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Désir
des mers du sud
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Ella
Maillart, Turtkul, 1932.
© Musée
de l'Elysée, Lausanne
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Premier
voyage avec Miette à bord de La Perlette, en 1923. Les jeunes filles
filent vers la Corse. À la place de remplir les placards de la cabine
de boîtes de conserve, Ella Maillart en fait une véritable bibliothèque
sur mer, emmenant avec elle les écrits de Melville et de Stevenson,
à la lecture desquels elle nourrit ses fantasmes d'ailleurs.
Pour
subvenir à ses besoins et rassurer ses parents, elle part enseigner le
français en Angleterre, occasion pour elle d'apprendre la langue de Shakespeare
(dans laquelle elle écrira quelques-uns de ses récits). À la première
occasion, une annonce parue dans le Times, la voilà à nouveau sur
le pont d'un bateau !
Aller voir.
Partir. Naviguer. Peu de temps se passe avant qu'elle ne s'embarque à
nouveau avec Miette et d'autres amis, direction la Grèce. Péripéties en
chemin, mais surtout un premier voyage avorté, son amie Miette, malade,
doit rentrer d'urgence. Qu'à cela ne tienne. Son désir d'ailleurs est
plus fort que n'importe quel obstacle qui pourrait se dresser devant elle.
De
ces premières années de voyage, en mer, naîtra La Vagabonde des mers,
livre dans lequel elle écrit : " Je n'avais en tête qu'une ambition :
devenir un vrai bourlingueur des mers. En sorte que rien n'a plus compté
à mes yeux. Jamais je n'ai raisonnablement songé à mener une vie rangée ".
En
route vers l'Orient
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Nomade
avec son aigle,
Kirghizie, 1932.
© Musée
de l'Elysée, Lausanne
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Plusieurs
années se suivent sans pour autant se ressembler, bien qu'Ella pratique
toujours les mêmes activités : naviguer et skier ! En 1930,
après ses rêves de mer, elle entreprend, à vingt-six ans, un premier voyage
terrestre à Moscou. Cela la met définitivement sur la longue route de
l'Orient et décide de sa carrière d'écrivain et de photographe. C'est
grâce à l'aide financière de la veuve de Jack London, rencontrée peu de
temps auparavant à Berlin que ce voyage est rendu possible.
À
son retour à Paris, un éditeur l'encourage à écrire. L'aventurière réalise
alors qu'elle envisage l'écriture comme une tâche laborieuse et ingrate,
mais qui permet, avec les conférences, de financer ses voyages. " Écrire,
ça me casse les pieds, je ne suis pas douée. (…) Il faut bien que je gagne
ma croûte, alors j'écris sur mes voyages. " Son premier livre, Parmi
la Jeunesse russe, rencontre un grand succès à Paris, mais est vivement
critiqué en Suisse, parce que son auteur n'y prend pas clairement position
contre les bolcheviques, mais qu'elle se contente de narrer son expérience
de la Russie soviétique.
La
prochaine étape d'Ella Maillart en Orient, ce sera, en 1932, dans les
steppes et le désert du Turkestan. En train, en auto, en bateau et à dos
de chameau, elle traverse le territoire autonome du Karakalpak, puis s'enfonce
dans le désert du Kizil-Koum jusqu'à proximité de la mer d'Aral. Navigation
aux étoiles, nuits sous la yourte, rencontres avec les pasteurs… Des
Monts célestes aux sables rouges est déjà empreint d'un fort caractère
ethnographique qui caractérisera l'œuvre d'Ella Maillart. Elle aime à
décrire les peuples qu'elle croise et leur mode de vie : " …yourtes
rondes bien ficelées avec leur aigrette de fumée blanche, petits chevaux
ronds, frisés comme des caniches, surmontés de la haute selle ouatée… "
mais aussi costumes, cuisine, jeux, habitat… Les nomades kirghizes n'ont
presque plus de secrets pour la voyageuse ethnologue !
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