Cork, condensé d’Irlande

Cork, condensé d’Irlande
© Petair - stock.adobe.com

Cork, deuxième commune de la République d'Irlande par sa population (125 000 habitants et 300 000 dans le comté) est dynamique, commerçante, étudiante. En 2005, elle fut capitale européenne de la culture. Outre le très réputé festival international de jazz en octobre, cette ville du sud de l’Irlande s’anime toute l’année de spectacles musicaux, de théâtre et de danse, programmés notamment à l’Opera House. Au-delà du centre historique piéton, il est très agréable de flâner dans le quartier de l’université ou sur les hauteurs de la ville, mais aussi dans les environs de Cork, d’une belle diversité.

Balade irlandaise au cœur de Cork

Balade irlandaise au cœur de Cork
© Jed Niezgoda - Crawford Art Gallery

Cork vient du gaélique irlandais et signifie « marais ». Si la ville n’est pas directement installée en bord de mer, l’eau est omniprésente. Le centre est en effet enserré par les deux bras de la rivière Lee, dont le niveau dépend des marées.

La rue principale, Saint Patrick Street, forme une courbe qui suit le tracé de l’ancien canal. À proximité, les douanes, bâties en 1724 pour contrôler les marchandises acheminées par bateau, ont été transformées, au 19e siècle, en musée : le Crawford Art Gallery. En plus des expositions temporaires thématiques, il présente des sculptures classiques et néo-classiques, ainsi que des peintures du 18e siècle à nos jours, dont celle de l’artiste irlandais Jack B. Yeats, frère du poète William Butler Yeats.

Au rez-de-chaussée, un joli café-restaurant avec terrasse permet de faire une pause, avant de poursuivre l’exploration du centre, en grande partie piéton. Au hasard d’une ruelle, on découvre, derrière une grille majestueuse, un tout petit cimetière où reposent des huguenots, ces Français qui avaient fui les persécutions religieuses. La venelle est d’ailleurs baptisée French Church Street.

English Market © Eleanor Keegan - Tourism Ireland

Les rues sont bordées d’immeubles de l’époque géorgienne ou victorienne, remontant au 19e siècle et au début du 20e siècle. Cependant, le marché anglais, ou English Market, ouvert tous les jours sauf dimanche, date, à l’origine, de 1788. Sous une belle charpente en bois, qui ressemble à une coque de bateau renversée, de nombreux étals de produits très diversifiés, locaux ou exotiques : difficile de résister !

Il est possible de déguster ces délices sur place, au bord d’un stand ou au Farmgate Café à l’étage. À moins d’emporter les victuailles pour un pique-nique de l’autre côté de l’avenue Grand Parade, dans le petit jardin public, Bishop Lucey Park.

Aménagé en 1985 pour les 800 ans de la fondation de la commune, il laisse apparaître les vestiges d’une muraille du 13e siècle, érigée par les Anglo-normands. Ce sont eux qui ont créé la cité, là où se situait un monastère établi au 7e siècle par Saint Fin Barre, premier évêque de Cork et patron de la ville.

La cathédrale lui rend hommage en adoptant son patronyme. Consacrée en 1870 et conçue par l’architecte William Burges dans un style néogothique plutôt pompeux, elle s’élève à la place d’une église démolie en 1864 car jugée trop petite. Lors de ces travaux, un boulet d’environ 11 kg fut trouvé et il est à présent suspendu à droite du chœur. C’est un canon du Fort Elizabeth, tout proche, qui le tira pendant le siège de Cork en 1690. La tour fortifiée en forme d’étoile, construite au 17e siècle, se visite, dévoilant une vue panoramique au sommet. Désormais espace muséal et historique, l’édifice fut auparavant une caserne militaire et une prison.

Les Hauts de Cork

Les Hauts de Cork
Cork City Gaol © Failte Ireland

Mais la plus importante prison de la ville, c’est Cork City Gaol, en activité de 1824 à 1923. Son style dit « romantique » s’inspire du Moyen Âge. L’architecture imposante, originale et austère, évoque un château fort, avec tours, remparts et meurtrières entourés de pelouse et de pins.

Les visiteurs s’immergent dans la dure condition des détenus, hommes, femmes et enfants, enfermés pour des motifs parfois injustes : des républicains se battant pour l’indépendance de l’Irlande ou des pauvres arrêtés pour vol de vivres, de livres ou d’un manteau…

Cellules glaciales, paillasses inconfortables, bouillie de céréales infâme, promenade quotidienne d’un quart d’heure seulement… certains prisonniers devenaient fous. D’autres tentaient de s’évader, mais les représailles étaient terribles. Après sa fermeture, la prison accueillit une station de radio : une aile est consacrée à cette histoire, avec exposition de vieux postes, transistors, micros et studio d’enregistrement.

En descendant vers la rivière, les promeneurs traversent l’agréable Fitzgerald’s Park, le plus grand espace vert de Cork, qui cache le Cork Public Museum, retraçant 7 000 ans d’histoire culturelle, sociale, politique de la ville.

University College Cork © Tourism Ireland

Le vaste parc est dominé par les élégants bâtiments gris couverts de lierre de l’University College Cork (UCC), fac créée en 1845, sous le règne de Victoria. George Boole (1815-1864) célèbre scientifique inventeur de la logique moderne appelée algèbre de Boole, en fut le premier professeur de maths. Renommée pour les sciences et la médecine, elle compte aujourd’hui près de 20 000 étudiants.

Elle abrite aussi une vingtaine d’Ogham Stones, des rochers plats gravés d’inscriptions énigmatiques : il s’agirait de pierres tombales ou de bornes pour délimiter un territoire. Le couloir où elles sont alignées mène à la bibliothèque, qui évoque l’univers d’Harry Potter, avec ses étagères et sa charpente en bois sombre, ses vitraux et cheminées anciennes…

 Sur le campus, près de l’entrée principale, The Glucksman Gallery surprend par sa structure très moderne, de bois, pierre calcaire et verre. Dévolue à l’art contemporain, elle programme, depuis 2004, des expositions temporaires, conférences, concerts, projections, etc. En rez-de-jardin, le café « Bobo » s’avère très plaisant, avec ses larges baies vitrées et sa terrasse donnant la verdure.

Shandon Tower © Brian Morrison - Tourism Ireland

Non loin de là, la chapelle Honan, de 1916, possède de magnifiques mosaïques au sol, l’allée centrale figurant une rivière où nagent des poissons. Un autre spécimen aquatique est mis en valeur à l’église Sainte Anne, tout en haut du clocher de 30 m qui surplombe le district de Shandon : la girouette dorée de 4 m de long est à la fois un symbole chrétien et une référence aux saumons qui remontent la rivière Lee s’écoulant au pied de la colline.

Il est possible de grimper au sommet de cette tour carrée de 1722, ou Shandon Tower and Bells, dont le panorama permet d’embrasser du regard toute la ville. À l’étage inférieur, on peut sonner soi-même les huit cloches et jouer, en suivant les partitions mises à disposition, Frère Jacques, Hey Jude, Amazing Grace, etc. Les mélodies retentissent alors dans tout le quartier.

De la fin du 18e siècle au début du 20e siècle, ce secteur était spécialisé dans le beurre. Un musée lui est d’ailleurs dédié : le Butter Museum raconte l’histoire du plus grand marché au monde de beurre salé (qui se conservait mieux), le produit irlandais qui fut exporté avec le plus de succès, et ce vers plusieurs continents… Après la visite, la flânerie se poursuit dans les rues parfois pavées et pentues de Shandon, au fil des vieux bâtiments aux façades souvent peintes en couleurs vives.

Kinsale, estuaire exquis

Kinsale, estuaire exquis
Kinsale © puckillustrations - stock.adobe.com

Les maisons colorées jalonnent également le centre de Kinsale, charmante bourgade coincée dans les circonvolutions de la côte escarpée, à 28 km au sud de Cork. L’abri idéal pour un port de pêche et de commerce (de vin et de sel, principalement), une importante base anglaise et, aujourd’hui, un port de plaisance.

Au cœur de la ville s’élèvent la tour massive de St Multose Church, l’une des plus anciennes églises du pays, remontant à la fin du 12e siècle, et le Desmond Castle, château construit au début du 16e siècle qui accueillit ensuite les douanes, une prison et un entrepôt d’explosif. C’est à présent un musée sur le négoce du vin.

La commune est connue pour ses bonnes tables, comme Fishy Fishy (fruits de mer) ou The Bulman (gastropub), au point d’organiser le Kinsale Gourmet Festival, chaque mois d’octobre, mais aussi pour l’itinéraire côtier Wild Atlantic Way, dont elle est le point de départ (ou d’arrivée selon le sens suivi !).

En commençant à longer le littoral verdoyant par la promenade pédestre Scilly Walk, une grosse demi-heure de marche mène au Fort Charles qui garde l’entrée de l’estuaire. Érigé à la fin du 17e siècle sous forme d’étoile, inspiré par les constructions de Vauban, il compte cinq bastions, dont deux casemates côté mer. Il ne reste que des vestiges des bâtiments en pierre grise entourés de pelouses. En face, à 6 km du centre-ville, se trouve une autre forteresse, James Fort, remontant au tout début du 17e siècle.

Plus au sud, à une dizaine de kilomètres de Kinsale, une tour de signalisation restaurée offre un superbe panorama sur la péninsule d’Old Head et ses falaises. Elle héberge un musée qui commémore le torpillage du paquebot transatlantique britannique Lusitania par un sous-marin allemand, en mai 1915.

Cobh, la dernière escale du Titanic

Cobh, la dernière escale du Titanic
Cobh et la cathédrale Saint Colman © George Karbus Photography - Pure Cork

À 23 km au sud-est de Cork, Cobh a été marqué par un naufrage encore plus retentissant, celui du Titanic. Le célèbre paquebot fit sa dernière escale dans cette ville qui est le deuxième port naturel le plus vaste au monde, derrière Sydney. Le bâtiment qui servit de bureau de vente des billets accueille aujourd’hui l’espace Titanic Experience. Il relate cet ultime appareillage à travers un tour guidé en anglais de 30 min environ (en français sur réservation).

Un autre musée s’intéresse au Titanic : le Cobh Heritage Center, installé dans l’ancienne gare victorienne, attenante à la station ferroviaire moderne. Il décrit plus globalement l’histoire de la ville, dont le nom a changé au fil des siècles : d’abord The Cove (la crique), puis Queenstown à partir de 1850, en l’honneur de la première visite en Irlande de la Reine Victoria, et enfin Cobh, depuis 1921.

Ce fut l’un des principaux ports irlandais en matière d’émigration : entre 2,5 et 3 millions de personnes y ont transité entre 1815 et 1970, dont 1,5 million de 1845 à 1851 au moment de la grande famine. Direction les États-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada, l’Amérique du Sud…

Sous la verrière sont montrées des cartes, maquettes, malles, photos, vidéos et installations interactives. Les mannequins rendent les reconstitutions plus réalistes : la promiscuité à bord, les « bateaux cercueils » qui étaient affrétés en urgence face à l’affluence de migrants, mais qui ne remplissaient pas les normes de sécurité… Les traversées se faisaient dans des conditions effroyables et il est étrange de ressortir du musée en tombant sur un énorme navire de croisière amarré sur le quai voisin, bien plus haut que les élégants immeubles du centre-ville.

Seule la cathédrale Saint Colman, dont les travaux débutèrent en 1868, semble pouvoir rivaliser avec ces géants des mers : dominant Cobh depuis une colline, elle est disproportionnée par rapport aux édifices alentour !

Fiche pratique

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Site de l’office du tourisme d’Irlande 

Site de l’office du tourisme de Cork

Site de l’office du tourisme de Kinsale

Comment y aller ?

En avion : vol quotidien Paris-CDG-Cork avec Air France. Le vol aller décolle de Paris-Charles-de-Gaulle à 14 h 55 avec une arrivée à Cork à 15 h 50. Celui du retour part de Cork à 16 h 30 avec un atterrissage à Paris-Charles-de-Gaulle à 19 h 20. Les liaisons seront effectuées en Embraer 170 de 76 sièges et les tarifs débutent à 60 € TTC l’aller simple (hors frais de service).

- En bateau : de fin mars à fin octobre, trajet de nuit (14 h) entre Roscoff et Cork, à raison de deux allers-retours par semaine sur les ferries de la compagnie Britanny Ferries.

Où dormir ?

- Isaacs Hotel : 48 MacCurtain Street, Cork. Chambre double : à partir de 69 €. Dans le quartier victorien, tout près du cœur de la ville, l’élégante fabrique de tabac, en pierre et brique, a été réaménagée en une quarantaine de chambres et onze appartements (jusqu’à six personnes). Le cadre est à la fois contemporain, convivial et douillet. Au fond de la cour, une cascade glisse sur la roche rouge : un étonnant décor sur lequel donne la belle salle et la terrasse de Greenes, l’excellent restaurant de l’hôtel.

- Fernroyd House B&B : 4 O'Donovan Rossa Road, Cork. Chambre double : à partir de 79 €.  Au bord de l’eau, juste à côté de l’université et de son agréable parc, cette maison d’hôtes est tenue par Tony et Avril, couple chaleureux qui a fait sienne la devise : « entrez comme un étranger, repartez comme un ami ». Parmi les neuf chambres confortables, certaines donnent sur le joli jardin à l’arrière, ce qui leur confère encore plus de charme.

Où manger ?

- Rachel’s : 28 Washington Street, Cork. Tlj midi et soir. Le midi, plats 8,50-18,50 € ; le soir 18,50-32 €. Accrochée sur un mur de la grande brasserie moderne et épurée, une immense fourche : histoire de rappeler que la cuisine de Rachel Allen, top cheffe médiatique dont les livres sont en vente à l’entrée, puise les meilleurs ingrédients au plus près du terroir. Et au bout de la fourchette, ça donne quoi ? Des plats d’un excellent rapport qualité-prix, en particulier le midi avec les classiques parfaitement exécutés et présentés dans une jolie vaisselle : fish cake, soupe et salade du jour, sandwich au saumon fumé, fish & chips, burger, etc. En prime, l’intimiste piano-bar à cocktails dans la salle du fond.

- Market Lane : 5-6 Oliver Plunkett Street, Cork. Tlj midi et soir. Plats 8-27,50 €. La table tendance, avec cuisine ouverte sur la salle aux lumières tamisées, propose des assiettes copieuses et soignées, aux associations qui peuvent s’avérer originales. Fruits de mer et poissons partagent la carte avec des plats végétariens (la moussaka revisitée, par exemple) ou les viandes, comme la joue de bœuf mijotée à la bière. À propos de mousse, Elbow Lane, le bar-restaurant voisin, est tenu par la même équipe et brasse sa propre bière, également servie par Market Lane.

- Jacques Restaurant : 23 Oliver Plunkett Street, Cork. Tél. : +353 21 42 77 387. Du mardi au samedi, midi et soir. Plats 11-27 €. Menu 26 € le soir en semaine.  Cette institution culinaire, ouverte en 1980, travaille avec les producteurs locaux et prépare de savoureuses recettes aux touches méditerranéennes, asiatiques ou orientales. Les salles en enfilade sont décorées dans un style moderne et sobre, celle du côté d’Oliver Plunkett Street se spécialisant dans les tapas le soir venu.

Où prendre un café ou un thé ?

- Cork Coffee Roasters : 2 French Church Street, Cork. Lun-ven 7 h 30-17 h, sam 8 h-18 h, dim 9 h-17 h. À la fois café et torréfacteur, la maison possède deux adresses dont celle-ci est la plus récente. L’autre se trouve non loin, sur la rive opposée de la rivière Lee, au 2 Bridge Street. Dans les deux, de bons petits noirs sont préparés par un personnel cool et tatoué. À boire accompagné d’un gâteau, carrot cake ou brownie par exemple. Il est aussi possible de commander un thé ou un jus de fruits bio. Et d’acheter les grains entiers ou moulus à emporter chez soi.

- Nash 19 : 19 Princes Street, Cork. Lun-sam 7 h 30-16 h 30 (sam à partir de 8 h 30).  Dans le café-restaurant-salon de thé-épicerie fine au look contemporain, on choisit dans les vitrines ce que l’on veut manger au petit déj, déjeuner et goûter : salades, charcuteries, pâtisseries, scones… Difficile de résister !

Où boire un verre ?

- Arthur Mayne : 7 Pembroke Street, Cork. Tél. : +353 21 42 79 449. Tlj 10 h-1 h 30 voire 2 h 30 le w-e. Le bar à vin-pub-restaurant, installé depuis 2011 dans une bâtisse de 1720, réserve bien des surprises. Côté rue principale, on a l’impression d’entrer chez un apothicaire à l’ancienne : les étagères sont remplies d’antiques flacons et remèdes, car c’était une pharmacie à partir du 19e siècle. À l’arrière, donnant sur l’agréable impasse couverte jalonnée de tables, la salle sombre présente de vieux appareils photo dans les vitrines.

- Cask Bar  48 MacCurtain Street, Cork. Lun-jeu 16 h-23 h 30, ven-dim 12 h-00 h 30 (23 h dim). Élu parmi les meilleurs bars à cocktails irlandais, l’établissement cosy et rétro prend des airs de cabinet de curiosités, dans ses deux pièces comme sur sa carte, qui a de quoi intriguer : elle comporte des créations maison qui sortent de l’ordinaire, de savants mélanges à base de gin, rhubarbe, géranium et bitter aux racines de pissenlit ou encore de whisky Jameson (la distillerie se trouve près de Cork), betterave et bitter à l’orange… À déguster avec des tapas à partager.

Texte : Stéphanie Condis

Mise en ligne :

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