Autant pour les bourses de voyages les choses sont relativement simples
et établies, autant pour le reste (débouchés, médias…) c’est à chacun de se
débrouiller.
Les salons et festivals sont déjà un premier moyen de voir ce qui se fait, de
sentir les tendances et d’établir des contacts intéressants. Mais attention,
selon les manifestations on ne rencontrera pas les mêmes personnes et les « retours »
seront fort différents. Lors de festivals de voyageurs comme le Festival des
globe-trotters d’Aventure du Bout du Monde, on parle plus de voyages
entre passionnés que de business ; peu de chances donc d’y rencontrer de
généreux mécènes. On y côtoie tous ceux qui ont décidé de vivre pleinement (et
souvent difficilement) leur passion du voyage, conférenciers, auteurs, photographes
ou autres. Connaître leurs expériences est très enrichissant. On peut d’ailleurs
retrouver ces contacts à travers les clubs et associations de voyageurs comme
ABM.
Les foires et salons de tourisme (Salon Mondial, Top Résa…) n’ont rien à voir
avec les précédents, car leur but est avant tout commercial et grand public.
Un avantage toutefois : la possibilité de rencontrer quelques personnes
pouvant faire avancer ses projets sur le plan financier ou médiatique. C’est
aussi un excellent moyen pour se faire connaître (prévoir des dossiers de presse),
notamment lors des conférences de presse préalables et surtout de la journée
professionnelle qui précède généralement l’ouverture au public.
Bien sûr, les possibilités de participation officielle aux deux types de manifestations
existent (stand, projection, débat, concours photo, etc.). Malgré tout, il reste
préférable de choisir celles les plus en rapport avec ses activités ou ses projets ;
les rencontres bénéficiant d’un public nombreux ou d’un gros tapage publicitaire
n’étant pas toujours forcément les meilleures.
À chacun de connaître ses envies. Mais n’oubliez pas que dans le voyage comme ailleurs il existe des modes et domaines d’activités très variés. Simplement les opportunités demeurent assez mal connues ou définies et, pour la plupart, existent surtout hors de tous circuits ou institutions officielles.
C’est le choix le plus répandu et d’une certaine manière le plus logique. On monte son voyage, on essaie de le médiatiser et de se le faire financer, puis on exploite les retombées essentiellement par le biais de conférences et de bouquins. Ceux qui auront commencé par devenir lauréat d’une bourse voyages bénéficieront souvent d’un petit avantage utile au démarrage.
Salariés, free-lance, pigistes, correspondants, on trouve un peu de tout dans ce milieu. Et si faire une école de journalisme et/ou de photo pour se spécialiser peut être conseillé, on juge toujours plus le travail réalisé que le cursus de son auteur. Donc, attention aux désillusions car, même si les supports sont nombreux et variés, le marché reste encombré. De manière générale, ce sera à vous de proposer vos sujets (y compris des sujets axés pratiques), tout en sachant que l’on ne s’intéressera à votre travail qu’une fois celui-ci réalisé ; donc guère de possibilités de partir tous frais payés pour effectuer un reportage.
De multiples débouchés au-delà des médias, notamment à travers la
participation à divers festivals et circuits de conférences, les concours photos,
la réalisation d’expos à faire tourner, ou, en complément, de posters, cartes
postales, cassettes, CD-Rom à commercialiser. Prenez des contacts avant. Par
exemple, les tours-opérateurs cherchent parfois des photos pour leurs catalogues,
et certains voyageurs une personne compétente pour leurs prises de vue (si l’aspect
vidéo/photo d’une aventure n’a pas été perçue, à vous d’être convaincant).
Et
puis bien sûr, si l’on en a les capacités, pourquoi ne pas organiser des stages,
même si tout cela demande quelques investissements ? Enfin, Internet peut
offrir des débouchés dans la photo (et parfois la vidéo). Créez votre home-page
et présentez-y vos clichés sous forme d’expo ou de récit (n’oubliez pas
votre adresse). Avec un peu de chance, ils pourront être remarqués par quelqu’un
d’intéressé.
Suite logique à un voyage, c’est un domaine auquel beaucoup s’intéressent.
Récits, carnets de voyages, bouquins de photos, guides en tous genres sont généralement
autant d’ouvrages que chacun essaiera d’exploiter au retour. Utile quand même
de connaître le marché, ses modes et ses orientations.
Le récit « classique »
de voyage fait de nos jours difficilement recette, les guides pays sont pléthores
et les bouquins de photos demandent une grande qualité et de gros investissements.
Bref, ce sont là des secteurs de plus en plus difficiles. Mais encore une fois,
l’innovation, l’originalité, la thématique sur un titre ou une collection (y
compris et surtout sur la France) ont encore largement leur place. Et si vous
en doutez, relisez l’histoire du GDR.
Il est loin d'être évident de s'improviser écrivain ou même reporter.
Un voyage « extraordinaire » ne fait pas forcément un récit extraordinaire.
Mais même s'il n'y a pas de recette miracle, quelques conseils peuvent s'avérer
utiles pour qu'au moins vos écrits arrivent à susciter un minimum d'intérêt
chez les autres.
– Tout d'abord, quel est le but premier d'un récit ? Le récit est là pour
interpeller le lecteur, le faire réagir, le transporter en d'autres lieux, vers
d'autres cultures et d'autres gens. Il doit lui apporter les éléments indispensables
pour qu'il puisse vivre et ressentir les mêmes choses et les mêmes émotions
que celles perçues par l'auteur. Auteur qui pour y arriver devra se conforter
dans son rôle « d'intermédiaire », entre la réalité d'un moment vécu
et l'imaginaire à vivre du lecteur. Dès lors, le moindre sujet, événement, personnage,
la moindre ambiance sera fouillée afin d'en extirper au mieux un contenu et
une intensité. Sans oublier toutefois de prendre le recul nécessaire en se mettant
de temps à autre à la place de son lecteur.
– Pour réussir, il faudra faire preuve d'observation et surtout d'implication.
La prise de notes sur le moment devient alors nécessaire, ne serait-ce déjà
que pour conserver l'état d'esprit de l'instant et préserver « l'authenticité »
du récit. Écrire simplement au retour n'autorise plus la même intensité, la
même passion ou la même implication. Le temps a passé, des distances sont prises,
les sensations se sont émoussées et les souvenirs s'enfouissent dans la mémoire.
Seules les notes recueillies à chaud permettent de replonger dans l'ambiance
et l'atmosphère ; raison de plus pour ne pas trop tarder à commencer sa
rédaction.
– De manière générale, qu'il s'agisse d'un bouquin ou d'un article, prenez soin
de votre style. Ainsi, si l'aventure est humaine et personnelle, utilisez le
« je », impliquez-vous dans le récit et interpellez vos lecteurs en
prenant position, n'hésitez pas à faire des apartés, des retours en arrière,
sans forcément suivre l'ordre chronologique du voyage.
Inutile de tout traiter, de tout développer, ne choisissez que les moments forts,
quitte à les re-situer. N'abordez que les personnages les plus intéressants,
faites-les parler ou dialoguer. Évitez les longues descriptions plates et fastidieuses,
ne mélangez pas récit et informations pratiques. Faites quelque chose de vivant
en utilisant si possible des phrases courtes. Variez les rythmes, écrivez au
présent dans un style direct, alternez impressions, descriptions, actions. Choisissez
un vocabulaire évocateur, pas trop technique, des mots chocs et imagés. Ne vous
focalisez pas sur la construction des phrases, suivez votre objectif et utilisez
au mieux les infinies possibilités de la langue française.
Relisez fréquemment et ôtez tout ce qui n'apporte rien, ralentit le rythme,
alourdit le style ou heurte l'oreille. Écoutez et acceptez les critiques des
autres. Enfin, choisissez des titres évocateurs, ayez une bonne accroche pour
plonger d'entrée dans l'ambiance et donner l'envie de continuer la lecture.
Soignez votre chute, et même si c'est la « conclusion », évitez le
petit côté nostalgique habituel du type « c'est déjà fini » ou « je
reviendrai » on ne peut plus pénible et scolaire. Posez plutôt une question,
interpellez vos lecteurs, faites ressortir la force de l'aventure afin que le
récit se prolonge dans les esprits. Bref, faites en sorte de laisser une ouverture
vers l'avenir…
Au lieu de se focaliser sur les débouchés « évidents »,
certains se lancent vers des domaines plus marginaux. Pas toujours évident,
souvent ponctuel, mais parfois rentable.
Quelques exemples tirés d’expériences
vécues : la création d’une association de voyageurs ou thématique sur un
pays, l’organisation d’un salon ou d’un festival, proposer ses propres circuits
à un voyagiste, assurer la formation du personnel d’encadrement d’un C.E., d’une
agence ou toute autre structure proposant des séjours organisés (idem pour les
entreprises envoyant leurs cadres dans certains pays). Et, à force de traîner
dans le monde des médias, on finit par avoir ses entrées. Pourquoi alors ne
pas essayer de les monnayer par la suite ?