Le meilleur de l’Albanie

21 juillet 2025

L’Albanie séduit de plus en plus de visiteurs, mais ce petit pays entre Méditerranée et Balkans reste toutefois méconnu. C'est un peu l'une des dernières frontières de l'Europe du Sud.
Bordée au nord par le Monténégro et au sud par la Grèce, affiche une géographie tourmentée, constituée à 70 % de montagnes.
Au bord des mers Adriatique et Ionienne, le littoral attire la majorité des visiteurs, en particulier la côte sud où les reliefs, qui plongent directement en mer, lui valent le surnom de « Riviera albanaise ».
Plusieurs villes révèlent la longue histoire d’une nation maintes fois occupée (par les Grecs, les Romains, les Vénitiens, les Ottomans…), mais qui a su préserver son identité, incarnée par la langue albanaise. Ces cités dévoilent aussi quantité de fortifications (Berat, Gjirokastër, Skhodrë…) et le multiconfessionnalisme d’une nation où cohabitent islam et chrétienté (catholiques et orthodoxes).
On visitera avec grand intérêt mosquées, églises et monastères, ainsi que des musées splendides où s’expose un art iconographique rare.
Tirana, la capitale, prouve à quel point, avec ses chantiers de buildings design, l’Albanie se tourne désormais vers le futur.
Découvrez les sites incontournables à visiter lors d'un voyage en Albanie.



Tirana, une capitale en transition

Avec 900 000 habitats en comptant son agglomération (soit presque un tiers de la population du pays), Tirana est devenue une petite métropole vitaminée. Ses bâtiments modernistes des années 1930 et communistes d’après-guerre se mêlent désormais aux audacieux édifices récents, qui tentent d’inscrire la capitale dans le XXIe siècle.
Le résultat est hétéroclite, comme en témoigne la place piétonne Skanderberg. Aux côtés de la statue à cheval du héros national, la mosquée Et’hem Bey (fin XVIIIe siècle), la banque d’Albanie (1938), le palais de la Culture (1963) et le musée national d’Histoire et sa grande mosaïque en façade (années 1980), côtoient l’hôtel InterContinental (1979) et la nouvelle tour Tirana’s Rock, dont le profil dessine le visage de Skanderbeg.
Non loin de là, d’autres buildings affichent leur design créatif, comme la Tid Tower.

La période de la dictature communiste, elle, est encore dans les esprits. Le musée Bunk’Art 2 balaie les années durant lesquelles le pays a été sous la coupe d’Enver Hodja, qui s’était rapproché de la Chine de Mao.
De son côté, la Maison des Feuilles, ancien siège de la Sigurimi (la « Stasi albanaise »), présente tout l’arsenal de surveillance et de répression mis en place par l’État au plus fort de sa paranoïa.
On ira jeter un œil aussi à ce qu’il reste de patrimoine ancien : le petit pont des Tanneurs, vestige du XVIIIe siècle, franchissant une rivière qui n’existe plus ; la tour de l’Horloge (XIXe siècle) ; la Pyramide, ancien musée devenu centre culturel. Le musée national d’Histoire, lui, rouvrira en 2028.
Le soir, retour à la modernité ! On profitera de l’excellente cuisine albanaise dans les bars et restaurants du quartier Pazari i Ri, pivot de l’animation touristique.
Blloku, ancien quartier de la nomenklatura albanaise où trône la maison d’Enver Hodja, transformée en résidence d’artistes, tend à ressembler aux quartiers branchés du reste de l’Europe. Au programme : cafés lounge, restaurants concepts ou bobos et faune urbaine aux looks universels.
Dans le quartier Pazari i Ri, le restaurant Oda Garden mêle clientèle albanaise et touristique. Sous une agréable ambiance musicale assurée par un groupe local, on déjeune ou dîne généreusement d’excellents produits locaux.
Krujë, Shkodër et Durrës : les 3 villes à ne pas manquer dans le Nord

À 1 h de route de Tirana, cap sur Krujë. Pour tous les Albanais, cette ville est le foyer du fameux Skanderberg. Ce héros nationaliste qui au XVe siècle résista durant 25 ans aux Turcs, après s’être emparé de la cité.
Devenue l’emblème du pays au XIXe siècle, quand l’Albanie a commencé à se débarrasser du joug ottoman, l’image de Skanderberg sera récupérée par la dictature communiste. Celle-ci érigera sur le site de l’ancienne citadelle de Krujë, dans les années 1980, un musée à sa gloire.
Adossée à une montagne, la ville se laisse sinon gentiment visiter, avec ses points de vue sur l’Adriatique et son bazar commerçant.

Tout au nord du pays, à la frontière du Monténégro et à 30 km de la mer, la ville de Shkodër offre trois bonnes raisons de s’y rendre. Sa citadelle de Rozafa, bâtie au XIVe siècle par les Vénitiens, étale ses émouvants vestiges sur 200 ha, au sommet d’une colline. Elle offre un panorama remarquable sur la ville, ses rivières, le grand lac frontalier de Shkodër (réserve Ramsar) et la jolie mosquée de Plomb, entièrement restaurée.
La seconde raison est la belle animation qui règne le soir aux terrasses de cafés et de restaurants des rues piétonnes Idromeno et G’juhadol. On y visitera en journée le passionnant musée national de la photographie Marubi, du nom de cette famille qui documenta durant trois générations la société albanaise.

Durrës est, comme tous les ports, hétéroclite. Seconde ville du pays, elle fut hellène, romaine, byzantine, angevine, vénitienne et ottomane, en plus d’être un des terminus des routes caravanières venues d’Orient.
C’est donc à travers l’archéologie qu’on la découvrira, en allant voir l’amphithéâtre romain de 15 000 places enclavé dans la ville, les vestiges des remparts et, quand il rouvrira après des travaux de rénovation, le musée archéologique.
En plein boom touristique, la ville, connectée à l’Italie par ferries, devrait prochainement accueillir une marina tandis que de nouveaux hôtels sortent de terre.
À Krujë, dans le petit bazar commerçant, un artisan, Ndriçim Guni, fabrique encore à la main des bonnets (qeleshes) et des chaussures en laine de mouton. N’hésitez pas à descendre au sous-sol de son atelier pour le voir à l’œuvre.
Berat et Gjiroskastër, deux belles cités à l’Unesco

Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, Berat brille par ses trois quartiers historiques : la citadelle, dominant le reste de la ville de près de 200 m ; Gorica, ancien quartier orthodoxe aux vieilles maisons de pierre bâties le long de la rivière Osum ; et son vis-à-vis Mangalem, ancien quartier musulman étagé à flanc de rocher, sous la citadelle.
Cernée de murailles et de tours en majorité détruites, la citadelle dévoile d’antiques maisons des XVIIIe et XIXe siècles encore habitées, des vestiges de mosquées datant de la période ottomane et surtout le précieux musée Onufri et sa cathédrale, aux icônes inestimables du maître Onufri (voir plus loin).
Dans la ville basse, on prendra le temps de parcourir Gorica et Mangalem, reliées par une passerelle et un pont sur l’Osum, et d’apprécier l’architecture rustique des maisons aux façades blanches couvertes de tuiles brunes.

Gjirokastër (Gjirokastra) est un coup de cœur. Dans un environnement de montagnes verdoyantes, la ville a vu naître l’écrivain Ismail Kadaré (et le dictateur Enver Hodja).
Elle étage ses belles maisons de pierre le long de rues pavées très pentues. Certaines, remarquables, ont des allures de forteresses, telles la maison Skënduli et ses 44 portes, 64 fenêtres et meurtrières, et… 4 hammams.
L’ensemble est dominé par une citadelle, l’une des plus anciennes et vastes d’Albanie. Renforcée par les Ottomans, cette forteresse militaire devint prison au XXe siècle durant la période communiste, avant d’y accueillir, chaque année, les festivités culturelles officielles de la dictature. C’est désormais, en partie, le musée des Armes. De ses terrasses, la vue sur la ville et les montagnes est splendide.
Flâner au petit matin dans le quartier Gorica de la ville de Berat, se perdre dans ses ruelles et entrer dans le jardin de l’église Saint-Spiridon, un peu avant 8 h, pour voir les portes de l’édifice s’ouvrir et entendre les cloches sonner, actionnées par un sacristain…
Apollonia et Butrint, vestiges hellènes, romains et byzantins

Entre Tirana et Vlorë, en direction du sud, Apollonia d’Illyrie est considérée comme le plus grand site archéologique d’Albanie. Fondée à la fin du VIIe siècle av. J.-C., cette cité grecque puis romaine protégée par une double enceinte dévoile au milieu des oliviers et de quelques brebis un fouillis de vestiges dont on ne peut comprendre la complexité qu’à travers les explications d’un guide spécialisé.
En se promenant sur le site, on découvrira le portique du bouléterion (siège du conseil de la ville), les restes d’un théâtre, ceux d’une promenade jadis couverte (17 niches sont encore visibles) et une grande fontaine du IIIe siècle, vestige le plus spectaculaire d’Apollonia. Un musée complète la visite d’un site sur lequel des fouilles sont régulièrement menées.

La route vers l’extrême sud mène jusqu’à la frontière grecque et à Butrint, un site archéologique inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Bâtie sur une presqu’île face à Corfou, au bord du canal reliant la mer Ionienne au grand lac de Butrint, c’est la destination culturelle et archéologique la plus visitée d’Albanie.
Protégée de hauts murs percés de portes massives, Butrint (l’ancienne Bouthroton) abrite des vestiges antiques, byzantins et vénitiens remarquables. On s’y promène en liberté dans un décor boisé et lacustre, passant de ruines gréco-romaines au théâtre, du palais du Triconque (ancienne villa) à la grande basilique et aux restes de l’antique acropole, gardée par un mur cyclopéen qui rappelle Mycènes.
Le baptistère paléochrétien, le plus grand du genre en dehors de Sainte-Sophie de Constantinople, est pavé de superbes mosaïques semées de médaillons d’oiseaux et de poissons.
Près d’Apollonia, le monastère orthodoxe d’Ardenica est le dernier du pays où officient encore des moines. L’église du monastère est remarquable pour ses fresques murales, son iconostase et sa curieuse chaire en bois en forme de nacelle.
Cathédrales, églises et icônes : l’art religieux au sommet

Chapelles, églises, cathédrales, mosquées, tekkés (de la minorité musulmane bektashi) et monastères témoignent de la confessionnalité multiple et apaisée de l’Albanie.
À Tirana, l’ancienne mosquée Et’hem Bey, épargnée à l’époque communiste, trône en bordure de la place Skanderbeg, avec ses murs extérieurs peints. Son style tranche avec celui de la grande mosquée Namazgah, néo-ottomane, reconnaissable à ses quatre minarets de 50 m. Inaugurée en 2023, elle est considérée comme la plus grande des Balkans, pouvant recevoir 2 500 fidèles.

Tirana abrite aussi le siège mondial du bektashisme. Ce courant musulman soufi né en 1501 prône la tolérance et a donné au pays de nombreux intellectuels. La confrérie compte près de 7 millions d’adeptes dans le monde, dont environ 100 000 en Albanie. Elle se retrouve dans les tekkés, lieux de cultes sans minaret reconnaissables à leurs coupoles colorées, isolés en campagne.
La cathédrale orthodoxe de la Résurrection du Christ, rue Rugova, consacrée en 2012, rappelle aussi par ses lignes mégalomanes la place de cette église en Albanie.

Au nord, Shkodra et sa région abritent la plus forte communauté catholique du pays. La cathédrale Saint-Étienne et l’église Saint-François méritent une visite pour leurs fresques, religieuses dans la première, anticommunistes dans la seconde !
Berat est une étape obligée pour les amateurs d’art religieux. Le quartier de la citadelle abrite les ruines de la plus ancienne mosquée d’Albanie (1417) et l’ancienne cathédrale, devenue le musée Onufri.
Onufri est le « Michel-Ange » de l’art iconographique ! Son talent l’a conduit à peindre au XVIe siècle des icônes ultra-réalistes et à inventer « le rouge Onufri », un pigment qui donne toute leur luminosité à ses tableaux. Plusieurs de ses œuvres y sont présentées. Dans la cathédrale-musée, on apprend qu’y ont été retrouvés en 1967, cachés dans le sol, deux Codex uniques (manuscrits sur parchemin relatant les Évangiles) des Ve et IXe siècles.

On terminera la « tournée religieuse » à Korça, tout au sud du pays. Dans cette cité où s’élèvent la mosquée Mirahori (1494) et la vaste cathédrale orthodoxe (2004), se trouve le fameux musée national d’Art médiéval.
Au sein d’un bâtiment design de 2016 s’abrite la plus grande collection muséale au monde d’icônes ! Quelque 6 500 d’entre elles sont conservées dans les réserves, 400 sont accrochées de manière spectaculaire sur les murs. Parmi elles se trouvent des icônes d’Onufri. Un joyau albanais.
À Tirana, le siège mondial du bektashisme pourrait devenir un micro-État. Tel est le vœu émis en 2024 par le Premier ministre Edi Rama. Le complexe Kryegjyshata aurait alors ses frontières, ses passeports, son administration… Un futur pays à visiter en Europe ?
L'Albanie côté mer : 400 km de côtes

Le littoral albanais a de quoi séduire les voyageurs. Totalement fermée aux visiteurs durant la dictature, cette côte typiquement méditerranéenne s’étend sur 362 km, partagée entre la mer Adriatique, au nord, et la mer Ionienne, au sud, près de la Grèce. Développée à partir des années 1990 après la chute du régime pour un tourisme local, la partie Adriatique présente hélas les stigmates d’un urbanisme échevelé.
Les environs de Durrës en témoignent, largement bétonnés d’immeubles sans âme et à touche-touche. La ville elle-même tente aujourd’hui de moderniser son front de mer, entre nouveaux hôtels et projet de port de plaisance.

La récente réputation balnéaire de l’Albanie tient surtout à ses plages du sud, sur ce littoral désormais connu sous le nom de « Riviera albanaise ». Plages et criques de charme le long de la côte Ionienne ; montagnes plongeant dans la mer ; eau aux reflets turquoise…
Le paysage a attiré de nombreux investisseurs hôteliers, hélas peu regardants sur leurs constructions. Si l’on y ajoute une approche écologique très largement lacunaire – les dépôts sauvages et de détritus sont légion –, l’impression est parfois mitigée.
Il n’empêche. Entre Vlöre et Corfou, la côte alterne belles plages, criques solitaires et falaises. Certaines anses ne sont accessibles que par bateau. Au sud de Vlöre, plusieurs villages de bord de mer sont devenus des stations balnéaires, à l’image de Jali et surtout d’Himarë.

À l’extrême sud, près du site de Butrint, Sarandë (Saranda) est aussi prisée pour son cadre balnéaire, face à l’île de Corfou, et son ambiance détendue. Les plongeurs avec masque et tuba trouveront aussi leur bonheur, notamment autour de la péninsule de Karaburun et de l’île de Sazan.
C’est l’endroit de la côte albanaise le plus proche de l’Italie, à moins de 100 km. Étendue sur 16 km, la péninsule de Karaburun, montagneuse, est sauvage et déserte par endroits. Ses plages les plus secrètes se découvrent seulement par bateau au départ de Vlorë.
L’Albanie des montagnes

Autant et peut-être même plus que la côte, les montagnes sont l’autre trésor albanais. Couvrant plus des deux tiers du pays, elles offrent l’occasion de plonger au plus profond de la nation, à la rencontre de villages et de vallées reculés, depuis les frontières du Monténégro et du Kosovo au nord-est et au centre-est jusqu’à celles de la Macédoine du Nord et de la Grèce, au sud-est et au sud.
Toutes sont sillonnées de cours d’eau vifs dont certains se prêtent à la pratique du rafting, tels la Vjosa, au sud-ouest.

Au nord, les Alpes dinariques, frontalières du Monténégro et du Kosovo, abritent la reculée vallée du Theth, superbe écrin serti dans un corridor de montagnes calcaires de plus de 2 000 m d’altitude, tapissées de forêts.
Maisons traditionnelles, vieilles églises, cascades et gorges constituent le décorum de cette vallée très fréquentée l’été. En descendant vers le sud, le long de la frontière kosovare, on traversera aussi des contrées montagneuses isolées, peu touristiques et encore intègres.

Plus au sud, voici le mont Korab. Partagé avec la Macédoine du Nord, c’est le point culminant du pays, à 2 751 m d’altitude. Peuplé d’ours, de loups et de lynx, le Shebenik-Jabllanice National Park fait la liaison entre ce sommet et le lac d’Ohrid, splendide étendue d’eau transfrontalière cernée de montagnes. Le village de Lin et la ville de Pogradec sont des points d’ancrage lacustres dans ces confins albanais.

Les reliefs du Sud sont aussi séduisants. On explorera avec bonheur la vallée de la Vjosa, seule rivière considérée encore comme « sauvage » en Albanie, car dépourvue de barrage – bien qu’un projet en cours la condamne demain à être aussi « canalisée ».
Toujours au sud, la rivière Bistritza offre de son côté une étrange curiosité. À l’image de la fontaine de Vaucluse, l’une de ses sources est une résurgence sortie du ventre de la montagne. Après une agréable marche d’approche entre des hauts versants boisés, on découvre soudain ce flot d’eau fraîche et translucide surgissant sous la roche. L’Œil bleu, c’est son nom, représente à sa façon la richesse montagneuse du pays.
La minuscule route de montagne (SH75) entre Tepelen et Korça, via Përmet et Leskovik, traverse un décor sauvage de pentes herbeuses et de petits cols, où l’on croise des bergers gardant des troupeaux de moutons. Paysages authentiques !
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