Québec : le lac Saint-Jean, au pays des bleuets

30 juillet 2025

À 230 km au nord de Québec et 430 km de Montréal, le lac Saint-Jean est un monde à part au Québec, fascinant à bien des égards. Gigantesque, on le compare à une mer intérieure, tant on peine à en voir la rive opposée : 34 km de large, 45 de long – et presque autant de plages ! – soit une superficie de 1 100 km².
Territoire des Innus depuis des millénaires, prisé pour son potentiel industriel au début du XXe siècle, le lac Saint-Jean, qui a conservé toute son identité régionale, promet un séjour authentique, où résonne l’âme du Québec.
Chaque saison révèle sa part de magie. L’automne, ses couleurs chatoyantes et ses nuées d’oiseaux migrateurs – les bernaches du Canada – livrent un fabuleux spectacle. L’hiver, il se pare de blanc et se découvre autrement : ski de fond, raquettes, patins, pêche blanche… Aux beaux jours, il se transforme en paradis pour les amoureux du camping, du vélo et de la baignade… Tout un univers à découvrir !
Nouveau : une route touristique Le Tour du lac Saint-Jean vient d'être inaugurée. Longue de 263km, elle relie les principaux points d'intérêts de la région. Il s'agit de la 19e route touristique du Québec.



Le lac Saint-Jean, la mer intérieure du Québec

Lors de la dernière glaciation, la région était recouverte d’un gigantesque glacier de 3 km d’épaisseur, s’étendant jusqu’à New York. Il y a environ 10 000 ans, sa fonte a donné naissance à la mer de Laflamme, une étendue d’eau qui a recouvert ce territoire pendant environ 2000 ans. Ensuite, libérée du poids du glacier, la surface terrestre s’est élevée, entraînant le retrait de la mer. Le bassin du lac Saint-Jean s’est formé et les grandes rivières ont creusé leur lit.
L’eau douce, apportée par les rivières, a progressivement remplacé l’eau salée, mais en souvenir, le lac Saint-Jean a gardé des saumons de l’Atlantique ! Restés prisonniers, ils se sont adaptés. Baptisés « ouananiches », désormais emblème animalier de la région, ils ont fortement participé à faire connaître le potentiel hydroélectrique du territoire, à travers la pêche, à la fin du XIXe siècle. Centrales hydroélectriques, alumineries et pulperies voient le jour.

À Alma, le musée L’Odyssée des Bâtisseurs raconte le lac de façon ludique, à travers photos, anecdotes, jeux et vestiges industriels. L’ancien château d’eau de 24 m de haut offre un beau panorama de son sommet.
Au premier plan, la rivière Grande Décharge et la centrale de L’Isle Maligne, édifiée en 1926 pour alimenter l’aluminerie Rio Tinto, visible au loin. Sa confluence avec la Petite Décharge forme la rivière Saguenay, qui traverse le fjord du même nom, avant de se jeter dans le fleuve Saint-Laurent.
Comme son cousin le saumon, à l’automne, l’ouananiche remonte sa rivière de naissance pour frayer !
Pekuakami : le lac des Innus de Mashteuiatsh

Depuis des millénaires, le lac Saint-Jean est le lieu de vie des Innus (ou Ilnus, qui signifie « être vivant »), l’une des dix Premières Nations du Québec. Plus précisément, il est habité par la communauté de Mashteuiatsh, l’une des neuf communautés innues.
L’écrivain contemporain Michel Jean, qui en fait partie, livre dans son premier roman Kukum, une description parfaite du lac Saint-Jean : « C’est le seul lac de Nitassinan (nom donné à leur vaste territoire, NDLR) qu’un regard ne peut traverser. Comme pour l’océan, il faut en imaginer l’autre rive. »
Le musée ilnu de Mashteuiatsh retrace leur histoire. D’abord, à travers la langue, « meilleure façon de comprendre une culture, car elle traduit notre rapport au monde », comme le dit si justement le guide, Uaui. Le lac est appelé Pekuakami, signifiant « lac peu profond ». Et les membres de la communauté, les Pekuakamiulnuatsh.

Nomades, ils se déplaçaient en fonction des saisons, au nombre de cinq chez eux, avec le pré-printemps. À l’automne, les ressources du lac se raréfiant, ils formaient entre familles des groupes de chasse et remontaient les rivières, pour aller passer l’hiver plus loin dans les terres. En chemin, ils chassaient : le caribou, l’orignal…
L’été, tous revenaient au niveau des pointes du lac. Un moment de rassemblement, d’échanges, de cérémonies. On admire ici des objets de la vie courante : des bols et des louches en écorce de bouleau, des outils réalisés avec des dents de castor, idéaux pour le travail du bois…
L’arrivée des Européens marquera le début de la traite des fourrures. Celle de castor était très à la mode en France. Au XVIIIe siècle, les Premières Nations chassaient pour eux, contre des marchandises (fusils, verre, couteaux…).
Les dix Premières Nations forment, avec les Inuits, les 11 peuples autochtones du Québec, encore (à tort) désignés « indiens » dans les documents officiels. Ce musée était d’ailleurs qualifié d’« amérindien » jusqu’en 2023. Petite victoire que ce changement de nom !
Parc le Trou de la Fée : dans les entrailles du bouclier canadien

Ici, la centrale hydroélectrique des années 1920 n’est plus que vestige : elle a fermé en 1967 et s’est depuis transformée en mini-parc d’aventure en pleine nature, le Parc le Trou de la Fée.
De sentiers en ponts suspendus, via l’ancien barrage, on se balade en surplombant la puissante rivière Métabetchouane, qui a creusé un magnifique canyon. Le site repose sur la structure géologique du bouclier canadien (comme 90 % du Québec), composé essentiellement de roche provenant de l’intérieur de la terre et issues du magma refroidi. Les plus vieilles de la terre : 4,5 millions d’années ! Ici, du granite noir principalement.

On en découvre les entrailles en s’enfonçant dans la caverne du parc, longue de 70 m, à travers trois salles (15 m de haut par 4 m de large pour la plus vaste). C’est le résultat d’un accident géologique extraordinaire : une cassure dans la roche, provoquée par le poids du glacier. Pourtant extrêmement solide, le granite noir a cédé à l’endroit où se trouvait une veine de mica, un minerai fragile. La majorité des cavernes se formant dans le calcaire, lui friable, il s’agit là d’un phénomène unique au Canada.
Le côté de la faille qui avait glissé est remonté lors de la fonte et l’effritement des deux parties a créé une cavité. L’un des plus précieux secrets de la caverne : une stalactite âgée de 5 000-6 000 ans. Pourtant toute petite, car il ne s’agit pas de calcaire, mais d’oxyde de fer, soit un processus beaucoup plus lent : 1 cm tous les mille ans…
Trou de la Fée, car des déserteurs de la Seconde Guerre mondiale venaient se réfugier dans la caverne et n’ont jamais été capturés. On disait qu’une bonne fée veillait sur eux ! Depuis, c’est au tour des chauves-souris, l’hiver.
Véloroute des Bleuets, parc national de la Pointe-Taillon : le paradis du vélo

Le lac Saint-Jean est un paradis à la fois pour les randonneurs et pour les cyclistes, via la célèbre Véloroute des Bleuets (256 km). Il faut compter au moins trois jours pour en faire le tour. L’hiver, la motoneige, très populaire au Québec, prend le relais.
« Bleuets », c’est aussi le surnom des habitants de la région, mais surtout d’une baie cousine de la myrtille omniprésente dans la région. On en fait des confitures, bonbons, bières… pour y goûter, on fait un tour aux Délices du Lac.

À vélo, on sillonne aussi le parc national de la Pointe-Taillon, lové sur une presqu’île de 92 km², encerclée par le lac Saint-Jean et la rivière Péribonka. Ses 45 km de pistes cyclables faciles (la Véloroute passe par ici, sur 15 km) serpentent à travers ses magnifiques forêts de bouleaux et sa grande tourbière, habitats de nombreuses espèces, dont le castor. Tout du long, ses plages idylliques de sable fin nous feraient presque oublier qu’on est au cœur du Québec… Un petit paradis où l’on peut s’installer dans un camping ou des chalets.
La région est aussi connue pour le zoo sauvage de Saint-Félicien, le fjord du Saguenay (paradis du kayak) et le parc national des Monts-Valins.
Musée Louis-Hémon à Péribonka : le pays de Maria Chapdelaine

Les églises sont nombreuses au Québec – quelque 2 700 – mais les pratiquants, de moins en moins. Reconverties, certaines connaissent une seconde vie. Dans l’église Saint-Édouard, à Péribonka, la culture a remplacé le culte. Elle abrite désormais le musée Louis-Hémon, plus vieux de la région et premier musée consacré à la littérature au Québec. À l’honneur, la littérature franco-canadienne et plus particulièrement l’écrivain breton Louis Hémon (1880-1913).
Son séjour de quelques mois à Péribonka en 1912 a donné naissance à Maria Chapdelaine, son œuvre emblématique (posthume !), traduite dans plus de 30 langues. À travers l’histoire de la jeune Maria, il dépeint la vie au Québec au début du XXe siècle : celle des Français venus s’installer et travailler dans les campagnes. Avec le bois défriché, ils construisaient leur habitation.

Il était hébergé dans la maison de Samuel-Bédard, un habitant du village. Visible sur place – elle a été déménagée et restaurée –, cette maison de colon typique dévoile un intérieur modeste, sans cloison, avec un poêle à bois central et un hangar attenant pour les travaux ménagers et agricoles. Parmi les objets d’époque, des outils pour la culture du bleuet.
À l’extérieur, la sculpture Femme et Terre, en aluminium et en granite (deux matériaux importants de la région) et œuvre de Ronald Thibert, évoque l’oppression de la femme à l’époque. Rebaptisée L’Hymen de Maria à cause de sa forme évocatrice, elle a été très controversée à la fin des années 1980.
À Alma, deux églises à 300 m l’une de l’autre ont été transformées… L’ancienne église anglicane, la Cabotière, abrite désormais le point information de la Véloroute des Bleuets, tandis que la catholique Sainte-Marie s’est reconvertie en café-hôtel, le Saint-Crème (voir adresses).
Fiche pratique
Retrouvez tous les bons plans, infos pratiques et bonnes adresses dans le Routard Québec en librairie
Consulter notre guide en ligne Québec
Office de tourisme Québec Authentique - Lanaudière-Mauricie
Office de tourisme Saguenay-Lac Saint-Jean
Une appli pour découvrir les environs : Explore Lac Saint-Jean
Pour en savoir plus sur les séjours en plein air et les parcs nationaux au Québec, rendez-vous sur le site de la SÉPAQ, la Société des établissements de plein air du Québec.
Comment y aller ?
Avec Air Transat, vols Paris-Québec à partir de 377 € (2 à 3 fois par semaine en hiver, 4 vols par semaine en été). La classe club offre de nombreux avantages : des cabines spacieuses, aux sièges larges et confortables, avec repose-pied et appuie-tête, des repas gourmands, des services prioritaires et deux bagages enregistrés de 23 kg chacun. Renouvellement de la flotte, actions sur l’empreinte carbone, la compagnie veille également à multiplier ses initiatives éco-responsables. Trouvez votre billet d’avion.
De Québec, location de voiture : 2 h 30 de route par la 175.
Où dormir ? Où manger ?
– L'Auberge des îles : 250 rang des Îles, Saint-Gédéon. Tél. : (418) 549-7111, info@aubergedesiles.com. Plats du souper (dîner) : $15-40. Adresse de charme avec vue imprenable sur le lac Saint-Jean, soucieuse de son impact environnemental (emballages réduits, savons locaux 100 % biodégradables…). Excellente table, qui fait honneur aux produits locaux et à la gastronomie québécoise, comme la poutine ! Pain et fromages de la boulangerie Médard.
– Le Saint-Crème :1657 avenue du Pont Nord, Alma. Tél. : (418) 583-3432. Cette ancienne église de 1938 connaît une seconde vie grâce à Vincent Lavoie, 23 ans, originaire d’ici. Le chœur s’est transformé en restaurant : réalisés sur place, les bagels sont excellents. L’été, le bar laitier propose yaourts glacés et gaufres. Le mobilier d’époque donne une âme du lieu. L’escalier d’origine mène à la partie hôtel : 10 chambres, sobres, élégantes, avec chacune son vitrail. On y dort divinement bien !
– Hôtel du Jardin-Restaurant Le Baumier : 1400 bd du Jardin, Saint-Félicien, Tél. (418) 679-8422, contact@hoteldujardin.com. Pas de vue, mais un hôtel tout confort pour visiter les environs de Saint-Félicien. On mange très bien au restaurant Le Baumier.
– L’Exode Café : 960 avenue du Pont Sud, Alma. Tél. : (418) 769-0996. Pour une halte casse-croûte à bon prix (soupes, sandwichs…) avant de reprendre la route.
Trouvez votre hôtel au lac Saint-Jean
Où boire une bière artisanale ? Où trouver de bons produits ?
– Microbrasserie Lion Bleu : 45 rue Saint-Joseph, Alma. Tél. : (418) 769-0795, contact@microlionbleu.com. Dans le centre d’Alma, on y déguste leur bière artisanale, sur un air de rock. Excellent fish and chips.
– Bercée Microbrasserie & Restaurant : 150 route d'Hébertville, Hébertville. Tél. : +1 (418) 344-1921, info@bercee.com. Une bonne table et une boutique (bières de la microbrasserie et nombreux produits locaux).
– Ferme TournevenT : économusée des Huiliers, 352 rang St-Isidore, Lac-Saint-Jean-Est. Tél. : (418) 344-1727, info@tournevent.ca. Un intéressant économusée en pleine nature, où découvrir différentes huiles (canola, chanvre, cameline…). Visite guidée et dégustation (20 min) $20 ; dégustation seule $5.
– Fromagerie Perron : 598 rue Principale, Saint-Prime. Le cheddar produit par cette vénérable fromagerie plus que centenaire est l’un des préférés de la couronne britannique. Le musée (ouvert en été) permet d’en savoir plus sur ce fromage culte !
À ne pas oublier…
Goûter à la spécialité du lac Saint-Jean : la tourtière, pâté renfermant pommes de terre et viande de porc et de veau.
Psst... En plus, il y a un cadeau à l'inscription à nos newsletters !
Les derniers reportages sur le meilleur au Québec

Québec et ses environs : harmonie entre culture et nature

Le Québec en automne, de la Mauricie au Saguenay-Lac-Saint-Jean

Québec : 4 randonnées en Gaspésie et dans le Bas Saint-Laurent

Voyage au Québec : nature ou culture ?

Le meilleur du Québec
Infos pratiques
Bons plans voyage Québec





















