Birmingham, sur les traces des Peaky Blinders

Gas Street Basin - Birmingham
Gas Street Basin © Tupungato - stock.adobe.com

Deuxième ville d’Angleterre (1,4 million d’habitants), reconnue pour son université prestigieuse, Birmingham est pourtant une grande oubliée des touristes.

Capitale industrielle au XIXe siècle, elle a sombré dans la crise économique dans les années 1970, avant que les 6 saisons de la série Peaky Blinders ne la propulsent un temps sous les feux des projecteurs. Mais elle se recroqueville de nouveau, peine à retrouver un élan économique.

En 2025, cette série phare de Netflix – toujours disponible sur la plateforme – est devenue un spectacle de danse, actuellement à l'affiche à Paris, et sera adaptée en film. L’occasion d’emboîter le pas à Tommy Shelby, alias Cillian Murphy… Histoire de découvrir une ville, certes encore engluée dans la pauvreté, mais singulière, attachante et bien vivante.

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Birmingham, des hauts et des bas

Bâtiments victoriens - Birmingham
Bâtiments victoriens © Leonid Andronov - stock.adobe.com

Birmingham, chef-lieu du comté des Midlands de l’Ouest, pioche dans ce pays noir de houille et de minerai de fer et creuse des kilomètres de canaux à partir du XVIIIe siècle. Au cours du XIXe siècle, elle devient l’atelier du monde, touchée par la grâce de la révolution industrielle. La crise économique des années 1970 la plonge dans un abîme de chômage et de pauvreté. Elle s’ébroue vaillamment 20 ans plus tard, respire le temps des Jeux du Commonwealth en 2022.

Sa réputation reste toutefois bien ancrée. Chaotique dans son architecture qui mêle élégants bâtiments victoriens, maisons de briques rouges et gratte-ciel rutilants, elle tente d’affirmer sa légitimité : Steven Knight, le créateur de Peaky Blinders, a d’ailleurs posé ses caméras dans son studio flambant neuf de Digbeth.

Gas Street Basin - Birmingham
Gas Street Basin © Jackie Davies - stock.adobe.com

Dans ce quartier dynamique, l’ancienne usine Bird's Custard s’est convertie en complexe commercial numérique avec bars et boutiques. On flâne le long des chemins de halage du Gas Street Basin.

Une volée de marches, direction le quartier des bijoutiers – Jewellery Quarter – en pleine reconversion. Il concentre le plus grand nombre de joailleries d’Europe, cache des musées singuliers : celui des plumes de stylos en acier, plus fascinant qu’il n’y paraît, ou celui des cercueils, moins macabre qu’on ne le pense.

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Ne manquez pas la fresque murale de 50 mètres de large, juste à côté de la gare de Birmingham New Street, œuvre de l’artiste local Jon Jones. Hommage au casting de la série. Un selfie, casquette vissée sur la tête, ça vous dit ?

Peaky Blinders : visite guidée et histoire corrigée

Slogging Gangs Tour
Slogging Gangs Tour © Pascale Missoud

« Je m’appelle Edward Shelby. » Ainsi se présente cet échalas roux et souriant, habillé comme un peaky blinder et qui organise un Slogging Gangs Tour. Les sloggers – littéralement les cogneurs –, ce sont bien ces gangs de voyous qui sévissaient dans les rues du quartier de Digbeth, volant, rackettant, assassinant sans état d’âme. On suit donc leurs forfaits, mais avec beaucoup plus de réalisme que dans la célèbre série.

On y apprend notamment que les premiers peaky blinders portaient des billycocks, le chapeau melon typique des ouvriers. Surtout, il s’agissait essentiellement de gamins âgés de 12 à 17 ans.

Pub du Gun Quarter
Pub du Gun Quarter © Pascale Missoud

Avec Edward, on traverse la fin du XIXe siècle à partir du Gun Quarter, le quartier des armes – la ville en fut un temps le premier producteur au monde. On apprend que, contrairement aux Shelby, Billy Kimber exista vraiment.

Originaire du quartier de Summer Lane, il avait l’envergure d’un patron de la pègre à la tête des redoutés Birmingham Boys et sévit dans tout le nord de l’Angleterre entre 1910 et 1930 : 2 h 30 de balade où l’on retrouve bien l’âme de la série, la – triste – réalité en plus.

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Dans le quartier où grandit Billy Kimber, on visite les maisons « dos à dos » autour d'une cour commune et logements ouvriers typiques du milieu du XIXe siècle tout en faisant connaissance de leurs habitants et de leurs conditions de vie.

Steelhouse Lane Lock-up : passez par la case prison

Steelhouse Lane Lock-up
Steelhouse Lane Lock-up © Pascale Missoud

C’est une vraie prison que vous visitez ici, transformée en musée après sa fermeture en 2016. Et ce sont de vrais officiers de police à la retraite qui vous accueillent : ce bâtiment typique de l’architecture victorienne de 1891, coiffé d’un toit en verre et autrefois relié directement par un tunnel au tribunal, comptait à l’origine 70 cellules réparties sur les 3 étages.

Elle vit passer plus d’un million de bad boys. Des femmes aussi, qui pouvaient faire preuve d’autant de violence, comme la série le décrit. Les prisonniers y transitaient généralement moins de 24 heures, certains purgeaient de courtes peines.

Quartier de la joaillerie - Birmingham
Quartier de la joaillerie © Chris Lawrence - stock.adobe.com

La visite commence par le dernier étage : dans un coin sous la verrière, les prisonniers étaient pris en photos pour être identifiés, en témoignent les clichés d’authentiques peaky blinders. On marche sur les passerelles métalliques d’origine, on pénètre dans ces cellules prévues pour une seule personne et qui se rétrécissent à mesure que l'on descend. Pas de fenêtre, un lit, pas toujours de matelas et quelques toilettes en porcelaine.

Objets, uniformes, nombreuses archives et jusqu’à ces vieilles motos : le musée raconte non seulement l’évolution de la police, mais aussi l’épopée de la ville On s’amuse d’une tentative d’évasion ratée, on se transforme en détective sur une scène de crime, on examine des preuves dans un laboratoire de police scientifique.

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Dans le quartier de la joaillerie, poursuivez l’histoire des bad boys avec l'escape game dédié à leur histoire. Deux scénarios au choix, pour aider à détruire des preuves compromettantes pour les Shelby à moins de vous infiltrer dans le gang d’Alfie Solomon.

Le musée du Pays noir, lieu de tournage et bel hommage

Black Country Living Museum
Black Country Living Museum © West Midlands/James Merrick

Situé à 30 minutes de route de Birmingham, le musée en plein air du Black Country Living Museum déploie, sur plus de 10 hectares, un village de la fin du XIXe siècle et un quartier des années 1920 à 1960. La majorité des bâtiments sont de véritables maisons de la région, démontées brique à brique pour y être implantées. Le site a été choisi avec soin : s’y trouvent un canal, d’anciens fours à chaux et même plus de 40 anciennes mines de charbon.

Alignant ses maisons mitoyennes, on passe du pub à l’école, de la boucherie à la boulangerie, du confiseur – et ses caramels à l’ancienne ! – au couturier. En passant par le forgeron, qui rappellera aux fans des extraits de la série.

 

Black Country Living Museum - forgeron
Black Country Living Museum - forgeron © West Midlands/James Merrick

La partie la plus récente reconstitue un quartier des années 1940 à 1960 qui valorise notamment l'industrie d’après-guerre de la région : une fonderie d'aluminium et une briqueterie, une clinique, un magasin de disques. L’expérience est véritablement immersive. Émouvante aussi lorsque l’on apprend que des descendants d’une famille ont fait don de l’intérieur de l’appartement de leurs parents.

Le musée s’enorgueillit de la seule réplique grandeur nature au monde du moteur atmosphérique créé par un inventeur anglais, du XVIIIe siècle, Thomas Newcomen, pour pomper l'eau des mines. Et on peut même descendre, par petits groupes, dans une mine désaffectée : victime de son succès, l’attente peut être très longue.

Le + de routard.com

Le site est vaste et l’on y passe volontiers une demi-journée. Raison de plus pour y déjeuner chez Hobb's, une taverne des années 1930, célèbre pour son fish and chips frit à la graisse de bœuf servi dans une feuille de papier journal. Aussi peu diététique que délicieux. Et bien mieux que la cafétéria, sans intérêt.

Canal de Dudley : 56 km de canaux

Canal de Dudley
Canal de Dudley © Jenny Thompson - stock.adobe.com

À côté du Black Country Living Museum, il est possible de s’immerger dans l’histoire des canaux souterrains aménagés, dès la fin du XVIIIe siècle, afin de transporter le calcaire des mines de Castle Hill.

Le canal de Dudley, laissé à l’abandon jusque dans les années 1970, a bénéficié d’un colossal nettoyage – près de 50 000 tonnes de boue et de débris ont été retirés – et d’une soigneuse restauration des écluses. Au XIXe siècle, plus de 100 bateaux étroits l’empruntaient quotidiennement, en convois, transportant du calcaire, mais aussi du charbon et du minerai de fer.

Aujourd’hui, le voyage débute à bord d’un bateau électrique – par manque de ventilation dans les tunnels – étroit, à fond plat. Casque de chantier vissé sur la tête, on s’engouffre dans un sombre tunnel. Le guide raconte le passé de dur labeur des mineurs, parfois des gamins. La visite dure 45 minutes, le temps de cohabiter avec ses travailleurs de l’ombre.

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On se promène sur les anciens chemins de halage, admirant les péniches colorées. Un pont charmant, voici le Gas Street Basin, cœur aquatique de Birmingham criblé de restaus et de bars animés, idéal en soirée.

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Bonnes adresses

– Frederick Street Townhouse : 26 Frederick Street. Doubles 61-126 £. Dans le quartier des bijoutiers, une maison du XIXe siècle à l’élégante façade en stuc, 16 chambres au charme fou toutes avec douche et baignoire, et pour se sustenter, l’ancienne fabrique de boutons reconvertie en sympathique pub adjacent.

– Dishoom : One Chamberlain Square. Plats 9,90-19,50 £. Birmingham est connu pour sa communauté pakistanaise installée notamment dans le triangle Balti, du nom d’un type de délicieux curry servi dans un caquelon en acier. Vaste salle chaleureusement décorée et plats savoureux, même les plus épicés !

– Boston Tea Party : 190 Corporation Street. Breakfast 11,75-14,50 £. Un petit déjeuner ou un tea time roboratif dans ce bel immeuble ancien du centre-ville : jus de fruits frais, gâteaux maison et choix de plats salés, certains végétariens et végétaliens.

– The Old Crown : High Street, Deritend. Plats 14,95-18,95 £. Des classiques (burgers, fish & chips) de bonne facture dans le quartier de Digbeth. Érigé au XVIe siècle, tout d’abord salle de guilde, école et maison du prêtre de l’église St John voisine, ce pub héberge plusieurs salles étonnamment décorées et une vaste arrière-cour aux beaux jours.

– The Old Joint Stock : Temple Row West. Cette ancienne banque dans une opulente demeure victorienne convertie en bar élégant offre une riche carte de bières artisanales et une salle de théâtre réputée.

– 52 Gas Street : l’adresse est dans le nom de cette ancienne usine de fabrication d’armes, puis écurie pour le canal. Elle promet une carte de cocktails signature et de la musique acoustique le samedi.

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