Voyage à Kyoto

02 juillet 2013

Kyoto n’existe pas…
… pour parodier le titre du roman d’Antonio Torres-Blandina (Le Japon n’existe pas). Il n’y a pas une ville de Kyoto, mais des dizaines, des centaines, des cachées, des visibles, et des villes surgies d’autres temps, au hasard d’une promenade ou d’un temple.
À Tokyo, tout va vite. À Kyoto, on ralentit sacrément. Le contraste est saisissant à peine a-t-on posé le pied sur le quai de la gare. On s’aperçoit rapidement que la ville est très éclatée, les lieux d’intérêt sont situés aux dix (sic) coins de cette ancienne capitale.
En 4 ou 5 jours minimum, on visite le plus de sites possible, mais on pourrait rester plus longtemps encore, tant la richesse culturelle, architecturale, et la vie, tout simplement, donnent envie de poser son sac un petit moment.
Prévoir un bon budget pour les visites des temples (5/7 € par temple et par personne) et l’hébergement (env 100/130 € pour 2 la nuit). Mais restons zen…



L’expérience Shinkansen

C’est LE train dont on a entendu parler, dont on rêve peut-être un peu secrètement, même les plus réfractaires aux courbes industrielles. Qu’il est beau ce Shinkansen blanc et bleu, avec sa tête en forme de canard !
On se faufile sur le quai de la gare, histoire de pouvoir apprécier ses arrondis et tout le cérémonial de passation de cabine entre les agents ferroviaires. Précision. Regard sur le carnet de notes. On scrute l’horloge. Un petit thé vert en canette pour patienter. Et voilà, nous sommes installés.
Existant depuis 1964, le Shinkansen peut faire des pointes à 320 km/h. Des gares sur le trajet entre Tokyo et Osaka lui sont dédiées spécifiquement (comme "Shin-Osaka" par exemple). Ils ont tous des petits noms poétiques. Le nôtre, c’est nozomi, qui signifie "espoir". D’autres s’appellent "lumière" ou "écho", toujours pour désigner avec poésie la vitesse.
Des marchandes ambulantes circulent entre les larges travées. Le trajet entre Tokyo et Kyoto présente une particularité de taille : on aperçoit au détour d’un paysage – somme toute assez peu flamboyant – le majestueux, le féerique, l’époustouflant Mont Fuji !
Il surgit à un moment où on ne l’attend pas. On fixe l’horizon. On se frotte les yeux. Il est bien là, du haut de ses 3 776 m d’altitude (le plus haut sommet nippon). Vu des dizaines de fois, et pourtant la magie opère.
De Tokyo, il faut compter environ 13 000 Y pour un aller simple pour Kyoto (environ 105 €).
Kyoto, tout le monde descend !

L’arrivée à la gare centrale de Kyoto (photo) est étrange à plus d’un titre. Déjà, précisons que nous arrivons à la gare JR (Japan Rail). Une précision qui peut sembler anodine, mais qui s’avère cruciale ! Il faut savoir que le système ferroviaire japonais est réparti en différentes compagnies. Jusque-là, rien de bien méchant. Mais le plus difficile commence lorsque l’on comprend que les compagnies ont elles-mêmes leurs propres… gares !
Il y a donc plusieurs gares à Kyoto, comme ailleurs au Japon. Il faut le savoir avant de s’engager dans les recherches de trajets, horaires et prix. Et surtout ne pas se tromper pour gagner le lieu choisi le jour du trajet…
Pour les trajets en train, nous vous conseillons largement de prendre votre temps et d’aller poser toutes les questions nécessaires au guichet (à Kyoto, on parle plutôt bien l’anglais, ce n’est pas le cas partout !).
Cette précision de taille effectuée, nous découvrons la gare JR, donc, une espèce de construction futuriste très difficile à décrire, faite de cubes, de morceaux d’acier, d’escalators semblant déboucher sur le vide, ou le ciel, c’est selon, où la lumière pénètre dans les entrailles mécaniques.
Conçue par Hiroshi Hara, en 1997, elle a le mérite de ne copier aucune autre gare dans le monde ! Monumentale, elle abrite une galerie marchande et plein de petits restos sympas pour grignoter en attendant son train.
En sortant, elle offre une vue plongeante sur la Kyoto Tower. Parfait pour prendre de la hauteur, aller prendre un verre, le soir, avec lumière bleutée, ou profiter du beer garden au grand air.
Transports à Kyoto

Quel moyen de transport utiliser à Kyoto ? La question se pose vite, tant la ville est étendue. Les deux lignes de métro desservent quelques zones utiles, touristiques, toutefois cela revient très vite cher. Un trajet peut vite grimper à 8/10 € par personne !
Notez quand même le système de paiement. Là encore, ne pas se tromper. Sur certains trajets, le métro et le train se combinent, mais ce ne sont pas les mêmes compagnies. Il faut donc acheter un billet pour le métro, s’arrêter, faire valider son trajet, et reprendre un autre billet pour l’autre trajet en train, etc. Un coup à prendre, mais assez complexe au démarrage, et loin de nos schémas d’utilisation. C’est ça, aussi, le voyage !
J’ai particulièrement apprécié le système de paiement des billets : on paie en fonction de la distance parcourue. Avec le système de "fare adjustment", "ajustement du tarif", vous réglez la différence de tarif en sortant du réseau (de train, de métro). Ingénieux, non ?
Le bus est un peu plus économique, bien réparti à travers la ville, et pratique. De nombreuses cartes forfaitaires existent pour satisfaire les besoins de chacun, en terme de prix, durée et trajets.
Le taxi est hors de prix. Là aussi, technologie de pointe. Pas besoin d’avoir l’adresse de votre correspondant. Son numéro de téléphone suffit. Le chauffeur rentre le n° dans son GPS et c’est parti.
Le mieux reste, et l’on s’en rend très vite compte, le vélo ! Compter entre 800 et 1 500 Y la journée de location. On trouve des loueurs aux quatre coins de la ville. Les trottoirs sont aménagés pour laisser circuler les biclounes avec les piétons sans problème. Le rêve !
Quelques grands sites (Kiyomizu-Dera, le château Nijo, etc.) imposent un parking payant pour les vélos, valable toute une journée (200 Y). On se faufile dans les ruelles du vieux quartier en paix, avec le temps de s’arrêter sans problème devant les devantures de boutiques toutes plus originales les unes que les autres. La meilleure solution, assurément, pour un shopping design dans le centre-ville !
Une nuit dans un ryokan

L’offre hôtelière de Kyoto est vraiment bigarrée. Il y a les hôtels de chaîne classiques. Préférez les chaînes japonaises, moins chères et tout aussi propres. Les AJ sont vraiment sympas, chaleureuses, avec des dortoirs qui séparent souvent hommes et femmes.
On peut dormir dans certains temples (shukubos). L’office de tourisme fournit la liste des temples qui acceptent les hommes et les femmes, voire l’un ou l’autre, l’un sans l’autre.
Et il y a les ryokans, auberges japonaises traditionnelles. C’est à tenter au moins une fois pendant le séjour. Inoubliable ! Déjà, on se déchausse sur la pierre, et l’on pose ses pieds sur le bois. Respect et tradition. On laisse ses chaussures dans un petit placard à l’entrée le temps du séjour, et on enfile des chaussons mis à disposition.
On les ôte quand on rentre dans sa chambre ou les pièces d’eau (où d’autres chaussons peuvent être proposés). Dans la chambre, les parois en papier de riz cachent la lumière du jour. Au sol, un tatami et des futons pour tout matelas, avec couette.
De nombreuses adresses proposent la yukata, un peignoir très élégant, qu’il s’agit de nouer dans un sens pour les hommes, dans l’autre pour les femmes. Ne pas l’oublier pour la douche ou le bain.
Là encore, les ryokans disposent souvent d’un onsen, une grande baignoire qui rappelle les sources d’eau chaude. Les femmes et les hommes sont souvent séparés. Avant de s’y glisser, se laver, se frotter, et bien se rincer… assis sur des petits tabourets. Parfait pour passer une bonne nuit !
Le bonheur en cuisine

Les gourmands sont ravis au Japon. Il y en a pour tous les goûts. Bien sûr, on s’amusera à déguster sushis, makis, sashimis et autres plaisirs à base de poissons, légumes et autres condiments mystérieux dans les restos dédiés, où le tapis roulant fait défiler sous vos yeux ébahis des compositions inédites. Petit plaisir : l’aubergine en saumure, qui devient bleu schtroumpf. Un régal !
L’occasion aussi d’admirer la dextérité des cuisiniers, maîtres dans l’art de trancher avec ces couteaux très onéreux, à la lame bien acérée. Un vrai savoir-faire ! D’autres préfèreront s’arrêter dans quelque échoppe pour apprécier une soupe de nouilles épaisses, des udons, à base de sarrasin (soba). Tout aussi savoureux !
Le tout arrosé, pour les plus sages, d’un thé au soba, précisément voluptueux, enveloppant… Les amateurs d’alcool feront la découverte subtile de sakés différents, souvent bien loin des canons établis en Europe. Oubliez les petits verres avec femmes ou hommes dénudés. On vous présente la bouteille, souvent énorme. On vous sert à ras bord. Le saké est souvent servi glacé au printemps ou en été, chaud en hiver.
N’oublions pas non plus les grandes tablées réunies autour de l’okonomiyaki. Il s’agit d’un plat élaboré par les convives sur des plaques de métal bouillantes. On y mélange un peu tout ce qu’on veut, qu’on rassemble sous forme de crêpe ou de pizza. Demandez à vos voisins de vous initier, ils adoreront ! Très chaleureux et convivial.
La sagesse du Kiyomizu-dera

Pas facile de faire son choix entre les nombreux temples. Pas facile du tout… Tous semblent à la lecture du guide, superbes, inévitables, magiques… Et le pire, c’est que c’est vrai !
Le Kiyomizu-Dera (photo) compte parmi les plus beaux moments du voyage à Kyoto. Massif et volumineux, il donne pourtant l’impression de flotter sur cette colline boisée. Le temple est une plate-forme, soutenue par 139 énormes piliers de bois. Son nom signifie "eau pure". Il est dédié à Kannon Bosatsu, une divinité bouddhiste très appréciée à travers tout le Japon.
L’histoire veut qu’Enchin, un moine, ayant découvert la source d’eau pure sur cette colline, ait décidé d’en faire un lieu de culte pour Kannon. Un jour, au VIIIe siècle, Sakanoue Tamuramaro (758-811) vint chercher sur cette colline des daims, dont le sang était censé apaiser les femmes enceintes. Enchin lui expliqua la barbarie de son geste.
À partir de ce jour, Tamuramaro, sa femme et Enchin vénérèrent un peu plus Kannon et érigèrent un temple dédié à cette divinité.
Une légende voulait aussi que les plus téméraires sautent du haut des 13 m de la plate-forme. S’ils survivaient, leurs vœux seraient exaucés… S’ils mourraient, ils seraient de toute manière sauvés par Kannon. Au XIXe siècle, 234 blessés ou morts plus tard, la tradition fut interdite. Ouf ! Aujourd’hui, on termine la visite en se purifiant grâce à de grands ustensiles en bois. Plus simple…
La beauté du Pavillon d’Or

Avouons-le. On en rêvait depuis le début du séjour. On attendait que cela… Découvrir enfin le Pavillon d'Or (photo), dont Yukio Mishima a fait le symbole de la beauté absolue dans son célèbre roman. On scrutait la couverture du livre de poche qui le représentait. Ce n’était pas possible. Il ne pouvait pas être aussi beau…
Et pourtant ! Ce Kinkaku-ji est même plus beau qu’en rêve ! Venir tôt le matin, histoire de ne pas être dérangé par la foule tonitruante d’élèves en goguette. En 1397, le shogun Ashikaga Yoshimitsu, le Louis XIV japonais, fit construire au bord d’un étang ce pavillon, sorte de résidence secondaire, afin d’éviter la cohue du centre. Comme on le comprend ! Les lieux respirent la sagesse.
En 1950, un jeune moine mit le feu au temple et se suicida. Cet épisode tragique a inspiré le roman de Mishima. Il fallut reconstruire le Pavillon d’Or, mais, avec ce phénix dressé sur sa toiture, il ne pouvait que renaître plus beau encore !
Le guide attire notre attention. Regardez bien. Tout le pavillon est recouvert d’or, sauf le rez-de-chaussée. Pourquoi donc ? Pour permettre le reflet parfait dans le lac, et donner l’impression d’un navire prêt à voguer vers l’ouest, le lieu de repos suprême pour les bouddhistes. L’effet est magistral. Le reflet, l’eau, les fleurs de toutes les couleurs, iris en tête, tout autour…
On prendrait bien un petit thé vert dans le salon de thé voisin, mais il nous faut vite enfourcher notre vélo pour partir à la découverte de l’est de la ville.
Le Chemin des philosophes et l’ombre de Tanizaki

Tetsugakuno-michi : le chemin des Philosophes, ainsi nommé en souvenir de Nishida Kitaro, qui venait ici méditer. Le temps s’est arrêté le long de ce ruisseau, sous les cerisiers en fleurs ou pas, qu’importe ! Quel bonheur. On se faufile d’un côté à l’autre de la "rive", sur ce petit chemin envahi par l’herbe, où notre vélo continue tant bien que mal d’avancer sur les gravillons.
Soudain, un petit temple s’offre à nous. On s’arrête. C’est le temple Honen-In. Malgré la chaleur accablante ce jour-là, le glouglou des fontaines couvertes de mousse nous envahit de fraîcheur. Mieux : on écoute le coassement des grenouilles qui paraît tout d’un coup plus stridulant.
On franchit les grandes marches du temple bouddhiste, en essayant de ne pas tomber entre deux racines d’arbres qui rafraîchissent les lieux de leurs ramures. Tout d’un coup, un groupe de touristes surgit de nulle part. Tête baissée, ils avancent vers un lieu en hauteur. Que viennent-ils faire ici ?
Je les suis, en questionnant du regard la petite dame qui balaie les sépultures de pierres du cimetière voisin. Elle me fait signe de monter plus encore, en direction du groupe déjà en place. Moi aussi je me poste et je pose la question au groupe, en visant une grosse pierre (photo), au pied de laquelle sont posées quelques fleurs.
L’un d’eux me répond : "Tanizaki". Tanizaki ? Junichiro Tanizaki ? L’auteur de L’éloge de l’ombre ? Le plus beau texte jamais écrit sur… les toilettes ? Oui, mais pas seulement. C’est bien lui, là, reposant… à l’ombre, sur cette colline tranquille et fraîche. Lui aussi aimait ces lieux, il a choisi d’y demeurer pour l’éternité.
Un cours de cuisine

On ne part pas de Kyoto sans avoir pris un cours de cuisine. Nous voici dans la guesthouse Roujiya pour tenter l’aventure. La maîtresse des lieux loue des chambres en dortoir et des doubles.
Sa cuisine ouverte est aussi l’occasion de s’arrêter sur les fondamentaux, les services de cuisine utilisés en fonction du moment de l’année, comment poser ses baguettes, quelle boisson préparer pour tel plat, etc. Puis on passe aux choses sérieuses !
Au choix, la cuisine teriyaki ou la confection de sushis et makis. Habillée en tenue traditionnelle, notre hôte d’un jour effectue ses gestes avec délicatesse. Elle adore la France, a fait un grand tour du monde avant de revenir s’installer dans cette impasse, près du château Nijo et du marché couvert de Sanjo-Dori, pour initier les visiteurs aux plaisirs de la cuisine japonaise. Et ça marche !
Voici qu’on fait glisser notre feuille de salade sur du riz, qu’on roule l’ensemble bien collé, qu’on découpe… quand soudain, nos premiers makis apparaissent ! Miracle. Ludique, convivial, instructif, en anglais, ce cours termine assurément de la meilleure des façons un séjour hors du commun. À perpétuer à la maison !
Fiche pratique

Préparez votre voyage avec notre guide en ligne Japon
Vol avec Japon Airlines (JAL) ou Air France pour Tokyo ou Osaka-Kansai depuis Paris
Trouvez votre hôtel au Japon
Cours de cuisine Roujiya
Une auberge de jeunesse chaleureuse
Un guide francophone très sympathique
Lire le Pavillon d’Or
Un grand merci à Lionel Brot de l’office de tourisme de Kyoto à Paris pour son aide précieuse.
Psst... En plus, il y a un cadeau à l'inscription à nos newsletters !
Les derniers reportages sur le meilleur au Japon

Kyoto, nos coups de cœur

Le Japon, l’autre pays du whisky

Japon : Osaka, 5 raisons d'y aller

Japon, au pays des cerisiers en fleurs

Exposition universelle d’Osaka-Kansai 2025
Infos pratiques
Bons plans voyage Japon





















