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Un peu d'histoire Marrakech

Les Almoravides

Marrakech, c'est d'abord, avec Fès, sa rivale fondée deux siècles et demi plus tôt, le cœur historique du Maroc. Marrakech (était d'ailleurs le nom donné à tout le pays, avant qu'on ne lui préfère sa déformation espagnole (Marocco et donc Maroc). Elle est stratégiquement située à deux pas de la côte atlantique, pas si loin du Sahara, et au pied des montagnes de l'Atlas qui l'alimentent en eau potable.
Le premier campement, entouré d'une enceinte de branchages, fait progressivement place à quelques constructions solides autour d'une kasbah et d'une mosquée. Youssef ben Tachfin, cousin d'Abou Bekr, aménage des canaux d'irrigation et fait creuser des puits reliés par des conduits souterrains (khettara) pour alimenter le site en eau.
La ville acquiert pendant plusieurs siècles le statut historique de capitale méridionale du Maghreb. En 1062 toujours, Youssef ben Tachfin s'empare de Fès, de Meknès et de Taza. En 1086, il débarque à Algésiras et étend son empire jusqu'à Lisbonne et Tolède. Son fils Ali (1107-1144), qui lui succède à 23 ans, entoure Marrakech d'une véritable ceinture de remparts en pisé, percés de portes monumentales. Il perfectionne le système d'alimentation hydraulique, construit les premières fontaines publiques et développe les cultures en créant de nombreux vergers. Grand amateur d'art et d'architecture, le jeune monarque fait appel à des artistes andalous qui dotent sa capitale de magnifiques édifices. Musiciens, savants, écrivains et artistes divers se succèdent à sa cour.
Ibn Toumert, choqué par le faste de cette cour et par le déclin religieux du royaume, prêche une réforme pour le rétablissement d'une foi pure. Avec quelques compagnons, il fonde une confrérie appelée les Almohades. Le souverain consolide le système défensif des remparts de Marrakech.
Cette précaution n'empêche pas Abd al-Moumin ben Ali (1100-1163), disciple préféré et successeur d'Ibn Toumert, de s'emparer de la capitale, en 1147. Ses troupes fanatiques la pillent, exécutent une partie de la population. C'est la fin de la dynastie almoravide. De toutes les splendeurs de cet âge d'or, il ne reste plus que de rares vestiges, comme la koubba.

Les Almohades

Abd al-Moumin ben Ali (1144-1163), le nouvel émir de la dynastie almohade, établit sa capitale à Marrakech où il fait construire la Koutoubia (1157), la plus grande mosquée du Maghreb, et dessiner un verger qui deviendra le jardin de la Ménara.
Abou Yacoub Youssef (1163-1183), son fils, poursuit l'œuvre de bâtisseur. Il rassemble à sa cour de Marrakech un grand nombre d'artistes, d'historiens et de savants.
Son fils Yacoub (1184-1199), né d'une esclave noire, dote Marrakech d'une nouvelle mosquée, celle de la Kasbah, encore visible aujourd'hui. Sous son règne, la capitale maghrébine se couvre de palais, d'édifices civils et religieux, et de jardins. Le commerce est florissant et la ville se développe considérablement. On agrandit les murailles que l'on perce de nouvelles portes.

Le déclin

Mais sa mort, en 1199, marque la fin de son empire et le déclin de Marrakech. Les provinces regagnent leur indépendance et Marrakech n'est plus la superbe capitale de jadis.
En 1269, Abou Youssef Yacoub, chef de la tribu des Beni-Merine, profitant des divisions des Almohades, s'empare de la ville et transfère sa capitale à Fès-el-Jédid, c'est-à-dire la « ville nouvelle ». Les Almohades tenteront bien de résister encore. Mais leur dynastie s'éteint en 1276. Elle aura réussi, en moins d'un siècle, à faire de Marrakech la ville la plus grande et la plus peuplée du pays. La ville entame une période de léthargie de plus de 250 ans.

Les Saadiens

En 1524, le sultan saadien Ahmed Aredj rétablit Marrakech comme capitale. La ville retrouve progressivement sa splendeur. La conquête de nouveaux territoires assure à Ahmed el-Mansour le contrôle de tout le commerce caravanier entre le fleuve Niger et le Maroc. L'or du Soudan qui entre dans ses caisses lui permet de réaliser de somptueuses constructions.
À sa mort, Marrakech va être à nouveau délaissée. Moulay Ismaïl (1646-1727) préfère Meknès comme capitale. Le palais El-Badi est démantelé et les tombeaux saadiens murés.
Marrakech se dépeuple progressivement.

Le renouveau

Sous le protectorat français, la ville perd définitivement son rang de capitale. Le maréchal Lyautey, commissaire résident général de 1912 à 1925, lui préfère Rabat. Il tient cependant à préserver le patrimoine artistique des Marrakchis. La vieille cité sera conservée intacte. On dit même que Lyautey entra dans une violente colère lorsqu'il découvrit la première construction en béton (un café) sur la place Jemaa-el-Fna.
Henri Prost, architecte urbaniste, a pour mission d'édifier à proximité une ville nouvelle pour les Européens : Guéliz. Ses constructions doivent être de la même couleur ocre rouge que celle de la médina.
Avec sa population de 1 300 000 âmes, Marrakech est aujourd'hui la troisième ville du pays. Avec le développement du tourisme, la ville a retrouvé une nouvelle jeunesse au XXe siècle grâce à la vogue de l'exotisme et des voyages : de palais en jardins, de riad en soirées folles, la mode lancée il y a déjà plusieurs décennies par quelques happy few allait contribuer au développement fulgurant du tourisme en ce début de XXIe siècle.