pour Manaus, néanmoins, ne pas rater le théâtre qui est une des constructions les plus surréalistes du monde, quand on la replace dans le contexte historique: tout ce luxe, cette profusion de matériaux et de travailleurs importés en pleine jungle pour réaliser ce qui fut l’orgueil (mérité) d’une ville au destin éphémère. Bien se renseigner avant sur l’histoire locale pour comprendre ce contexte.
Le quartier du marché (du genre “Baltard” lui aussi monté après avoir été importé totalement pièce par pièce d’Europe), près de la vieille douane (elle même pittoresque) est aussi à voir, de même que le grouillement de vie sur les berges du rio Negro, là où une myriade de travailleurs plus ou moins informels s’activent autour des centaines de bateau à l’arrivée ou en partance. Plus sympa en décembre quand les eaux sont basses mais on fait avec ce qu’on a: les eaux hautes offrent d’autres avantages.
Pour qui a l’oeil, qui connaît l’histoire fabuleuse de cette ville, qui est sensible aux ambiances, des balades dans les rues du centre permettent de repérer des témoignages épars de cette splendeur, renouée temporairement pendant la seconde guerre mondiale avec la recherche effrénée du caoutchouc (sous l’impulsion du président Vargas) pour les pneus des véhicules des alliés, les Japonais ayant occupé quasiment toutes les plantations d’hévéas en Malaisie, Indonésie, Indochine.
Quatre jours à mon avis, , c’est trop ou trop peu. Trop pour la ville seule, trop peu avec une exploration des alentours. Selon moi il faut faire deux balades pour les apprécier:
- une avec un de ces nombreux petits canots informels en alu (on contacte les gars sur la digue, près du marché, prendre rdv le soir pour le lendemain ou en choper un très tôt le matin… quand je dis tôt, c’est 6h! Négocier, mais se souvenir que l’essence est chère et qu’un 40CV, ça suce… et le type a besoin de vivre)
Une journée, qui te permet de voir la ville depuis le fleuve, la ligne de partage des eaux jaunes du Solimoes et noires du Rio Negro (un des phénomènes naturels parmi les plus grandioses, forte probabilité de croiser des dauphins), les nénuphars géants au fond d’un igarapé, le port qu’on longe et qui a une capacité similaire à celle de Rouen, avec ses innnombrables docks flottants, c’est une belle réussite d’architecture industrielle (amplitude du niveau entre saison sèche et saison des pluies: 14m. Si tu y vas en juillet et en décembre, tu as l’impression de voir deux endroits différents d’où la nécessité de faire flotter tout le port).
Ces indépendants sont en général réglos, souvent ils te demandent d’abord de payer un acompte pour acheter l’essence nécessaire à la balade. Gare au soleil redoutable sur l’eau: crème, chapeau, et emporter de l’eau minérale à boire, au moins deux litres par personne. Baignade possible (et super agréable) sur la ligne de partage des eaux. Pour la pluie en grains tropicaux brefs mais violents, elle est tiède et on se met sous une bâche le temps que ca passe^^
- Ensuite un “tour en jungle” lors d’une autre sortie, et là tu seras submergé de propositions dès ton arrivée à l’aéroport : les types sont collants, envoie les chier, les réceptionnistes des hôtels sont à même de te faire faire plusieurs propositions, avec albums explicatifs du programme.
Négocie en sachant que pour voir flore et faunes intéressantes, il faut au moins six à huit heures de lanchas pour s’éloigner de la ville (rien de “sauvage” tout près d’une ville de plus d’un million d’habitants, c’est le bon sens) et autant pour le retour. Gaffe, le prix varie souvent de un à quatre selon l’honnêteté de l’organisateur et… la naïveté des participants. Je parle portugais, je connais le coin, j’y suis allé il y a quelques années pour emmener un couple d’amis qui ne se sentaient pas de le faire seuls, on a payé 600 R$ chacun pour quatre jours (les trois dernièrs d’un groupe de huit à compéter, ce que je cherchais pour avoir les soldes) mais le guide m’a demandé “de ne surtout pas donner le prix aux autres” Effectivement, certains avaient douillé 1500 R$… 
Oublie les “vrais indiens d’amazonie” il n’y en a plus à moins de 800 km de la ville, et en plus si ce sont des vrais, ils sont en réserves interdites aux visiteurs lambdas, contrôlées par la FUNAI. Si on t’en promet, ça sera du promène couillons, des gars sapés en jean t shirt et planquant télés, radios, etc pour se déguiser avant l’arrivée des hardis explorateurs (qui arrivent toujours, c’est drôle, au moment d’une fête exceptionnelle): danses rituelles, discussion avec le “chaman” du village et surtout, vente d’objets “authentiques” à la suite^^
En général ces tours, quand ils sont sérieux, te conduisent sur un igarapé affluent du rio Negro (là, très peu ou pas de moustiques) font voir des caïmans de nuit, te permettent de pêcher (et de manger après) des piranhas un soir, de voir un village flottant caboclo, de faire une balade pédestre (très balisée) où tu pourras observer des traces du travail passé des seringueiros, des plantes typiques, souvent qq animaux. La plupart des accompagnateurs se débrouillent en anglais, en plus du portugais. Pour le français, c’est rarissime. Se faire préciser le point, c’est important pour piger les explications lors de la balade, qui a peu d’intérêt sans elles.
On dort en général en hamac dans une habitation sur troncs de balsa, flottante, qui est donc toujours au bon niveau quelle que soit la saison.
Pour le jaguar qui fait rêver, probabilité infime d’en recontrer, l’Amazonie n’est pas le Pantanal.
Bon voyage