Vallée de la Charente, voyage en douce France

15 avril 2025

La dolce vita règne sur les bords de la Charente. Nature verdoyante, villes et villages de charme, vignobles et îlots paisibles, patrimoine qui remonte à l'Antiquité, art de vivre et bons produits dont l'un des fleurons est le cognac, cet elixir mondialement connu...
S'étirant jusqu'à l’Atlantique, la vallée de la Charente se découvre aisément en mode slow en privilégiant les mobilités douces comme la péniche ou le vélo.
D'Angoulême à Rochefort, en passant par Jarnac, Cognac et Saintes, voilà un périple à travers un pays de cocagne et une terre d'histoire, à faire dès les beaux jours en prenant son temps pour savourer la douceur charentaise...



Vallée de la Charente : péniche, bateau ou vélo

La Charente, qui s’étire sur 360 km de Chéronnac, en Haute-Vienne, à l’Atlantique, est un paradis vert aux eaux claires qu’il est agréable de découvrir en prenant son temps. Notamment en voguant tranquillement sur sa partie navigable, qui commence un peu en amont d’Angoulême et mène jusqu’à l’estuaire.
Pour parcourir les 170 km qui séparent Angoulême de Rochefort, il faut compter deux semaines, en franchissant des écluses pour la plupart manuelles. Il y en a 21 au total, dont seulement deux dans le département de Charente maritime.

Au-delà des péniches et bateaux avec ou sans permis, habitables ou non, il est possible de faire des sorties plus courtes. Soit lors de croisières organisées et commentées, notamment à Saint-Simon, Jarnac, Cognac ou Saintes. Soit sur un canoë, un kayak ou un paddle, à louer un peu partout : ils permettent d’explorer les nombreux bras de la Charente, encore plus sauvages et calmes que le lit principal.
Autre mobilité douce, la petite reine : grâce à la Flow Vélo, itinéraire aménagé pour les cyclistes, ces derniers peuvent pédaler en suivant la Charente, à travers des paysages plats composés de vignes, prairies, marais, peupleraies et roselières… Depuis son inauguration à l’été 2020, la Flow Vélo n’a cessé de grandir pour atteindre 400 km entre Sarlat et l’océan. Alors, en route !
La vallée de la Charente d’Angoulême à Saint-Simon

Angoulême doit sa richesse au fleuve qu’elle domine depuis un plateau où est perché le centre ancien, avec son château-hôtel de ville, de nobles demeures et une imposante cathédrale. La Charente a permis à la ville de commercer, mais aussi de fabriquer du papier, dès le XVIe siècle. Comme le vélin, réputé au-delà des frontières pour sa qualité, liée à la pureté des eaux de la Charente et de ses affluents.
C’est dans un ancien moulin dédié à cette activité qu’est installé le musée du Papier qui retrace cet héritage. Non loin, les chais posés sur la rive hébergent la Cité de la bande dessinée et de l’image, qui s’est développée à partir du célèbre Festival international de la bande dessinée, organisé tous les ans depuis 1974.
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D’Angoulême, la descente du fleuve en bateau peut débuter par exemple sur une embarcation louée entre deux jours et deux semaines à Sireuil, auprès d’Inter-Croisières. À moins de préférer le vélo…
Dans tous les cas, un premier stop s’impose à Mosnac-Saint-Simeux, commune adossée aux coteaux couverts de vignes et qui a conservé ses essacs, des pêcheries remontant au XIIIe siècle : au milieu du cours d’eau, ces systèmes guidaient les anguilles vers des pièges immergés.
Vient ensuite le bourg de Châteauneuf-sur-Charente, avec ses hôtels particuliers et la magnifique église Saint-Pierre, de style roman. Même nom et même type d’architecture, mais en beaucoup plus petite, pour l’église du charmant hameau de Vibrac. Lui aussi possède moulins et essacs entre les rives verdoyantes des multiples bras de la Charente.

L’étape d’après est essentielle pour comprendre l’importance historique et économique du fleuve. À mi-chemin entre Angoulême et Cognac, Saint-Simon fut au centre de la construction et de la réparation des gabarres. Ces embarcations à fond plat transportaient sel, vins, cognac, matières premières ou matériaux.
Le musée de la Batellerie expose des maquettes qui montrent leur évolution au fil des siècles : elles faisaient, en moyenne, 28 m de long et près de 6 m de large. C’est en 1903 que la dernière est sortie du chantier naval de Saint-Simon.
Le village se visite via un circuit balisé passant par la mignonne petite église romane, par des venelles et ruelles qui conduisent jusqu’au mur des gabarriers, avec des graffitis de bateaux gravés aux XVIIIe et XIXe siècles. On peut aussi contempler la bourgade depuis le fleuve, lors d’une promenade à bord de la Charente, une réplique de gabarre traditionnelle.
À l’est de Châteauneuf-sur-Charente, le Bain des Dames est une aire de loisirs avec de vastes pelouses et une petite plage de sable au bord de la Charente. Elle regroupe des jeux pour enfants et des installations pour le pique-nique et la pratique sportive.
La vallée de la Charente, de Jarnac à Cognac

Faire une halte à Jarnac offre plusieurs possibilités de balades. Les sportifs opteront pour un canoë loué par Ouest Charente Outdoor qui propose aussi la formule « vélo-cano », combinant la sortie fluviale avec un tour à bicyclette… Autres possibilités : piloter un bateau habitable et sans permis affrété par la compagnie Le Boat ou monter à bord du Béthanie pour une croisière avec ou sans repas.
En chemin, les maisons de cognac (qui se visitent) défilent sur les berges. La ville a prospéré grâce à ce spiritueux haut de gamme et elle est également renommée pour un illustre enfant du pays : François Mitterrand est né ici en 1916 (sa maison natale est ouverte au public) et il fut enterré au cimetière communal en 1996.
Dans un ancien chai, un musée rassemble les cadeaux officiels reçus par le président de la République et des maquettes de grandes réalisations durant ses deux mandats (BnF, Opéra Bastille, arche de la Défense…).
Belle église romane, joli pont et alcool, c’est la recette locale que l’on retrouve à Bourg-Charente, dominé par le Château Marnier-Lapostolle, berceau de la liqueur Grand-Marnier.

À Cognac, les producteurs de la célèbre eau-de-vie éponyme sont nombreux à avoir pignon sur rue. À commencer par Baron Otard, dans le château natal de François Ier ! Les marques distillent leurs secrets de fabrication lors de visites guidées avec dégustation, à compléter par la visite du musée des Savoir-faire du cognac.
Il suffit ensuite de marcher quelques pas pour rejoindre les quais et embarquer sur La Demoiselle, qui vogue calmement d’avril à octobre pour un tour de deux heures. Pour ceux qui souhaitent prendre les choses en main, et le gouvernail, les Canalous proposent, à la demi-journée, à la journée ou plus longtemps, des bateaux sans permis pour deux à douze passagers.
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Environ 15 km en aval de Cognac, à Dompierre-sur-Charente, une embarcation insolite permet de traverser gratuitement la Charente pendant l’été : un bac à chaîne… manuel ! Un autre bac à chaîne, motorisé cette fois, a la même mission, 5 km plus loin : c’est celui de Chaniers, qui est en service de mi-avril à mi-septembre. Ce village possède d’autres attraits : une remarquable église fortifiée au XVe siècle, une plage au bord du fleuve et un grand moulin du XVIIe siècle, avec base de loisirs pour louer paddle et canoë.
La vallée de la Charente, de Saintes à Tonnay-Charente

L’arrêt à Saintes s’avère incontournable pour le patrimoine exceptionnel de cette localité de 28 000 habitants, à parcourir selon la ligne verte qui sert de guide sur 2,5 km. Elle permet de remonter loin dans l’histoire de la région, avec les arènes érigées vers l’an 40 de notre ère.
Elles présentèrent des combats de gladiateurs ou d’animaux pendant 150 ans, devant environ 15 000 spectateurs ! Cet amphithéâtre, dont les gradins sont adossés au vallon, fait 126 m sur 102 m.
Toujours à l’époque gallo-romaine, l’arc de Germanicus, emblématique monument à deux arches, marquait l’entrée de la ville.

Mille ans plus tard, c’est un chef-d’œuvre de l’art roman qui est apparu : la basilique Saint-Eutrope et sa vaste crypte. Le XIe siècle florissant a aussi connu la création de l’abbaye aux Dames. Cette ancienne institution bénédictine, à l’extraordinaire façade, fut l’une des plus riches de France, bénéficiant du droit de rendre justice et de battre monnaie.
Les lieux accueillent aujourd’hui la cité musicale, programmant concerts et festivals toute l’année. Munis d’un audioguide, les visiteurs sont entraînés dans le voyage sonore Musicaventure qui relate le glorieux passé, du cloître jusqu’en haut du clocher…
Les possibilités de croisière sur la Charente ne manquent pas, par exemple sur le Bernard Palissy III, au moteur fonctionnant à l’énergie solaire, mais aussi dans une gabarre, un bateau électrique sans permis, un canoë ou encore une pénichette habitable de Locaboat.

Le périple se poursuit via Taillebourg, aux rues tortueuses qui grimpent jusqu’à sa forteresse. Édifiée au XIe siècle, elle fut assiégée à maintes reprises, notamment par Richard Cœur de Lion, démantelée puis reconstruite. La tour et les remparts limitant le grand parc dominent toujours la vallée de la Charente. Sacré panorama !
À moins de 10 km, Saint-Savinien, estampillée « petite cité de caractère » était l’un des ports principaux de la Charente qui s’est développé le long de la berge escarpée. Sur les hauteurs, une adorable église romane et les tourelles d’un castelet, sur les quais ombragés des demeures cossues, et, partout, l’esprit bohème d’artisans et d’artistes installés au fil des ruelles.

L’arrivée dans l’estuaire se précise à l’approche de Tonnay-Charente, qui fait partie de l’agglomération rochefortaise. Le superbe pont suspendu du XIXe siècle, l’un des plus anciens de France, s’élance sur 620 m : désormais réservé aux piétons et aux cyclistes, il sert de trait d’union entre le centre ancien et l’autre côté du rivage, couvert de marais et prairies.
Son impressionnante structure, qui rappelle des voûtes d'ogives, le maintient à 23 m au-dessus des eaux saumâtres. Cette hauteur permettait le passage des bateaux, car Tonnay fut, au XVIIIe siècle, le point de départ des exportations de cognac. En témoignent les élégantes maisons d'armateurs et de négociants qui jalonnent les quais.
À Saint Savinien, la Charente se divise en deux au niveau de l’île de la Grenouillette, qui abrite le Port Miniature : d’avril à septembre, les enfants jouent aux capitaines sur des modèles réduits de ferry, cargo, remorqueur, etc. Dans la même commune, du côté de la base nautique, Les Canotiers louent bateaux électriques, kayaks, paddles et canoës.
La vallée de la Charente, de Rochefort à l’embouchure de la Charente

L’odyssée charentaise se termine en apothéose avec une escale à Rochefort, Ville d’art et d’histoire. Elle séduit par la cohérence et l’harmonie de son architecture. Cette unité s’explique par le fait que la cité s’est développée au XVIIe siècle en même temps que l’arsenal maritime voulu par Louis XIV.
À partir d’une page blanche sur les bords de la Charente, l’urbanisme a été imaginé en fonction des chantiers navals. Le musée Hèbre retrace la naissance de Rochefort. De leur côté, le musée national de la Marine et l’ancienne école de médecine navale se focalisent sur l’essor des activités liées à la Marine nationale.

L’incroyable Corderie royale, quant à elle, fascine par sa taille (374 m de long) et son allure classique qui l’apparente plus à un palais qu’à une usine de cordages ! L’exposition accompagnée d’ateliers permet de tout savoir sur les nœuds marins. De plus, les nuits d’été, le circuit Oceana Lumina sublime le site par un spectacle mariant sons, lumières et projections vidéo.
Le Roi-Soleil a voulu implanter son plus bel arsenal maritime 15 km dans les terres pour le protéger. L’estuaire de la Charente assurait la connexion avec l’océan. Actuellement, plus de 300 km de chemins permettent de le sillonner, à moins de préférer le kayak ou le paddle.

Quand il s’agit de traverser le fleuve, piétons et cyclistes peuvent emprunter, d'avril à octobre, le monumental pont-transbordeur, qui laisse passer les voiliers grâce à sa structure s’élevant à plus de 50 m. Mis en service en 1900, il transporta des véhicules jusqu’en 1967. C’est l’unique exemplaire ayant subsisté en France et l’un des huit restant dans le monde.
Avant d’atteindre l’Atlantique, d’autres silhouettes singulières attirent le regard : des carrelets, ces filets de pêche suspendus depuis des cabanes en bois sur pilotis que l’on retrouve, notamment, à Port-des-Barques. C’est ici, à l’embouchure du fleuve qu’il est temps de quitter, à regret, la Charente…
Pour protéger l’arsenal des ennemis potentiels, l’estuaire fut équipé d’un système de défense. Il est constitué du fort Lupin, rive gauche, du fort Lapointe, en face, du fort de l’île Madame ou encore du fort Vauban à Fouras-les-Bains, devenu musée régional sur l’histoire militaire et balnéaire.
Fiche pratique
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Office de tourisme de Saintes et Saintonge
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Comment y aller ?
- En train : Angoulême est desservie en TGV de Paris-Montparnasse. Les TER desservent Angoulême, Châteauneuf-sur-Charente, Jarnac, Cognac, Saintes, Saint-Savinien, Tonnay-Charente et Rochefort.
Bonnes adresses
– Quai des Pontis :16, rue des Pontis, 16100 Cognac. Le site d’une ancienne usine a été transformé en un ensemble hôtelier convivial, au calme en bord de Charente. La vieille cheminée en brique sert de repère dans le vaste parc – agrémenté d’une piscine – qui accueille une trentaine d’hébergements répartis entre roulottes, cabanes sur pilotis et chambres aménagées dans l’ex-fabrique de carton. Déconnexion garantie, tout en restant proche du centre-ville… Chambre double à partir de 88 €. Fermé 15 jours à Noël.
- Abbaye aux Dames : 11, place de l&rsqu o;Abbaye, Saintes. Tél. : 05 46 97 48 48. Au premier étage de l’abbaye bénédictine fondée en 1047, les cellules ont été aménagées en une trentaine de chambres d’hôtel avec vieilles pierres apparentes, parquet et plafond voûté. Si le confort n’est pas aussi sommaire qu’au temps des nonnes, il n’y a pas de télé et les sanitaires sont collectifs pour la plupart des hébergements. Chambre double à partir de 80 €.
– Iode : 89, av. Gambetta, 17100 Saintes. De jeudi à lundi midi et soir. Menus 18,50-37 €. Plats 22-29 €. Dans le centre de Saintes, la table spécialiste du poisson annonce la couleur dès la salle tout en longueur, à la jolie déco marine, épurée et contemporaine. Le chef, natif de l'île d'Oléron, accompagné d’une équipe aux petits soins, prépare des plats subtils et bien présentés, aux touches méditerranéennes ou japonaises.
– Chez les filles : 36, rue du Pérat, 17100 Saintes. Lundi-vendredi au déjeuner. Formules 22-24 €. Plats 15 €. La cave à vins au chaleureux cadre rétro ne se contente pas de vendre de bonnes bouteilles. Elle propose des plats sans prétention et d’un bon rapport qualité-prix, élaborés avec des produits frais et de saison.
– Roseaux et Bocaux : 78, av. Jacques Demy, 17300 Rochefort. Tlj 10h-19h (horaires plus restreints l’hiver mais ouvert pour le déjeuner et le goûter). Formules 19-23 €. Plat 13 €. Près de l’imposant pont-transbordeur de Rochefort qui traverse l’estuaire de la Charente, cette cabane moderne met en bocal ses recettes aux influences orientales et asiatiques, dans une démarche locavore, éco-responsable et zéro déchet.
– Comptoir 17 : 2, place du Lavoir, 16100 Cognac. En été tlj midi et soir (sinon fermé dimanche). L’ancienne station de pompage municipale, transformée en bar-restaurant, s’apprécie surtout en mode tapas, à partir de 19 h et jusque tard le soir si l’esprit est à la fête. Depuis sa vaste terrasse, elle rivalise avec l’ambiance guinguette qui règne sur l’autre rive de la Charente, chez Les copains d’abord. Il suffit de traverser l’élégant Pont Neuf pour faire la tournée des grands-ducs !
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