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Le Routard, l’interview de Philippe Mechelen et Philippe Gloaguen

Publié le 17 mars 2025

Le Routard - le film
Philippe Mechelen et Philippe Gloaguen © Kolorado / Hachette

Rencontre avec Philippe Mechelen, scénariste et réalisateur du film, dans le bureau de Philippe Gloaguen, le fondateur et directeur du guide du Routard. À quelques jours de la sortie du film, ils nous parlent de l’origine du projet, de sa fidélité aux valeurs du Routard, du tournage et du Maroc.

Christian Calvier - Le Routard
Christian Clavier © Droits réservés

Ce n’est pas commun de voir un enquêteur du Guide du Routard comme héros de cinéma. D’où vient l’idée du film ?

Philippe Mechelen : J’ai toujours voyagé avec le Routard. Je trouvais que le guide, avec ses valeurs et tout ce qu’il apporte à ses lecteurs, était un prétexte formidable pour réaliser une comédie d’aventure. J’avais déjà travaillé avec Hachette (éditeur du Routard) sur Astérix et Isabelle Magnac (vice-présidente d’Hachette) m’a mis en relation avec Philippe Gloaguen.

Comment es-tu arrivé à convaincre Philippe Gloaguen de faire un film sur Le Routard ?

Philippe Mechelen : Philippe, très généreusement, m’a ouvert les portes du Routard, m’a autorisé à parler de cet univers, à montrer les coulisses du guide. Il m’a beaucoup aidé, m’a donné des idées pour le scénario. Le film raconte l’enquête d’un jeune rédacteur totalement débutant, joué par Hakim Jemili, qui rencontre le numéro 2 du Routard, joué par Christian Clavier. Sa première mission se déroule à Marrakech. Pour que le film soit fidèle à la réalité, Philippe m’a donné toutes les précisions sur le boulot d’enquêteur : le nombre de visites à faire, comment on s’y prend pour dénicher des adresses, les vérifier s’il y a des plaintes de lecteurs…

Dès le début, nos discussions ont été très franches : on s’est raconté un peu nos vies et on s’est trouvé des points communs sur le voyage, l’ouverture aux autres… Je lui ai parlé de mon envie concernant le film, inspirée par les comédies d’aventure de Claude Zidi et de Philippe de Broca. Et, au-delà, je voulais vraiment m’appuyer sur le Routard et ses valeurs : le partage et le goût des autres. Voyager, ce n’est pas rester enfermé dans un hôtel, c’est découvrir d’autres cultures.

Sur le papier, être payé pour voyager et se cultiver a tout du job de rêve. Le personnage principal, Yann Tatin, va découvrir le sens de son métier. Au début, il gruge, il pense partir en vacances gratos, et, peu à peu, il finit par comprendre que c’est une vraie mission. Dénicher les adresses du guide demande beaucoup de boulot, sérieux et fastidieux. Les rédacteurs ne sont pas en vacances. Ils ont une vraie responsabilité vis-à-vis des lecteurs.

Le Routard - Jour 2 - Philippe Mechelen, Hakim Jemili et Manon Azem
Le Routard - Philippe Mechelen, Hakim Jemili et Manon Azem © Kolorado 2024

Est-ce que Philippe et les enquêteurs t’ont conseillé, est-ce que tu as suivi des enquêteurs sur le terrain ?

Philippe Mechelen : Je ne les ai pas suivis sur le terrain, mais ils m’ont tous conseillé et raconté beaucoup d’anecdotes. J’ai fait lire à chaque étape le script à Philippe Gloaguen. Il a validé ou rectifié ce qui ne correspondait pas à la réalité du terrain. Il m’a donné des idées pour le côté « aventure », et même pour les personnages. J’ai bénéficié de toutes les connaissances et de la générosité de l’équipe – Gavin’s, Amanda, Benoît et les autres. Ils ont tous été adorables avec moi.

Il y a un aspect film d’aventure dans Le Routard. Le héros, Tatin, a un côté Tintin. Est-ce que c’est une source d’inspiration, la bande dessinée, Tintin

Philippe Mechelen : Oui, Tintin en particulier, pour l’aspect graphique. La BD belge a été une source d’inspiration et surtout Hergé. Le héros, Yann Tatin, porte un nom de personnage de BD. Il y a un clin d'œil à Tintin, totalement assumé. Tintin, c’est aussi l’appel au voyage. Quand j’étais enfant, je voyageais en lisant ses aventures. Les « méchants » du film sont des méchants de BD. L’un d’entre eux est joué par Michel Blanc, dont c’est l’un des derniers rôles.

Justement, dans le film, on voit la rencontre de deux générations de comédiens. Ceux du Splendid – Christian Clavier et Michel Blanc – et les jeunes Hakim Jemili et Manon Azem.

Philippe Mechelen : Il y a même ceux qui sont entre les deux générations comme Fred Testot, Medi Sadoun, Youssef Hadji, Philippe Lefebvre et Alice Taglioni. On a essayé de faire un film le plus large, le plus ouvert possible, comme l’est le Guide du Routard. L’affiche s’inspire de la couverture du guide, avec la silhouette imaginée par Solé. Le foisonnement dans le sac à dos représente tout ce qui peut arriver quand on prend la route. C’était ce que je voulais montrer, la découverte d’autres cultures, le dépaysement. J’espère avoir fait honneur à nos amis marocains.

Philippe Gloaguen
Philippe Gloaguen © Hachette

Et pourquoi Marrakech ?

Philippe Mechelen : Pour le dépaysement, parce que c’est une des plus grosses ventes du guide…

Il y a un côté très photogénique aussi…

Philippe Gloaguen : C’est beau. Le film est beau, esthétiquement, la lumière, les couleurs du Maroc…

Philippe Mechelen : … celles du désert d’Agafay à la fin du film. Toutes les adresses que l’on voit sont dans le Routard, sauf un palais qu’on a inventé. La place Jemaa-el-Fna, les souks… On a essayé de faire quelque chose d’assez proche de la réalité du Maroc même si le héros est embarqué dans une aventure pleine de péripéties.

Est-ce que ton regard sur le Routard a changé après le film ?

Philippe Mechelen : Non. J’ai toujours été lecteur du Routard. Ce qui a changé ? Maintenant, j’en connais les coulisses et les secrets de fabrication. Je connais beaucoup de gens ici, car j’ai pas mal squatté leurs locaux. J’ai été vraiment généreusement accueilli. Les repérages, la préparation et le tournage du film ont pris 6 mois. Au Maroc, j’ai aussi travaillé et vécu avec les équipes marocaines, beaucoup de gens, la figuration, les commerçants, les responsables des musées, les restaurateurs, les hôteliers… Le Routard m’a permis de voyager et j’ai essayé de le montrer dans le film.

Est-ce qu’enquêteur du Routard, c’est un métier qui te plairait ?

Philippe Mechelen : Franchement, si j’avais une vingtaine d’années, je déposerais mon CV sur le bureau de Philippe Gloaguen. Je pense qu’il ne m’embaucherait pas, mais oui, je postulerais. Et je pense que le film va déclencher pas mal de vocations (rires).

Le Routard - le film
Hakim Jemili et Medi Sadoun © Droits réservés

Tatin ferait-il un bon enquêteur du Routard ?

Philippe Gloaguen : Au début, il est un peu tricard. C’est un profiteur qui se dit « le Routard va me faire voyager gratos ». Puis, il évolue au fur et à mesure du scénario. Il tombe amoureux de la guide, Manon Azem, qui veut récupérer des manuscrits coraniques volés. Il se sent chargé d’une mission par amour et devient un type formidable.

J’aime bien ce cheminement : dans la vie, personne n’est ni totalement méchant ni totalement bon. Au fur et à mesure des événements et des rencontres, le héros fait les bons choix. Il soutient le peuple marocain, en partant à la recherche d’œuvres volées qui appartiennent à la culture locale. À la fin, il mérite vraiment de faire partie de la rédaction.

Au Routard, il m’est arrivé de voir des jeunes recrues qui prennent au début leur boulot à la légère et, très vite, ils comprennent le sens de leur travail. Un voyage, c’est souvent un événement très important pour les gens qui économisent pour se le payer. Nous ne pouvons pas manquer de précision et on essaie de faire notre boulot le mieux possible. C’est le propre du Guide du Routard.

Tu joues ton propre rôle dans le film. C’est une expérience que tu as aimée, le cinéma ?

Philippe Gloaguen : Non, sincèrement. Philippe Mechelen en a eu l’idée et ça m’amusait. Je ne me suis pas trouvé à l’aise. Jouer avec Christian Clavier, c’est un peu comme entrer comme étudiant dans une école des Beaux-Arts et avoir pour voisin de classe Picasso ! C’est un peu inconfortable, mais je l’ai fait de bon cœur. Et ça m’a permis aussi de me rendre compte que le cinéma n’est pas du tout mon métier !

Et si tu devais donner à un copain une bonne raison d’aller voir le film, ce serait laquelle ?

Philippe Gloaguen : D’une part, tu découvres les coulisses du Routard, et, d’autre part, c’est très drôle.

Philippe Mechelen : Ce n’est pas facile de parler de mon travail. Le film fait découvrir l’univers du Routard, le Maroc, Marrakech… J'espère qu’il fera rire les gens en tout cas. C’est une comédie d’aventure que l’on peut voir dès l’âge de 7-8 ans, en famille, très généreuse et qui fait voyager.

Philippe Gloaguen : La générosité du film, c’est très important pour moi. J’avais déjà eu plein de propositions de scénarios que j’ai refusées. Le film de Mechelen parle de l’amitié entre les peuples. Les Marocains ne sont pas des figurants, ils ont de vrais rôles. Le commissaire de police de Marrakech, qui fait la leçon à Tatin, lui explique que les citations dans le guide permettent à des familles marocaines qui bossent dans le tourisme de vivre de leur travail. Le scénario porte les valeurs du Routard et de ses rédacteurs, de leur engagement, de leur générosité et de leur sincérité. C’est formidable.

Découvrez la bande-annonce et le synopsis du film !

Le Routard - le film
Droits Réservés

Découvrez la bande-annonce du film "Le Routard" de Philippe Mechelen, avec Hakim Jemili, Christian Clavier, Michel Blanc et Manon Azem qui sort en salles le 2 avril !

L'intrigue

Yann n’a qu’un seul rêve dans la vie : voyager. Alors, quand il entend dire que le fameux Guide du Routard recrute des gens pour faire le tour du monde, il se présente immédiatement à l’entretien et se fait embaucher. Sa première mission : Marrakech, 40 adresses à vérifier en 5 jours. Mais Yann a oublié de mentionner un petit détail lors de son entretien : il n’a jamais voyagé de sa vie. Ce qui lui semblait être au premier abord «le meilleur job du monde» va se révéler beaucoup moins idyllique que prévu.

Le Routard de Philippe Mechelen avec Hakim Jemili, Christian Clavier, Michel Blanc et Manon Azem

En salles le 2 avril

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