Le Désert américain

Auteur : Raymond Depardon

Editeur : Éditions Hazan

160 Pages

Le Désert américain

À travers ce photo-reportage aux accents très intimes, Raymond Depardon expose sa traversée du désert. La mort subite d’un ami, le monteur Olivier Froux, le confronte à son désert intérieur. Cet événement le jette sur les traces de l’ultime voyage du défunt, partagé avec lui pour les repérages.
Raymond Depardon nous dit sa fascination pour les déserts, dont la vacuité par essence n’atténue pourtant jamais l’intensité. Le désert n’est pas toujours celui que l’on croit, infinité de sable et de dunes à perte de vue ; celui que Raymond Depardon immortalise, dans ses méandres brûlants ou insolites, est une notion plurielle.
Les images de Californie et d’Hollywood défilent comme un film. Ce décor de cinéma grandeur nature est planté de palmiers et de parkings, littéralement habité par les strass et les paillettes.
Des souvenirs et des flashes jalonnent les pages de photos. Mais quel est donc ce désert que Raymond Depardon veut nous dévoiler ? Celui de la société de consommation ? Du silence de la rue ? De la machine à exclusion ? Car la Californie, en même temps qu’elle ouvre le champ des possibles aux uns, enracine les autres dans le champ de l’impossible : impossible intégration, impossible fuite. En ces instants saisis sur le vif, le désert prend aussi le visage du néant social.
L’exploration de l’absence mène le photographe dans les tentacules de banlieues où le règne des échangeurs annihile toute trace d’humanité. À l’intérieur des terres, les rubans d’asphalte fendent la Vallée de la Mort ou le Grand Canyon, décors de western. Parfois aussi le désert surprend : les routes enneigées des Rocheuses ou une réserve indienne revêtue d’un manteau blanc ébranlent nos clichés.
Le désert est envisagé comme une métaphore du vide, matérialisée par un studio de cinéma abandonné, un trottoir nu, un bar de routiers sans clients. L’œil du photographe s’attarde sur les détails qui rompent la monotonie : l’ombre d’un lampadaire sur un mur immaculé, des câbles électriques perçant les immensités, les lignes blanches ou les bras des feux tricolores zébrant le bitume. Le concept de désert évoque aussi la mort et l’absence qui planent sur chaque kilomètre parcouru, chaque mètre carré photographié.

Signalons aussi l’ouvrage Les Déserts. Témoins de l’histoire du monde (Éditions Québec-Amérique). L’historienne Viviane Bouchard porte un regard théorique sur le sujet. Elle nous initie aux folklores, symboliques et secrets des déserts, points de rencontres des civilisations. Après le vibrant hommage d’un Raymond Depardon dans le désert du deuil, Viviane Bouchard nous ouvre l’oasis de son érudition.

Texte : Marie Borgers

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