La vallée de la Bruche, entre Vosges et Alsace

Climont - Clairière du Hang
Climont - Clairière du Hang © OTVB / Stéphane SPACH

La vallée de la Bruche, – du nom du cours d’eau qui naît là, à plus de 650 m d’altitude, et se jette dans l’Ill juste avant Strasbourg – , possède une identité singulière. Par sa géologie, d’abord : d’un côté un massif de grès, de l’autre un relief de granit… et au milieu coule la rivière.

Sa particularité est aussi liée à son passé : aujourd’hui rattachée à l’Alsace, la vallée fut autrefois intégrée au département des Vosges et ses habitants parlaient donc français. Les noms de certaines communes n’ont rien d’alsacien : Ranrupt, Fonrupt ou Stampoumont, par exemple. Trois villages à l’architecture rurale vosgienne typique, avec des fermes en pierre, sans colombages, trapues et dotées de trois ouvertures en façade : une grande arche pour la charrette, située entre deux portes, une pour les hommes et l’autre pour le bétail.

Ce territoire de caractère se découvre lors de randonnées dans la nature ou de visites thématiques autour de son patrimoine historique unique.

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Au fil de la Bruche, par monts et forêts

Temple du Donon
Temple du Donon © Alexander - stock.adobe.com

Plus des trois quarts de la vallée sont boisés, principalement avec des conifères. Dans cet environnement préservé, vivent grands tétras, lynx et chats sauvages. Tandis que les troupeaux paissent tranquillement au milieu de pâturages verdoyants, à flanc de montagne. Car plusieurs sommets encadrent la vallée de la Bruche.

La rivière prend sa source sur la face ouest du Climont (haut de 966 m). Mais le point culminant, c’est le Donon (1 009 m), à l’intersection de quatre départements. Il est considéré comme sacré depuis la nuit des temps. La présence humaine avérée remonte au Néolithique, et les Celtes s’adonnaient aussi à leur culte, suivis des Gallo-romains.

Des vestiges subsistent ainsi qu’un temple, édifié à la fin du 19e siècle, dans un style à la fois antique et rustique, avec colonnes et fronton triangulaire. Un itinéraire archéologique permet d’explorer le site tandis qu’une table d’orientation décrypte la magnifique vue sur la ligne bleue des Vosges, la plaine d’Alsace et la Forêt noire.

Porte de Pierre
Porte de Pierre © OTVB / Denis BETSCH

Le massif abrite par ailleurs une curiosité géologique, la « Porte de Pierre », en grès rose : trois gros piliers chapeautés d’un linteau sculptés par l’érosion. Non loin se trouvent deux menhirs, certainement d’origine celte.

De l’autre côté de la vallée, sur le massif d’en face, se dresse le Champ du Feu, formation granitique qui atteint 1 100 m d’altitude. Comme sur le Donon, on y pratique la randonnée, les raquettes et le ski nordique ou alpin.

Au total, 450 km de sentiers balisés sillonnent la vallée de la Bruche, à parcourir à pied, à cheval ou à VTT. Les cyclistes peuvent également longer la rivière grâce aux 40 km de la véloroute qui peut être combinée aux trains de la ligne TER qu’elle suit.

Car la Bruche est un axe structurant pour les voies de communication, et ce depuis des siècles. Après avoir dévalé la montagne, elle se faufile à travers un relief encaissé puis s’évase et prend enfin ses aises en plaine pour rejoindre l’Ill, juste avant Strasbourg.

Un héritage protestant toujours présent en Alsace

Vue depuis le sentier du château de Salm
Vue depuis le sentier du château de Salm © OTVB / Stéphane SPACH

Peu après sa source, la Bruche traverse la Clairière du Hang, qui accueillit, au 18e s, des paysans suisses de la communauté mennonite. Ces protestants étaient devenus anabaptistes au moment de la Réforme, au 16e s. C'est-à-dire qu’ils ne reconnaissaient pas la valeur du baptême pour les enfants, estimant qu’il fallait être plus âgé pour être capable de choisir sa religion. Réfugiés dans la vallée de la Bruche, ils vivaient d’agriculture et d’élevage. Puis la plupart ont émigré, au 19e s, vers les Amériques :  États-Unis, Canada, Belize, etc.

Ce sont les comtes de Salm qui les avaient acceptés sur leurs terres. Les ruines du château de Salm subsistent dans le hameau du même nom, à 800 m d’altitude.  Érigé au début du 13e s, il fut détruit plusieurs fois avant d’être définitivement abandonné environ 350 ans plus tard. Sur le plateau que domine l’ancienne forteresse, un immense chêne déploie sa silhouette majestueuse : vieux de plus de 200 ans, on dit qu’il a été planté par des Mennonites en 1793.

Musée Jean-Frédéric Oberlin
Musée Jean-Frédéric Oberlin © OTVB / Denis BETSCH

Sur le versant opposé de la vallée, Fouday, bourgade en bord de Bruche, est le point de départ du sentier Oberlin. C’est le patronyme d’un pasteur né à Strasbourg en 1740 et mort ici en 1826. Il est enterré dans le cimetière de l’église protestante, dont le clocher remonte au 12e s.

Un chemin fléché conduit au musée Jean-Frédéric Oberlin, installé dans le presbytère de Waldersbach, où il résida durant une grande partie de son existence. Sur ce territoire de Ban de la Roche, il mena à bien sa mission d’amélioration des conditions de vie. À partir de 1769, il donna accès à l’éducation pour tous : garçons et filles, et ce dès le plus jeune âge, dans des lieux appelés « poêles à tricoter », avec des « conductrices de la tendre enfance » chargées de développer l’apprentissage par le jeu et l’éveil au monde. Ce grand pédagogue ouvrit des écoles dans les villages des environs et rendit les cours obligatoires jusqu’à 16 ans. Il contribua aussi à améliorer l’agriculture et l’accès à la région en faisant construire routes et ponts.

Il faut donc bien tout un musée pour retracer son œuvre sociale : des collections variées de jouets, herbiers, fiches pédagogiques et cartes sont exposées de façon ludique et didactique. Dans ce lieu vivant et interactif, agrémenté d’un potager et d’un verger, sont régulièrement organisés concerts, conférences et ateliers.

La Bruche, une vallée alsacienne marquée par l’histoire

Fort de Mutzig
Fort de Mutzig © OTVB / Stéphane SPACH

Saâles, commune à l’extrémité sud de la vallée de la Bruche, se trouvait sur la frontière entre la France et l’Allemagne de 1871 à 1918. C’est pourquoi, un peu plus au nord dans la vallée, l’empereur Guillaume II fit bâtir le fort de Mutzig à partir de 1893, pour empêcher une éventuelle attaque française sur la plaine d’Alsace.

Cet incroyable ouvrage, en grande partie enterré dans la colline, s’étend sur plus de 250 hectares et pouvait héberger 7 000 militaires. Protégée par 22 tourelles, la forteresse est la première à avoir été bétonnée et électrifiée, servant par la suite de modèle à d’autres systèmes de défense, comme la ligne Maginot. La visite se déroule sur 2 km, entre salle des machines, dortoirs, cuisine, infirmerie, tranchées et postes de tir qui offrent une superbe vue panoramique.

Ce sont ensuite les Nazis qui ont occupé la région et implanté à Natzwiller, en 1941, un camp de travail et de concentration. Jusqu’en 1944, le Struthof a été un enfer sur terre pour 52 000 prisonniers, dont 20 000 n’ont pas survécu aux mauvais traitements destinés à les faire mourir d’épuisement. Ces forçats étaient des résistants, opposants politiques, déportés juifs, témoins de Jehovah, tziganes et homosexuels, de 32 nationalités différentes. Les Nazis cherchaient à les faire disparaître sans laisser de trace, selon les directives « Nacht und Nebel », ou nuit et brouillard.

Aujourd’hui, le site de 4,5 hectares est dédié au souvenir de ces victimes avec un musée ainsi que le Centre européen du résistant déporté (CERD) et une sculpture géante sur le Mont Louise, symbolisant une flamme blanche.

Mémorial de l’Alsace-Moselle - Schirmeck
Mémorial de l’Alsace-Moselle - Schirmeck © 100kmautour.com

Elle est visible depuis la terrasse du Mémorial de l’Alsace-Moselle à Schirmeck, sur l’autre rive de la Bruche. Cet espace interactif rappelle qu’entre 1871, date de l’annexion par le Reich de l’Alsace et de la Moselle, jusqu’en 1945, les habitants de ces deux régions ont dû changer quatre fois de nationalité.

La muséographie très moderne reconstitue les étapes clés de cette période, dans des décors représentant un ouvrage de défense de la ligne Maginot ou une forêt la nuit comme lors des passages en zone non occupée. Sont relatés le déplacement de 600 000 personnes du front vers les départements de la Dordogne et la Haute-Vienne ou encore la germanisation forcée menée par le IIIe Reich, modifiant les noms et prénoms des gens ainsi que les plaques des rues.

La visite se termine par l’espoir et la paix, engendrés par la construction de l’Union européenne, avec des films, jeux et témoignages précieux, pour ne rien oublier du passé tout en regardant vers l’avenir.

Fiche pratique

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Site de l’office du tourisme d’Alsace

Site de l’office du tourisme de la Vallée de la Bruche

Comment y aller ?

En voiture :

Depuis Strasbourg par l’autoroute A35, puis l’A352 et la D1420.

En train :

Nombreux TGV quotidiens entre Paris et Strasbourg en 2 h. Puis ligne TER Strasbourg-Saint-Dié-des-Vosges (une dizaine d’allers-retours/par jour), qui dessert la vallée de la Bruche, dont Muhlbach-sur-Bruche, Mutzig, Schirmeck-la-Broque, Rothau, Fouday, Bourg-Bruche et Saâles. À noter qu’il est possible de monter avec son vélo à bord des trains.

En avion :

L’aéroport international Strasbourg-Entzheim est connecté à la ligne TER Strasbourg-Saint-Dié-des-Vosges.

Où dormir ?

- Nutchel : 724, route de Salm 67420 Plaine. Tél. : 03 67 10 41 69. Chambre double : à partir de 90 €. Dans un domaine forestier de 7 hectares avec piscine extérieure, sont disséminées 37 cabanes en bois (pour 2 à 6 personnes), aux baies vitrées donnant sur la nature. Si toutes sont équipées de coin cuisine, poêle à bois, douche, toilettes et terrasse avec barbecue, certaines disposent même d’un bain nordique.

- Bluets et Brimbelles : 4, rue de l'Église, 67420 Saulxures. Tél. : 06 32 09 99 78. Chambre double : à partir de 90 € avec petit déj. Les quatre chambres d’hôtes cosy et chaleureuses sont installées dans une ferme familiale de plus de 250 ans, en Haute Vallée de la Bruche. La maîtresse de maison, excellente pâtissière, concocte de délicieux repas (sur résa) et son mari fait découvrir la région à bord de ses 2CV et Traction Avant de collection.

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Où manger ?

- Neuhauser : Les Quelles, 67130 La Broque. Tél. : 03 88 97 06 81. Tous les jours midi et soir, sauf mercredi (et mardi soir en hiver). Plats 19-28 €. Un peu perdue dans la forêt, la bonne table de l’hôtel du même nom propose une vue panoramique sur la nature alentour et une cuisine gastronomique classique, du saumon fumé maison au foie gras en passant par le traditionnel presskopf, le fromage de tête alsacien.

- La Schlitte : 26, route de Fréconrupt, 67130 La Broque. Tél. : 03 88 97 06 07. Lundi, mardi et jeudi, le midi seulement ; de vendredi à dimanche, midi et soir. Menus 13-42 €. Le restaurant, dont le nom signifie traîneau à bois, a des airs de gros chalet avec ses lambris clairs et son ambiance conviviale. De copieux plats de terroir glissent dans les assiettes, en particulier les spécialités de jambon cru d’Alsace, spaetzles maison et tartes flambées, ces dernières n’étant servies que le soir en fin de semaine.

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