Un peu d'histoire Marseille

La fille de Phocée

La cité est née de la rencontre de la mer et de la terre. On ne sait pas grand-chose du mariage de Protis le Phocéen (Grec d'Asie Mineure) avec Gyptis la Ségobrige (un peuple celto-ligure). Comment rêver d'un mythe fondateur mieux adapté à ce qui sera pendant 26 siècles la vocation même de Marseille : l'ouverture au monde ?
Quant à la date arbitraire de sa naissance (600 av. J.-C.), les découvertes archéologiques les plus récentes, en bordure du Lacydon (le Vieux-Port, autrement dit), ne cessent d’en affiner la probabilité à quelques dizaines d’années près.

Les Marseillais créent aux siècles suivants une série de comptoirs portuaires, qui ajoutent encore à leur richesse.
Vers 340 av. J.-C., à l'époque d'Alexandre le Grand, Massalia va connaître son premier grand homme : Pythéas, qui symbolise la vitalité commerciale et scientifique d'une ville qui sut rester pendant des siècles, y compris sous la domination romaine, le conservatoire occidental de la culture grecque.

La ville chrétienne

Marseille est l'alliée des Romains. Mais la ville refuse de choisir César contre Pompée. Au terme d'un siège, les Marseillais doivent capituler en 49 av. J.-C. César triomphe et se contente d'établir sa domination sur la ville.
Massilia, pour parler comme les Romains, connaît une embellie spirituelle avec l'arrivée en 415 de Jean Cassien, un moine voyageur pétri des expériences orientales du monachisme. Cassien installe deux communautés monastiques.

Au même siècle, Marseille dispose déjà du plus grand baptistère des Gaules (aujourd’hui disparu, sous l’actuelle cathédrale), et les débats de prêtres éminents.

Désormais gardienne des lettres grecques et latines, l’Église va préserver tant bien que mal, malgré les troubles internes, les pressions barbares puis sarrasines, des bribes de culture classique, jusqu’au redressement matériel et intellectuel des XIe et XIIe siècles.

Du pouvoir communal au rattachement national

À partir du XIIIe siècle, le pouvoir de la Commune s'affirme quelque temps selon le modèle italien sous l'impulsion des négociants et grâce à l'accroissement du trafic portuaire.
Mais en 1257, la ville doit reconnaître la domination de Charles d'Anjou, comte de Provence. Après quelques velléités de résistance, elle se montre fidèle à ses successeurssous la reine Jeanne, puis la deuxième maison comtale Anjou-Provence et son principal représentant, le roi René (1434-1480).
Marseille a connu les troubadours, qui ont diffusé les formes poétiques de la langue d'oc. Elle a édifié un important chantier de constructions navales.

En 1362, Guillaume Grimoard, abbé de Saint-Victor, devenu pape en Avignon sous le nom d’Urbain V, fait bénéficier la ville et son ancienne abbaye de largesses qui donnent au bâtiment son allure générale.
Au XVe siècle, alors que Marseille souffre déjà depuis quelques décennies d’un marasme ambiant, la rivalité maritime qui l’oppose aux Catalans mène à la catastrophe de 1423. L’escadre du roi d’Aragon, allié des Catalans, s’empare de la ville et la livre au pillage.

Un moment abandonnée par nombre de ses habitants, la ville se rétablit assez vite. Elle reprend ses activités maritimes, bénéficiant de l’installation des foires de Lyon, qui lui offrent de nouveaux débouchés. Jacques Cœur, argentier de Charles VII et armateur d’une importante flotte, abandonne son comptoir de Montpellier et vient s’établir à Marseille, dont il devient citoyen en 1446, pour commercer avec le Levant. S’ouvrent alors 35 années d’expansion commerciale et économique qui préludent au rattachement de Marseille, comme on l’appelle désormais, et de la Provence au royaume de France (1481-1482).

Soumis ou insoumis

Aux XVIe et XVIIe siècles, les rapports de Marseille avec le pouvoir royal sont marqués par des alternances de fidélité et de révolte, reflet des factions qui s'affrontent dans le pays comme dans la cité. Fidélité d’abord à François Ier, qui la visite plusieurs fois, la dote des fortifications de Notre-Dame-de-la-Garde et du château d’If. Il bénéficie en 1524 de sa résistance héroïque contre les troupes de Charles Quint aux ordres du connétable de Bourbon. C’est aussi à Marseille qu’il fait célébrer par le pape Clément VII le mariage de son second fils, le futur Henri II, avec Catherine de Médicis.

Les relations privilégiées que la France initie avec l'Empire ottoman, qui accorde au commerce français des privilèges dans le Levant, vont assurer la fortune de la ville. Charles de Casaulx, exerce sur la cité phocéenne un pouvoir fort et indépendant, qui n’exclut pas certaines réussites administratives, urbanistiques et culturelles.
Ville rebelle, Marseille se place en janvier 1596 sous la protection de Philippe II d'Espagne et se prépare à soutenir un siège face aux troupes du duc de Guise, lorsqu’un complot intérieur mené par Libertat aboutit, le 17 février, à l’assassinat de Casaulx et à la soumission des Marseillais à Henri IV.

Trois ans plus tard, le 5 août 1599, le Conseil de ville décide de nommer chaque année quatre négociants députés du commerce pour surveiller les affaires de négoce. C’est l’origine de la première chambre de commerce créée dans le monde. Un an encore et, le 3 novembre 1600, Marseille fait un accueil chaleureux à Marie de Médicis venue en France pour épouser Henri IV. Les frictions avec le pouvoir sont effacées... jusqu’à la prochaine incartade.

Ainsi, dans la première moitié du XVIIe siècle, la famille Valbelle exerce-t-elle sur Marseille un pouvoir qui, tout en respectant le roi, vise à une certaine autonomie. La situation s’aggrave lorsqu’en 1660, les consuls nommés par le roi sont chassés de l’hôtel de ville. Louis XIV, suivi de sa cour, entre en conquérant dans la cité, l’occupe militairement, désarme la population et fait construire citadelle et fort (Saint-Jean et Saint-Nicolas) destinés à la maintenir dans l’obéissance.

La montée en puissance aux XVIIe et XVIIIe siècles

Marseille connaît une nouvelle prospérité grâce à l'édit de Colbert (1669) qui lui accorde le monopole du commerce du Levant. La présence momentanée d’un petit noyau d’Arméniens se traduit, entre autres, par l’accroissement du trafic des soieries.
La ville sort de ses anciens remparts pour tripler de superficie. Elle se dote de nouvelles promenades et d'ensembles monumentaux. Sur eux plane le souvenir de l’architecte, sculpteur et peintre d’exception que fut le Marseillais Pierre Puget.
Marseille brille alors dans les sciences de la vie et de la nature à travers quelques-uns de ses pères Minimes, grands voyageurs, botanistes et zoologistes, tels Charles Plumier et Louis Feuillet, ou de jésuites astronomes. La ville devient un important centre faïencier, qui maintiendra sa réputation jusqu’à la Révolution française avec Leroy, Fauchier ou la veuve Perrin. Elle est enfin, grâce à Pierre Gautier, la deuxième cité de France, après Paris, à goûter aux plaisirs de l’Opéra en 1685.

La Grande Peste de 1720

En juin 1720, prise en faute dans sa fonction nationale de rempart sanitaire, la ville paie un lourd tribut au fléau venu du Levant, qui tue en quelques mois 40 000 Marseillais, soit la moitié de la population.
La cité portuaire opère un redressement démographique spectaculaire qui, grâce à l'accueil de nombreux immigrés, renforce son cosmopolitisme traditionnel.

Ses navires achèvent d'en faire non seulement le premier port méditerranéen, mais un port mondial.
Les créations des Académies de musique, des belles lettres et de peinture affirment aussi un élan culturel qui s'inscrit dans le mouvement général des Lumières.

La période révolutionnaire

Tôt entrés en Révolution, les Marseillais lèvent en juin 1792 un bataillon de volontaires pour défendre Paris face aux Autrichiens. Au terme d'une marche d'un mois, au cours de laquelle ils font entendre le « Chant de guerre de l'Armée du Rhin » composé par Rouget de Lisle, qui deviendra Marseillaise, les volontaires arrivent à Paris et deviennent, le 10 août, les héros de l'effondrement de la monarchie.

Un an et demi plus tard, compromise dans le mouvement fédéraliste, la ville est mise au ban de la nation par les jacobins : pendant un mois, début 1794, Marseille devient la « Ville sans nom » ! Saisissant raccourci des multiples rebondissements et des renversements d’image que la ville n’a cessé de subir dans toute son histoire. Et la période qui suit, de la Terreur révolutionnaire à la chute du Premier Empire et à la Terreur blanche, reste fertile en événements douloureux répressions, démolitions de bâtiments, pénurie, chute démographique...
C'est une ville largement acquise au retour de la royauté que découvre la Restauration. Mais l'ultraroyalisme et l'ultracatholicisme n'y font pas recette longtemps face à la montée d'un fort courant libéral et à une large tolérance vis-à-vis des minorités religieuses protestante, juive et othodoxe.

Le divorce politique tourne au système : après avoir repoussé Napoléon au profit de Louis XVIII, Marseille le boude, ainsi que Charles X ; la ville rêve de République à la fin de la monarchie de Juillet et s’insurge, en juin 1848, avant Paris. Elle s’oppose pendant 20 ans à Napoléon III et, sous la République modérée, sera l’une des premières villes en France à voter, en 1892, pour une municipalité socialiste !

Rêves et triomphes : le Second Empire

De 1830 à 1880, Marseille connaît un essor qui lui fait sérieusement envisager de devenir l'une des capitales économiques du monde, à l'égal de Londres ou de New York. Sous la Monarchie de Juillet, déjà, la ville a entrepris de profondes mutations.

Ses industries traditionnelles (huile, savon, sucre...) se modernisent et se développent, ainsi que sa chimie, ses constructions mécaniques et navales, entraînant l’essor rapide de sa navigation à vapeur et de ses grandes compagnies (Messageries impériales puis maritimes) qui poussent leurs relations sur toutes les mers du monde et attendent plus encore (et trop !) de l’ouverture du canal de Suez (1869).

C’est aussi sous le Second Empire que la ville se dote de nombreux grands édifices publics civils ou religieux. De multiples et luxueux lieux de spectacles ou de loisirs s’installent autour de sa Canebière.

À l'épreuve du XXe siècle

Des réalisations spectaculaires ont marqué l'imaginaire de la ville d'une empreinte symbolique : fêtes du XXVe centenaire en octobre 1899 ; fondation de l'Olympique de Marseille (la même année) ; construction du pont transbordeur (1904), bombardé en 1945 ; organisation en 1906 et 1922 des deux premières Expositions coloniales de France.

Peuplée de 500 000 habitants autour de 1900, Marseille, cité-refuge, reçoit dans les années 1920, par dizaines de milliers, des Arméniens et des Grecs, rescapés des massacres turcs, des Italiens (les plus nombreux) fuyant le fascisme et, plus tard, des juifs voulant échapper au nazisme.

Mais c'est, pour lors, une ville perdue de réputation par son cosmopolitisme jugé négatif, par la mainmise passagère de la pègre des Carbone et Spirito politiquement appuyés par Sabiani, par la frivolité de son farniente et l'incurie supposée de ses édiles.

Une mauvaise réputation très chèrement payée en janvier-février 1943 par la destruction « exemplaire » (et sans égale en France) des vieux quartiers de la bordure du Vieux-Port, désignés comme des nids de clandestinité. Celle-ci marquera la prise en main de la zone sud par les autorités allemandes, et, avec elle, la fin des années où, port de transit de la zone libre, elle avait servi de repli aux intellectuels et artistes en rupture de ban.

Marseille attendue au tournant

Aux mutations du port et des techniques, au développement pétrolier et sidérurgique de Fos, répond une grave crise d'adaptation économique et humaine avec la disparition des industries traditionnelles, la perte des colonies et la nécessité d'absorber dans l'été 1962 plus de 100 000 pieds-noirs, tandis que les Maghrébins, venus eux aussi en grand nombre, subissent les mêmes rejets xénophobes qui, jadis, avaient atteint les Italiens.

Le « système marseillais » sera incapable de faire face à cette crise, alors que le reste de la France et de l’Europe vivra quelques belles années de croissance. Les cités vont pousser, tandis que la bourgeoisie ira investir ailleurs, notamment dans l’or blanc des Alpes.
Mais la ville de Gaston Defferre (1953-1986) marque aussi des points : Cité radieuse du maître Le Corbusier, hôpital Nord, premier CHU de France et lieu de la prestigieuse réussite d’une greffe du cœur sur Emmanuel Vitria en 1968, équipements du métro (1975-1985), installation des technopoles de Luminy et Château-Gombert... Cependant, elle rate sa communauté urbaine et s’affaiblit économiquement, démographiquement et médiatiquement.

Une fois encore, pourtant, le phénix phocéen va renaître.
L'embellie est d'abord culturelle. Préparée sous Defferre avec les ballets Roland Petit et l’ouverture de La Criée par Marcel Maréchal (1981), elle s’affirme sous ses successeurs, Robert Vigouroux et, surtout, Jean-Claude Gaudin.
Marseille renoue avec son ancienne passion pour le spectacle : les théâtres se multiplient, les créateurs reviennent à la une. La réussite des grandes fêtes populaires et multiethniques de la Coupe du monde de football (1998), du XXVIe centenaire (1999) et du troisième millénaire, ainsi que la mise en place du TGV méditerranéen ont confirmé l'attrait qu'exerce désormais la ville, notamment sur les jeunes générations et les créateurs d'entreprise.
Marseille va désormais rêver d'un autre futur avec son tramway, ses vélos en libre-service et surtout le titanesque chantier d'Euromed. Un futur auquel beaucoup auront du mal à croire, jusqu’à ce que Marseille soit choisie pour être la capitale européenne de la culture en 2013. Un événement qui aura définitivement changé l’image de la ville, dans les esprits encore plus que dans la réalité.

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