Cornouailles et Devon : l’Angleterre, à fleur de mer

Cornouailles et Devon : l’Angleterre, à fleur de mer
St Ives © ian woolcock - Fotolia

La pointe sud-ouest de l'Angleterre est bercée de part et d'autre par les eaux de la Manche et de l'océan Atlantique. Leurs côtes ont façonné la vie locale : activités de pêche et tourisme balnéaire s'y côtoient depuis longtemps. Mais quand Torquay se donne des airs de Nice, St Ives lorgne plutôt vers la Bretagne.

Au relief découpé des côtes succède, à l'intérieur des terres, la douceur des collines. Les paysages des régions du Devon et des Cornouailles n'en sont pas moins contrastés : par ici, des bocages, par là des landes.

En commun, un air de mystère, entretenu par des sites extraordinaires : parc naturel du Dartmoor ou ruines du château de Tintagel.

Torquay et Dartmouth, la riviera anglaise

Torquay et Dartmouth, la riviera anglaise
Train à vapeur de Paignton © VisitBritain - David Clapp

Un front de mer, des cabines de plage, des palmiers... Torquay cultive sa ressemblance avec la Côte d'Azur. Ce n'est pas pour rien que l'on surnomme la ville et ses environs, « la riviera anglaise ».

Au 19e siècle, c'était le lieu de villégiature de l'aristocratie anglaise, séduite par la douceur – relative – du climat. On peut se promener sur l'élégante marina ou visiter l'abbaye de Torre dont la fondation remonte à 1196 : c'est l'un des monastères médiévaux les mieux préservés de la région. Son imposant corps de garde, datant de 1380, force le respect.

À l'ouest de Torquay, Paignton présente une image moins raffinée, avec ses magasins de souvenirs, ses boutiques criardes et ses bars aguicheurs. La plage se distingue par sa jetée ouverte au public en 1879. Tout un spectacle de tourisme bonhomme et joyeux, que ne renierait pas le photographe Martin Parr.

C'est aussi dans cette ville que se trouve un moyen de transport étonnant : un authentique train à vapeur. De Paignton, la ligne de chemin de fer longe la côte pour rejoindre la charmante ville de Dartmouth, distante d’une quinzaine de kilomètres.

Sur les traces d’Agatha Christie

DartmouthDartmouth © acceleratorhams - Fotolia

Engoncée dans la vallée creusée par le Dart, Dartmouth surplombe avec bienveillance l'estuaire. En prenant le ferry à la sortie de la gare, admirez les rayonnages de maisons multicolores et assoupies. Le « Butterwalk », des façades de maison en bois soutenues par des piliers de granit, suscite la curiosité. Construit vers 1635-1640, il avait pour vocation d'abriter les étals des boutiques et marchés.

À Torquay est né un des écrivains dont les ouvrages se sont le plus vendus au monde : Agatha Christie. Elle avait établi sa résidence de printemps à proximité de Dartmouth. À bord d'un petit ferry, le bien nommé Christie Belle, on remonte l'estuaire pour découvrir, dissimulée derrière les feuillages, sa maison de Greenway. Pas un parfum de crime ici, mais plutôt les senteurs des 2 700 types de jardins et espèces de plantes. Dans la maison elle-même, de style géorgien, le temps est resté suspendu dans les années 1950.

La Greenway House a conservé le mobilier et les effets personnels d'Agatha Christie et de sa famille. Au fil des salles défile la vie intime de la créatrice de Miss Marple et d'Hercule Poirot. Ses 11 000 effets personnels témoignent d'une vie familiale remplie, d'une curiosité d'archéologue pour le Moyen-Orient et d'une modestie dans l'élégance.

Dartmoor, lande sauvage

Dartmoor, lande sauvage
King's Tor © annacurnow - Fotolia

Au centre du Devon et à une vingtaine de kilomètres de la Manche, on se croirait dans un désert de couleurs vertes, brunes et ocre. Le sol humide ou herbeux étouffe le bruit des pas : même les chevaux, vaches et moutons livrés à la pâture semblent respecter le silence.

Pourtant, avec ses 33 000 habitants et ses 2,4 millions de visiteurs annuels, le parc national du Dartmoor est loin d’être déserté. Mais les hommes sont invités, ici, à se fondre dans le paysage de collines et même à ouvrir grands les oreilles, par exemple pour aider au recensement officiel des coucous par leur chant.

Le monde minéral a aussi son mot à dire. Le Dartmoor est doté d'une forte personnalité : il se distingue par ces empilements de roches granitiques qu'on appelle en cornique des « tors ». En haut des collines, ils ont l'air de constructions maladroites en galets géants. La région compte aussi des ponts en dalles de pierre (des clapper bridges, plus exactement). À Postbridge, l'un d’entre eux daterait du 12e ou du 13e siècle.

Quelques sites à voir

PostbridgePostbridge © ted007 - Fotolia

Dans le Dartmoor, la ville de Princetown compte une prison construite pour enfermer les soldats français capturés lors des guerres napoléoniennes. Toujours en activité, elle s'est également dotée d'un musée, dont on s'épargnera la visite… à moins d'avoir une faiblesse pour le mauvais goût et le kitsch.

Allez plutôt voir le château Drogo, le dernier construit en Angleterre. Tout en granit, il a été imaginé par le célèbre architecte Edwin Lutyens, et achevé en 1930. On peut aussi faire une randonnée pédestre, équestre ou cycliste. Qui sait, tout à coup dans la brume, vous rencontrerez peut-être Le Chien des Baskerville, qui a tant donné de fil à retordre à Sherlock Holmes.

À mi-chemin entre le Dartmoor et la côte atlantique, à Bodmin, le Jamaica Inn suinte encore de sa sulfureuse réputation. Cette auberge d'étape construite en 1750 a servi de repaires aux contrebandiers, ce qui a fasciné Daphné du Maurier au point qu'elle lui a consacré un roman. Derrière la façade grise et austère de cette « auberge de la Jamaïque », se tient maintenant un pub chaleureux dont les poutres livreraient les noms de criminels si seulement elles pouvaient parler.

Tintagel, un château légendaire

Tintagel, un château légendaire
Château de Tintagel © Ralf Kabelitz - Fotolia

Continuons vers l’ouest et les Cornouailles, vers un site d'une beauté exceptionnelle : le château de Tintagel. Aujourd'hui relié à la terre ferme par une passerelle en bois, l'île qui l’accueille forme une masse abrupte au-dessus de l'océan Atlantique.

Visible dans un panorama à 360 degrés, le paysage naturel sur l'île est saisissant. Au nord, trône fièrement le Camelot Castle Hotel. Cet établissement construit à la fin du 19e siècle a des allures de château fort. L'hôtel a été repris par des adeptes de la scientologie. On le déconseillera donc, sous peine d'être livré à un prosélytisme pernicieux.

Au nord encore, par beau temps, on peut apercevoir les côtes du Pays de Galles, pourtant à une centaine de kilomètres de là. En regardant vers le sud, difficile de ne pas être intrigué par une petite île proche de la côte. Appelé « Gull Rock », sa hauteur en fait un lieu inaccessible, à moins d'avoir des ailes.

La légende du Roi Arthur

Tintagel, avec son relief escarpé, est aussi un endroit légendaire. C'est là que l'historien médiéval Geoffroy de Monmouth situe la conception et la naissance du Roi Arthur, à l'époque du haut Moyen Âge. Une statue de l'artiste représentant un roi et son épée a d'ailleurs été érigée en avril 2016. Au grand dam des historiens qui ont qualifié cette œuvre de « disneyisation » de Tintagel… Difficile en effet de ne pas voir dans cette statue appelé Gallos (« pouvoir » en cornique) Arthur et son épée Excalibur, un roi dont l'existence n'a jamais été prouvée.

Le comte Richard de Cornouailles, lui, n'avait pas eu ces scrupules. Dans les années 1230, il y a fait bâtir un château pour baigner dans l'aura du mythe. Un vrai défi à l'époque, tant le lieu battu par  vents et marées paraît inaccessible et inhospitalier. Les traces de cette activité humaine sont réduites à une portion congrue : murs de guet, tunnel, vestiges de bâtiments... N'empêche, Tintagel conserve un charme mystérieux, le bruit permanent du ressac transporte des contes d'une autre époque, d'un âge sombre et magique.

Ancienne poste de TintagelAncienne poste de Tintagel © sergioboccardo - Fotolia

En passant dans la ville de Tintagel, ne pas manquer de jeter un œil à l'ancienne poste sur la rue principale. Cette chaumière du 14e siècle paraît avoir traversé le temps sans une ride. Mais aux 16e et 17e siècles, la chaume sur le toit a cédé la place à des ardoises. Leur agencement sophistiqué crée de jolies ondulations.

St Ives : pêche, surf et Tate Gallery

St Ives : pêche, surf et Tate Gallery
Porthmeor Beach © ian woolcock - Fotolia

Tant pis si le soleil n'est pas de la partie, St Ives garde son charme en tout temps. Celui d'un paisible port de pêche, tout à l'ouest des Cornouailles. Il y a maintenant moins de pêcheurs en ville que sur les tableaux des galeries d'art qui ont essaimé avec l'essor du tourisme. Dans les petites ruelles, on flâne de boutique en boutique, on déguste du fudge, que reluquent des mouettes blasées.

En 2014, St Ives a été jumelée avec Laguna Beach, ville de la côte californienne. Au moins un point commun : le surf. À St Ives, on pratique cette activité sur la Porthmeor Beach. De l'autre côté d'une langue de terre, pubs et restaurants ne désemplissent pas sur le front de mer. Plus loin, la Porthminster Beach n'a rien à envier aux plages de la Méditerranée. Si ce n'est des températures plus clémentes.

Postés à un emplacement stratégique, des employés de voyagistes interpellent: « Une croisière pour voir les otaries, est-ce que ça vous intéresse ? » Du bateau, vous verrez sans doute un des huit phares que comptent les Cornouailles.

Le phare Godevry doit sa renommée à Virginia Woolf, puisqu'il lui a inspiré la nouvelle La Promenade au phare. Les fans de l'auteure et ses descendants se sont battus en 2015 contre un projet immobilier qui menaçait de défigurer la vision de l'endroit.

Tate GalleryTate Gallery © VisitBritain - Britain on View

St Ives abrite une antenne de la célèbre Tate Gallery de Londres. Mais, en raison de travaux, l'établissement ne rouvrira pas ses portes avant mars 2017. On peut se rabattre sur la maison et le jardin de la sculptrice Barbara Hepworth (1903-1975) à moins d’être insensible à ses œuvres de formes abstraites et tout en rondeurs.

Enfin, à une heure de voiture, au bord de St Ives, on vous recommande un arrêt dans la ville côtière de Padstow. Avant d'entamer une balade le long de l'estuaire majestueux du fleuve Camel, on découvre la sérénité du port en prenant un verre à la terrasse d'un pub.

Fiche pratique

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S'y rendre en bateau

Son nom est anglais. Mais bien peu de gens savent qu'il s'agit d'une compagnie maritime française. Brittany Ferries propose plusieurs liaisons entre l'Hexagone et l'Angleterre. Pour se rendre au plus près du Devon et des Cornouailles, une ligne part de Roscoff, dans le Finistère, pour arriver à Plymouth. Deux départs sont prévus quotidiennement, avec 6 heures de trajet de jour et 8 heures la nuit.

Le plus : cette traversée s'effectue en général sur le dernier-né de la compagnie, l'Armorique, baptisé en 2009. D'une capacité de 1 500 passagers et doté de 248 cabines, ce navire est aussi agréable dans sa conception que confortable : bar, restaurant, wi-fi, espace de lecture, salles de cinéma... Par beau temps, il fait bon se détendre à l'extérieur, sur les ponts. On regretterait juste que le voyage ne dure pas plus longtemps.

Autre liaison à ne pas négliger, celle qui relie Saint-Malo à Portsmouth permet de s'adonner entièrement aux joies du slow travel, une vraie tendance : cette traversée de nuit dure environ onze heures. L'occasion de dîner sans pression dans un restaurant avec vue imprenable sur la mer. L'occasion de regarder s'éloigner les remparts de Saint-Malo sous un angle spectaculaire. Dans l'une des 376 cabines du navire Bretagne, on se laisse facilement emporter par le sommeil au-dessus de la Manche.

Où dormir ?

Trouvez votre hôtel dans les Cornouailles, près de Dartmoor et à Torquay.

Où manger ?

- The Cary Arms, près de Torquay (Devon). La pente est raide jusqu'à la baie de Babbacombe. Mais le Cary Arms vaut le détour. Cet hôtel-restaurant offre une vue magnifique sur la mer. En y dînant, on peut voir des otaries se prélasser dans la baie, et parfois des dauphins. Le spectacle est aussi dans l'assiette, les papilles sont aux premières loges.

- The Mill House, près de Tintagel (Cornouailles). Idéal avant une excursion au château, le restaurant du Mill House est caché dans une vallée verdoyante à proximité de l'océan. Sa cuisine fraîche et savoureuse est servie dans un décor rustique et sobre, qui ne manque pas pour autant de convivialité.

- Porthminster Beach Cafe, à St Ives (Cornouailles). Sur la plage de Porthminster, voici un endroit où déguster un traditionnel fish and chips britannique. Ce restaurant, très tourné vers les poissons et les crustacés, se targue d'acheter à « 95 % » des produits locaux. Il soutient la pêche équitable, encourageant cette activité à bord de voiliers ou même de kayaks.

Texte : Joël Métreau

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