Des états désunis

Les peuples premiers du Mexique sont issus de la grande migration effectuée par des Asiatiques voilà 25 000 ans. De nombreuses civilisations s'épanouissent à partir de 2 000 av. J.-C. Olmèques, Zapotèques, Mayas, Toltèques et autres Mixtèques se sont succédé ou côtoyés depuis.

Réception de Cortès par Montezuma. Gravure de 1848. © Photothèque HachetteQuand Hernán Cortés débarque en 1519 non loin de la future Veracruz, ce sont les Aztèques, nommés aussi Mexicas, qui dominent les peuples de la région. Cortés est un Espagnol venu de Cuba. Sa mission est de dénicher de possibles ressources pouvant servir à l'économie des colonies que possèdent son pays dans les Caraïbes. Très ambitieux et audacieux, il brûle littéralement ses vaisseaux et, à la tête de quelques centaines d'hommes, espère conquérir de nouveaux territoires. Jouant sur les divisions existant entre les peuples amérindiens, il réussit en deux ans à abattre le pouvoir aztèque. Lui et ses successeurs poursuivent leur conquête des terres d'Amérique centrale durant plusieurs décennies.

Le système colonial mexicain est implacablement organisé. Tout en haut se trouve le vice-roi de la Nouvelle Espagne, institué dès 1535. Viennent ensuite, les conquistadores et les émigrants espagnols, ainsi que leurs descendants criollos. À ceux-ci, on donne des encomiendas, parcelles qui sont peu à peu réunies en grandes haciendas détenues par une poignée de riches propriétaires. On y cultivera du coton, de la canne à sucre, du cacao, du tabac, du maïs, du blé… Les Espagnols asservissent les peuples amérindiens. D'abord par l'esclavage, aboli en 1548, puis par un système pervers. Des salaires sont alloués, mais ils sont si bas que les Indiens comme les métis les plus pauvres se trouvent endettés. Ce qui les amène à rester attachés aux haciendas. Cette construction de la société mexicaine ne disparaîtra jamais vraiment. Elle sera la cause de nombreux conflits.

L'une des conséquences les plus effroyables de la colonisation est l'effondrement de la démographie indienne. La population indigène passe de 25 millions à la veille de la conquête à un million, moins d'un siècle plus tard ! C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles on importera des esclaves d'Afrique. Massacres, travail forcé, épidémies : les causes sont nombreuses. Il faut cependant noter que les Indiens ont eu d'éloquents avocats dont le fameux prêtre dominicain Bartolomé de Las Casas qui incita le pouvoir royal à légiférer en faveur des premiers Mexicains. Il mit en pratique ses théories libérales en créant une colonie agricole au Chiapas.

Les velléités d'indépendance apparaissent dès 1566, lorsque Martín Cortés, fils d'Hernán, mène une révolte contre le pouvoir espagnol. Les criollos et les mestizos (métis) vont au cours des siècles s'opposer aux gachupines, les Espagnols métropolitains qui monopolisent tous les pouvoirs. L'Église est également très contestée, car elle ne se contente pas de s'occuper des âmes locales (conversions, organisation du culte, enseignement pour les enfants des classes aisées), elle est aussi un très grand propriétaire terrien. Enfin, sur le plan strictement économique, le commerce exclusif avec la métropole est un frein au développement des planteurs et industriels coloniaux.

Benito Juarez (1806-1872). Président de la République Mexicaine. © Photothèque HachetteLe premier Napoléon joue un rôle indirect, mais décisif dans la guerre d'indépendance qui s'annonce. En 1808, l'empereur des Français fait abdiquer le roi Ferdinand VII lorsqu'il conquiert l'Espagne. Plus loyalistes que l'élite espagnole, ou faisant mine de l'être, les criollos et mestizos qui représentent alors la moitié de la population entendent former un gouvernement local fidèle au roi. La guerre d'Indépendance commence en 1810. Elle va être sanglante et sans pitié. Comme tous les conflits intérieurs suivants…

Le « cri de Dolorès », ce n'est pas la plainte d'une femme, mais le nom donné à l'appel au soulèvement qu'adresse le prêtre Miguel Hidalgo à ses ouailles du village de Dolorès. Il rassemble des troupes, est tué et remplacé par José María Morelos, lequel est aussi fusillé… Cela dure jusqu'en 1821, année durant laquelle Iturbide, ancien officier loyaliste qui a changé de camp, permet à l'indépendance du Mexique d'être proclamée. Il se fait couronner empereur sous le nom de Agustín Ier et est renversé en 1823. La république est à son tour proclamée. Sa constitution est inspirée par celle des États-Unis d'Amérique.

Les dictateurs défilent sans discontinuer. L'un d'eux, Antonio López de Santa Anna, général tombeur d'Iturbide, se fera président onze fois, de 1823 à 1855 ! C'est à lui que le Mexique doit la perte des territoires situés aujourd'hui entre la Californie et le Texas. Il sera obligé de les céder après une guerre perdue contre les voisins du Nord. Pendant ce temps, le statut des Indiens n'évolue pas. Ils se rebellent parfois contre les grands propriétaires, comme les Mayas du Yucatán entre 1847 et 1853.

Empereur Maximilien du Mexique. © Charles Jacotin / Photothèque Hachette.Élu en 1858, Benito Juárez ne change rien de notable à la situation des populations indigènes. Pourtant, ce civil lettré est un Zapotèque et le premier Indien à disposer du pouvoir suprême. Il mène une politique libérale et anticléricale (séparation de l'Église et de l'État). Comme d'autres qui lui succéderont, il lance des réformes agraires jamais vraiment satisfaisantes. Tous les rebelles le leur reprocheront : les libéraux (en général soutenus par les États-Unis) parlent, mais ne concrétisent guère leurs discours. Il faut dire qu'ils ne s'appuient pas sur les masses strictement indiennes, lesquelles restent largement en dehors du jeu politique. Mais c'est tout de même trop pour les conservateurs liés à l'Église et aux puissances européennes. Ceux-ci se lancent dans une rébellion anti-Juarez qui dure jusqu'au débarquement des forces françaises envoyées par Napoléon III en 1861, afin de récupérer des créances impayées. L'empereur ne compte pas en rester là et espère s'implanter fortement au Mexique. C'est le bon moment, car les États-Unis sont plongés dans leur Civil war, dite guerre de Sécession.

Maximilien est couronné empereur du Mexique en 1863. Mais qu'allait donc faire cet archiduc autrichien sensible aux théories utopistes dans une telle galère ? Posé là par les Français, il est lâché par ces derniers en 1866 et est, comme de juste, fusillé selon la tradition. Ses troupes furent moins rêveuses que lui… Juárez retrouve le pouvoir. Il meurt en 1872.

Porfirio Díaz est l'un des plus remarquables successeurs de Juárez. Et pour cause : il se maintient au pouvoir de 1876 à 1910, hormis une fausse sortie entre 1880 et 1884 ! C'est sous son régime autoritaire que va se constituer le Mexique moderne. Il s'entoure de cientificos, conseillers en tous genres qui organisent sa politique. On construit des voies ferrées, l'architecture des villes devient monumentale - notamment à Mexico - et le pays s'industrialise. La plupart des pouvoirs économiques sont entre les mains d'entrepreneurs étrangers (états-uniens, britanniques, français) ou d'élites formées dans les pays nord-occidentaux. Comme Juárez, Díaz est indien. C'est un Mixtèque. Mais rien n'y fait, les « indigènes » et les métis pauvres n'en tirent pas profit. Parmi les soulèvements qui éclatent durant son long règne, ceux des Apaches et des Yaquis du Nord et celui des Mayas du Sud sont les plus importants. Ils sont évidemment réprimés dans le sang. Sur le plan politique, un mélange de conservatisme et de libéralisme, qu'on nomme « porfirisme », fait longtemps illusion. En 1908, le vieux caudillo confie à un journal que, selon lui, le Mexique est mûr pour la démocratie. Les élections présidentielles de 1910 vont permettre aux opposants de se présenter contre lui. Du moins le pensent-ils.

Le général Villa, chef des rebelles mexicains. © M. Rol / Photothèque Hachette.Francisco Madero se déclare candidat à la tête du parti anti-réélectionniste. Il est jeté en prison, s'évade, s'exile au Texas, revient pour lancer une insurrection, échoue, mais persiste. Au Nord, il trouve le soutien de deux chefs de guerre : Pascual Orozco et Doroteo Arango. Ce dernier est un de ces nombreux bandits qui font partie du paysage mexicain. Il est plus connu sous le nom de Pancho Villa. Ensemble, ils prennent la ville frontière de Ciudad Juárez. Bien que largement « réélu » en cette année où l'on célèbre le centenaire du « cri de Dolorès », Díaz s'apprête à quitter le pouvoir. Ce qu'il fait en 1911 alors que partout dans le pays, des Mexicains prennent les armes au nom de la révolution madériste. Dans l'État de Morelos, on adhère à ce combat tout en avançant des revendications locales. Le porte-parole des rebelles se nomme Emiliano Zapata.

 

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Réception de Cortès par Montezuma. Gravure de 1848. © Photothèque Hachette.
Benito Juarez (1806-1872). Président de la République Mexicaine. © Photothèque Hachette.
Empereur Maximilien du Mexique. © Charles Jacotin / Photothèque Hachette.
Le général Villa, chef des rebelles mexicains. © M. Rol / Photothèque Hachette.

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