Le Calvados médiéval

Le Calvados médiéval
Château de Caen © www.calvados-tourisme.com

Le Calvados célèbre cette année le 950e anniversaire de la bataille d’Hastings, remportée par Guillaume le Conquérant en 1066. C’est l’occasion de partir sur les traces de l’illustre enfant du pays qui a marqué la Normandie. De Falaise à Bayeux, en passant par Dives-sur-Mer et Caen, un week-end en forme de machine à remonter le temps, à travers le Calvados médiéval.

Guillaume le Conquérant, un héros normand

Guillaume le Conquérant, un héros normand
Statue de Guillaume le Conquérant à Falaise © www.calvados-tourisme.com

Avant d'attaquer la géographie, une petite révision en histoire s'impose : la Normandie a été fondée en 911, cédée au chef viking Rollon par le roi des Francs, Charles le Simple.

Le 14 octobre 1066, son arrière-arrière-arrière-petit-fils, Guillaume le Conquérant livre une bataille décisive qui scelle les destins de la France et l’Angleterre. Après avoir été vainqueur des troupes d'Harold à Hastings, au sud de la Grande-Bretagne, il est couronné. C'est le premier souverain à détenir à la fois les titres de duc de Normandie et de roi d'Angleterre.

Quelque 950 ans plus tard, de Bayeux à Falaise, en passant par Caen, la Normandie conserve l'héritage de Guillaume le Conquérant et célèbre une bataille épique. Bienvenue dans un été de fêtes médiévales, qui nous donne l’occasion de (re)visiter le Calvados !

Falaise, le château des origines

Falaise, le château des origines
Château de Falaise © L. Durand - www.calvados-tourisme.com

C'est à Falaise, ville paisible du Calvados, qu'a vu le jour le plus illustre des ducs de Normandie. L'année de sa naissance, le château-fort de la ville n'avait pas encore son aspect monumental. Mais les habitants pouvaient voir se dresser ses remparts. A l'intérieur, la basse-cour sert désormais de lieu idéal pour les photos de mariage. La solidité de ce château, également prisé des corneilles, peut bien symboliser une union.

Le bâtiment a évolué au fil du temps, comme un jeu de Meccano séculaire. Guillaume le Conquérant n'a même pas pu voir le premier donjon du château. Devant le château, l'avant-port défensif en béton, de construction récente, suscite encore des critiques. Mais le château de Falaise a été réaménagé avec goût. La scénographie met l'accent mis sur la pédagogie et l'immersion. Même le mobilier moderne, du sol au plafond, se fond dans l'intimité des lieux. Au sommet de la tour de 35 m de haut, un panorama splendide sur la campagne à 360 degrés.

Le « must » de la visite du château, c'est de se laisser porter par la tablette tactile, surnommée l'« histopad ». En huit endroits du château, la technologie de réalité augmentée donne à voir les intérieurs tels qu'ils étaient au 12e siècle : les couleurs étaient bien moins austères qu'on pourrait le croire.

Caen, la marque de Guillaume le Conquérant

Caen, la marque de Guillaume le Conquérant
Château de Caen © L. Durand - www.calvados-tourisme.com

Guillaume le Conquérant a imprimé sa marque sur le paysage urbain de Caen. L'abbaye Saint Etienne, dite « aux hommes, » c'est lui, l'abbaye de la Trinité dite « aux Dames », c'est sous l'impulsion de son épouse Mathilde. Et, bien sûr, le château, qui deviendra la résidence préférée des ducs de Normandie, a été lui aussi bâti pour Guillaume au XIe s.

Ces trois monuments ont été miraculeusement épargnés par les bombardements alliés, lors du Débarquement de juin 1944. Ainsi, les remparts du château de Caen marquent encore aujourd'hui les limites de l'une des plus vastes enceintes fortifiées d'Europe. L'église de l'abbaye aux Hommes accueille le tombeau du souverain. Le lieu ayant été profané à de multiples reprises, de Guillaume ne reste plus qu'un ossement : le fémur gauche. Triste sort.

C'est aussi à Guillaume le Conquérant que l’on doit le rayonnement de la pierre de Caen, une roche noble et de belle qualité. Preuve de son succès ? Ce calcaire formé durant le Jurassique, il y a près de 160 millions d'années, a servi à la construction de la Tower Bridge de Londres, de la cathédrale de Cologne et de la cathédrale Saint-Patrick de New York.

L'exploitation de la pierre de Caen a laissé des cavités invisibles à la surface. Une des anciennes carrières à ciel ouvert a été transformée en glacière souterraine au 19e siècle. Un ouvrage étonnant situé sous le square Jeanine Boitard, qui a également servi d'abri aux habitants durant la Seconde Guerre mondiale. Des visites en petit comité y sont régulièrement organisées.

Dives-sur-Mer, le départ de l'armada

Dives-sur-Mer, le départ de l'armada
Dives-sur-Mer © www.calvados-tourisme.com

Le chemin vers la gloire de Guillaume a commencé à Dives-sur-Mer : mille vaisseaux s'y élancèrent dans la Manche… avant de se rabattre sur Saint-Valery-sur-Somme. Il ne s'agissait rien de moins que d'une « répétition générale » de l'embarquement et du débarquement vers l'Angleterre, note l'historien Pierre Bouet dans son livre sur Hastings.

Il faut imaginer, en 1066, le bruit des haches qui résonne dans les bois des arbres, les pierres acheminées par bateau sur la Dives, et puis un camp de 8 000 soldats, dans l'attente du départ. Dans l'église médiévale de la commune, une plaque de 24 m2 détaille les noms des « compagnons de Guillaume ». Sir Conan Doyle, le créateur de Sherlock Holmes, en est même un illustre descendant.

La construction de l'église de la commune a été financée par les dons de Guillaume le Conquérant. On peut encore y lire la légende du Christ Saint-Sauveur racontée sur ses vitraux. Huit autres vitraux du 14e siècle, des anges musiciens, sont abritées par l'Office de tourisme. Ce dernier est lui-même dans un bâtiment insolite. Léon Le Rémois, propriétaire au 19e siècle de cette vieille auberge, en a fait un lieu consacré à Guillaume le Conquérant.

D'une rive à l'autre de l'estuaire de la Dives, on assiste aujourd'hui au choc des contrastes. La populaire Dives-sur-Mer fait face à la bourgeoise Cabourg et son Grand Hôtel 5 étoiles. Un palace où Marcel Proust avait ses habitudes et qu’il décrit en des termes plutôt caustiques dans Du côté de chez Swann et À l’ombre des jeunes filles en fleur. La promenade qui longe l'hôtel porte le nom de l'écrivain.

Bayeux, la tapisserie des exploits

Bayeux, la tapisserie des exploits
Tapisserie de Bayeux © Ville de Bayeux

Près de 400 000 visiteurs la contemplent chaque année. On évoque la « première bande dessinée » de l'Europe au sujet de la tapisserie de Bayeux. C'est aussi le storyboard d'un blockbuster spectaculaire, avec faits d'armes et chevauchées héroïques. Les plus curieux s'amuseront à y retrouver le témoignage du passage de la comète de Halley.

Après avoir parcouru la fresque de près de 70 mètres, une exposition à l'étage supérieur retrace son incroyable destinée. C'est par chance que cette broderie est arrivée jusqu'à nous. En 2023, la tapisserie sera transposée dans un nouvel écrin, afin de l'observer plus aisément. Un audioguide emporte actuellement les visiteurs dans 25 minutes haletantes. En période de forte affluence, la fonctionnalité « pause » est désactivée.

Dans la foulée, une visite de la cathédrale de Bayeux, inaugurée en 1077, s'impose. C'est là qu'était déployée la tapisserie tous les ans afin d'épater le peuple tout en l'instruisant. Il faut poser son regard partout, sur ses tours, puis descendre dans la crypte, dont les piliers massifs datent de l'époque de Guillaume. En chemin, des visages sculptés dans les bas-reliefs de la pierre vous font la grimace.

Jouxtant la cathédrale, la place de la Liberté est dominée par un platane planté en 1797 ! De quoi se sentir humble. L'été y est projeté un son et lumières, trois fois par semaine en juillet et en août. Un bien bel arbre, les troupes de Guillaume le Conquérant l'auraient sans doute volontiers taillé en planches…

Les commémorations du 950e anniversaire

Les commémorations du 950e anniversaire
© JC Le Callonec - Office de Tourisme de Dives-sur-Mer

En Normandie, les commémorations du 950e anniversaire de la bataille d'Hastings ont lieu tout l'été et se poursuivent jusqu'en automne. En voici une sélection, parmi un programme bien étoffé :

- À Falaise : la 14e fête des Jeux, les 13 et 14 août, pour tout apprendre sur l'art de la guerre au Moyen-Âge, pendant deux jours : 250 personnes, parmi lesquelles 200 soldats et 14 cavaliers, vont ressusciter une armée médiévale en campagne.

- À Caen : jusqu’au 6 novembre, la grande salle de l'Echiquier des ducs de Normandie, au château de Caen accueille une exposition vertigineuse : des photographies aériennes, prises au cerf-volant par François Levalet.

- À Caen : le 26 juillet, à la tombée de la nuit, l'esplanade du château accueillera un immense banquet médiéval : spectacles et jeux.

- À Dives-sur-mer, Cabourg et Houlgate : du dimanche 7 au mardi 9 août. L'association La Ruée vers l'art  met en scène la reconstitution des préparatifs de Guillaume dans l'estuaire de la Dives. Les drakkars vont voguer pacifiquement dans la mer.

Fiche pratique

Consulter notre guide en ligne Normandie

Calvados Tourisme

Le programme des festivités médiévales dans le Calvados

Où dormir ?

Trouvez votre hôtel dans le Calvados

Où manger ?

Le Baligan, 8, avenue Alfred Piat, à Cabourg. Spécialité de ce restaurant , les poissons et les fruits de mer. Le menu Grand large (Entrée, plat, dessert 29,90 €) vous fait hésiter entre la Carbonara de seiche ou le cassoulet de morue au lard et aux moules.

Où boire un verre ?

Bar chez Guillou, 4 avenue de la Mer, Cabourg. Guillou est décédé, son successeur a perpétué les recettes de ses cocktails. Mais il a emporté avec lui la raison de leurs noms dans sa tombe. Pourquoi la Quéquette ? Et le Contribuable ? Spécialité de l'établissement à tester : les cocktails à base crème fraîche !

Texte : Joël Métreau

Mise en ligne :

Normandie Les articles à lire

Voyage Normandie

Bons Plans Voyage

Services voyage