Marrakech secrète

Marrakech secrète
© cornfield - stock.adobe.com

Marrakech, ville rouge. Une cité emmitouflée dans ses remparts du 12e s. Des remparts rouges comme la terre de ce coin du Maroc. Comme les hauts murs de la médina, aussi. Véritable dédale qui recèle tant de merveilles secrètement tapies à l’abri du regard.

Des trésors révélés parfois par un hasard de l’histoire, une rénovation, l’ouverture d’un lieu culturel, d’un musée, d’une maison d’hôtes aménagée dans un riad. Des petites pépites que nous brûlons de vous dévoiler. Si on faisait le mur ensemble ?

Marrakech cultive son Jardin secret

Marrakech cultive son Jardin secret
Photo M.Majerus © Le Jardin Secret

Combien de fois a-t-on longé ces hauts murs dans une des artères les plus animées de la médina, la rue Mouassine, juste en marge des souks ? Combien de fois est-on passé devant ce haut portail clouté, abandonné à lui-même depuis 1934 ? Comment imaginer, juste derrière, ce remarquable Jardin secret, hérité d’un palais saadien du 16e s, plusieurs fois remanié par ses puissants propriétaires successifs ?

En 2008 débute une remarquable restauration. Idée folle lorsqu’on connaît l’état de ruine du bâtiment à ce moment-là. 5 années seront nécessaires, dont 2 de travaux intenses effectués dans le respect de l’architecture et des techniques traditionnelles.

Quand les matériaux viennent à manquer, on en crée, reproduisant à l’identique ceux exhumés sur place. Au passage, un astucieux système d’irrigation est mis au jour, constitué de bassins, fontaines, canaux à ciel ouvert et adductions souterraines. Les arbres sont amenés de nuit : le jour est impropre à faire passer des véhicules dans cette médina populeuse !

Photo M.Majerus © Le Jardin Secret

En 2016, le lieu jadis réservé à quelques happy few se révèle enfin au grand public. Il comprend un jardin exotique planté d’essences du monde entier, acclimatées au Maroc et qui embaument l’air tout au long de l’année : jacaranda d’Amérique centrale, arbre bouteille d’Australie, flamboyant de Madagascar...

La seconde partie recèle un jardin islamique planté de grenadiers, figuiers, dattiers, emblématiques du paradis d’Allah. Plan classique et sacré de 4 parterres départagés par deux allées cruciformes. Au centre, un kiosque admirable de délicatesse abrite une fontaine.

La haute tour (17 m), ou mesneh, qui domine l’ensemble témoigne de la puissance du propriétaire de jadis et offre un superbe panorama sur la ville. La fuite du regard vers l’Atlas, à l’horizon, rappelle à quel point Marrakech, ses hammams, ses mosquées, ses fontaines sont redevables à ces sommets enneigés, dont l’eau est captée et acheminée depuis des lustres par la khetara, un ingénieux réseau d’adductions enterrées.

Focus sur Marrakech, la Maison de la Photographie

Focus sur Marrakech, la Maison de la Photographie
© Maison de la Photographie de Marrakech

On ne va pas vous révéler ici un lieu secret, mais un patrimoine longtemps caché dans les tiroirs, mis en valeur par la volonté de quelques amoureux de la ville. Et comment mieux témoigner du passé récent de Marrakech que sous l’angle de la photographie ? C’est le pari que se sont fixé Patrick Manac’h et Hamid Mergani en 2009. Pari tenu, au travers de leur Maison de la Photographie !

Avec patience, ils ont réuni plus de 10 000 documents visuels allant de 1870 à 1960. Des dons de grand.e.s photographes ont agrémenté ce très riche fonds, dont une rarissime collection d’autochromes en couleur datant de 1907. Autant de témoignages du Maroc d’autrefois, de ses traditions, sous forme de photos, cartes postales, plaques de verre. Ces images principalement en noir et blanc ont trouvé leur cadre dans cette maison aux murs immaculés et aux voilages diaphanes.

© Maison de la Photographie de Marrakech

Ici, pour « faire le mur », il faut arrêter le temps, laisser son regard happé par le cliché et pénétrer un univers révolu de djellabas, de turbans et de rayons de soleil qui projettent des ombres improbables. Un autre angle d’approche de cette ville mythique : revoir les monuments que l’on croyait connaître, renvoyés dans leur contexte de jadis. S’imprégner du regard des multiples portraits de gens des rues. Observer le détail des bijoux, des tatouages des femmes. S’immerger dans les scènes de vie saisies sur le vif.

Sur le toit-terrasse, on renouera avec le présent, au travers d’un des plus beaux panoramas sur la ville qui soient. Superbe lorsque le soleil déclinant embrase l’espace et allonge les ombres à l’infini.

Musée Mouassine, « la belle oubliée de Marrakech »

Musée Mouassine, « la belle oubliée de Marrakech »
© Musée de la Musique de Marrakech

C’était en 2011. Patrick Manac’h, de la Maison de la Photographie, baisse la voix et prend des airs de confidences : « Je pense avoir découvert une pépite, en plein quartier Mouassine, on en reparlera ».

Huit années passent et je retrouve en 2019 ce « fou de Marrakech » devant la fontaine Mouassine. En longeant le mur de la mosquée, puis en passant sous la voûte d’une vieille école, il me guide à travers un sombre dédale de derbs jusqu’à sa « pépite ». Une maison nobiliaire des 17-18e s qui recèle, entre autres, une magnifique douiria (salle de réception).

Au prix de deux années de travaux, toutes les finesses architecturales du lieu ont été dévoilées au regard. Les badigeons de plâtre des murs ont été patiemment grattés jusqu’à révéler les surfaces d’origine ornées de subtils motifs polychromes en reliefs. Ces entrelacs géométriques ne sont que symbolisme : l’art ornemental musulman (zakhrafa) dans toute sa splendeur. Les couleurs aussi ont leur signification.

© Musée de la Musique de Marrakech

Tout raconte l’histoire du lieu, de ses propriétaires originels, sur fond d’attachement à la religion, encore et toujours. La douiria, superbe, est gardée par de magnifiques portes en bois marqueté, surmontée d’un plafond en cèdre tout aussi merveilleux et éclairée par un lanternon percé dans le toit... que domine le firmament. Celui-là même qui guidait les nomades dans le désert.

Lors de la rénovation, pour lever le doute sur tel ou tel détail d’architecture, les carnets de voyages peints par Eugène Delacroix (1832) furent une aide appréciable. Sans compter l’œil vigilent de Xavier Salmon, conservateur général du Patrimoine au musée du Louvre, qui apporta son expertise (lire de sa plume « La belle oubliée de Marrakech »).

La fameuse « pépite », ouverte au public en 2016, accueille désormais le musée Mouassine – musée de la Musique, dédié à l’art au Maroc, ainsi qu’une large section relative aux instruments de musique : une salle consacrée aux Gnawa, une à la musique juive, une à la daqqa marrakchia (mi-incantation religieuse, mi-transe africaine), complétées d’une présentation des musiques berbères.

Une excellente façon de découvrir le lieu est d’assister aux soirées de musique traditionnelle organisées dans la douiria qui retrouve ainsi sa vocation première. Aux accents du oud (luth arabe) et du taârija (tambour traditionnel en terre cuite), on laisse son regard divaguer sur les arabesques des plâtres et marqueteries de bois.

Les chats de Marrakech, les rois et leurs tombeaux

Les chats de Marrakech, les rois et leurs tombeaux
© ARCam - stock.adobe.com

Chats, rois, tombeaux, ce n’est pas le titre d’une fable méconnue de La Fontaine mais l’histoire assez singulière des tombeaux royaux saadiens, tombés dans l’oubli deux siècles durant.

Petit flash-back au 17e s, lorsque les Saadiens sont chassés du pouvoir par les Alaouites. Le nouveau sultan, Moulay Ismaïl, fait détruire de nombreux symboles de la dynastie précédente. Il n’ose toutefois pas commettre le sacrilège de profaner les jardins qui accueillent les tombeaux royaux saadiens. Il en fait juste murer l’entrée.

Les tombes sombrent dans l’oubli jusqu’en 1917 où l’accès est redécouvert par des archéologues français. Ils font ainsi rejaillir à la lumière une saga familiale qui relèguerait les personnages de la série Dallas au rôle d’aimables enfants de chœur ! Assassinats, empoisonnements, luttes fratricides, tout y est passé en un peu plus d’un siècle de pouvoir.

 

© Antoine - stock.adobe.com

Mais reconnaissons que ces Saadiens nous ont légué un jardin-cimetière de toute beauté. Admirable travail de zelliges, de colonnes de marbre, de stucs, de panneaux de cèdre travaillés, de coupoles dorées, surmontées de tuiles vernissées. Les chats adorent s’y prélasser à-même la fraîcheur du carrelage. Alanguis dans un demi-sommeil, ils profitent à l’envi de ces magnifiques entrelacs de zelliges, d’un anachronique chapiteau wisigoth orné de palmettes, ou encore des motifs portés par le décor foisonnant des plâtres, dont certains s’inspirent de l’art chinois par l’entremise de la Perse.

Un premier mausolée (qubba), revêtu d’un riche décor, abrite entre autres la tombe de Moulay Ahmed el-Mansour el-Bedi (le Victorieux, le Doré) sous une coupole de cèdre doré, ornementée de stucs très travaillés et que supportent 12 colonnes de marbre de Carrare.

Un second mausolée avec sa coupole à stalactites peintes (muqarnas), accueille la tombe très vénérée de la mère de Moulay Ahmed el-Mansour et des femmes royales.

Le jardin est un petit havre de paix en début et en fin de journée, quand il n’y a pas foule !

Profession : découvreurs de trésors marrakchis

Profession : découvreurs de trésors marrakchis
© Boggy - stock.adobe.com

Marrakech compte ses chasseurs de trésors. Non pas des aventuriers à la Indiana Jones, mais des passionnés de Marrakech et des joyaux qu’abritent ses dédales infinis de ruelles (derbs). On s’y égare, dans ces derbs qui, pour la plupart, finissent en impasse. Leur étroitesse les préserve des rayons du soleil et y garantit une fraîcheur toute relative. Quant aux hauts murs aveugles qui les délimitent, ils taisent l’opulence des habitations qu’ils abritent. Ici, comme pour mieux s’assurer leur silence, les portes sont cloutées … 

Pour percer le secret, on commence par résoudre l’énigme des heurtoirs. Ne pas se tromper, chaque porte en compte deux : un pour les proches, l’autre pour les visiteurs (les femmes peuvent ainsi respecter les conventions vestimentaires vis-à-vis des étrangers à la maison). On pousse la porte et, après un couloir fait d’angles et de retours, on émerge dans la lumière éblouissante d’un jardin intérieur (riad).

Il distribue les pièces de vie, tout autour. Traditionnellement, une fontaine ou un bassin occupe le centre du jardin que deux allées divisent en quatre parterres. La taille des pièces, le nombre des étages (1 ou 2 maximum dans la médina), les matériaux employés, la qualité d’architecture, dépendent ensuite de l’aisance de la famille. Certains décors sont somptueux ! 

Dar Cherifa © Marrakech Riads

Revenons à nos découvreurs de trésors : le Belge Quentin Wilbaux et le Marocain Abdelatif Aït ben Allah. L’aventure commence dans les années 1990 où ils entreprennent un recensement des richesses architecturales cachées de la médina. Un trésor alors en péril. Quentin est architecte et travaille dans le respect des techniques et matériaux traditionnels. Ses armes ? La terre d’ici, la brique, le tadelakt et une parfaite connaissance de l’architecture marrakchie.

Ils lanceront la mode des maisons d’hôtes aménagées dans des riads. Phénomène qui, près de 30 ans plus tard, n’a pas dit son dernier mot. Car Marrakech regorge désormais de ces riads d’hôtes que Quentin a pour beaucoup contribué à rénover (140 réalisations…). Lui-même a ouvert sa maison aux touristes (le Dar el Qadi).

Abdelatif gère quant à lui 8 riads d’hôtes à Marrakech, 2 restaurants et un admirable lieu culturel (le Dar Cherifa) installé dans un palais saadien du 15e s.. Et comme la réussite entraîne les vocations, de nombreux autres se sont rués sur ce marché porteur. Marrakech compterait aujourd’hui environ 1 300 maisons d’hôtes, qui offrent l’occasion de s’approprier ces trésors d’architecture l’espace d’un séjour.

Un mode d’hébergement vraiment exceptionnel !

Fiche pratique

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Pour préparer votre séjour, consultez notre guide en ligne Marrakech.

Comment y aller ?

- En avion :  vols depuis Paris-CDG et Orly, ainsi que d’autres aéroports français (Marseille, Nice, Lyon, Nantes…), avec Air France, Transavia, Royal Air Maroc, EasyJet, Ryanair. Trouvez votre billet d’avion pour Marrakech.

Où dormir ? Où manger ?

- Marrakech Riads : 8, derb Chorfa-Lakbir, Mouassine. Doubles 740-1 500 Dh ; également des suites. Abdelatif Aït ben Abdallah, qui a une longue pratique de la réhabilitation du patrimoine immobilier, propose à la location 8 riads admirablement restaurés dans le respect de la tradition. Chacun possède un charme particulier, mais tous portent la même griffe. Tarifs raisonnables, vu la qualité des lieux et des prestations. On pourra aussi dîner au Dar Zellij (goût, luxe et volupté !) ou au Dar Cherifa qui fait également office de salon de thé et de lieu artistique (expositions, rencontres, musique…).

- Dar El Qadi : 79, derb El-Qadi, Azbezt. Doubles 1 000-1 200 Dh (+ 15 % en fin d’année). Dîner 190 Dh. Très belle adresse au cachet historique exceptionnel, qui fut la demeure du Qadi, celui qui rendait la justice. Restaurée par Quentin Wilbaux, ici rien de standard, rien de sophistiqué ni de faux. Les décors (stucs ciselés, admirables plafonds polychromes...) ont été conservés, livrés à nous par le temps qui passe. Vaste et lumineuse terrasse sur le toit. De là, n’hésitez pas à grimper dans l’envoûtante tourelle du Qadi : point de vue exceptionnel sur la médina et l’Atlas. Une adresse qui a une âme.

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À voir

Le Jardin Secret : 121, rue Mouassine. Tlj de 9h30 jusqu’au coucher du soleil (19h30 mars-sept, 18h30 fév et oct, 18h nov-janv). Entrée : 60 Dh + 35Dh pour grimper à la tour (montée interdite aux enfants de moins de 6 ans).

La Maison de la Photographie : 45, rue Souk-Ahal-Fès. Tlj 9h30-19h. Entrée : 50 Dh ; gratuit jusqu’à 12 ans.

Musée de la musique Mouassine : fontaine Mouassine, 4-5, derb El-Hammam. Tlj 9h30-19h (18h nov-fév). Entrée : 40 Dh. Nocturnes (visite du musée, concert, dîner) : tlj sauf dim 19h ; 200 Dh. Soirées musicales 3 fois/sem (sauf en été).

- Les tombeaux saadiens : quartier de la Kasbah. Tlj 9h-17h (15h pdt le ramadan). Entrée : 70 Dh.

Texte : Fabrice Doumergue

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