Le Canadien, voyage en train de Toronto à Vancouver

19 novembre 2025

Train de légende, Le Canadien relie deux fois par semaine Toronto à Vancouver. Entre la mégapole cosmopolite de l'Ontario et la cité sur le Pacifique, 4 466 km de rail, cinq provinces, quatre fuseaux horaires… Et près de 100 h de voyage (qui joue parfois les prolongations…). Vertigineux.
Des grands lacs aux canyons de la Colombie-Britannique en passant par les Prairies et les Rocheuses, cette épopée ferroviaire permet d'embrasser l’immensité du deuxième plus grand pays de la planète, confortablement installé dans un dôme panoramique. Avec, en hiver, une ouate qui vient sublimer cette nature majuscule.
La vitesse de croisière – 60 km/h en moyenne – invite à la contemplation, l’absence de réseau sur une partie du trajet à la déconnexion... De quoi en profiter pour renouer avec l’essence du voyage : les rencontres.
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Le Canadien, le train « numéro 1 » : comment se passe le voyage ?

Fondée en 1977 par le gouvernement, la compagnie publique VIA Rail dessert plus de 410 gares dans huit provinces du pays, d’un océan à l’autre. Environ 500 trains circulent chaque semaine sur un réseau de 12 500 km de voies.
VIA Rail ne possédant que 3 % des voies, elle est contrainte de céder la priorité aux deux principaux opérateurs de fret du pays : le Canadien National (CN) et le Canadien Pacifique (CP). Les retards ne sont pas rares, mieux vaut prévoir large pour les correspondances (au moins 24 h à l’arrivée pour les trains longue distance).
Le Canadien est le train le plus emblématique de ce tissu ferroviaire. Mis en service en 1955, il assure deux fois par semaine la liaison entre Toronto et Vancouver. Les départs se font le mercredi et le dimanche, le lundi et le vendredi dans l’autre sens.

Le train numéro 1 – c’est son nom – utilise toujours les wagons d’origine des années 1950, ambiance rétro garantie. En haute saison, il peut transporter jusqu’à 350 passagers et une vingtaine d’employés – bilingues anglais-français – dans 22 à 24 voitures tirées par deux locomotives Diesel.
Plusieurs possibilités pour ces quatre jours et quatre nuits de voyage. La plus routarde : les sièges spacieux de la classe économie, à l’avant du train, à partir de 500 $. Il faut alors prévoir nourriture et boissons, possibilité d’en acheter à bord également.

Viennent ensuite les couchettes, avec toilettes et douches partagées, et les cabines privées pour une à deux personnes de la Voiture-Lits Plus. Ces dernières sont dotées de toilettes et d’un lavabo, la douche est commune.
Le billet inclut trois repas par jour dans la voiture-restaurant – une cuisine généreuse avec des options végétariennes et sans gluten – et boissons (sans alcool) et gâteaux à volonté. À partir de 500 $ la couchette et 3 000 $ la cabine pour deux personnes.
Pour les (très) gros budgets, la classe Prestige réserve une expérience haut de gamme avec des cabines deux fois plus spacieuses, salle de bains privée, écran plat et conciergerie. Entre 11 000 et près de 14 000 $.
Pour obtenir les meilleurs prix, mieux vaut s’y prendre longtemps à l’avance, éviter les vacances scolaires canadiennes et opter pour la basse saison de novembre à mars (hors fêtes de fin d’année). Chaque mardi, VIA Rail propose des tarifs réduits (code : MARDI) et des offres spéciales.
Il n'est pas possible de faire de stopover en cours de voyage avec un seul et même billet.
Les lacs et forêts de l’Ontario

9h55, un dimanche de janvier. Le Canadien s’ébranle, laissant derrière lui la skyline de Toronto et son emblématique tour CN, pour l’appel du Pacifique. Au cœur de l’hiver, le mastodonte d’acier voyage léger : une dizaine de voitures et 120 passagers, moitié moins qu’en haute saison.
Le train entame sa course (de fond) dans l’Ontario. La deuxième plus grande province canadienne – la France et l’Espagne réunies – concentre un cinquième des ressources mondiales d’eau douce. Plus de 250 000 lacs, des cours d’eau, une forêt qui tapisse les deux tiers de son territoire… Le décor est planté pour les deux premiers jours.

Au déjeuner – pulled pork au menu –, on partage la table avec une Torontoise et deux jeunes Belges, installées à Montréal, qui trouvent dans ce voyage « une belle manière de découvrir le pays en peu de temps ».
Le Canadien se faufile à travers le district de Muskoka, un repère de résidences secondaires prisé des habitants de Toronto. Chalets au bord de l’eau, chaises Adirondack et bûches nappées de blanc convoquent l'image d'Épinal. Pas de doute, c’est bien la nation à la feuille d’érable qui s’offre dans un travelling grandeur nature.
Les pontons en bois et les embarcations figées dans la glace laissent deviner ce qu’est le coin aux beaux jours : un paradis pour les pêcheurs et les canoers. L’outdoor hivernal est aussi séduisant... On aperçoit les contours d’une patinoire se dessiner dans la poudreuse.

L’après-midi avançant, le soleil perce et fait scintiller les lacs. Ontario signifie d’ailleurs « terre des eaux scintillantes » en iroquois. Vers 17 h, le train atteint Grand Sudbury, capitale du nickel, et la petite gare de Capreol. Premier plein de carburant, premier changement de conducteurs – les binômes assurent des rotations de 12 h –, et premier bol d’air pour les passagers.
Présentation des provinces traversées, stretching matinal, quiz, dégustation de vins et de bières… De nombreuses activités rythment les journées à bord. Programme du jour affiché dans l’activity car.
De Hornepayne à Winnipeg, dans le grand froid canadien

Au deuxième jour, Le Canadien est arrêté dans la petite localité de Hornepayne, spécialisée dans l’industrie forestière, avec 6 h de retard. « Un train de fret a été endommagé par le froid », apprend-on. Un écriteau « frozen » est placardé à l’entrée de la douche commune. La neige tapisse les passerelles entre les wagons. Dehors, il fait - 38 °C Côté passagers, on s’accommode de ces aléas climatiques du grand nord blanc… au chaud, derrière une vitre.
Dans sa cabine, Sandra crochète patiemment. Cette Américaine de 82 ans en est à son 50e voyage à bord du Canadien. Lors de l’escale à Jasper, en Alberta, la retraitée déposera ses créations en maille aux sinistrés des incendies de l’été 2024.
En rencontrant ces croisiéristes du chemin de fer, on en oublierait presque que Le Canadien est un service public, également utilisé par des passagers aux motifs plus utilitaires.
En voiture économie, on rencontre une Albertaine sur le chemin du retour après avoir passé les fêtes dans l’Ontario, deux femmes Amish rendant visite à des amis à Winnipeg, un jeune homme ayant opté pour le train après avoir perdu son permis de conduire…

Le train numéro 1 reprend sa route et traverse les petites localités du nord-ouest de l’Ontario – Longlac, Armstrong où l’on change de fuseau horaire (central time) – avant de gagner, en soirée, Sioux Lookout. La plaque tournante du nord fournit des services essentiels à 29 communautés éloignées des Premières Nations.
En fin de nuit, Le Canadien fait son entrée en gare de Winnipeg, la capitale du Manitoba, avec une dizaine d’heures de retard.
Entre deux gares, le train peut s’arrêter à la demande, sur réservation préalable. À la belle saison, campeurs et canoers sont ainsi déposés et récupérés, avec leurs embarcations, au plus près de leur terrain de jeu. Le Canadien fait également office de facteur pour les communautés les plus isolées.
Du Manitoba à l’Alberta, les Prairies canadiennes

De retour à bord, exit les lacs et les forêts, place aux Prairies. Situées entre le bouclier canadien à l’est et les Rocheuses à l’ouest, elles s’étirent du sud du Manitoba à l’Alberta en passant par la Saskatchewan.
C’est le grenier du Canada : plus de 80 % des terres agricoles du pays, 95 % de la production de blé. On y cultive aussi du canola, une variété de colza, dans des plaines au climat continental marqué par des hivers rigoureux et des étés caniculaires. De - 40 à 40 °C.
Derrière la vitre, silos à grains, entrepôts et engins agricoles composent un panorama rural typique. Les champs, enveloppés de blanc, semblent s’étirer à l’infini. Une passagère signale des cervidés. Des voyageurs avertis sont d’ailleurs venus avec des jumelles.
En fin d’après-midi, Le Canadien fait route dans la vallée de la rivière Assiniboine avant de franchir, dans la soirée, la frontière entre le Manitoba et la Saskatchewan. Il est presque à la moitié de sa traversée.

La quatrième journée, le train atteint l’Alberta en fin de matinée. Nouveau changement de fuseau horaire au passage de la frontière. La culture des céréales et des oléagineux cède ici du terrain à l’élevage bovin, compagnons de route du jour.
Avant Edmonton, la capitale, l’environnement s’urbanise. À l’habitat pavillonnaire succèdent les cheminées des raffineries se découpant dans un ciel rouge-orangé flamboyant. Le plus beau coucher de soleil du voyage.
Les équipes de VIA Rail travaillent six jours consécutifs. Des journées intenses, avec une grande amplitude horaire, et une disponibilité sans faille. Avec, à l’arrivée, entre 10 et 14 jours de repos. « Nous sommes les ambassadeurs du Canada », résume fièrement Meradith, directrice des services à bord, 26 ans d’expérience chez VIA Rail.
La Colombie-Britannique et ses canyons

Le Canadien devait arriver à Vancouver au petit matin, ce sera finalement en soirée. Une journée de rab qui ne chagrine (presque) personne.
Le train a franchi dans la nuit la frontière entre l’Alberta et la Colombie-Britannique – dernier changement de fuseau horaire –, et longe désormais la rivière North Thompson quelque part entre Blue River et Clearwater.
Dès 7 h, le dôme fait le plein pour le spectacle de ces conifères ouatés bordant des eaux serties de glaces. La région est parsemée de scieries et les camping-cars, en nombre dans les jardins, donnent une idée des loisirs dans le coin.

En milieu de journée, le train marque l’arrêt à Kamloops – 85 000 habitants – avant de longer le lac éponyme, dévoilant des paysages inédits habituellement traversés de nuit. Les forêts ont laissé place à des collines semi-désertiques. Sur la droite, les painted hills, étonnante formation géologique colorée. Un aigle royal fait son apparition.
Le coin est sec, très sec. La petite localité d’Ashcroft, qui vit de l’industrie minière et forestière, revendique même le titre de la ville la plus aride du pays. Les canyons, superbes, se succèdent. À Lytton, capitale du rafting, la rivière Thompson rejoint le Fraser, le plus long fleuve de la province – 1 370 km – qui prend sa source dans les Rocheuses et coule jusqu’à Vancouver.

La lumière décline et le soleil plonge derrière le relief. Cette golden hour sera la dernière de cette épopée ferroviaire unique.
Vers 22 h, Le Canadien fait son entrée dans la Pacific Central Station. Et l’on va, sans tarder, s’enivrer des lumières du front de mer de Vancouver.
Fiche pratique
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Renseignements et achats de billets
Rendez-vous sur le site de VIA Rail ou son application.
Comment y aller ?
Air France propose jusqu’à 10 vols Paris-Toronto par semaine. Pour le retour Vancouver-Paris, jusqu’à 5 vols par semaine en A350. Également des vols avec Air Canada. Trouver votre billet d’avion pour le Canada.
Où dormir ?
- Le Germain Toronto Maple Leaf Square : 75, bd Bremner, à Toronto. À partir de 429 $ la chambre Classique (2 adultes et un enfant). 167 chambres tout confort en plein centre-ville. Parfait pour vivre une soirée torontoise et ne pas se stresser le matin : la gare Union, où l’on embarque pour Le Canadien, est à moins de 10 min à pied.
- Inn at the Forks :75, Forks Market Rd, à Winnipeg. À partir de 239 $ la chambre avec petit déjeuner. Difficile de faire plus central ! Sur le site de La Fourche, à 5 min à pied de la gare (d’où l’on débarque du Canadien), 116 chambres tout confort.
- Fairmont Waterfront : 900, Canada Pl, à Vancouver. À partir de 288 $. Chambre avec vue. Et quelle vue : le front de mer de Vancouver ! La chaîne haut de gamme propose ici des chambres tout confort idéalement situées pour découvrir la ville. Avec également piscine et équipements sportifs. Très bon buffet pour le petit déjeuner.
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