Espagne : la Cantabrie, sur les chemins de Compostelle

Espagne : la Cantabrie, sur les chemins de Compostelle
Comillas © JackF - stock.adobe.com

Cantabrie, Cantabrie… on a souvent du mal à situer l’endroit sur une carte. Pourtant, cette région du nord de l’Espagne, entre Biscaye et Asturies, est traversée par un itinéraire de Saint-Jacques-de-Compostelle bien connu : le Chemin Côtier. En espagnol Camino Del Norte, il est classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Au départ du Pays basque, il traverse la Cantabrie, les Asturies et la Galice, en longeant l’Atlantique. Au programme, des paysages magnifiques !

Et ce n’est pas tout. La Cantabrie en abrite un second : le Camino Lebaniego. Lui s’enfonce dans les terres, à la conquête des montagnes. Voilà qui fait d’elle la seule région où passent deux chemins de Compostelle classés !

Pour nous, c’est deux fois plus de points d’intérêt. Là encore, c’est la (bonne) surprise. Culture, nature, montagnes, océan… une Cantabrie aux mille et un visages se dévoile. Tant de découvertes surprenantes sont à faire, sur ces chemins ! Bientôt, on apprend que les premières peintures préhistoriques ont été découvertes en Cantabrie. Que le grand Gaudí y a réalisé ses toutes premières œuvres…  Et ce n’est qu’un avant-goût, alors en route !

Santillana del Mar, jolie ville médiévale

Santillana del Mar, jolie ville médiévale
Santillana del Mar © Aurélie Michel

Après avoir traversé Santander, capitale de la Cantabrie, le Camino del Norte passe non loin du très beau parc naturel Las dunas de Liencres, pour se diriger vers Santillana del Mar.

Charmante – la plus jolie de tout le pays, selon Sartre dans La Nausée – cette petite ville de quelque 1 000 habitants recèle un incroyable patrimoine médiéval. Dans les ruelles pavées, les demeures seigneuriales (casonas) aux balcons végétalisés rivalisent de beauté.

Santilla del Mar est surtout réputée pour abriter un édifice religieux remarquable : la Colegiata de Santa Juliana. Construite au 12e siècle, cette collégiale fait partie des plus beaux monuments romans de toute la Cantabrie. Elle s’articule autour d’une église à trois absides et d’un cloître à visiter absolument : ces chapiteaux sculptés font de lui une merveille. On jette aussi un œil à la Tour de Don Borja (15e) et à la Casa del Aguila y La Parra (16-17e). Santillana reste très touristique, avec une ribambelle de boutiques. Mieux vaut en profiter tôt le matin.

Altamira : l’une des plus importantes grottes préhistoriques du monde

Altamira : l’une des plus importantes grottes préhistoriques du monde
Grotte d'Altamira © Aurélie Michel

La Cantabrie est la région du monde où se trouve la plus grande densité de grottes à peintures et gravures préhistoriques : plus de 60 en sont ornées. Parmi elles, l’une des plus célèbres au monde : Cueva de Altamira. Et pour cause : il s’agit de la toute première grotte ornée découverte dans le monde, en 1879, par l’archéologue Marcelino Sanz de Sautuola.

Classée au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 1985, elle recèle une concentration de peintures préhistoriques exceptionnelle, qui lui vaut le surnom de « chapelle Sixtine » de l’art rupestre. Très bien conservées, elles ont été réalisées entre 13 000 et 36 000 ans avant aujourd’hui !

Afin de la préserver, on a construit une réplique, tout près de l’original (elle se visite tout de même, mais en très petit comité et sur tirage au sort). L’émotion n’en est pas moins forte au moment de découvrir le fameux « plafond polychrome ». Il dévoile une gigantesque colonie d’animaux, des bisons pour la plupart, mais aussi des bouquetins, biches et autres chevaux. Si les techniques utilisées sont variées (dessin, gravure, peinture), une couleur domine : le rouge ! Il était obtenu grâce à l’ocre. Les contours, noirs, étaient réalisés au charbon. Fait remarquable : les hommes se servaient volontiers des aspérités des parois pour donner du relief à leurs animaux.

Pour mieux appréhender le mode de vie de nos ancêtres (chasse, vie autour du feu à l’entrée de la grotte…), un musée très bien pensé vient compléter la visite.

Comillas : du petit village de pêcheurs au fief de l’aristocratie

Comillas : du petit village de pêcheurs au fief de l’aristocratie
Comillas © saiko3p - stock.adobe.com

De retour sur le Camino del Norte, c’est à présent à Comillas de nous subjuguer. Un coup de cœur ! À l’origine, ce petit village de pêcheurs s’articulait essentiellement autour du port et de la place, où se situe l’ancienne mairie (18e). De style baroque, elle arbore les armoiries de cinq archevêques envoyés dans les colonies en Amérique.

À la fin du 19e siècle, son destin prend une tout autre tournure : le village devient une station balnéaire à la mode, appréciée par la bourgeoisie pour ses bains de mer. Son succès, elle le doit à un certain Antonio Lopez y Lopez (1817-1883). Né ici, puis parti faire fortune à Cuba à 14 ans, il a fondé une compagnie de navigation, de tabac et une banque. Riche et influent, l’entrepreneur est alors proclamé « marquis de Comillas » par Alphonse XII.

À son retour, il compte bien faire connaître son village natal (à sa mort, son fils prendra le relais). Mission accomplie : le roi viendra y passer ses vacances d’été. Grâce à sa première visite, en 1881, Comillas devient la première ville à être équipée de l’éclairage public.

Plusieurs édifices emblématiques témoignent de cette faste époque. Le marquis a notamment financé l’Université Pontificale, édifiée à partir de 1883. Grande, haut perchée, elle arbore une façade rouge au style singulier néogothique et néo-mudéjar. Impossible de ne pas la remarquer ! Une partie des salles, partiellement restaurées, mais originales, se visitent. Elle abrite aujourd’hui l’International Center for Higher Spanish Studies, dédié à l’apprentissage de l’espagnol.

Palais Sobrellano © Aurélie Michel

Cet élan modernisateur, encouragé par le marquis, transforme considérablement Comillas. Un nouveau style architectural émerge. Quelques années plus tard, il donnera naissance au modernisme ; la fontaine « de los tres canos » (1889) et le portail du cimetière en sont les parfaits exemples.

Évidemment, le marquis se fait construire un palais : le beau Sobrellano, édifié entre 1881 et 1890 dans un style néo-gothique par Joan Martorell. Et, juste à côté, une chapelle-panthéon, où il repose désormais. Les deux se visitent. Les bancs de la chapelle, en plus d’être fort jolis, se révèlent incroyablement confortables. Logique, ils sont signés Antoni Gaudí…

Comment ça, le maître du modernisme catalan, ici ? Eh oui ! Comillas abrite d’ailleurs l’une de ses toutes premières œuvres architecturales : « El Capricho ». Il fait partie des trois rares édifices à se situer hors Catalogne… ne pas le visiter serait un sacrilège !

El Capricho à Comillas : sur les traces de Gaudí

El Capricho à Comillas : sur les traces de Gaudí
Villa Quijano © bit.ly/34GXHaV - stock.adobe.com

À leur retour d’Amérique, les nouveaux riches avaient pour habitude de se faire construire de luxueuses demeures, pour exhiber leur fortune. Comme son beau-frère le marquis de Comillas, Maximo Diaz de Quijano a fait fortune à Cuba. Alors lui aussi, veut sa maison de vacances à Comillas. Le marquis lui recommande un jeune architecte catalan de 31 ans : un certain Antoni Gaudí. Le mobilier de la chapelle-panthéon et un kiosque réalisé pour la venue du roi l’avaient fait remarquer.

Avant de devenir le plus grand représentant du modernisme catalan (art nouveau), Gaudí s’essaye au début de sa carrière à toutes sortes de style : gothique, mudéjar, oriental (Inde, Japon)… La villa Quijano illustre on ne peut mieux cet audacieux mélange des genres… Son surnom, « El Capricho » (Le Caprice), renvoie justement au genre musical du même nom, qui a recourt à des formes libres, non académiques.

Villa Quijano © JUAN CARLOS MUNOZ - stock.adobe.com

Fantaisiste, elle multiplie les couleurs (jaune, vert, rouge…), les formes géométriques et les matériaux (fer forgé, faïence, brique…). Sa grande tour-mirador de 20 m, conçue pour apercevoir la mer, n’est pas sans rappeler les minarets des mosquées musulmanes.

D’innombrables azulejos – carreaux de faïences – décorent la façade. La plupart représentent des tournesols : un clin d’œil à l’agencement de la maison, pensé en fonction de la trajectoire du soleil. Chambre à l’est, salle à manger et fumoir du soir à l’ouest… le soleil nous suit toute la journée !

Il faut dire qu’avec Gaudí, rien n’est laissé au hasard : il pense esthétique, oui… mais fonctionnel aussi ! Partout, il redouble d’ingéniosité : rambardes-balcons, fenêtres à guillotines à double battant, volets roulants, baies vitrées musicales… Musicales ? Eh oui, il fallait faire honneur aux passions du commanditaire : la musique et la nature. D’ailleurs, dans la salle de bain, des vitraux représentent des animaux jouant de la musique…

Le chantier commence en 1883 (la même année, on lui commande la Sagrada Familia) et se termine deux ans plus tard. Malheureusement, Maximo Diaz de Quijano n’en profitera pas beaucoup : la même année, il meurt à l’âge de 47 ans… Modifié par ses héritiers, puis laissé à l’abandon durant de nombreuses années, le Caprice est rénové en 1988 pour accueillir un restaurant, avant de devenir un musée en 2009.

Los Picos de Europa : un fabuleux parc national

Los Picos de Europa : un fabuleux parc national
Les Picos de Europa vers Potes © Aurélie Michel

De Comillas, une route magnifique entre plages et pâturages traverse le parc naturel d’Oyambre. Elle mène à San Vicente de la Barquera, petit village côtier. C’est le point de départ d’un autre chemin : le Camino Lebaniego. Il quitte bien vite la côte Atlantique pour bifurquer dans les terres et peu à peu s’enfoncer dans les montagnes.

Et pas n’importe lesquelles : les majestueux Pics d’Europe. Situé dans la Cordillère Cantabrique et à cheval sur plusieurs régions (Cantabrie, Asturies, Leon), il fut le premier parc national d’Espagne. Un véritable terrain de jeu pour les amoureux de la nature et de marche à pied.

On s’en rapproche en filant à Cicera, un petit village de montagne avec quelques jolies maisons en pierre, une auberge et un bar… C’est ici à peu près tout – mais pour un pèlerin, c’est déjà beaucoup !

Tout près, le Mirador de Santa Catalina, suspendu au-dessus du vide, nous livre une vue imprenable sur les gorges de la Hermida. Des hordes de vautours tournoient. En contrebas, la route prend des allures de miniature. À l’arrière-plan, les majestueux Picos de Europa (point culminant : Torre de Cerredo, 2 648 m) surgissent. Ils ne nous quitteront plus.

Potes et la région de Liébana

Potes et la région de Liébana
Potes © Aurélie Michel

Le Camino del Norte nous mène ensuite à la petite ville de Potes, capitale de la région de Liébana. Située aux portes du Parc national, c’est le camp de base idéal pour explorer les Pics d’Europe.

Adorable, Potes a tout pour plaire : des rues pavées, de jolies maisons anciennes aux balcons fleuris, des ponts bucoliques, mais aussi une église (San Vicente, qui accueille les pèlerins) et une imposante tour (Torre del Infantado, 14e). Et, à l’arrière-plan, les beaux Pics d’Europe.

Touristique, elle n’en reste pas moins agréable. D’autant plus le lundi matin, jour de marché. En place depuis le 13e siècle, il fait honneur sur ses étals aux bons produits de la région : légumineuses, fromages locaux (comme le Picón Bejes-Tresviso, à la pâte persillée), saucissons... Sans oublier les nombreuses douceurs : corbata, sobao, quesada… Si on veut rapporter de bonnes choses avec soi, c’est le moment.

Les restaurants du coin proposent la spécialité de la région : le « Cocido Lebaniego », sorte de pot-au-feu avec du chou, des pois chiches, du chorizo, de la viande de bœuf et des boulettes à base de mie de pain, d’oignon et d’ail. Et pour le dessert, on se régale d’un « canonigo », l’île flottante d’ici. Pour digérer tout cela, on n’y coupe pas : on avale cul sec un petit verre d’eau-de-vie de marc « Sierra del oso », fabriquée à deux pas de là (la distillerie se visite).

Si la région de Liébana est réputée pour ses bons produits, elle est avant tout connue pour abriter l’un des lieux saints du christianisme : le monastère Santo Toribio de Liébana, à 4,2 km de Potes.

Santo Toribio de Liébana : le plus grand fragment de croix de J.-C.

Santo Toribio de Liébana : le plus grand fragment de croix de J.-C.
Santo Toribio de Liébana © Aurélie Michel

Terminus du Camino Lebaniego : le Monasterio Santo Toribio de Liébana. Ses origines remonteraient au 7e siècle, mais l’église actuelle date de 1256. Depuis des siècles et des siècles, il garde précieusement le plus grand fragment de la croix du Christ. Là où se trouvait le bras gauche, plus précisément… Appelée lignum crucis, cette relique a fait l’objet en 1958 d’une analyse scientifique. Elle a confirmé qu’il s’agissait bien de bois de cèdre ancien ayant poussé en Palestine. On suppose que ce fragment de croix a été rapporté de Jérusalem en 711, face à l’invasion arabo-berbère.

En 1512, une bulle du Papes Jules II fait du monastère un important centre de pèlerinage. Et si beaucoup l’ignorent, Santo Toribio n’est autre que le quatrième lieu saint de la chrétienté, aux côtés de Jérusalem, Rome et Saint-Jacques-de-Compostelle. Les fragments de bois sont conservés dans une croix en argent doré du 17e siècle, qu’il est possible de voir de près. De plutôt très près, même : un moine autorise les visiteurs à y toucher, les uns après les autres. Le tout dans le plus grand des silences…

Après la visite, il vaut la peine de marcher une centaine de mètres pour atteindre le belvédère. Il offre une vue imprenable sur les Pics d’Europe et la petite ville de Potes, en contrebas. C’est ici que prend fin le Camino Lebaniego. Pour continuer sa route vers Saint-Jacques-de-Compostelle, il faut rejoindre le chemin Français (Camino Francès).

Pour être aux premières loges des Pics d’Europe, il faut pousser jusqu’au cirque de Fuente Dé et prendre le téléphérique. 753 m et 4 min plus tard, la vue est incroyable.

Fiche pratique

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Turismo Santander

Turismo de Cantabria

Comment y aller ?

Avec Iberia, compter 3 h de vol au départ de Paris ORY pour se rendre à Santander (avec escale à Madrid). Trouvez votre billet d’avion.

Biarritz-Santander : 3 h de bus avec les compagnies CONDA et ALSA (20 € aller).

Où dormir ?

- Hôtel Chiqui : av. Manuel García Lago, 9, Santander. Agréables chambres avec vue sur la plage de El Sardinero. Double avec vue sur mer à partir de 69 €.

- Hotel Hoyuela : av. Hoteles, 7, Santander. Chic hôtel à deux pas de la plage El Sardinero et du Palais de la Magdalena. Double à partir de 60 €.

- Parador de Santillana del Mar : Plaza Ramón Pelayo, S/N, 39330 Santillana del Mar. Parador plein de charme dans une maison typique, au cœur de la petite ville médiévale. Également un restaurant, où l’on mange bien (mais qui n’est pas donné). Compter 120 € la double avec petit déjeuner.

- Hotel Comillas Paseo Mª Luisa Bru 2, Comillas. Chambres tout confort, tout près du Palacio de Sobrellano. Double à partir de 60 €. Également un restaurant.

- Parador de Fuente De s/n. 39588 Fuente Dé, Camaleño. On dort ici en toute quiétude, au pied des Picos de Europa et du téléphérique de Fuente De. Quelle vue ! Chambre à partir de 66 €.

Où manger ?

- Salvaje : Calle Ataulfo Argenta 31, Santander. Une adresse moderne avec une intéressante formule à 15 €, parfaite pour le déjeuner (poke bowl, lasagnes, salades…). Bon café, jolie déco, ambiance à la fois chic et décontractée.

- Restaurant Canadio : Gómez Oreña, 15 (Plaza Cañadío). Un chouette endroit chic et branché, à deux pas de l’animée Plaza Canadio. On vient grignoter des tapas et des pintxos avec, pourquoi pas, un verre de sangria. Également un restaurant avec cuisine ouverte, qui propose des plats élaborés. Tapas au bar : environ 2 €.

- El Bodegon : avda. del Generalísimo, 17, San Vicente de la Barquera. Ce restaurant de poisson typique, c’est une cantine comme on les aime ! Du bruit, de l’ambiance, des grandes tablées… et des plats généreux à prix doux. Le riz au homard (arroz con bogavante) et le poulpe grillé et sa purée sont délicieux. Compter 14 € le plat.

- Casa Cayo : Calle Cántabra, 6, Potes. Un restaurant typique avec vue sur la Torre del Infantado et la rivière Quiviesa, enjambée par d’adorables petits ponts. On y mange les spécialités de la région de Liébana : Cocido Lebaniego (sorte de pot-au-feu), canonigo (sorte d’île flottante), eau-de-vie de marc (orujo, voir plus bas)…

Où acheter directement au producteur ?

- Fromagerie Quesos Rio Corvera Bejes : Finca la Estación s/N Bejes. Au cœur des montagnes, la fromagerie vend en direct son fromage à pâte persillée « Picón Bejes-Tresviso » (AOP), typique de la région de Liébana. Accueil adorable.

- Distillerie et boutique d’eau-de-vie (Orujo) Sierra del oso : C/Riega de la Iglesia, Ojedo, Cillorigo de Liébana. Visite de la distillerie et vente en direct. Aux côtés de l’eau-de-vie de marc originale, de nombreuses autres créations, comme la crème d’orujo (ajout de crème de lait et caramel), qui n’est pas sans rappeler le Baileys.

Texte : Aurélie Michel

Mise en ligne :

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