Le massif du Néouvielle, merveille des Pyrénées

Aurélie Michel
par Aurélie Michel

22 juillet 2025

Hourquette de Caderolles
Hourquette de Caderolles © Aurélie Michel

Dans les Hautes-Pyrénées, au cœur du parc national des Pyrénées, la Réserve naturelle nationale du Néouvielle plonge le randonneur dans un décor granitique fabuleux. S’étageant entre 1 800 m et 3 091 m d’altitude sur 2 313 hectares, elle abrite quelque 70 lacs, soit la plus forte concentration du massif pyrénéen, ainsi que les pins à crochets les plus hauts d’Europe !

Pour découvrir ces paysages situés non loin de Saint-Lary-Soulan, deux jambes (en forme, toutefois) suffisent. Le « Grand Tour du Néouvielle », boucle parfaitement balisée de 39,8 km, s’adresse aux randonneurs. La première étape en moins, il devient le « Petit Tour du Néouvielle » (31,4 km) et s’adresse même aux familles.

Sur plusieurs jours, de refuges en lacs, ses sentiers promettent une déconnexion totale, en immersion dans une nature aussi belle que fragile. Des randonnées exceptionnelles à faire dès les beaux jours, de préférence entre juin et septembre.

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Le Néouvielle : un impressionnant massif granitique aux 70 lacs

Lac de Port-Bielh
Lac de Port-Bielh © Aurélie Michel

Le granite du Néouvielle est né il y a 300 millions d’années, d’une intrusion de magma dans les entrailles de la Terre. Il s’en est dégagé au fil de phases successives d’érosion et de soulèvements, les fractures engendrant cols et brèches.

Les paysages actuels ont cependant été sculptés par les glaciers du Quaternaire, il y a quelques dizaines de milliers d’années. Ils ont donné naissance à des cirques à fond plat, séparés par des arêtes, et à une multitude de lacs.

« L’été, avec la chaleur, l’eau de fonte s’infiltrait dans les failles du granite, explique Daniel Guilly, accompagnateur en montagne. L’hiver, elle gelait et craquait. C’est ainsi qu’un massif granitique comme celui-ci, à la roche pourtant très dure, s’est petit à petit érodé à la base, se retrouvant avec des sommets très étroits et des arêtes ressemblant à des dos de dinosaures, filant vers les sommets… »

Lacs du Bastan
Lacs du Bastan © vencav - stock.adobe.com

Ce type d’érosion glaciaire, propre au granite, donne des formes différentes de celles des autres massifs calcaires, comme à Gavarnie. On l’appelle « érosion en fauteuil ». Daniel raconte aux enfants que des géants seraient venus les tailler, pour s’y installer les deux pieds au frais, dans un lac.

Et ils avaient le choix : la réserve abrite environ 70 lacs. Une concentration exceptionnelle due, là encore, à cette composition granitique. Les plus grands (Orédon, Oule…) ont été équipés de barrages à partir de la fin du XIXe siècle, pour l’hydroélectricité.

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Le massif s’étend sur 25,5 km de long et 17 de large. Son point culminant est le pic Long : 3192 mètres. Créée en 1935, la réserve est la seconde plus ancienne de France et s’étage entre 1800 et 3091mètres d’altitude (pic du Néouvielle).

La faune et la flore exceptionnelles du Néouvielle

Néouvielle
Néouvielle © François Laurens_HPTE

Agrippés au granite, amoureux du vide, les pins à crochets, qui n’ont peur de rien, sont ici omniprésents. Le Néouvielle, qui jouit d’un microclimat, abrite d’ailleurs les plus hauts d’Europe ! « Un peu plus de 2 600 m, au pic de Madamète : un record pour cette essence », explique Daniel.

Histoire d’orientation : le massif regarde vers le sud. Comparé à d’autres vallées voisines, il y fait plus chaud et les précipitations y sont moins nombreuses. La présence d’une barrière montagneuse joue aussi. « Elle bloque les grosses dépressions de l’Atlantique, qui glissent alors sur le nord. »

Isards
Isards © Aurélie Michel

Le Néouvielle jouit d’une impressionnante biodiversité. La flore ne compte pas moins de 1 250 plantes vasculaires et 571 sortes d’algues, en raison des nombreux lacs : un paradis pour les botanistes ! Côté faune, quelque 180 espèces d’animaux sont recensées, dont le desman des Pyrénées, le grand tétras, l’isard, et, dans le ciel, les vautours fauves, les aigles royaux et les gypaètes barbus...

Couplée aux sept mois d’hiver, la rareté de l’eau, de l’oxygène et de la terre demande cependant à la flore — mais aussi à la faune — d’évoluer dans des conditions difficiles. « Leur croissance est ici au ralenti, rappelle l’accompagnateur, pointant du doigt un pin haut comme trois pommes. Celui-là, il a déjà une bonne quarantaine d’années ! » Les plus grands, pourtant pas si grands, sont donc multi-centenaires...

 

Les feux de camp, interdits mais très fréquents, sont ici un véritable fléau. Amputer cette végétation si résiliente de son bois est désastreux — même mort, il a une utilité. Ils laissent le sol percé de trous carbonisés, où l’herbe mettra des années à repousser.

Pour manger chaud et se réchauffer, il suffit d’apporter un petit réchaud et des couches supplémentaires. D’ailleurs, il faut toujours prévoir dans son sac une veste chaude et un coupe-vent. « Même en plein mois d’août, les vents froids d’un nuage d’orage, indépendants du vent météo, peuvent radicalement faire chuter la température. »

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Les pommes de pin régalent les becs croisés des sapins, de jolis passereaux au bec conçu comme une pince, pour récupérer les petites graines des pommes de pin. Au fait, celles des pins ont toujours la tête en bas. Celles des sapins, en haut.

Orédon, porte d’entrée du Néouvielle, et le lac d’Aumar : une symphonie de couleurs

Lac d’Aumar
Lac d’Aumar © François Laurens_HPTE

La route des Lacs de haute montagne, la plus haute des Pyrénées, mène à Orédon (1 849 m), porte d’entrée du Néouvielle, à 20 km de Saint-Lary-Soulan. Au sens figuré comme au sens propre, son lac annonce la couleur : des nuances de bleu magnifiques, surplombées par l’emblématique pic du Néouvielle (3 091 m). La route file ensuite vers le lac d’Aumar (2 198 m) et le lac d’Aubert (2 150 m).

La Ronde des lacs, balade facile de 8,6 km (3 h 15), est un excellent moyen de les découvrir. Elle mène au lac d’Aumar, l’un des plus grands de la réserve. En l’absence de vent, il offre un reflet parfait du pic du Néouvielle. Par endroits, il révèle de magnifiques étendues claires, une luminosité due à la présence de sable quartzeux.

« Aumar, le lac qui ressemble à la mer, conte Daniel. Autrefois, nombreux étaient les bergers à n’avoir jamais vu la mer ou l’océan. Ils l’ont donc appelé ainsi. De même, ils ont donné un nom à chaque montagne, chaque crête… » Ainsi, Orédon signifie « le lac rond » et Néouvielle « vieille neige », car, il y a une quarantaine d’années, subsistaient là-haut deux petits glaciers.

Daniel - gentiane acaulis
Daniel - gentiane acaulis © Aurélie Michel

Une multitude de fleurs tapisse le sol. « Certaines, comme la petite linaire, poussent jusque sur ces hauts sommets. Elles y seront toutefois plus petites qu’en bas. » La gentiane acaulis, d’un profond bleu métallique, et le lys des Pyrénées, endémique, font partie des merveilles.

Daniel s’extasie aussi devant les populages des marais : d’un jaune délicat, « elles ont toujours les pieds dans l’eau ». Pratique pour repérer les ruissellements ! À propos, on évite de boire l’eau trouvée en chemin, à moins d’être sûr d’avoir affaire à une source. Un animal mort plus haut aurait pu la contaminer.

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Garant des paysages, le pastoralisme est présent depuis des siècles. Encore aujourd’hui : l’été, on croise par ici la bergère et fromagère Yasmine, qui fait chaque année la transhumance avec son troupeau.

Randonnée du petit Tour du Néouvielle : jour 1

Lacs d’Aubert et d’Aumar
Lacs d’Aubert et d’Aumar © Aurélie Michel

Le petit Tour du Néouvielle est une magnifique randonnée. Pour pleinement profiter des paysages et des refuges de cette boucle de 31,4 km, il faut compter au moins 3 jours et 2 nuits.

Un joli sentier forestier mène d’abord aux lacs d’Aubert et d’Aumar, en passant par les Laquettes. Ces lacs de poche aux eaux cristallines sont alimentés par la fonte des neiges et les eaux de pluie. À partir de là, on évoluera quasiment toujours à 2 000 mètres et plus, donc bien souvent au-dessus de l’éventuelle mer de nuages.

Refuge d’Aygues-Cluses
Refuge d’Aygues-Cluses © Aurélie Michel

La pause s’avère idyllique au Gourg de Rabas, petit lac à 2 400 m, où se dédouble le pic du Néouvielle. C’est l’habitat le plus haut du crapaud accoucheur, l’Alyte. Une fois les œufs pondus par la femelle, ils sont portés par le mâle au niveau de ses pattes arrière, pendant 6 mois avant éclosion. Ils resteront ensuite têtards pendant près de 10 ans !

Au col de Madamète (2 508 m), l’heure est à la descente : 1h15 à travers lacs, jusqu’au refuge d’Aygues-Cluses (2 135 m). Avant cela, un dernier effort : 149 mètres de plus et nous voilà sur le pic de Madamète, à 2 657 mètres (45 min A/R).

Vue depuis le pic de Madamète
Vue depuis le pic de Madamète © Aurélie Michel

Là-haut, la vue est grandiose. Au loin, on aperçoit notre refuge. On l’ignore encore, mais le soir venu, une bande d’isards viendra nous y rendre visite… Emblème des Pyrénées, ce cousin du chamois se différencie de lui par sa petite taille, sa rousseur en été et ses écharpes noires et blanches en hiver. Ils seraient 4 000, dans le parc national des Pyrénées.

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Crème solaire et autres bactéries présentes sur nos vêtements suffisent à déséquilibrer l'écosystème des rivières et des lacs. C’est déjà arrivé à l’Alyte. Conséquence : la préfecture des Hautes-Pyrénées vient d'interdire la baignade et la navigation dans les lacs de montagne.

Petit tour du Néouvielle : jour 2

Chaos rocheux - hourquette de Caderolles
Chaos rocheux - hourquette de Caderolles © Aurélie Michel

Aujourd’hui, deux petits cols raides, appelés « hourquettes », nous attendent. Celle de Nère, à 2 465 mètres, offre un magnifique panorama sur le grand lac de Port Bielh (2 285 m). Une fois en bas, nous voilà au paradis du pique-nique, à l’ombre d’un pin à crochets, le regard absorbé par ses eaux cristallines.

L’énergie retrouvée, on gravit le chaos rocheux menant à la hourquette de Caderolles (2 495 m), dominée par l’impressionnant pic de Bastan. Surprise à l’arrivée : en contrebas, le magnifique lac de la Hourquette, enclavé dans la montagne.

Refuge de Campana de Cloutou
Refuge de Campana de Cloutou © Aurélie Michel

Le refuge de Campana de Cloutou (2 225 m) n’est plus très loin… En surplomb de son lac aux eaux turquoise et scintillantes, il semble tout droit sorti d’un rêve. De bois et d’inox, il a été construit en 2023 à la place d’un ancien refuge et fonctionne en autonomie grâce à ses panneaux solaires.

Ravitaillé par hélicoptère une fois par mois, cela ne l’empêche pas de nous régaler. Les repas, délicieux, sont partagés sur de grandes tables avec vue sur le lac.

Sentiers empruntés, souvenirs, météo… l’heure est à l’échange avec les autres randonneurs. Les gardiens restent cependant les mieux placés pour nous conseiller.

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Le soir, on vous conseille de mettre le nez dehors : le Néouvielle est labellisé Réserve Internationale de Ciel Étoilé, pour la pureté de son ciel nocturne.

Petit tour du Néouvielle : jour 3

Lac inférieur du Bastan
Lac inférieur du Bastan © François Laurens_HPTE

Quitter Campana est un crève-cœur, mais, passé le col de Bastanet (2 509 m), les lacs du Bastan nous font tout oublier. De vastes pelouses d’altitude, constellées d’étendues d’eau turquoise, où s’épanouissent les pins à crochets et même une petite île… Par endroits, on se croirait en Méditerranée. Un tout autre décor, encore ! L’un des plus beaux de la réserve.

L’endroit parfait pour s’arrêter. Comme le formule si bien Daniel : « s’asseoir et regarder tout ce qui est vivant autour de nous : les mouvements des herbes, des branches, de l’eau sur les lacs… »

Lac de l’Oule
Lac de l’Oule © Aurélie Michel

C’est aussi le meilleur moyen d’apercevoir des marmottes ! Elles avaient disparu des Pyrénées à la dernière période glaciaire, mais on les y a réintroduites en 1948. Leur passe-temps favori : les bains de soleil, perchées sur une grosse pierre. La bagarre, aussi…

Une grande descente mène ensuite au grand lac de l’Oule (1 818 m), où nous attend une dernière montée à travers la pinède de Lude, jusqu’au col d’Estoudou (2 260 m).

Le + de routard.com

Avant de redescendre à Orédon, si on a encore le temps (et les jambes), faire une dernière grimpette au Soum de Monpelat (2474 m), véritable belvédère au panorama imprenable sur les montagnes.

Fiche pratique

Consulter notre guide en ligne Midi toulousain - Occitanie

Site de Site officiel du tourisme dans les Hautes-Pyrénées 

Site du Parc national des Pyrénées

Randonnée Le Petit Tour du Néouvielle 

Randonnée Le Grand Tour du Néouvielle 

Vous pouvez aussi contacter la boutique des Hautes-Pyrénées Tél. : 0562567000, laboutique@ha-py.fr  

Venir au Néouvielle

En voiture, Orédon se trouve à 30 mn (20 km) de Saint-Lary-Soulan,1h30 (92 km) de Tarbes, 2h10 (176 km) de Toulouse, 3h49 (311 km) de Bordeaux.

Aéroports : Toulouse, Tarbes-Lourdes-Pyrénées ou Pau

Gares SNCF : Toulouse - Lannemezan - Lourdes- Tarbes- Pau

Refuges

- Chalet-hôtel d’Orédon : Christelle Albucher, contact@chalet-oredon.fr, tél : 06 38 25 96 42. Dortoir 8-10 places : 20 € la nuitée, 53,50 € la demi-pension (dîner + petit déj), 64€ pension complète (dîner + petit-déjeuner + pique-nique). Séjour duo (chambre indiv.) : 28,50 € - 62 € - 72,50 €

- Refuge d’Aygues-Cluses : Lucie Theil et Julien Marque, refuge.ayguescluses@gmail.com, tél : 09 71 72 36 05. Nuitée : 25€ ; Repas : 22€ ; Petit-déj 9€ ; Pique-nique : 13€ ; 35 places, réparties en petits dortoirs modernes avec vue sur la montagne.

- Refuge de Campana de Cloutou : Berny Penar et Philippe Braud, refugecampanadecloutou@ffcam.fr, tél : 09 88 28 53 23. Nuitée : 25.50 € ; Repas soir : 23€ ; Petit-déj : 10€ ; Pique-nique : 12,5€ Ouvert à l’été 2023, gardé par les adorables Berny et Philippe, il propose 36 places, réparties dans 6 dortoirs modernes. Magnifique salle à manger et terrasse extérieure avec vue sur le lac. Excellente cuisine, jusqu’au pique-nique (produits locaux, la plupart bio).

- Petit Tour du Néouvielle en 4 jours-3 nuits : dernière nuit au refuge de l’Oule

- Grand Tour du Néouvielle : première nuit au refuge de la Glère.

Bivouac

On peut poser sa tente aux abords des refuges d’Aygues-Cluses et de Campana de Cloutou, gratuitement, pour une nuit. Ils offrent l’accès à l’eau potable. A Campana, aux WC secs. Possibilité de manger, à condition d’avoir réservé son repas.

Conseils

Avant toute balade, prendre les précautions élémentaires (chapeau, crème solaire, eau, etc.) et consulter les bulletins météo dans les offices de tourisme de la vallée.

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