L’Ogliastra, province méconnue de la Sardaigne

Pedra Longa
Pedra Longa © Fredy - stock.adobe.com

À 2 h de route d’Olbia et de Cagliari, l’Ogliastra, au centre-est de la Sardaigne, est l’une des zones les moins peuplées d’Italie avec 56 000 habitants. Pas étonnant qu’on l’appelle « l’île dans l’île ».

Bardée de monts robustes, la région est surtout visitée pour son littoral et les calanques du golfo di Orosei. Mais ses côtes ne doivent pas nous faire oublier l’Ogliastra intérieure avec ses forêts d’arbustes, d’oliviers, de genévriers, de chênes verts et d’arbres millénaires.

Au cœur de la région, le Gennargentu, un massif montagneux parmi les plus anciens d’Europe, garde ses mystères dont les vestiges d’une civilisation conscrite à la Sardaigne, la culture nuragique.

L’Ogliastra reste ainsi un coin préservé, qui s’ouvre progressivement à un tourisme écoresponsable respectueux des traditions et de la nature. Une Sardaigne hors des sentiers battus, ignorée, où l’hébergement se fait bien souvent chez l’habitant. Une autre façon de voyager.

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Le littoral de l’Ogliastra : calanques et mer splendides

Golfo di Orosei - falaises de casa Luna
Golfo di Orosei - falaises de casa Luna © Delphotostock - stock.adobe.com

80 % du tourisme de la province de l’Ogliastra se concentre sur ses côtes. Dans les années 1970-1980, les promoteurs ont semé quelques resorts au sud de Santa Maria Navarrese. Mais la nature est bien faite et la coquille calcaire de l’île a vite douché les velléités bétonnières.

Le superbe golfo di Orosei doit ainsi beaucoup aux falaises qui en barrent l’accès. Sa côte encore sauvage se découvre en bateau ou à pied après de vaillantes randonnées par le maquis méditerranéen.

Cala Goloritzé
Cala Goloritzé - punta Caroddi © Telly - stock.adobe.com

Celle qui mène, au départ de Su Porteddu (comptez 1 h 30 aller), à l’enchanteresse cala Goloritzé est incontournable. Pourquoi ? Pour la punta Caroddi, une aiguille rocheuse (143 m de hauteur) qui fait le régal des grimpeurs. Comme si la falaise sortait ses griffes avant d’afficher un visage plus clément de sable fin et d’eaux turquoise.

Les criques alentour sont à l’avenant mais se rejoignent soit en bateau (facile), soit au prix de gros (et longs) efforts et d’un guide. La cala Luna, la cala Mariolu, la cala Biriola, la cala Sisine, la cala dei Gabbiani sont des petites merveilles à visiter en basse saison. Car, l’été, il y a foule…

Torre di Bari
Torre di Bari © adfoto - stock.adobe.com

Vous trouverez plus de place au Lido di Orri, un ruban de sable de 9 km au sud de Tortoli. Le cadre est moins pittoresque, mais la mer y est tout aussi étourdissante. La cala Ginepro ou les plages plus urbaines, cala Moresca ou de Porto Frailis, se rejoignent facilement.

Enfin, le littoral, ce sont aussi des villages à taille humaine : Santa Maria de Navarrese, Tortoli, Arbatax et sa couronne de porphyre rouge ou Baunei, point de départ de nombreuses randonnées.

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Des tours tronconiques dominent parfois les plages de centre-ville de la côte orientale de la Sardaigne. Les Torre di San Gemiliano, di Arbatax (ou di San Miguel), di Santa Maria Navarrese ou di Bari servaient à pister les pirates et à surveiller les baies. Construites pour la plupart au XVIe siècle, 93 d’entre elles constellent toujours le littoral sarde.

Le Gennargentu : sur les chemins de montagne

Vaches du massif du Gennargentu
Vaches du massif du Gennargentu © Florent Oumehdi

Dans la province de Nuoro, le massif du Gennargentu (« la porte d’argent ») doit son nom au schiste de ses entrailles qui le couvre de reflets brillants. Son point culminant, la punta de la Marmora, ne s’élève qu’à 1 834m.

Cette terre granitique est peuplée de pivoines (au printemps), de genévriers, de chênes verts, d’aubépines, de poiriers sauvages, de châtaigniers, d’oliviers mais aussi de vaches, de mouflons et d’aigles royaux.

Dans cette montagne qui fleure bon le thym poussent la digitale et l’hélichryse, aussi appelée l’immortelle, une plante aux propriétés anti-inflammatoires reconnues et étudiées.

Perda ‘e Liana
Perda ‘e Liana © Giuma - stock.adobe.com

Le Gennargentu est quadrillé de chemins de randonnée. Parfois balisés, d’autres plus sauvages où il n’est pas rare de tomber sur d’anciens nuraghes (comme le « Nuraghe Unturgiadore ») délabrés.

L’une des attractions du Gennargentu est la Perda ‘e Liana, immanquable à l’horizon où que vous vous trouviez. Déclaré monument naturel, ce « talon » (tacco) calcaire massif, le plus haut de la Sardaigne avec ses 1 293 m, serait, selon la légende, la porte de l’enfer avec sa cohorte de diablotins dansotant au crépuscule.

Cette bizarrerie en dit long sur l’évolution géologique de la Sardaigne. On pénètre également dans le Gennargentu pour les gorges de Pirincanes et les cascades de Rio 'e Forru, système de mini-cascades et vasques creusées dans le granit rose.

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Près de Lanusei, sur le Monte Armidda, l’Osservatorio Astronomico « Ferdinando Caliumi » organise des soirées d’observation des étoiles, au télescope et à l’œil nu. Aucune pollution lumineuse et un ciel qui ne devrait pas vous laisser indifférent.

Les randonnées à faire dans l’Ogliastra

D’Arzana à Monte Idolo
D’Arzana à Monte Idolo © Florent Oumehdi

Avec un tel territoire, difficile de passer à côté des randonnées même s’il reste beaucoup de chemins à ouvrir. Au départ du village d’Arzana (vue panoramique du parco San Vincenzo pour ceux qui ne voudraient pas marcher), une petite balade (30-40 min) est à faire le matin pour traquer le lever de soleil.

Elle mène jusqu’à des antennes-relais et offre plusieurs points de vue grandioses sur le littoral sarde et ce que l’on appelle, là-bas, « l’anfiteatro d’Ogliastra ». Les plus sportifs persévéreront 1 h 10 (aller) à la conquête du Monte Idolo (1 235 m d’altitude) et de la statue de San Michele Arcangelo. Possibilité de pousser jusqu’au parco naturale di Santa Barbara.

Selvaggio Blu - Pedra Longa
Selvaggio Blu - Pedra Longa © Uwalthie Pic Project - stock.adobe.com

Le Selvaggio Blu (sauvage bleu) est un trek à ne pas mettre entre toutes les gambettes. Réputé pour être le plus difficile d’Italie, il raccorde Santa Maria Navarrese à la cala Gonone.

Compter une semaine de marche, 4 000 m de dénivelé positif, 40 km avec des parties en rappel, de l’escalade et un ravitaillement par bateau. Voilà un parcours qui en met plein les jambes et la vue (Pedra Longa, golfo d’Orosei, plateau de Golgo, plusieurs huttes de bergers, les cuiles, et de nombreuses aguglias, aiguilles rocheuses). Pour les marcheurs très aguerris.

L’une des randonnées les plus populaires de l’Ogliastra explore les gorges de Su Gorropu, profondes de 450 m. Des itinéraires, plus ou moins difficiles (comptez 14 km), plus ou moins plats, permettent de les arpenter (5 € l’entrée). Une autre balade intéressante part, sur le chemin de la Cala Goloritzé, à la découverte du golgo Su Sterru, une curiosité naturelle qui creuse un abîme de 200 m de profondeur.

Trenino Verde
Trenino Verde © puckillustrations - stock.adobe.com

Enfin, le sentier sarde, appartenant au Sentiero Italia (7 850 km en tout), est le pendant du GR®20 Corse. Mais dans une version moins encombrée. Il quadrille la Sardaigne en 32 étapes sur 667 km et sillonne le Gennargentu.

Vous trouverez tous les itinéraires ici : www.vasentiero.org/regione/sardegna. Voir aussi le site Sardegna Sentieri

Le + de routard.com

Les allergiques à la randonnée trouveront leur compte avec le Trenino Verde, qui traverse Arbatax, Tortoli, Lanusei et Gairo (à voir, pas loin, les villages fantômes d’Osini Vecchio et de Gairo Vecchio) par une voie ferrée datant de 1894. Le parfait équilibre entre mer et montagne (15 € l’aller, 20 € A/R).

La civilisation nuragique de Sardaigne

L’Ogliastra - nuraghe
L’Ogliastra - nuraghe © JONATHAN - stock.adobe.com

Imaginez des villages piquetés de tours de pierre hautes de 30 m ? Entre 1800 et 800 av. J.-C., la Sardaigne avait, par endroits, ce faciès. Jusqu’à 1200 av. J.-C., la civilisation nuragique, à l’origine de ces constructions, a prospéré avant d’entamer son déclin et d’être éclipsée par les Phéniciens.

Il reste aujourd’hui environ 8 000 nuraghes, dans lesquels on a retrouvé des statuettes de bronze de guerriers, de chasseurs, d’animaux issus de cette culture de l’âge de bronze. Des mystères demeurent sur ces tours, souvent trilobées, aux fonctions symboliques et territoriales (voir et être vu) mais aussi défensives, qui devinrent des centres cultuels (rituels autour de l’eau) à partir de 1200 av. J.-C.

S’Arcu’e is Forros
S’Arcu’e is Forros © Florent Oumehdi

Le site nurnet.net cartographie l’ensemble des nuraghes découverts. Près de Villagrande Strisaili, vous pouvez visiter le sanctuaire S’Arcu’e is Forros et, à 5 min de là, le complexe archéologique, Sa Carcaredda (8 € le billet combiné). Une immersion riche et assez complète (temples, fonderies, villages) chez les Nuraghi.

La civilisation nuragique a laissé d’autres vestiges comme les tombes des géants, des monuments funéraires mégalithiques disposés en tête de bœuf (vu de haut, symbole de la fertilité). Les légendes abondent sur ces sépultures. On sait surtout que ces mausolées étaient collectifs puisque plusieurs centaines d’os y ont été retrouvées.

Parc archéologique Bosco Seleni - hutte
Parc archéologique Bosco Seleni - hutte © Florent Oumehdi

Vous pourrez y aller de votre théorie au complexe archéologique S’Arcu’e is Forros e Sa Carcaredda ou au parc archéologique Bosco Seleni (12 € la visite guidée, 9 € la visite libre) qui retrace, aussi, l’histoire néolithique de la Sardaigne (huttes, domus de Janas, stèle de Nora).

Enfin, le site nuragique, Su Nuraxi di Barumini (15 €, 13 € TR), au centre de l’île, est inscrit au patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco depuis 1997. L’association La Sardegna verso l’Unesco cherche à en inscrire 32 autres depuis 2020.

Le + de routard.com

Au départ de Gairo Taquisara, une boucle de 8 km, aussi appelée « chemin des aigles », s’enfonce dans le village nuragique « Is Tostoinus ». L’occasion parfaite d’allier culture et sport.

La cuisine de l’Ogliastra : les secrets des centenaires

Pane carasau
Pane carasau © Alessio Orrù - stock.adobe.com

En mai 2022, le village de Perdasdefogu comptait huit centenaires – souvent d’anciens bergers – pour 1 778 habitants, soit un centenaire pour 222 habitants. L’Ogliastra est, en effet, connue pour accueillir une forte population de vétérans à 3 chiffres. Elle est d’ailleurs l’une des six « zones bleues » (où l’on vit le plus longtemps) identifiées dans le monde.

Ces stats flatteuses s’expliquent, selon les spécialistes, par des prédispositions génétiques mais aussi par le mode de vie sarde : peu de stress, travail en extérieur, des circuits ultracourts et des produits à forte valeur ajoutée nutritionnelle.

Par exemple, le pane carasau. Sèche en apparence, cette fine crêpe de farine de blé ou de semoule, riche en protéines et pauvre en gluten, peut se conserver près de quatre mois. Elle accompagne, encore, les bergers lors de la transhumance.

Marché - casu marzu
Marché - casu marzu © Luca - stock.adobe.com

N’hésitez pas à mouiller la galette (ou le Pane Pistoccu, plus épais) et à l’agrémenter de casu axedu, un fromage de lait de chèvre caillé aux ferments réputés miraculeux.

Les fromages qui ont la cote en Sardaigne sont surtout ceux de brebis. Le pecorino bien sûr et le casu marzu (soit « fromage pourri » en sarde), qui anesthésie le palais et doit son goût – et son interdiction de vente – au travail minutieux de larves de mouches.

Culurgiones
Culurgiones © Alessio Orrù - stock.adobe.com

Côté primi, goûtez aux gros raviolis, aux gnocchetti sardes ou aux « cousus » culurgiones, à base de pommes de terre, de fromage de brebis et de menthe.

Au rayon viandes, la Sardaigne, en général, et l’Ogliastra en particulier, sont devenues reines dans l’art et l’affinage charcutier avec un presuttu (prosciutto crudo), tendre et parfumé. On consomme également le cochon de lait à la broche (porceddu) mais aussi de la viande de brebis, de mouton ou de chèvre.

Accompagnez le tout d’un rouge charpenté, le cannonau, ou de la bière locale, Ichnusa.

Enfin, les raviolis sont une nouvelle fois mis à l’honneur pour le dessert avec les seadas al miele, des chaussons fourrés au fromage, frits et badigeonnés de miel. À la diète… jusqu’au dîner. Les 100 ans sont au bout !

Le + de routard.com

Pourquoi ne pas découvrir les secrets de la cuisine sarde au cœur d’une famille de l’Ogliastra ? C’est ce que propose l’agence Sardaigne en Liberté. Travail de la pâte, façonnage des raviolis et dégustation de vos œuvres avec vos hôtes. À partir de 55 € par personne.

Fiche pratique

Retrouvez tous les bons plans, adresses et infos pratiques dans le guide du Routard Sardaigne en librairie.

Consulter notre guide en ligne Sardaigne

Tourisme en Sardaigne

Comment y aller ?

De mars à fin octobre, Transavia opère jusqu’à 5 vols par semaine vers Olbia (au départ de Paris-Orly, à partir de 39 € l’aller simple) et 3 vols vers Cagliari (à partir de 38 € l’aller simple).

Pour en savoir plus sur l’écotourisme en Sardaigne : projet Ogliastra Green et festival I.TA.CA.

Où dormir ?

– Nuraghe Murtarba : à Villagrande Strisaili. À partir de 80 € la nuit. L’un des fers de lance de l’agrotourisme dans la province avec quatre chambres spacieuses et confortables. Cours de cuisine sarde, menu dégustation, ferme pédagogique, possibilité de faire du woofing. Un vrai baptême sarde.

– Nascar : à Santa Maria Navarrese. À partir de 200 € la nuit. Un hôtel 4 étoiles familial niché dans une ancienne grange de granit, bâtie au début du XIXe siècle. Les douze chambres, élégamment décorées (jolis zelliges colorés dans les salles de bains), mixent avec goût les matières. Et le plaisir ne s’arrête pas là avec un petit déjeuner qui ne jure que par les produits locaux.

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