Les voyages de Guirdal dans le nord du Lot

Forum Midi toulousain - Occitanie

LE NORD DU LOT AU PRINTEMPS

Je vous présente ici les deux premiers jours sur les quatre de mon petit séjour tout simple dans le nord du Lot. Tout publier ici serait redondant ( merci pour la planète) . Pour la suite, Autoire, Château de Bretenoux, Martel et plus encore, je vous invite sur mon site: Les voyages de Guirdal

INTRODUCTION

Mon temps de vacances grignoté par l’incertitude, par d’hypothétiques et chimériques partages, et par un désaccord final avec mes plus proches, je me devais de trouver du simple, du proche, du rapide. Je connais très bien les deux kilomètres autour de ma maison, je connais bien ma région immédiate. L’exploration, comme l’aventure, nous pousse à élargir le cercle. À moins de 30 minutes, à moins d’une heure, à moins de deux. Et l’inconnu prend sa place avec les kilomètres. Je trouve très excitant et très satisfaisant, comme disent les jeunes, de connaître ma région Nouvelle Aquitaine, et sa voisine, l’Occitanie. Il est un âge de la vie où l’on ne soucie guère de nos voisins et où l’attrait du monde lointain occulte le proche. Puis on revient aux sources. Non pas que le reste du monde devienne moins intéressant, mais disons que je retrouve des trésors dans des contrées plus simples, qui ne feront jamais jaser lors de réunions entre collègues. De toute façon, les « proches » ne sont bien souvent curieux que d’eux-mêmes, alors partons et revenons discrètement, à pas de chat. Moins de 500 kilomètres tout compris, avec ma seule voiture, mon Routard, ma carte Michelin toute déchirée, un crayon à papier et un stylo rouge, indispensables, et mon copilote sur smartphone, bien pratique pour ce type de voyage solo. Quelques pages au cœur du guide qui attendent ma venue. Des châteaux, des plus beaux villages de France, des animaux…Un message pour un petit hôtel de Gramat, et me voilà parti.

Jour 1: De Gourdon à Rocamadour

Gourdon

Première étape de mon périple, la petite sous-préfecture du Lot, Gourdon. Bizarrement, je m’y gare un peu à l’heure de pointe, sur le boulevard périphérique entourant la ville médiévale. L’église des Cordeliers, imposante, accueille plusieurs artistes en train de monter leur exposition. Un petit tour, mais je ne m’attarde pas.

Habitué de Périgueux, la visite du cœur historique ne représente pas vraiment pour moi une nouveauté. Je me promène pourtant avec plaisir dans ces vieilles rues très calmes à l’heure du déjeuner. Aucun touriste en vue. Des escaliers m’amènent sur une plateforme à l’emplacement de l’ancien château pour un panorama remarquable sur les environs. Quelques vieilles maisons, une autre grosse église, rien de bien mémorable cependant.

Moulin de Cougnaguet

Je file direction Rocamadour pour le moulin fortifié de Cougnaguet, XIVème siècle. Là commence mon voyage. Petite route charmante le long d’un ruisseau très riant et j’arrive devant ce bel édifice. Le guide est âgé, 76 ans. Il prend du temps à rendre la monnaie. Il ressemble à mon oncle Alfred. Avec le même accent rural. J’avoue mettre 5 minutes avant de commencer à comprendre ce qu’il dit ! Une expérience ethnologique. La visite s’avère très intéressante, avec un petit groupe de moins de 10 personnes plus le chien du patron qui nous suit. Le guide, qui élève encore les moutons, nous explique comment sa mère a racheté ce moulin, les crues, comment les moines cisterciens se protégeaient des pillages de farine, comment restaurer le bâtiment, comment faire fonctionner les meules. Passionnant. D’autant que l’eau coule vraiment, que les meules sont mises en route devant nous et que la farine apparaît. Des petits sacs permettent même aux visiteurs d’en recueillir un peu à la sortie !

L’endroit me charme.La rivière élargie par une sorte de petit barrage, le bruit de l’eau, les arbres sous le vent, le cachet de l’édifice, le bruit du moulin. On se croirait dans les temps anciens. A l’étage de la maison, le lieu d’habitation du meunier.

Le dernier travailla ici jusqu’en 1959 je crois. Cheminée avec cantou, vieux lit, croix, meubles anciens. Du rustique, du vrai. Le guide nous sert même un verre d’eau de vie de prune. Les touristes anglais présents se croient dans une scène des Bronzés font du ski. Le breuvage a du retour ! Une touriste étrangère demande au guide s’il vit ici. C’est vrai qu’on le verrait bien là, dans ce décor d’antan. Il ne fait qu’y manger le midi mais n’y dort pas. Des noix sont aussi offertes.
Sans enfant, qui succédera à ce truculent personnage ? Le lieu sera racheté par de riches étrangers et privatisé. Forte probabilité. Vraiment une belle visite, la France des campagnes, authentique.

Le Rocher des Aigles

En route pour Rocamadour. Je connais déjà la merveilleuse cité, ce n’est pas le but de mon voyage. Je ne la verrai même pas. Je suis dans le coin pour ses animaux…à plumes. En général je me méfie de ces attractions touristiques qui apparaissent tellement artificielles et bas de gamme. Pourquoi un parc aviaire à Rocamadour ? Et puis, en me renseignant, j’ai appris que le centre excellait dans la reproduction de certaines espèces, que des passionnés y travaillaient à la pointe des connaissances actuelles. Alors je n’ai pas trop hésité. Il suffit de trouver le bon parking (imaginez la complexité pour gérer le flot de touristes en saison sur un tel site) et de débourser 12 € ( cela les vaut) et me voilà dans la cage aux oiseaux.

L’endroit n’est pas immense mais comme il y a relativement peu de monde, cela reste calme. Le spectacle commence rapidement. Sur un espace plat surplombant la vallée de Rocamadour, 3 plateformes en bois de quelques mètres et un petit bassin. Les animateurs vont chercher les oiseaux et les exhibitions commencent. Très pédagogique et interactif. Je me retrouve avec un Ara du Gabon sur le bras, puis un vautour me marche sur les pieds et je me porte volontaire pour porter le gant et recevoir une buse de Harris sur le bras. Impressionnant. Vols de condors des Andes, de pygargues, d’aigle royal attrapant un faux lièvre fuyant, de vautours, de milans, de buses… Le vautour percnoptère casse un œuf d’autruche en plâtre avec un caillou, les oiseaux attrapent les friandises au vol, le pygargue attrape une friandise flottant sur le bassin. Vols de perroquets. Le plus remarquable : les oiseaux s’éloignent vraiment du site. Ils partent au loin dans la vallée puis reviennent… quand ils le veulent. Les plus grands rapaces n’ont pas de cage. Ils sont accrochés par une patte par un lien d’1 m 50 environ. Cela peut paraître court mais les animateurs expliquent que les études montrent que les animaux ne subissent aucun stress de la sorte. L’ennui, le subissent-ils ? Éloignés les uns des autres pour ne pas se chahuter, ils passent leur temps sur leur plot ou dans leur hutte. Et tous ont leur prénom. Ils volent tous les jours. Finalement un bon équilibre, avec de vraies sorties plutôt que de tourner en rond dans une volière. Je reste impressionné devant ces beaux oiseaux qui m’accueillent avec un grand calme. Quelle beauté dans leur allure et dans leur regard parfois !

Les perroquets, bruyants, sont eux dans des volières et en compagnie. Vital pour leur survie. Je me passionne devant les chouettes. Hibou grand duc, chouette effraie, hulotte, harfang des neiges. Ces bêtes que j’entends et observe parfois dans ma campagne me fascinent de plus en plus. Si calme, si paisibles, si féroces probablement lors de la chasse. Elles me percent de leur regard. Leur habitat nocturne me plonge dans le rêve. Un animal de l’enfance.

La ferme aux abeilles

Un peu plus dans les environs de Rocamadour, dans la zone ultra touristique surplombant le village, je m’arrête à la ferme aux abeilles. Un endroit sympathique et riant pour tout apprendre sur le miel. Pour les petits, heureux de pouvoir dessiner dans un endroit qui leur est réservé, comme pour les plus grands. Des panneaux expliquent tout, de la vie des abeilles à la propolis, des différents types de ruches (exposées) aux plantes mellifères.

Le plus intéressant : un îlot central avec des ruches et de vraies abeilles. Une ouverture dans le toit leur permet de butiner à leur guise les champs voisins. La nuit tombe, elles rentrent toutes, tranquilles à la maison. Très habile comme présentation. Mais tout ça, je pense, est avant tout utilisé pour attirer le touriste dans la boutique attenante. Tout un tas de produits à base de miel mais aussi des spécialités d’une entreprise locale. J’avoue que tout donne envie, j’y laisse quelques billets.

Gramat

Petite ville tranquille, très bonne base pour explorer la région, je vais y passer une agréable soirée. Le centre, avec sa belle halle, m’apparaît agréable.
Hormis le café « sportif » tout semble un peu endormi. Je dors à l**’hôtel de l’Europe**, un deux étoiles à l’ancienne, tout ce que je cherchais. Petite chambre, parfait pour moi. « Vous prendrez le petit déjeuner ? » « Oui ». Le jeune patron sympathique me conseille une adresse en ville pour manger. En cette veille de jour férié, peu de commerces restent ouverts. Je finis dans une pizzeria. Un père et son fils, une jeune fille et sa grand-mère, deux ouvriers locaux. Moi et ma pizza.

Jour 2: de Gramat à Saint Céré

Parc animalier de Gramat

Tenter un parc sur un pont de mai, par grand beau temps, comporte des risques. Alors j’y arrive avant l’ouverture, comme les papis au Leclerc. Accueil sympathique, ils me remboursent un billet malencontreusement acheté en double la veille. « Nourrissage des loups à 11h30 ». Par faiblesse ou ignorance passagère, je commence mon tour en suivant le sens de la visite. Il n’y a pas encore grand monde mais quand même, je me retrouve entre les poussettes, à supporter les commentaires des mamans en pleine séance éducative. Alors je pars en sens inverse, commençant par la fin. Et là, quel plaisir. Je me retrouve tout seul, au milieu de la nature, à vivre une véritable expérience animalière.

Le parc ne ressemble pas à un zoo classique, citadin. Ici, même sans animaux, la promenade serait agréable. Les enclos sont parfois tellement grands que je « rate » quelques pensionnaires. Ce qui doit passablement énerver certains est plutôt le signe d’un parc de qualité. D’ailleurs je vais parfois repasser deux fois au même endroit quand le premier passage s’avéra infructueux. Je ramasse de l’herbe et nourrit les chevaux de Przewalski. Je guette les orignaux qui restent au frais dans leur maison, la porte ouverte. Les bisons d’Europe se nourrissent le matin.

Je suis le seul en en profiter. Au fond du parc, une sorte de grosse carrière, vraiment grande, sert de lieu de vie à des chèvres et des bouquetins. Comme dans la nature, il faut chercher pour les trouver. Passionnant. Le parc présente des animaux communs que l’on n’observe plus : conservatoire des ovins, des volailles, des bovins, des équins, des porcins. Alors je prends mon temps, lis tous les panneaux, parfois pyrogravés, parfois plus modernes, et observe les faisans, les dindons. On en oublie que la standardisation et la productivité cause l’extinction de nombreuses espèces à viande. Les chouettes me fascinent encore, les loutres et les blaireaux se cachent, les renards dorment dans les arbres ! Peu de primates, seulement des magots, paisibles dans leur grand espace à ciel ouvert.

Les ours bruns ne sont pas à plaindre. 42 hectares, 3 h de visite, indique le prospectus. J’y resterai plus longtemps. Sur le retour, je croise forcément de plus en plus de « sens de visite », à contresens. Maillots de football du PSG, vapotage, groupes bruyants qui ne lisent rien, pas la meilleure compagnie pour moi. Je m’étonne de notre cynisme humain. Les parents éduquent leurs enfants à la nature, à nourrir les cochons, au respect. Et puis tout le monde fait la queue au snack pour un burger ou une saucisse. J’ai toujours du mal à tuer ou manger ce que j’aime. Comme les Indiens des films de cow-boys, je pense toujours à l’animal quand je l’observe dans mon assiette. Je quitte l’endroit, le parking plein, bien heureux de ma visite matinale quasiment exclusive. Un très bon moment.

Lavergne et Thegra

Petite halte dans le village tranquille de Lavergne pour déjeuner sur un banc face à une belle église remarquable pour son clocher-mur puis dans un autre village, Thegra, pour encore de la belle pierre, et un château privé dont je ne peux que faire le tour.

Marais de Bonnefont

Une zone humide dans le Lot. Pas l’image la plus classique du département. Et pourtant. Quelle plaisante promenade que cette visite du marais de Bonnefont ! Pas vraiment un piège à touriste. Juste quelques locaux qui piquent niquent à la maison du marais (fermée), au bout d’un chemin empierré. Deux circuits possibles, le plus long faisant environ 2 ou 3 kilomètres. Je me retrouve seul, sur des pontons, au milieu des roseaux, à observer les libellules, à écouter les crapauds. Le sentier parcourt les champs, s’élève, passe à côté de très beaux arbres, longe un petit ruisseau. Des panneaux pédagogiques expliquent les tourbières, l’importance des zones humides et la biodiversité de tels milieux menacés. Un très bon moment, bien loin des pierres lotoises.

Saint-Laurent-Les-Tours

Un peu par improvisation, je me retrouve à bifurquer vers Saint Céré, petite ville très agréable, sur les rives de la Bave. Au-dessus de la ville un imposant château à deux tours, le château de Turenne, ne peut être manqué. On y monte en voiture, je me gare au pied d’un des donjons. Le site est fermé ce jour férié mais l’architecture de ce château mérite la visite.

Saint-Céré

Peu de monde dans les rues un jour férié. De belles places, des hôtels particuliers, des maisons à colombages, des rues très étroites, la visite accumule les standards d’une belle ville lotoise riche en patrimoine. Je me promène avec plaisir, la tête en l’air, passant et repassant aux même endroits pour ne rien rater. Une grande église dans laquelle je ne m’émeus guère. Un peu comme à Florac, Marvejols ou Massat, je note des boutiques de tatouages, une boutique africaine, une population différente de celle des plus beaux villages des environs. Les centres-villes, comme un peu partout dans nos provinces, se vident de leurs commerces, les loyers baissent et des locataires moins fortunés s’installent.

Bretenoux

Dernière étape de ma journée, Bretenoux s’étend paisiblement en bord de rivière. Petite bastide, des remparts sont encore visibles. De belles maisons, mais un site globalement plus quelconque. Sur la place principale, un podium s’installe pour le rallye automobile qui s’y déroulera le lendemain. Sur l’île voisine, dans un des bras de la rivière, les locaux font du sport ou jouent à la pétanque. Un 1er mai, les gens profitent, boivent des coups au bar, ou assis dans les près. Paisible.

Mon hôte du soir habite en bordure de Dordogne. Je dîne de sardines et de pains, au bord de l’eau. Deux pêcheurs, trempés jusqu’à la taille, prennent le frais dans la rivière. La soirée sera festive. Ambiance Couchsurfing, avec le colocataire et les deux gros chiens Cane Corso. J’y resterai une nuit de plus.

Pour la suite, Autoire, Château de Bretenoux, Martel et plus encore, je vous invite sur mon site: Les voyages de Guirdal

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