Rochefort, l’appel du large en Charente-Maritime

05 juin 2025

La formidable maison de Pierre Loti rouvre ses portes à Rochefort, ville immortalisée au cinéma par les Demoiselles de Jacques Demy. Et si on en profitait pour redécouvrir cette cité pas comme les autres de Charente-Maritime ?
Rochefort est intimement liée à son arsenal maritime : construit à partir de 1666, il lui a permis de se développer en bord de Charente. Sa position peut sembler étonnante : non pas à l’embouchure, mais à 15 km de l’océan, pour mieux prévenir d’éventuelles attaques.
Classée Ville d’art et d’histoire, cette cité de 24 000 habitants possède un centre ancien très bien conservé et homogène : l’élégante architecture du XVIIe siècle lui donne du cachet, avec de magnifiques bâtiments aux façades en pierre calcaire immaculées, ornées de moulures et décors sculptés.
Quant aux palmiers et aux bassins du port de plaisance, ils apportent de la douceur de vivre, tout comme la promenade piétonne le long du fleuve. Sur l’autre rive, les étendues de marécages et roselières contrastent avec la blancheur du cœur historique.



Rochefort, de Louis XIV à Jacques Demy

À mi-chemin entre Nantes et Bordeaux, Rochefort n’est qu’une bourgade de quelques centaines d’habitants quand Louis XIV décide d’y implanter un arsenal de premier plan. Son objectif : redorer le blason de la marine royale, en très mauvais état lors de son arrivée au pouvoir au milieu du XVIIe siècle. Les travaux sont lancés en 1666 et, quinze ans plus tard, la ville compte 15 000 âmes !
Les activités liées au chantier naval militaire se déploient sur 2 km le long de la Charente : tonnellerie, fonderie, voilerie, poudrières, etc. Le fleuve présente un double avantage. Il sert de voie d’approvisionnement en matériaux. Mais aussi de rampe de lancement vers la mer pour les embarcations construites de toutes pièces, ou bien réparées et armées sur place.
Au total, jusqu’à sa fermeture en 1927, 550 navires neufs sont sortis de l’arsenal de Rochefort, dont les plus gros au monde, équipés de 120 canons. Le premier bateau à vapeur et le premier sous-marin français, baptisé le Plongeur, sont nés à Rochefort.

Tout cet écosystème a façonné l’organisation de la vieille ville, dont les rues sont structurées en damier, autour du centre névralgique constitué par une belle place carrée. Désormais baptisée place Colbert, elle rend hommage à celui qui fut chargé de mener les grands travaux par le Roi-Soleil, ce dernier n’ayant jamais mis les pieds à Rochefort…
À présent, les pas des visiteurs les mènent sur les traces de ce glorieux passé, dans un jeu de piste consistant à retrouver la fonction d’origine des bâtiments à travers la ville. La poudrière accueille événements et concerts. La fonderie est devenue le siège de la Ligue pour la protection des oiseaux. La direction de l’artillerie s’est transformée en hôtel. Et l’ancien magasin aux vivres, qui était le plus grand de France au XVIIe siècle, abrite une résidence ainsi que des bars et restaurants.
La ville charentaise est associée à la célèbre comédie musicale de Jacques Demy, Les Demoiselles de Rochefort, sortie en 1967. Pour le tournage en décors naturels, le réalisateur n’a pas lésiné sur les moyens, faisant repeindre les façades en blanc étincelant et les volets en couleurs vives. Il a même failli parer de rose l’immense structure métallique du pont-transbordeur qui, depuis 1900, enjambe la Charente à la limite sud de la commune ! Il fonctionne encore, d'avril à octobre, pour les cyclistes et les piétons. Au début du film, c’est en l’empruntant que les forains arrivent en ville, avant de s’installer sur la place Colbert. Aujourd’hui, cette dernière est agrémentée de deux statues bigarrées à l’effigie des héroïnes : les jumelles nées sous le signe des Gémeaux, Solange (jouée par Françoise Dorléac) et Delphine (interprétée par sa sœur, Catherine Deneuve).
Les musées de Rochefort à visiter

Pour compléter la balade dans les rues de Rochefort, trois permettent d’en savoir plus sur l’histoire de la ville.
Le musée Hèbre explique comment la cité nouvelle s’est bâtie, adossée à la construction navale. Dans un ancien hôtel particulier du XVIIIe siècle, la muséographie interactive met en valeur plusieurs types de collections : sur l’histoire de la ville, avec le superbe plan-relief conçu en 1835 par Touboulic ; sur les œuvres classiques reflétant les beaux-arts ; et sur les objets ethnographiques rapportés d’Asie, d’Afrique et du Pacifique par les navigateurs.

Le musée national de la Marine de Rochefort regroupe deux entités distinctes, dont l’hôtel de Cheusses (XVIIe siècle). C’est le plus ancien bâtiment civil de la ville, autrefois utilisé comme résidence par les commandants. À travers des tableaux, des maquettes et des instruments de navigation, il relate la création de l’arsenal et les étapes de la fabrication des bateaux dans cette usine à ciel ouvert et… les pieds dans l’eau ! Les nombreuses maquettes fascinent par leurs détails et leur état de conservation, comme celles du Royal 1710 ou du Plongeur, le premier sous-marin de la marine française. Jules Verne s'en serait inspiré pour le Nautilus et le submersible a été testé, au milieu du XIXe siècle, dans le bassin à côté du musée.
La seconde entité est l’ancienne école de médecine navale qui n’est ouverte qu’aux visites guidées. Créée en 1722, ce fut le premier établissement au monde à enseigner la chirurgie navale. Elle permit aussi de former les médecins militaires à des maladies importées d’autres pays. Sa fantastique bibliothèque rassemble environ 25 000 ouvrages et son cabinet montre des écorchés, des crânes de bagnards, des êtres difformes, des prothèses et des instruments médicaux anciens.
Dans l’une des formes de radoub de l’arsenal, un navire – toujours immobile – est amarré : l’Accro-mâts permet aux petits et grands matelots, amateurs de sensations fortes, de grimper à 30 m de haut et de circuler dans les gréements.
Corderie royale et Pierre Loti : les icônes de Rochefort

Pour appréhender de manière concrète l’une des activités de l’arsenal, direction la Corderie Royale. À l’approche de ce majestueux édifice surnommé le « Versailles de la mer », on se figure mieux le gigantisme des infrastructures. Large de 8 m, il s’étire sur 374 m ! On y fabriquait les cordages d’une encablure, c’est-à-dire 195 m, en torsadant des fibres de 300 m de long.
L’architecture du premier bâtiment industriel de l’arsenal, construit de 1666 à 1669, suscite l’admiration par son style classique harmonieux. À l’intérieur, la visite débute par une vidéo sur l’histoire des lieux dont la fonction première cessa en 1862, à cause de la concurrence des câbles en acier. L’exposition progresse selon les phases d’élaboration, en partant de la fibre de chanvre, suivie du fil puis du cordage et enfin du gréement. Des ateliers permettent de s’initier au matelotage, l’art de faire des nœuds, utiles ou décoratifs.

Autre grand voyageur, l’écrivain Pierre Loti est natif de Rochefort. Rouvrant ses portes le 10 juin 2025 après 12 ans de travaux, la maison Pierre Loti invite à une fascinante plongée dans l’univers imaginaire de ce conteur exceptionnel.
Né Julien Viaud en 1850, il a fait de sa demeure natale, et des deux maisons mitoyennes, un théâtre pour garder vivants ses souvenirs de périples. En effet, l’auteur de Pêcheur d’Islande (1886) et Ramuntcho (1897) a sillonné le globe en tant qu’officier de marine.
Grand collectionneur, il a rempli ses malles d’objets exotiques et décoré son domicile en s’inspirant de l’Orient ou plus loin encore. Un cadre extravagant dans lequel l’académicien organisait des fêtes tout aussi fantasques réunissant, par exemple, plus de 200 invités en costumes chinois…
En juillet-août, dès que la nuit est tombée, l’arsenal se transforme en un parcours féerique d’environ 1 km : Oceana Lumina, avec sons et lumières oniriques ou projections originales sur les murs, pour un spectacle nocturne immersif et familial.
Fiche pratique
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Office de tourisme de Rochefort
Office de tourisme des Charentes
Comment y aller ?
– En train : la gare de Rochefort est directement reliée à celles de La Rochelle, La Roche-sur-Yon, Nantes, Bordeaux et Angoulême desservies par TGV de Paris-Montparnasse et d’autres gares françaises
– En voiture : Rochefort se trouve à 35 min de La Rochelle, 1 h 50 de Bordeaux, 2 h 10 de Nantes et 4 h 50 de Paris
Bonnes adresses
– Hôtel Roca Fortis : 14, rue de la République. Chambre double à partir de 80 €. Au cœur de la ville, une adresse intimiste de 16 chambres, parfois décorées selon un thème (Pierre Loti, Les Demoiselles, L’Hermione). Certaines donnent sur le petit jardin à l’arrière ou sur le patio, agréable pour prendre le petit déjeuner en été.
– La Petite Kabane : 38, rue Audry de Puyravault. Du lundi au vendredi 12h-15h. Formules 19-23 €. Plats 13 €. Dans un décor de mobilier chiné, cette petite table écoresponsable propose une courte carte créative de 3 entrées, 3 plats et 3 desserts qui changent en fonction de l’approvisionnement local. C’est frais, c’est sain, c’est bon et de saison…
– La Cantina : 14, quai aux Vivres. Tlj 12h-14h et 18h-23h (2h vendredi et samedi). Dans les belles caves voûtées aux pierres apparentes des anciens magasins de vivres est installé un bar festif proposant cuisine italienne, concerts et DJ. Aux beaux jours, des tables sont aussi sorties sur le quai. Mais le chef Grégory Coutanceau ne s’est pas arrêté au rez-de-chaussée… Il investit l’étage avec son restaurant bistronomique Vivre(s) et même le toit-terrasse en été pour grignoter des tapas en soirée, avec belle vue sur le port.
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