Yunnan, le Far West chinois

Olivier Page
par Olivier Page

07 mars 2011

Au sud-ouest de la Chine, frontalière avec le Vietnam et la Birmanie, adossée aux montagnes du Tibet, la province du Yunnan semble si lointaine ! Loin du brouhaha du monde, cette contrée dédiée aux grands espaces et à l’écotourisme n’a jamais attiré autant de Chinois et d’étrangers qu’aujourd’hui.

Montagneuse, accidentée, creusée de gorges et traversée par de longs fleuves, le Yunnan est une sorte de superbe balcon naturel tout en fraîcheur, fertilité et tranquillité provinciale. De Kunming à Shangri-La en passant par Dali et Lijiang, Olivier Page, rédacteur au Routard, nous raconte une virée dans ce pays « au sud des nuages », au hasard de ses rencontres.
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Les plantes médicinales du Docteur Ho

Olivier Page
Quel est le secret de sa longévité ? Hormis quelques rides de plus sur son visage buriné, le docteur Ho, 84 ans, célèbre herboriste chinois, n’a pas changé ou si peu. Un ami vietnamien m’avait dit : « les années rident le visage mais ne rident pas l’âme ». Élégante et poétique façon de rester jeune !

Je l’ai connu en juillet 2000, mais je ne l’avais pas revu depuis. Au village de Baisha, aux environs de Lijiang, Ho est le grand homme, plus célèbre que le gouverneur du Yunnan. Sa renommée fascine et agace parfois, certaines mauvaises langues le disant mi-sorcier, mi-charlatan. Une chose est sûre : Ho essaie d’apaiser les maux des autres et d’apporter du bien-être. Les visiteurs affluent vers sa modeste maison, pour le plaisir de voir cet homme toujours vif, petite barbichette, vêtu d’une blouse blanche et bonnet de laine vissé sur le crâne. On vient d’abord pour le consulter, lui acheter des herbes médicinales, des plantes guérisseuses, des poudres rares, des tisanes apaisantes, des champignons miraculeux, toutes sortes de trésors naturels venus des montagnes du Yunnan.

Atteint d’un cancer, le docteur Ho se croyait condamné vers l’âge de 40 ans. Il a survécu grâce aux plantes médicinales qu’il a trouvées dans les monts et les forêts. Sa souffrance personnelle s’est conclue par une guérison. Les remèdes du Yunnan seraient capables de guérir des maladies (même certains cancers), de pallier des carences, de soigner des maux divers (diabète, cholestérol, allergies, tension artérielle…). À présent, pas un guide touristique qui ne le cite pas, pas un seul adepte des médecines bio alternatives qui ne soit venu voir ce guérisseur des temps modernes.

Ce jour-là, un autre chamane, le génial Jean-Michel Ribes, directeur du Théâtre du Rond-Point, a poussé la porte et serré la main du vieux docteur. Et, soudaine illumination, j’ai contemplé la panacée universelle, symbolisée par ces deux bienfaiteurs aux thérapies distinctes : l’humour pour Ribes, les plantes pour Ho !

Champignons du Yunnan : mystérieux bienfaiteurs

Olivier Page
Au printemps 2010, le magazine Time a publié une liste des 16 meilleurs produits originaires d’Asie, dont les champignons du Yunnan. Par la douceur et la fraîcheur de son climat, la fertilité de ses hautes terres et l’étendue des forêts, cette province du sud-ouest renferme à elle seule près de 850 espèces sur les 2 000 espèces de champignons comestibles recensées dans le monde.

Beaucoup possèdent des vertus médicinales. Un des plus recherchés est le Matsutake, (songrong en chinois), le « roi des champignons ». Dans la région de Shaxi, un vieux village isolé au fond d’une vallée, les habitants récoltent ces Matsutake dans les montagnes, entre juillet et octobre. Se soigner avec les champignons est devenu une science pratique au Yunnan : la mycothérapie.

Attention : plus le champignon soigne, plus il est recherché, et plus son prix monte ! Parmi eux, on trouve ainsi le Ling Zhi (ou Reishi en japonais). Utilisé depuis près de 1 500 ans par les Chinois, il a été qualifié de « champignon de l’immortalité, champignon miraculeux ou Grand Protecteur »… De couleur rouge tirant sur l’acajou, dur comme du bois à l’âge adulte, il pousse sur les troncs ou à la base des arbres.

Selon les médecins du Yunnan, il stimule l’appétit, calme les nerfs et combat l’insomnie. Il a en outre une action bénéfique sur le système immunitaire, le foie, la libido et lutte efficacement, dit-on, contre les cellules cancéreuses. Le champion des champignons serait aussi le champignon des champions !

La plupart des champignons du Yunnan, sont autant recherchés pour leurs vertus médicinales que pour leurs saveurs gastronomiques. Au Yunnan, on mange facilement des champignons, à la maison comme au restaurant.

À Lijiang ou à Dali, des restos ne servent que des plats à base de champignons. À Kunming, un quartier entier leur est dédié. Délicieux Jizhong, savoureux Ganba Jun ! Conseil de vieux routard membre de la secte des adorateurs du champignon : bien vérifier quand même leurs prix et leur fraîcheur avant de passer la commande.

Ivan à Kunming, loin du bling bling

Olivier Page
« Certains hommes sont nés loin de leur vraie place. Le hasard et les incidents de la vie les ont jetés dans tel ou tel environnement, mais ils ont toujours la nostalgie d’une maison, dans un lieu qu’ils ne connaissent pas, et qui les attend ».

Cette pensée de Somerset Maugham, grand voyageur et écrivain britannique, s’appliquerait bien au parcours de vie d’Ivan Giovanelli. Petit-fils d’un mineur italien, fils d’un ancien militant du parti communiste français, et d’une mère russe, professeur et pianiste amateur, Ivan a passé son enfance et son adolescence en Moselle, dans des paysages de mines, de corons et de hauts-fourneaux.

Jusqu’à 25 ans, il a vécu de divers métiers : jongleur de rue, soudeur, chauffeur-routier. Un beau jour, le sablier de sa vie s’est renversé, et comme Rimbaud, il s’est écrié : la vraie vie est ailleurs ! Il est parti vers cet ailleurs, qui a pris la forme de la Chine, qu’il a découverte en routard pendant un mois. Un mois décisif, car il a eu un coup de foudre pour l’Empire du Milieu !

Il s’inscrit comme étudiant à l’université de Kunming pour y apprendre le chinois. Six ans après, Ivan le parle et l’écrit couramment. Aujourd’hui, il habite à Kunming dans une tour de banlieue et exerce le métier de guide. Ce polyglotte de 33 ans parle aussi bien le russe que l’anglais, et bien sûr le français. Le Yunnan est devenu sa terre d’adoption, à laquelle il s’est adapté par la seule force de ses rêves et de sa passion.

Avec Ivan, nous avons cheminé en duo, tels Don Quichotte et Sancho, sur les routes de cette belle province réputée pour la douceur de son climat. Quand on crève de chaud dans le reste de la Chine, au Yunnan la température reste clémente. Par tous les temps, Ivan parcourt les routes à la recherche des lieux inconnus. De ses découvertes, il fait son miel qu’il partage ensuite avec les visiteurs qu’il accompagne sur le terrain.

La Chine est sa nouvelle maison. Il est passé de la Moselle aux vermicelles ! Ivan qui adore la cuisine chinoise n’est-il pas devenu un œuf : blanc extérieurement, jaune intérieurement ! Un jeune œuf ! Un jeune homme neuf dans un empire vieux de plus de 5 000 ans !

Un antiquaire dans les rizières

Olivier Page
Un authentique hôtel de charme, dans un manoir chinois, entouré de vastes et vertes rizières : voilà une adresse exceptionnelle par son style, son caractère et son emplacement. Les rizières ne sont-elles pas en beauté naturelle l’équivalent chinois des champs de blé européens ?

L’hôtel Linden Centre à Xizhou, sur la rive occidentale du lac Erhai, à quelques 20 kilomètres au nord de Dali, appartient à Brian Linden, un riche antiquaire et galeriste de Chicago. Non ce n’est pas un nouveau resort sans âme comme on en voit à Miami, ni un affreux casino clinquant pour nouveaux riches chinois. Plutôt un hôtel de style ethnic-chic, dans une demeure étonnante portant l’empreinte de son propriétaire. Une quarantaine d’années, marié à une chinoise, père de deux enfants sino-américains, le fringant Brian Linden pourrait être acteur de cinéma, mais avec son esprit d’esthète et son âme d’explorateur, il s’est tourné vers l’art. À l’occasion d’un voyage au Yunnan, il a découvert cette grande demeure en ruines, plantée au cœur des rizières.

Au terme d’une longue négociation qui a duré deux ans (!), il est parvenu à la racheter. Passionné et avisé, Brian, qui parle couramment le chinois, a gagné son pari. La rêverie a vaincu les tracasseries, les architectes, les maçons, les artisans et les designers ont redonné vie à ce merveilleux tas de ruines.

La copie semble plus charmante que l’original ! Mirage ou miracle ? Le fruit du rêve impossible de Brian s’incarne dans ce remarquable hôtel à double vocation : auberge de charme d’une part et centre culturel de l’autre (expos, spectacles, conférences, séminaires...). Des artistes chinois et étrangers y séjournent au fil des ans, retrouvant leur inspiration au contact des rizières et de leurs invisibles fées. Belles muses, si on vous aime, seriez-vous capables de faire rentrer le monde dans un grain de riz comme l’a fait le brillant Brian ?

Aimable beauté couleur thé

Olivier Page
Xiao Mei vient d’avoir trente ans. Comme beaucoup de jeunes Chinoises touchées par la mode, elle porte des cheveux bouclés couleur thé tirant sur la rouille, montrant qu’elle est sensible à l’évolution du monde. Je la rencontre par hasard dans un bar de Dali, où je suis attablé avec Ivan, mon guide et ami. Nous sympathisons. Pour un voyageur, les cafés chinois ne sont-ils pas les lieux propices aux rencontres ?

Originaire de Chengdu, capitale du Sichuan, la grande province qui touche le Yunnan au nord, Xiao Mei a informé ses parents qu’elle voulait aller travailler plusieurs années au Venetian de Macao, le plus grand casino du monde. Pour beaucoup, Macao reste un lieu de débauche, de délire et de folie. L’enfer du jeu brille de mille feux dans la grande Chine enrichie ! Là-bas, rien n’a été facile pour elle. Les journées et les nuits se confondaient dans la même ardeur à la tâche. Xiao Mei ne comptait pas ses heures. Elle a bien appris son métier de réceptionniste et gagné assez d’argent, plus que la moyenne des Chinois.

Avec ses économies, Xiao Mei est rentrée l’année dernière à Chengdu avec l’idée d’ouvrir un bar-lounge. Elle est jeune, célibataire, dynamique. Bien que ses parents appartiennent à la classe moyenne aisée, ils ne lui ont jamais interdit de mener la vie qu’elle souhaitait. La société chinoise pousse les jeunes femmes à se marier tôt, et à suivre une vie de mère de famille. Mais Xiao Mei, oiseau de nuit attaché à sa liberté, n’en veut pas pour l’instant. Où serez-vous Xiao Mei la prochaine fois que nous vous verrons ?

D’un grand sourire charmant, les yeux pétillants, elle vide son verre contenant un cocktail légèrement alcoolisé. « Venez me voir à Chengdu, je serai à la tête d’un bar-lounge qui sera le lieu le plus branché de la ville ». Petite fée de la nuit, Xiao Mei est une chinoise séduisante qui sait d’où elle vient et où elle va. « Les femmes tiennent la moitié du ciel » dit un proverbe chinois !

Yuhu, la ferme-auberge des frères Gao et Giang

Olivier Page
Yuhu ! Ce nom sonne comme une exclamation de joie. Au pied d’une ligne de montagnes et de forêts, dans les environs de Lijiang, le petit village de Yuhu consiste en une longue rue couverte de dalles de schiste, bordée de maisons en pierre avec des portails d’entrée délicatement sculptés. Cette simplicité rustique et pierreuse évoque une Bretagne aux yeux bridés.

C’est dans ce village isolé que vécut à partir de 1922 l’érudit américain et polyglotte Joseph Rock (Vienne 1884 - Honolulu 1962). Botaniste et anthropologue, aventurier excentrique, journaliste infatigable, explorateur insatiable, c’est dans sa maison chinoise (aujourd’hui musée) de Yuhu qu’il rencontra Alexandra David-Néel, en route pour le Tibet. À la recherche de ces fantômes, je découvre les frères Gao et Giang dans le quartier le plus verdoyant du village. Ils sont l’opposé de deux aventuriers : des sédentaires heureux de l’être.

Œil chaleureux et vif, peau cuivrée par le grand air, ces paysans sexagénaires ont saisi leur chance au moment propice. Quand le pays s’ouvrait au tourisme vert, ils ont eu l’idée de transformer leur ancienne ferme en une belle et rustique maison d’hôtes. À présent, la Nguluko guesthouse reçoit des hôtes du monde entier, séduits par le calme des lieux. Une jolie cour intérieure fleurie, des bâtiments en pierre et en bois coiffés de toitures en ailes de pigeon, des chambres sans prétention mais aménagées avec caractère (avec 1 ou 2 lits) accessibles par une véranda en bois.

Une révolution mentale pour Gao et Giang, qui étaient en semi-retraite. Ils n’ont jamais voyagé plus loin que Lijiang, ne parlent pas d’autres langues que le chinois, ne connaissent le monde qu’à travers la télé, et un beau jour ce monde extérieur arrive chez eux. Le virtuel devient réel. Le lointain étranger devient un ami quotidien et familier. Tout peut arriver au Yunnan, même si l’on dit souvent que cette province est presque aussi loin que la lune…

Hôtels chinois : le retour du charme et du caractère

Olivier Page
Je n’étais pas revenu au Yunnan depuis quelques années. Le nombre de touristes chinois n’a jamais été aussi important. Les avions, les trains sont souvent pleins durant les périodes de vacances (en août, et pendant les « semaines dorées », les golden weeks), les bus un peu moins. Certains jours, dans les rues de Dali et de Lijiang, la foule est si dense que l’on ne voit pas à dix mètres…

Les gargotes musulmanes qui vendaient des plats de l’ethnie Hui dans le centre de Kunming ont cédé la place à des centres commerciaux et des immeubles de style néo-chinois. Mondialisation ! Un métro aérien ultra-moderne sera bientôt achevé dans cette métropole où les embouteillages sont aussi fréquents qu’à Shanghai. En 2009 encore, les gares routières étaient situées dans le centre-ville, ce qui était bien pratique. Il faut faire maintenant au moins dix kilomètres en banlieue pour trouver les terminaux des bus qui desservent l’intérieur de la province !

Tout change dans ce Yunnan excentré, qui fut longtemps oublié à l’extrémité ouest de la Chine. Dans la rubrique « changements utiles et agréables » : quelle ne fut pas ma surprise en découvrant une nouvelle génération d’hôtels économiques de charme ! Avec la libéralisation de l’initiative privée, les jeunes propriétaires ont compris qu’il fallait jouer la carte du charme. Fini le collectivisme stalinien des hôtels bétonnés et sans âme !

Il suffit de pousser la porte de ces auberges attirantes pour avoir envie de poser son sac. À Dali citons notamment le Jade Emu Hostel avec son mobilier de style, ses lampions rouges et sa décoration soignée, la Mao Mao Cool Guesthouse et ses chambres colorées et imaginatives autour d’une cour intérieure, le Hump Hostel tout de marbre gris et de bois sculpté, tenu par des musiciens. À Lijiang, la plupart des petits hôtels et chambres chez l’habitant occupent de belles maisons anciennes en pierre, à taille humaine, aménagées selon le style local : seul inconvénient, la foule !

Shangri-La : la musique tibétaine monte au ciel

Olivier Page
Shangri La ! Ce nom poétique et étrange est certes celui d’une ville (ex-Zhongdian) et d’une chaîne d’hôtels luxueux, mais il évoque avant tout un royaume imaginaire, une sorte de paradis perdu. Tout a commencé par un reportage du National Geographic écrit par l’aventurier américain Joseph Rock. Un auteur britannique, James Hilton, s’en inspira pour écrire en 1933 un roman intitulé Lost Horizon (Horizons perdus).

Hilton y décrit une mystérieuse région nommée Shangri-La, située au sud-ouest de la Chine, cachée dans les forêts, les montagnes et les canyons. Comme dans un paradis terrestre, ses habitants y vivent en harmonie complète avec la nature, et, moyennant l’absorption d’un élixir secret, ils sont immortels…

L’Amérique latine a eu l’El Dorado et le royaume de la Cannelle. La Chine a Shangri La. Le Tibet offre ses espaces immenses et ses espérances. À Shangri-La, municipalité perchée à 3 600 mètres d’altitude sur un haut plateau d’herbes rases, l’air est plus limpide qu’ailleurs, le ciel plus bleu et plus beau. On est administrativement au Yunnan, mais culturellement au Tibet. Dans cette patrie des yaks, des shorten, des moulins à prières, des monastères et des lamas, on a la tête dans les étoiles, ce qui n’empêche pas d’avoir les pieds sur terre.

Au 68, Jinlong Jie, je rencontre Reshi Tsering Tan, jeune musicien et compositeur tibétain d’une trentaine d’années. Physiquement, il ressemble à un doux moine zen du new age. Au quotidien, il dirige le bar musical le plus convivial de la ville, un lieu chaleureux chauffé par une cheminée qui abrite aussi son studio d’enregistrement. Sa musique hybride est à la fois enracinée dans la culture tibétaine mais aussi transculturelle et sans frontières. En l’écoutant, on a envie de se relaxer, de méditer : c’est le début d’une lévitation vers d’autres cieux. Génie des lieux ! Voici la quintessence moderne de l’esprit du Tibet, par-delà les tensions politiques entre Tibétains et Chinois !

Constantin de Slizewicz au Shangri-La

Olivier Page
Un transfuge est un être qui change de foyer, de pays et de culture, pour une nouvelle vie dans une civilisation différente de celle de ses origines. Constantin de Slizewicz porte un prénom d’empereur byzantin et un nom de hussard polonais qui aurait servi Napoléon et traversé la Berezina ! Très tôt, à l’âge de 20 ans, il a pris la poudre d’escampette, quitté Toulon, abandonné les bancs d’une école de commerce, pour planter la caravane de ses rêves à Pékin, puis au Yunnan qu’il n’a jamais quitté depuis 13 ans.

C’est ici au Shangri La et nulle part ailleurs qu’il s’est fixé, pour continuer sa destinée d’homme aux semelles de vent. Rien n’arrête l’âme fugitive de ce jeune nomade de 33 ans, « ivre de Chine », au profil d’aigle et au regard de tartare. Comme Kerouac, il n’y a que la route qui puisse apaiser le vide étrange qui le dévore. Comme Tintin (son surnom), il ne soigne son angoisse que par l’action et l’adaptation au vaste monde qu’il parcourt. Ne serait-il pas un alter ego de Joseph Conrad, polonais déraciné comme lui et éternel exilé ?

« Tintin » de Slizewicz parle le chinois et le tibétain, réalise des reportages, des documentaires, écrit des livres sur ses voyages en Chine ou sur les minorités méconnues du Tibet. Il est un talentueux transmutateur de rêves comme le fut la grande Alexandra David-Néel, ou le génial père Huc. La tête dans les nuées, les pieds sur les sentiers, avec sa caravane de mulets et de yaks, on chemine au pays des horizons perdus, comme à la recherche d’un Graal inaccessible.

Mais la route qui mènera ce Tintin vers ce que son cœur désire, est encore longue. Sa vie aventureuse est à peine commencée, car selon un dicton chinois « la vie ne commence qu’à 40 ans » ! Il vient d’acquérir une ferme à Shangri La, qui sera la base de ses futures expéditions. Karen Blixen disait dans Out of Africa : «I had a farm in Africa ». Constantin le Magnifique peut déjà dire : « j’ai une ferme au Tibet ».

Fiche pratique

Olivier Page
Pour préparer votre séjour, consultez notre fiche Chine.

Comment y aller ?

Pas de vol direct pour Kunming, capitale du Yunnan. Vols avec correspondance à Shanghai ou Guangzhou avec China EasternChina Southern à partir de 725 € l’A/R.

À Kunming

Yunnanguide : qualité et sérieux pour cette agence dirigée par deux français (dont Ivan), expatriés depuis longtemps au Yunnan qu’ils connaissent bien. Ils parlent le chinois. E-mail : ivan@yunnanguide.com Port : 15198878301.

À Yuhu (près de Lijiang)

- Nguluko Guest House (Xue Song Ke Zhan) : au village de Yuhu, 20 kilomètres au nord de Lijiang. Port : 13988819129 ou 13988838431. Compter 200 ¥ (20 €) la nuit pour 2 personnes incluant les trois repas (pension complète).

À Dali

- The Dali Hump Hostel : dans le haut de la rue Hong Long Jing, avant d’arriver à la voie express de l’ouest. Tél. : 267-69-33. Dortoirs mixtes de 6 à 12 lits : lit 20 ¥ (2 €). Chambres doubles (avec bains) : 100 ¥ (10 €). Un peu à l’écart de l’agitation, très belle auberge de jeunesse (pas de limite d’âge) tenue par un groupe d’artistes et de musiciens.
- The Jade Emu Hostel : près de la porte Ouest, à 5 minutes à pied du centre de Dali. Tél. : 267-73-11. Port : 13887232726. Double 120 ¥ (12 €). Une des plus belles auberges du Yunnan, qui a reçu des prix et des récompenses pour la qualité des lieux et son accueil.
- The Linden Centre & Hotel : 5, Cheng Bei, Xizhou. Tél. : 0872-245-2988. Port : 15969513371. Double à 700 ¥ (80 €). Repas 50-60 ¥ (5-6 €).
- Meizijing Jiujia : en descendant Renmin Lu, c’est dans la première ruelle à droite après Fuxing Lu (sur le côté droit). Tous les jours 11h-21h. Une des adresses les plus authentiques de Dali. Spécialités de champignons du Yunnan, et toutes les autres spécialités bai.

À Shangri La (ex-Zhongdian)

- Reshi Tibetan Music Studio : 68, Jinlong Jie. Tél. : 823-06-15. En face du Karma Café. Salle intime avec feu dans la cheminée. Tous les soirs dès 21h30, le patron Reshi Tsering Tan, musicien et compositeur, entonne des chants tibétains, accompagné par un petit groupe.

- Constantin de Slizewicz : Tél. : (00-86) 15894367094. chinereelle@gmail.com. Il a écrit deux beaux livres : Peuples oubliés du Tibet (Perrin, 2007) et Ivre de Chine (Perrin, 2010). Propose des randonnées dans les montagnes avec nuitée sous des tentes spécialement aménagées pour les treks et projette d’ouvrir (2011) des chambres d’hôtes dans sa « ferme tibétaine ». Excursions avec des caravanes de chevaux et de mulets.

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