Gitans, manouches et tsiganes : la route du rom

Les origines

Préambule : question de vocabulaire

Attention aux amalgames qui jettent l’opprobre sur toute une communauté ! Il ne faut pas confondre les gens du voyage, les tsiganes et les Roms.

- Les gens du voyage : il s’agit d’un terme administratif, qui désigne les individus vivant en France de façon nomade. Dans la majeure partie des cas, il s’agit de Français vivant dans des caravanes ou des mobil-homes. Ils sont munis d’un livret de circulation qui doit être visé tous les trois mois.

- Les Tsiganes : Les gens du voyage en France se sont regroupés pour créer l’Union française des associations tsiganes. Ce mot recouvre toute la diversité des gens du voyage, dont certains sont français depuis des siècles : manouches, bohémiens, romanichels ou gitans. Pour en savoir plus sur les différences entre ces groupes.

- Les Roms : En France, le terme "Roms" renvoie à des populations originaires d’Europe de l'Est : Roumanie, Bulgarie et Hongrie. Ce terme a une dimension ethnique. Les Roms ont émigré en France pour fuir des discriminations et chercher du travail. Depuis l’entrée de la Roumaine et la Bulgarie dans l’Union européenne en 2007, les Roms peuvent se déplacer librement sur tout le territoire de l’UE. Toutefois, une circulaire du 1er janvier 2007 restreint leurs droits de circulation et de travail au sein de certains pays Européens jusque fin 2013. Ils peuvent être donc expulsés de France, mais rien ne les empêche de revenir sur le territoire par la suite. Bref, les "gens du voyage" ne sont pas uniquement des Roms...

Mais d’où viennent-ils ?

© Marcel VilleLa question a occupé l’esprit de bon nombre d’observateurs pendant des siècles. On les a dits originaires de Palestine, les identifiant comme étant issus d’une des tribus d’Israël. Certains ont affirmé qu’ils venaient d’Éthiopie, d’autres d’Égypte, où, jurait-on, ils avaient construit les pyramides aux temps pharaoniques. Non, ce sont les survivants de l’Atlantide, rétorquaient les plus allumés.

Linguistique

Grâce à elle, on a trouvé au moins une partie de la solution à la fin du XVIIIe siècle. La langue rom est de famille indo-européenne, héritière du sanscrit et proche des idiomes parlés en Inde. C’est donc dans cette région que le peuple rom s’est constitué. Quant à savoir s’il a préexisté avant son grand départ pour l’Occident ou s’il s’est formé à cette occasion, personne ne peut le dire.
Il n’empêche que l’on trouve des similitudes entres les Roms et les Gadolia Lohars, nomades forgerons du Rajasthan qui se déplacent à bord de chars à bœufs dans toute l’Inde du Nord. On ne saurait non plus guère expliquer avec certitude pourquoi les Roms ont pris la route voilà près d’un millénaire. Pour information : le nom « Roma » viendrait selon certains de Rama, un héros légendaire indien dont le destin fut de s’exiler.

D’Inde à Byzance

Des chroniques de la fin du Xe siècle mentionnent l’arrivée des Roms en Iran. Une partie d’entre eux serait repartie vers l’Orient, tandis qu’une autre aurait joint le Caucase. Un troisième groupe a pris la route de l’empire byzantin, un des confins de l’Europe.

Gitans, bohémiens, manouches...

C’est une contrée que l’on situe en Grèce byzantine. Les premiers Roms arrivés en Europe occidentale s’en disaient originaires. On les a donc nommés Égyptiens et, par déformation, gitanos, gitans, gipsies.
Ailleurs, parce qu’ils étaient passés par la Bohême, on les qualifia logiquement de Bohémiens.
En Allemagne, certains se présentaient simplement comme des êtres humains, manush dans leur langue, ce qui a donné le terme « manouche ». L’appellation « sinti » en vigueur en Italie vient de Sindh, nom d’une région indienne.
Quant à tsigane, ou « zingari », l’expression découle du grec « athinganos », ce qui signifie « ceux qui ne se touchent pas », car les Roms se saluaient en tenant les mains jointes.
Enfin, les expressions « romanichel » et « romano » usitées en France découlent bien sûr de roma. Dans ce même pays, on dit maintenant « gens du voyage », définition administrative apparue à la fin du XXe siècle.

Un nouveau départ vers l’Ouest

© Marcel VilleDepuis Byzance, les Roms reprennent la route au XVe siècle. Ils passent par la Hongrie, les terres germaniques, puis arrivent en France, via la vallée du Rhône.
Certains poursuivent en direction de la Catalogne et de l’Andalousie quelques décennies avant que ne disparaissent les derniers royaumes arabo-berbères. Au XVIe siècle, les voici au Portugal, en Russie, en Angleterre et en Scandinavie.

Les premiers arrivés en France

Ils sont munis de sauf-conduits signés de princes d’Europe centrale, dont celui de Bohême. On leur fait bon accueil. Les populations sont intriguées par ces vagabonds organisés en compagnies dirigées par un capitaine. Leur teint de peau très foncé, leurs mœurs, leur cuisine, leurs tenues bariolées, les services qu’ils proposent... Tout cela séduit ou rebute, c’est selon.
Se disant chrétiens, ils jouissent un temps d’une bienveillance de principe. Mais, en tant que nomades ne cherchant pas à se sédentariser, ils sont de plus en plus mal perçus, notamment dans les campagnes.

suite...

Illustrations : © Marcel Ville