret, le plus pauvre, mais aussi le mieux préservé de Transylvanie. 

A Cotesti, village attaché aux nuages, l’institutrice de l’école élémentaire, madame Trifa, visage de madone aux yeux limpides, cheveux cachés sous un fichu noir, enseigne à 5 enfants de 7 à 11 ans. Idéaliste, vertueuse, dévouée à sa cause scolaire malgré la dureté de la vie et le poids de la solitude. Comme dans les contes anciens, ces gamins aux joues roses cheminent matin et soir par monts et par vaux pour se rendre à l’école tels de petits chaperons rouges, fragiles mais tenaces dans cette immensité sauvage. Ils entendent les hurlements des loups en hiver et se réchauffent comme ils peuvent dans leur lainage tricoté à la main près du poêle à bois de leur salle de classe, taillée dans des rondins de bois. Des chapelles orthodoxes aux bulbes argentés, des bouquets d’arbres aux feuilles pleines de sève sous le murmure du vent, une nature bucolique à l’écart du monde, ralentie, anachronique mais belle. 

Nous buvons un verre d’eau de vie avec le maire de Scarisoara, dans une grosse maison chaleureuse, au cœur des alpages. Ce paysage évoque une Suisse délestée de son luxe, sans banques, sans richesse. Scarisoara : 1 800 habitants, 14 hameaux, 60 km de chemins en terre, et une décroissance démographique qui inquiète le premier élu de la commune. Pour rester vivre ici, les jeunes hommes doivent trouver une épouse désireuse de mener la vie simple des fermières. Forêts, alpages, nuages… alpages, nuages, forêts… et mariage…si possible. Gare au dépeuplement ! La quintessence de l’esprit transylvain s’est pourtant fixé ici.

Loups, ours et myrtilles

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Des petites routes, trouées de nids de poule, longent les rivières qui caracolent de leurs eaux tumultueuses au fond des vallées encaissées des monts Apuseni. Les villages et les bourgs concentrent l’essentiel de la vie dans les parties basses, tandis que, dans les alpages, on se laisse bercer par l’éternité des jours. Il y a des charrettes et des chevaux… Pourvu que le prix de la farine n’augmente pas de trop dans la vallée car, sans farine, pas de pain dans les fours villageois… Les bergers des alpages dorment dans le foin des granges. Ils doivent veiller à ce que leurs moutons ne soient pas mangés la nuit par les loups…

Eh oui ! Les forêts de Transylvanie, autour d’Albac, abritent encore des loups et des ours en liberté. Il faut un permis pour les chasser. Les loups dévorent souvent les chiens et les moutons, tout crus. Les ours hibernent de fin novembre à début mars, en attendant le retour du printemps. Omnivores, ces derniers s’attaquent souvent aux cochons. Ils aiment aussi le miel des ruches et les myrtilles des bois qui poussent en abondance. Chaque année, le canton d’Albac (2500 habitants, 6 communes) en récolte 40 tonnes !

Qui dit forêt, dit aussi champignons, cèpes, bolets, girolles, airelles, en abondance, dans les tapis de feuilles mortes, enfouis dans les couches de mousse, mêlés aux racines noueuses des bois : 20 tonnes par saison sont récoltées qui partent ensuite à l’exportation. Si vous voulez savoir à quoi devait ressembler la campagne européenne avant le XXe siècle et la modernisation, dirigez-vous vers les Monts Apuseni.

Rasinari, la ville de Cioran

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Destinée étrange que celle d’Emil Cioran (1911-1995), essayiste et philosophe français d’origine roumaine comme le présente le dictionnaire ! Son enfance pourtant heureuse ne lui a pas donné un visa pour le pays de l’optimisme. Il était pessimiste, et même nihiliste. Ecrivain amer et misanthrope, grand dénigreur d’humanité, apôtre du mépris de la vie, Cioran exprimait son dédain philosophique dans un français digne des moralistes du Grand siècle.

Le soleil noir de la mélancolie littéraire est né à Rasinari, à douze kilomètres de Sibiu, au fond d’une vallée reculée de Transylvanie. La route pour s’y rendre traverse une grande et sombre forêt, habitée par les sangliers et les cerfs. Sept fenêtres en façade, deux cheminées, la maison natale de Cioran, solide, cossue, patinée par le temps, est la plus importante du village. Elle est bercée par le glouglou d’une petite rivière de montagne, à côté d’une église orthodoxe où son père était pope. D’ailleurs, la rue porte le nom du Protopope Emilian Cioran.

Une plaque rend hommage à l’écrivain. Un buste sculpté le représente les yeux tournés dans le vide et le nez égratigné par quelques gamins espiègles. Tout petit, Cioran était l’ami du fossoyeur du cimetière de Rasinari. Celui-ci lui donnait des têtes de mort, pauvres cranes avec lesquels il jouait au foot au royaume des morts… Obsession précoce du néant ? Naissance d’une vocation pour le morbide ?

A l’âge de 11 ans, Cioran quitta Rasinari pour Sibiu. La perte de son paradis champêtre lui causa son premier chagrin. Vers l’âge de 20 ans, sa mère lui avoua qu’elle aurait du avorter de lui. Au lieu de l’accabler, cette révélation du désamour maternel, le libère mais l’entraîne définitivement sur les chemins de la défiance et du déni de soi. Il aura vécu une cinquantaine d’années en France. « Quand les artistes Roumains viennent en France, ce n’est pas pour dire des choses gaies » a dit un jour en plaisantant un critique littéraire…

Poursuivi par Dracula à Sighisoara

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Dans le labyrinthe des ruelles médiévales de Sighisoara, il n’est pas rare de voir la silhouette étrange de Dracula, sur un panneau publicitaire, un rebord de balcon, un rayonnage de magasin de souvenirs. Les Roumains profitent de son image et l’utilisent dans un but commercial, mais personne ne l’aime vraiment. L’air féroce et satanique, les dents rougies par le sang, des mains comme des griffes d’aigle, et des ailes de chauve-souris en forme de cape d’opérette noire et rouge…

« Dracul » signifie Dragon en roumain. De son vrai nom, Dracula s’appelait Vlad Tepes, dit aussi Vlad l’empaleur. Il serait né dans une maison de la place centrale de Sighisoara, et y aurait vécu entre 1431 et 1435. Héros de la résistance anti-turque certes, il avait la fâcheuse habitude d’empaler ses victimes…par milliers. Sa cruauté a desservi son image. Il est mort décapité après avoir été maudit par le peuple. Voilà l’histoire. Ensuite vient la légende, sortie de l’imagination de l’écrivain irlandais Bram Stoker (1897) qui transforma la vie de ce prince sanguinaire en une sorte d’être hybride, mi-homme mi- vampire… Plus tard, le comte Dracula donnera des idées de film à Murnau, Coppola, Roman Polanski…

Comment échapper à cette figure romanesque ? En faisant la distinction entre la réalité et la fiction. Dracula continue de fasciner les détraqués. Une entreprise de loisirs bon marché ne rêvait-t-elle pas d’inaugurer en Transylvanie une sorte de vaste Draculaland, qui serait au monstre ce que Mickey Mouse est pour Disneyland ? Heureusement, ce projet de mauvais goût n’a pas plu au gouvernement roumain qui l’a mis aux oubliettes…

Le Prince Charles à Viscri

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Du sommet de la tour de l’église fortifiée de Viscri, à une quarantaine de kilomètres au sud de Sighisoara, j’imagine les cavaliers tatars et les meutes d’envahisseurs turcs semant la terreur sur les terres de Transylvanie. Dès le XIIIe siècle, les rois de Hongrie, gardiens de la sécurité de l’empire, envoyèrent des chevaliers teutoniques pour surveiller la frontière et la défendre contre l’ennemi oriental. Sur cette ligne de frictions entre civilisés et barbares, on établit de nombreuses colonies, des villages et des églises fortifiées où la population pouvait se réfugier en cas de razzia.

La région compte aujourd’hui une bonne centaine d’églises fortifiées : Prezmer, Biertan, Homorod, Viscri… pour ne citer que les plus imposantes. Des villages fondés au moyen âge par des chevaliers-colons-paysans saxons. En vérité, leurs ancêtres venaient du Luxembourg, de Rhénanie et de Lorraine plutôt que de la Saxe et du coeur de l’Allemagne. À Viscri, de douces collines boisées servent de décor à un grand village où les grosses maisons de style germanique se répartissent le long de la rue principale, un long chemin de terre creusé d’ornières et de fondrières.

Notre chambre chez l’habitant consiste en une vaste pièce à l’ancienne : planchers en bois, vieille armoire, poêle à bois, portraits des ancêtres sur les murs, et lit à tiroir pour la troisième personne. Une douceur simple, une chaleureuse rusticité paysanne qui apaise du tohu-bohu du monde… Etrange thérapie. Walter et Caroline Fernolend, nos hôtes, parlent couramment le français, ce qui les aide beaucoup dans leur activité de protection du patrimoine de Viscri (classé par l’Unesco depuis 1999) et pour le développement durable de leur village. Les grands parents de Walter sont morts déportés à Vilnius, en Lituanie. Sa fille vit à Berlin. La plupart des familles saxonnes de Viscri ont émigré en Allemagne après la chute du régime Ceaucescu. Les uns quittent le village, d’autres y arrivent. Parmi les nouveaux venus, il y a des familles tziganes et une tête couronnée…

Le migrant le plus célèbre de Viscri et le plus discret n’est-il pas le prince Charles d’Angleterre ? Issu de la dynastie des Saxe-Cobourg-Gotha, il ressent des affinités pour les Saxons de Roumanie. Il adore Viscri qu’il aide par le biais de sa fondation pour le patrimoine et y possède une maison où il vient de temps en temps. Son médecin ne veut pas que l’éternel Prince de Galles abuse des randonnées. Dommage, Charly adore marcher ou galoper sur son cheval. Un Saxe-Cobourg chez les Saxons, quoi de plus naturel en somme !

Homorod, le dernier des Saxons

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Quelques pages sur Homorod écrites par Dominique Fernandez nous donnent envie de faire le détour par ce village, entre Brasov et Sighisoara, où se dresse une belle église fortifiée. Mais la vraie raison était de rencontrer Johann Thomé, le doyen et la mémoire des Saxons du village, dont la destinée avait bouleversé Fernandez. Ses ancêtres quittèrent la région entre Rhin et Moselle et se fixèrent à Homorod au XIIIe s. Ces pionniers apportèrent la civilisation, défendirent le pays contre les envahisseurs tatars et turcs, défrichèrent les forêts et mirent en valeur les terres. Pendant sept siècles, ils vécurent ainsi en paisibles colons.

En 1943, vingt-huit des leurs sont enrôlés de force dans la Wehrmacht, et sont tués en France, à Cherbourg. Ceux qui reviennent en Roumanie après la Seconde Guerre mondiale sont arrêtés, et déportés en Sibérie par les Russes qui on fait main basse sur la Roumanie. En 1945, Johann Thomé a 17 ans. Il s’enfuit du village et se cache pendant 5 mois dans la forêt pour échapper à l’enrôlement militaire. La guerre terminée, les terres de sa famille sont confisquées par le nouveau régime. Commence alors la vie sous le joug communiste, une vie effarante, affreuse, absurde.

Il y avait 800 Saxons au village, il n’en reste plus aujourd’hui que quinze, les autres ont émigré à l’étranger après la chute du régime Ceaucescu en 1989. Vieil homme aux yeux bleus, Johann Thomé nous reçoit, affable et touché de notre visite : c’est bien lui, noble survivant et prototype de toutes les humiliations. « Il est trop tard à présent pour émigrer, je suis trop vieux. Mon fils est parti en Allemagne. Moi, je reste, j’attends la fin, je suis le gardien de la mémoire de la tribu des Saxons, qui s’effrite au fil des ans et finira par s’effacer un jour » nous confie-t-il de sa voix émue et mélancolique, tandis que nous découvrons l’église fortifiée du sommet de la tour. Destin pathétique d’une minorité roumaine qui a largement contribué à l’histoire du pays !

La nouvelle Roumanie en marche

Olivier Page
Il n’est pas ministre, ni député, ni homme politique influent, encore moins un nouveau riche. C’est tout le contraire d’un golden boy stimulé par la nouvelle économie post-communiste. Mircea Morar est un jeune homme simple et vrai, modeste dans ses goûts, mais convaincu que la Transylvanie doit se développer entre tradition, autarcie économique, et ouverture au monde, sans perdre son âme.

Cet ingénieur automobile, diplômé de l’université de Cluj, est devenu garagiste par nécessité en revenant s’installer après ses études dans son village d’Albac, où il vit à présent en compagnie de son épouse, sa fille et ses parents. Mircea s’est reconverti dans le tourisme vert par passion pour son pays natal, avec un objectif : essayer de développer une forme de tourisme durable et alternatif, à l’opposé du tourisme de masse.

Une trentaine d’années, carrure d’athlète, force de bucheron, un regard d’une grande douceur et des manières délicates de hobereau transylvain. Tout respire en lui la sympathie, la gentillesse, et la force de caractère. Dans un français impeccable, il nous a initiés aux charmes et aux secrets de la Transylvanie, nous dévoilant la merveilleuse humanité de ses habitants. Nous lui devons beaucoup.

En été, Mircea accompagne les randonneurs dans les alpages, ouvre les portes des granges et des fermes, serre les mains, tutoie tout le monde, l’hiver venu il se promène en raquettes sur les versants enneigés des monts Apunesi. Il est connu comme le loup blanc, mais ne dévore aucun mouton. Par sa francophonie et ses talents de guide, Mircea tente de faire passer un courant de philanthropie entre les visiteurs et les autochtones. Le soir à la veillée, avant d’aller dormir dans de robustes lits en sapin, sous de chaudes couettes en plume, Mircea le passeur de cultures, évoque la nouvelle Roumanie en marche.

Les problèmes actuels sont certes énormes, mais l’espoir d’une meilleure vie incite les jeunes à entreprendre et à innover. Le bon grain pousse avec l’ivraie, comme dans les champs… Pour lui, l’adhésion à l’Union européenne va apporter beaucoup à la Roumanie : construction d’un réseau routier aux normes européennes, rénovation des hôpitaux, des écoles, aménagement du territoire, lutte contre la pauvreté, stabilisation, restructuration. Mais les écarts de revenus entre riches et pauvres augmenteront encore, avec entre les deux une classe moyenne qui attend beaucoup de l’entrée du pays dans la zone euro (2015 si tout va bien).

Pour le meilleur et pour le pire, la Roumanie a retrouvé la grande maison Europe qu’elle n’avait jamais vraiment quittée. Un arbitraire et dérisoire rideau de fer l’avait reléguée au rang des despotismes orientaux, la voici libre de sa destinée comme jamais elle ne l’a été dans son histoire.

Plus facile de changer de régime que d'image

Olivier Page

« La Roumanie n’éveille l’attention que par ses plaies, ses flétrissures, ses turpitudes…Jamais un mot dans les medias sur la force morale, l’endurance, le courage d’un peuple que cinquante ans de tyrannie, d’obscurantisme et de misère n’ont pas abattu… », c’est par ces mots venus du cœur et de la raison que Dominique Fernandez entame le prologue de Rhapsodie roumaine, très beau récit de voyage en Roumanie (publié en 1998, illustrations de Ferrante Ferranti).

En voyageant en Transylvanie, nous avons constaté la pertinence de ces propos. Combien de fois n’ai-je pas vérifié la force du sentiment qui rattache les Roumains à l’Europe et en particulier à la France. On parle plus le français en Roumanie qu’au Vietnam et pourtant ce dernier est une ancienne colonie française. Alors que la Roumanie ne s’est attachée à la France que par affinité, par sympathie, par admiration, jamais par la force. En France, on continue à réduire la Roumanie à ces pauvres mendiants d’origine rom, des nomades tziganes qui tendent la main à la sortie du métro. Triste !

A Sighisoara, j’ai été ému en visitant une pension, signalée par un lecteur du Routard. Son propriétaire, Teo Coroian, une quarantaine d’années, fabrique des liqueurs de poire, de pomme et de cerise. Il a été récompensé plusieurs fois par des concours viticoles. Pour lui c’est un miracle que la Roumanie parle encore une langue latine, deux mille ans après le passage des Romains, bien qu’elle soit entourée par des peuples slaves, aux confins de l’Europe et de l’Orient. « On dit trop souvent dans les medias que la Roumanie est un pays malade. Nous souffrons de cette image négative et fausse ». Teo, vous avez raison !

La Roumanie a mal à la tête mais cela ne l’empêche pas de marcher. Elle souffre des contusions et des fractures passées, des blessures et des traumatismes de l’histoire, mais elle se tient debout. Comme les êtres humains, faut-il attendre qu’un pays soit en parfaite santé morale et physique pour changer, grandir, évoluer et espérer en un avenir meilleur ? Vivre comme il faut, tracer son chemin dans la nouvelle Europe, malgré tous les tracas et les soucis, et atteindre ce que son cœur désire ? Tel est le rêve de Teo et des 22,5 millions de Roumains.

Fiche pratique

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L'aéroport le plus proche est celui de Cluj, desservi depuis Paris par Tarom, avec correspondance à Bucarest.
Depuis Bucarest, on peut rejoindre la Transylvanie en train. Location de voiture conseillée pour sillonner la région.

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