La Bulgarie, côté Sud

12 septembre 2016

Territoire charnière entre Occident et Orient, la Bulgarie n’a eu de cesse, au fil de son histoire, d’être tiraillée entre Européens et Turcs, chrétiens et musulmans, mondes slave et méditerranéen.
Ses villes, ses différentes régions conservent la trace de ces cultures et époques juxtaposées, comme le Sud de la Bulgarie, fort bucolique.
Au départ de Sofia, partons à la découverte des massifs du Rila et du Pirin, puis de la Macédoine, à l’atmosphère déjà méditerranéenne. Un pays différent du littoral de la mer Noire, fait de forêts profondes, de villages authentiques, de vallées secrètes et de vieux monastères.
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Sofia, capitale-carrefour

Sofia n’est ni Prague ni Budapest. Dans la collection des capitales européennes, ce n’est pas l’une de ces perles que l’on s’empresse d’enfiler à son collier.
La ville, aux immenses et larges boulevards veillés par des mastodontes de béton hérités du stalinisme triomphant, manque de ce charme évident qui fait accourir les touristes. Cela dit, si Sofia a été chahutée par les époques, elle a une façon bien à elle de traverser le temps. En mélangeant tout.
Ici, la cathédrale néo-byzantine Saint-Alexandre Nevski trône en majesté. Là se détachent les bulbes dorés de l’église russe. Plus loin, une basilique paléochrétienne (rotonde Saint-Georges) se niche entre palais présidentiel et hôtel Sheraton… Un sanctuaire du XIVe siècle (Samardjiïska) se cache sous l’angle de deux des axes majeurs de la ville, face au géant Tsoum (ex-magasin d’État), à des ruines romaines et à la mosquée. À deux pas : le marché couvert et la synagogue…
Sofia est un authentique carrefour de civilisations — un carrefour où les carambolages n’ont pas manqué. Un lieu où ont régné, à divers moments, les empereurs romains, les rois bulgares venus des steppes, les sultans d’Istanbul, un monarque d’ascendance franco-autrichienne et un tsar rouge manipulé par Moscou…
Au final, le fouillis architectural sofiote retranscrit bien cette histoire brouillonne au confluent de plusieurs mondes. En cela, Sofia est même unique en Europe.
Au cœur des massifs du Rila et du Pirin

C’est en dehors de Sofia, promue capitale bien tardivement, après la libération du pays en 1878, que l’histoire bulgare s’est jouée. Au monastère de Rila (100 km environ au sud de Sofia), par exemple, saint des saints de ce pays hautement orthodoxe, où l’âme de la nation a survécu tout au long des cinq longs siècles de joug ottoman (fin XIVe s-fin XIXe s).
Replié sur lui-même derrière ses très hautes murailles (24 m !), Rila dessine une cour-cocon où trône une tour à mâchicoulis du XIVe siècle (ultime refuge) et une église au toit de cuivre, classés au patrimoine mondial. Les murs du sanctuaire, extérieurs comme intérieurs, sont entièrement couverts de fresques, où se rejoue la pesée des âmes. Avis aux pécheurs…
Le monastère se niche au fond d’une longue vallée s’étrécissant, au cœur de forêts profondes de feuillus. Les randonneurs s’y enfoncent, maculant de leur pas les feuilles d’or qui jalonnent les sentiers à l’automne, avant de déboucher sur les alpages du massif du Rila. Là-haut, entre 2 100 et 2 500 m d’altitude, les Sept-Lacs, reliés par un même torrent, dessinent comme autant de marches bleutées.
Les montagnes sont partout en Bulgarie. Jamais gigantesques, partout sauvages et accidentées. Juste au sud du massif du Rila, celui du Pirin forme un vaste parc national lui aussi classé par l’Unesco.
D’autres lacs glaciaires abreuvés d’ultimes névés s’y dévoilent entre torrents glacés, crêtes dénudées et exposées, pierriers, vaches en liberté et forêts de sapins hauts comme des cathédrales.
Cap sur la Macédoine bulgare

Au sud-ouest de la Bulgarie, s’étend une terre douce, où s’affirme déjà un peu du climat et de l’âme méditerranéens. On y récolte la vigne et les grenades, on y célèbre Dionysos au pied de platanes immenses plantés avant la découverte de l’Amérique…
Sandanski a vu naître Spartacus et une longue lignée de guérisseurs attirés par ses eaux thermales sourdant à 76°C. L’escale serait presque anecdotique si la place principale n’occupait l’emplacement de l’ancien forum romain. Un archéologue passionné y a relevé toute une basilique paléochrétienne, avec ses sols en mosaïques représentant des canards, son baptistère unique en Bulgarie et son martyrium.
À 20 mn par la route, Melnik, cinquante fois plus peuplée à son apogée, sème ses demeures à encorbellement de la Renaissance nationale (XIXe s) au pied de drôles de « pyramides » rocheuses sculptées par l’érosion.
Dans les caves de la maison Kordopoulova, creusées sous la montagne, les chauves-souris ont remplacé les barriques géantes de 50 tonnes où l’on entreposait jadis le vin. Reste le souvenir des fastes passés : les grands salons à la turque aux sols recouverts de tapis et aux banquettes noyées de coussins. La dégustation, elle, laisse entrevoir la verve des melniks, au pourpre teinté de grenat, intenses, riches et denses.
À 1h de marche à travers les cheminées de fées, le monastère de Rojen dessine son écrin de paix au milieu de prairies parsemées de bouses de vache. Autour de sa vieille église, court une treille immense née de deux uniques pieds de vigne.
Les villages des Rhodopes

Il ne faut pas craindre les virages et aimer prendre son temps pour aborder les Rhodopes. Étiré tout au long de la frontière grecque, ce massif de moyennes montagnes se couvre de forêts profondes traversées de rares et tortueuses routes.
De loin en loin, émergent les minarets blancs effilés de quelques bourgades isolées, où vit l’essentiel de la minorité pomak — des Bulgares convertis à l’islam à l’époque de l’occupation turque. Les femmes y portent le voile et le șalvar, le pantalon coloré bouffant de jadis. Jamais l’Orient n’a été aussi proche.
Première escale : Kovatchevitsa. Amarrées aux pentes d’un flanc de montagne verdoyant, les hautes maisons de pierre, solides face aux hivers rigoureux, s’y coiffent de lourdes lauzes. Aux balcons de bois parfois ciselés répondent les nostalgies des chemins cabossés et les multiples cheminées fumant jusqu’à l’aube de l’été.
Chiroka Laka exsude plus de charme encore, avec ses bâtisses à encorbellement bordant un torrent. L’église Ouspenie Bogoroditchno (1834) se serre sur ses flancs, entourée de son clocher séparé, d’un cimetière et d’une galerie où s’empilent des bûches. Elles alimentent le vieux poêle qui réchauffe les homélies et les cantiques, dans un air lourd d’encens et les senteurs épicées de la cire d’abeille des cierges.
Un peu plus loin, le Musée ethnographique fait revivre un passé où l’élevage du mouton et le tissage faisaient vivre l’essentiel de la population.
Aux sources des légendes

Dans la confusion des Rhodopes, les petites routes s’enfoncent dans des gorges étroites. Celles de Trigrad cachent la grotte du Diable, attachée au souvenir d’Orphée — descendu aux enfers pour en ramener Eurydice. On y retrouve la lumière du jour au terme d’un escalier de 288 très hautes marches volant au-dessus d’une cascade souterraine…
À quelques kilomètres de là, les gorges de Yagodina se creusent de leurs propres grottes, témoin supplémentaire du caractère hautement karstique du relief. Le secteur, très sauvage, est habité par le loup, le grand tétras et l’ours. De fin avril à septembre, la Société des pêcheurs et chasseurs de Devin invite les passionnés de photo à passer la nuit dans ses affûts pour tenter de les surprendre à l’aube.
En allant vers l’est, les Rhodopes perdent peu à peu en altitude. Aux grands sapins succèdent de plus en plus de feuillus. Aux portes de la grosse ville de Kardjali, laide mais dotée d’un superbe musée, deux sites ramènent à la mythologie.
Les ruines de Perperikon, une acropole perchée au sommet d’un rocher inexpugnable, ne seraient autres que celles de l’oracle de Dionysos, où Alexandre s’entendit prédire qu’il conquerrait le monde.
Tatoul, elle, est attachée à Orphée. La tradition y situe son « tombeau », creusé dans le rocher supérieur d’un promontoire dominant toute la région. Un lieu à la hauteur de l’importance du personnage pour les Anciens.
Fiche pratique
Consulter notre guide en ligne Bulgarie
Arriver-Quitter
Bulgaria Air et Air France relient Paris à Sofia quotidiennement, mais les vols les moins chers (directs) sont assurés par Wizz Air, le low cost hongrois, au départ de Paris-Beauvais, Bruxelles-Charleroi et Genève.
Trouvez votre billet d’avion
Sur place, les liaisons en bus (surtout) et train (dans une moindre mesure) sont assez fréquentes mais, dès que l’on quitte les grands axes, la voiture se révèle nettement plus pratique. Difficile, par exemple (mais pas impossible !), de circuler en transports en commun dans les Rhodopes, ou de relier Bojentsi à Tryavna.
Climat
Le climat, à tendance continentale, est marqué par des étés chauds et très ensoleillés, et par des hivers froids au ciel fréquemment plombé. Il neige alors beaucoup dans les zones montagneuses et se déplacer devient difficile ; on skie de décembre à mars ou avril. Si votre n’aimez pas les grandes chaleurs, le mois de juin est agréable — quoique assez pluvieux —, tout comme septembre et le début d’octobre.
Budget
La Bulgarie est peut-être le pays le moins cher d’Europe ! On s’y loge sans problème pour 20-30 € à deux, et parfois moins chez l’habitant, alors que les hôtels 4 étoiles culminent rarement au-dessus de 80 € — et souvent moins. Les restaurants ne sont pas très chers non plus : comptez 5 à 10 € pour un plantureux repas. Les musées sont eux aussi très abordables, comme le coût de la vie en général.
Hébergement
Les campings sont assez rustiques, mais nombreux et vraiment bon marché ; beaucoup disposent de « bungalows » (souvent très sommaires), pratiques s’il pleut. En montagne, les refuges (хижи, prononcez « hiji ») abondent : ils sont eux aussi le plus souvent très spartiates et il peut y faire froid en début et fin de saison. N’imaginez pas de chaleureux chalets, mais plutôt de grands édifices en dur datant de l’époque des vacances sponsorisées par l’état communiste…
En été, les chambres chez l’habitant fleurissent plus encore dans tout le pays : repérez le panneau « къща за гости » (« kachta za gosti »). Au menu : une chambre simple plus ou moins grande, souvent avec sanitaires privés et déco traditionnelle.
Les petits budgets trouveront aussi des auberges de jeunesse (hostels), même si elles se regroupent surtout dans les grandes villes, et pourront loger dans les monastères (aux tarifs de chambres d’hôtes ou de petit hôtel).
Enfin, les hôtels familiaux, nombreux, offrent souvent un excellent rapport qualité-prix. Une constante bulgare : les douches à l’italienne, sans bac, qui font qu’on patauge dans la salle de bains, et un petit déj souvent assez, voire très léger !
Trouvez votre hôtel en Bulgarie
Où manger ?
- Le marché couvert Halite à Sofia offre un bon choix de stands pour se nourrir à petits prix : boulangerie, pâtes…
- Mehana Tchevermeto, dans la rue principale de Melnik. Cuisine bulgare de bon aloi.
- Le resto de l’hôtel Kalina à Chiroka Laka : bonnes spécialités locales, soupes, truite…
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