Chili : Région des Lacs, voyage en pays mapuche

09 mars 2015

Des prairies, des forêts profondes, des reliefs acérés, des volcans aux sommets enneigés… Située à près de 700 km au sud de Santiago, entre le Bío-Bío et Puerto Montt, la région des Lacs a de quoi ravir les amateurs de grands espaces et de paysages grandioses.
Ce coin du Chili est aussi la terre des indiens mapuche, connue sous le nom d’Araucanie, ce royaume mythique qui fait rêver les voyageurs en quête de bout du monde. Une contrée intacte et farouche, en forme d’hymne à la Pachamama (la Terre-Mère).
Des parcs naturels situés à l’est de Temuco à Puerto Montt, en passant par la région des Lacs et des volcans, se dessine un parcours parmi les plus sauvages qu’on connaisse.
En route pour l’aventure !



L’Araucanie, terre mythique

« Les Araucaniens, on le sait, sont un peuple valeureux et jaloux de son indépendance, que le Chili a vainement essayé de dompter. »
Ainsi commencent les mémoires d’Orllie-Antoine 1er. C’était en 1860. De son vrai nom Antoine Charles de Tounens, cet hurluberlu, tenu pour complètement cinglé par les autorités françaises (et chiliennes), s’était autoproclamé roi d’Araucanie et de Patagonie après avoir tenté de fédérer quelques caciques mapuche contre le pouvoir de Santiago.
Pour la petite histoire, ses descendants perpétuent encore aujourd’hui, dans leur Dordogne natale, cette monarchie d’opérette prétendue en exil. La rigolade.
Va pour l’anecdote. Plus prosaïquement, le territoire où vivent les Mapuche (ou Araucans, selon certaines sources), se déploie d’ouest en est entre le Pacifique et la Cordillère, et du nord au sud, entre le rio Bío-Bío, deuxième plus grand fleuve du Chili et le canal de Chacao qui sépare l’île de Chiloé du continent, à quelques dizaines de kilomètres au sud de Puerto Montt.
L’Araucanie est donc bien une réalité. Territoire de reliefs acérés, de torrents impétueux et de forêts hérissées d’arbres plusieurs fois centenaires, la terre des Mapuche est un véritable paradis pour les adeptes des sports en eaux-vives, les fanas de rando, les volcanologues en herbe et les mordus d’expéditions andines.
Réserve nationale de Malalcahuello, terre mapuche

Pour les Mapuche, dont le nom signifie « les gens de la terre », le rio Bío-Bío marque une frontière culturelle. Il leur a permis de se prémunir des Incas, puis des conquistadors espagnols, contrairement à leurs voisins les Picunches, aujourd’hui disparus.
Ici commence le règne d’un arbre sacré pour ce peuple : l’araucaria, un géant qui peuplait déjà la planète à l’époque des dinosaures et dont les plus vieux spécimens avoisinent les 2 000 ans.
C’est dans ce paysage de désert de lave, de torrents et de larges vallées dominées par le volcan Lonquimay (2 865 m) que se répartissent les terres de la réserve nationale de Malalcahuello. Sur les pentes du volcan, l’une des stations de sports d’hiver les plus appréciées : Corralco. Un rendez-vous incontournable pour les équipes olympiques du monde entier qui viennent skier ici de mi-juin à mi-octobre.
Le village de Lonquimay est plutôt pépère. Entouré de prairies et de montagnes plantées d’araucarias, de coigües (nothofagus dombeyi), de cyprès et de laurels (laurelia sempervirens), il sert de base aux randonneurs.
Dans le parc de Malalcahuello, 67 km de sentiers de trekking sont balisés. La plupart réalisables en 2 à 4 h de marche. Ils permettent d’observer la faune, la flore et de belles formations géologiques (des dykes notamment, pour le sendero Sierra del Colorado).
L’un d’entre eux (formé lors de l’éruption du 25 décembre 1988) permet d’atteindre le cratère de la Nativité, situé à flanc du volcan Lonquimay en un peu moins de 2 h de grimpette.
Parc national de Conguillio, la nature dans tous ses états

À 1 h de route au sud de Malalcahuello se trouve un parc parmi les plus spectaculaires et les plus authentiquement sauvages du Chili central : Conguillio. Le paysage est dominé par un cône parfait sorti tout droit des entrailles de la Terre, le mont Llaima, l’un des volcans les plus actifs du Chili. Sa dernière crise de nerfs, en 2008, a duré 18 mois.
Le Llaima marque l’entrée du parc proprement dit. Après la fonte des neiges, vers la fin novembre, on peut laisser sa voiture au lac Captrén puis emprunter le sendero de Los Carpinteros, un étroit sentier taillé parmi les roches noires, les bambous et les arbres multi-centenaires. Parmi ces vénérables végétaux, qu’on dirait sorti de l’imagination de Tolkien, l’araucaria madre, un spécimen de plus de 50 m de haut, vieux de 1 800 ans !
On trouve dans le parc, outre des espèces animales en voie d’extinction, comme la souris à poil long (abrothrix longipilis), quelques essences héritières d’espèces déjà présentes il y a 65 millions d’années.
Mais Conguillio est aussi un formidable théâtre d’activités pour adeptes du lycra et du camelbak. Le parc fonctionne toute l’année car les guides offrent un large panel d’activités encadrées. L’été, c’est le point de rendez-vous des vététistes, des grimpeurs (ascension du volcan Llaima 3 125 m) et des randonneurs. L’hiver, va pour des sorties en motoneige ou des randos à raquettes !
Tourisme d’aventures à Villarica et Pucón

Fondée en 1552 pour exploiter les mines d’or de la région, Villarica fut l’une des premières villes du Chili. Cependant, il fallut attendre 1883 pour que cesse la bisbille entre les vaillants guerriers mapuche décidés à défendre la terre de leurs ancêtres et le gouvernement central.
Du coup aujourd’hui, la ville surfe sur le label « natif », avec fêtes mapuche à gogo, sans oublier le folklore issu d’une tradition germanique due à l’immigration d’Allemands et d’Autrichiens dès la moitié du 19e s.
Si Villarica s’avère une base de vacances familiales, Pucón est désormais l’une des plaques tournantes du tourisme d’aventure au Chili. Il règne, dans ses rues balayées par le vent, l’ambiance caractéristique des stations de sports d’hiver.
Cône basaltique à cratère ouvert, le volcan Villarica (Rucapillán, littéralement « la maison du démon » en mapudungun, la langue des Mapuche) est une poudrière qui menace de sauter à n’importe quel moment*.
Quand il gronde, il ne fait pas dans la demi-mesure : en 1948, l’émission de lave fit fondre le glacier qui couvre une partie de son flanc et le niveau des eaux du lac augmenta d’un mètre ! En 1971, date de sa dernière éruption meurtrière (200 victimes), une brèche de 4 km de long s’est ouverte sur son flanc, déversant près de 30 millions de mètres cubes de lave !
Aujourd’hui le Villarica est la grande star du Chili central. Hiver comme été, les amateurs de sensations fortes se pressent sur ses pentes pour le voir toussoter, profitant, par beau temps, d’une vue imprenable sur les lacs et volcans de la région jusqu’au Pacifique.
http://www.activolcans.info/volcan-Villarrica.html
*Et pas plus tard que la semaine dernière : le Villarica est entré en éruption pendant quelques heures, avec des spectaculaires coulées de lave, qui n'ont fait aucun dégât.
En bons thermes avec la Pachamama

Au pied du Villarica s’étend le parc naturel du même nom. Toute la région est appréciée pour la qualité de ses stations thermales, qui prennent souvent l’aspect d’une série de vasques d’eaux sulfureuses en pleine nature. Un spa à ciel ouvert !
Parmi les plus spectaculaires de ces salles de bien-être en plein air, les termas geométricas, une enfilade de bassins de différentes dimensions, taillés dans le schiste au fond d’un canyon vampirisé par la végétation. Avec ses passerelles en bois et ses petits photophores, on se croirait dans un jardin zen ! Ici, rien n’est laissé au hasard, l’architecte Germán del Sol a peaufiné les détails.
Les amateurs pousseront plus au sud, à environ 80 km à l’est d’Osorno, jusqu’aux thermes de d’Aguas Calientes et de Puyehue, situés à l’entrée du parc du même nom, un des plus anciens sanctuaires de la faune et de la flore du Chili.
Puyehue, qui signifie en mapudugun, « l’endroit où l’on pêche la puye (galaxias maculatus) », recouvre 110 000 hectares d’une nature sauvage et préservée avec des sentiers de rando à vous fabriquer des mollets de footballeurs !
Classée réserve de la biosphère en 2007, Puyehue est considéré comme l’un des rares endroits de notre planète resté écologiquement intact. Il offre un paysage très diversifié : forêts humides, lacs andins, champs de lave, cascades, torrents d’eau cristalline, et permet d’observer une faune rare, dont des chiots de vertu, viscaches, petits grisons...
Les lacs autour du volcan Osorno

Puerto Varas est une petite station balnéaire dominée par la silhouette majestueuse du volcan Osorno, en bordure du lac Llanquihue. Un haut lieu du sport extrême, où déboulent les touristes depuis Puerto Montt, à un petit quart d’heure de route plus au sud.
Les amateurs de sport en eaux-vives du monde entier connaissent l’endroit. Ils viennent ici pour défier les eaux vivifiantes du Petrohué, une espèce de lessiveuse naturelle qui permet la pratique du rafting et du kayak pratiquement toute l’année. À Puerto Varas, plusieurs agences de rafting ont élu domicile pour satisfaire la demande.
Le parc Vicente Pérez Rosales, le plus ancien parc naturel du Chili, reste la vedette de la région. Il abrite un lac couleur émeraude dont l’histoire est peu banale. Ce petit bijou fut découvert à la fin du 17e s, le jour de la Toussaint (d’où son nom lago todos los santos) par un corps expéditionnaire jésuite basé sur l’île de Chiloé.
Les missionnaires cherchaient un passage vers l’Argentine afin d’y fonder une mission pour évangéliser les indiens viruloches. Puis, suite à l’abandon de leur mission argentine en 1718, le lac tomba dans les oubliettes. Ce n’est que dans la moitié du 19e s qu’il fut redécouvert, grâce à un groupe d’alpinistes arrivés au sommet du volcan Osorno.
Aujourd’hui, la traversée du lago Todos los Santos de Petrohué jusqu’à Peulla afin de se rendre en Argentine (San Carlos de Bariloche), est un classique pour les voyageurs au long cours.
Puerto Montt, un port du bout du monde

Tout le monde connaît Ushuaïa, mais qui connaît Puerto Montt ? Passons sur la ville proprement dite, car à part une cathédrale en bois de cyprès, Puerto Montt – point de départ de la Carretera austral – est avant tout un port.
C’est donc vers la petite anse d’Angelmó qu’il faut se rendre. Le voyageur éclairé évitera les étals bardés d’artisanat mapuche qui font les belles heures des boutiques pour croisiéristes. Angelmó, c’est avant tout un authentique marché au poisson. Ici, tout ce que la mer produit de mollusques et de crustacés, poissons avec ou sans arêtes, se fume ou s’emballe sous cellophane.
Dans les nombreux petits restos qui émaillent la halle au poisson, le saumon n’a pas fini de frétiller qu’il est déjà dans votre assiette. Quant aux crustacés, ils se dégustent encore vivants, à peine anesthésiés par un filet de citron dans de petits ceviches improvisés servis dans des gobelets en plastique. Plus frais que ça, faut demander aux dorades !
Dans le port, les barcasses qui font la navette entre les chalutiers et les quais pour débarquer la pêche du jour doivent batailler avec ces gros pleins de soupe de lions de mer. Un tableau qui semble tout doit sorti de Moby Dick !
Fiche pratique

Consulter notre guide en ligne Chili
Comment y aller ?
Vols directs Paris-CDG–Santiago du Chili avec Air France.
Pour se rendre à Santiago depuis les villes de province françaises, il est souvent plus avantageux de transiter par Madrid, plaque tournante pour les vols à destination de l’Amérique latine, avec Iberia ou LAN.
Trouvez votre billet d’avion pour Santiago du Chili.
Les aéroports de Temuco, Osorno et de Puerto Montt sont desservis par la compagnie Sky Airline au départ de Santiago et d’autres villes du Chili.
Depuis Santiago, la formule la plus économique pour se rendre dans le sud est de prendre un bus de nuit du terminal Alameda. Plusieurs formules confort : Semicama, Cama ou Premium. On réserve par internet. Plus on réserve à l’avance, moins c’est cher. Compter env 12 h de trajet entre Santiago et Puerto Varas. www.turbus.cl
Quand y aller ?
Le Chili se trouvant dans l'hémisphère sud, les saisons sont inversées par rapport à la France. Climat tempéré et pluvieux (sauf en été) dans la région des Lacs. En savoir plus sur le climat au Chili.
Où se loger ?
Les petites villes aux abords des parcs peuvent servir de base pour les randonneurs. Elles possèdent toutes plusieurs types d’hébergement, du camping à l’hôtel 4 étoiles en passant par l’auberge de jeunesse ou la chambre chez l’habitant. Certains parcs offrent aussi des lodges, des bungalows (cabañas) ou des campings.
Une adresse sympa à Malalcahuello : Hotel Nalcas
Trouvez un hôtel au Chili
Où manger ? Où prendre un verre ?
– Mamas et Tapas, à Pucon : un bar branché, cosmopolite et très animé.
– Di Carusso : San Bernardo, 318, à Puerto Varas : une cuisine italienne à la mode chilena. Bon rapport qualité-prix.
– El Fogon de Pepe, à Puerto Montt : une bonne adresse pour les amateurs de viande.
Se renseigner sur les parcs :
Réserve nationale de Malalcahuello
Parque Nacional Vicente Perez Rosales
Les thermes :
Pour les amateurs de sensations fortes :
À Pucón : Aguaventura – Ascension du volcan Villarica – Raft et sports extrêmes – Tél. : +56-452-444-246 (Vincent ou Benoist).
À Puerto Varas : Al Sur Expeditions – Agence spécialisée sur le parc de Pumalin, raft et kayak sur la rivière Petrohué – Tél. : +56-984-048-600 (accueil francophone avec Chloé).
À voir :
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