Voyage en Iran

24 août 2016

Enivrantes senteurs d'Orient, épices, échoppes débordant de merveilles, douceurs à la pistache, la Perse dont on rêve est bien celle que l'on découvre en faisant ce voyage.
L’Iran révèle de véritables perles : mosquées ornées de subtiles faïences, artisanat exceptionnel, vestiges archéologiques de cités qu'ont connues Darius et Alexandre le Grand, communautés qui préservent la flamme de croyances religieuses en voie d'extinction ailleurs...
La cerise sur le baklava de cette belle découverte, c’est indéniablement la qualité de l'accueil réservé aux voyageurs en Iran. Une population tout à la fois attentionnée, serviable, souriante... Les échanges sont fréquents, autour de sujets banals, mais aussi de vraies questions de société : certains Iraniens ne se gênent pas pour dire ce qu'ils pensent du régime théocratique de leur pays.
Et puis, on comprend vite que l'on n'a pas à vérifier 3 fois sa monnaie, qu'on commande sans commission un billet de bus à la réception de son hôtel, qu'on peut quitter son sac à dos du regard 3 minutes dans une gare routière...
Ce qui n'empêchera pas de garder la tête sur les épaules, les yeux grand ouverts et de se rappeler qu'on part à la découverte d'une République n'ayant de démocratique que le nom.
Iran ou Iran pas ?

« La Perse ? Tu vas en voir de belles choses ! » ; « L'Iran ? Mais que vas-tu faire là-bas ? » Les réactions des proches résument le dilemme du routard avant le départ.
Un pays dont les médias renvoient l’image d’excités brûlant des drapeaux occidentaux. Une société qui applaudit à des abominations telles ce « Concours de caricatures sur la Shoah » (remporté en 2016 par un… Français !). Un des Etats au monde à appliquer le plus la peine de mort (94 exécutions en 2005, 977 en 2015 !), pour des homosexuels ou des musiciens de rock entre autres.
Une « démocratie » dont les candidats aux élections sont choisis par un collège de religieux. Une contrée où la culture est passée au crible d'une censure impitoyable. Une théocratie qui viole allègrement les droits de l’homme, de la femme, de l'enfant et dont les obligations religieuses sont contrôlées par une redoutée police des mœurs : port du voile obligatoire pour les femmes, tenue correcte pour les hommes (pas de short...), pas de petits bisous entre amoureux...
Les institutions ? Même s’il ne doit pas se laisser berner, le voyageur a finalement peu l’occasion d’en ressentir le poids, outre l’obtention kafkaïenne d'un visa. Un visa dont le prix alimentera, d’ailleurs, les caisses du pouvoir, tout comme les billets de train ou d'entrée dans les sites et musées. Pour le reste, les rials dépensés en bus, artisanat, hôtellerie, restauration... ne bénéficient pas directement aux mollahs mais bien à la population.
Vous voilà prévenus… Y aller ou pas ? Chacun se déterminera en conscience : chacun sa route... en gardant l'oeil avisé !
Téhéran, capitale aux joyaux secrets

Capitale sans grand charme, Téhéran (8 millions hab.) recèle pourtant de jolis palais et musées.
Le palais du Golestan, traduisez « du jardin des fleurs », semble sorti des contes des mille et une nuits : rafraîchi en son centre par de beaux bassins, il accueille plusieurs édifices pleins d'élégance. Fines céramiques, moucharabiehs, magnifique trône de marbre. Les intérieurs, eux, multiplient les fastueux salons, que des tours du vent rafraîchissent.
Juste au sud, le grand bazar intéresse par sa typicité plus que pour y acheter des souvenirs. Il draine une foule effervescente, bousculée par le cri des charretiers à bras qui se fraient leur chemin sans grand discernement.
Vers le nord, on atteint le quartier de Bagh-e-Melli qui garde du XIXe s d'imposants bâtiments, dont le très riche musée National. On y trouve les superbes collections tirées des fouilles archéologiques effectuées en Perse : âge des "pensionnaires" parfaitement conservés, jusqu'à 8 500 ans !
Un peu plus au nord, le musée du Verre et de la Céramique propose d'intéressantes pièces, valorisées par une muséographie moderne, qu'abrite un hôtel particulier du XIXe s très cossu. Un lieu plein d'âme.
Pour finir sur un point d'orgue : les joyaux de la couronne, jalousement conservés dans les coffres de la banque d'Etat. Après avoir laissé au vestiaire appareil photo, téléphone et tablette (on garde son dentier...), ce saint des saints révèle toute la magnificence du trône de Perse. De la « simple » perle à l'indescriptible trône d'apparat, en passant par des couronnes et autres œufs de Fabergé, on en prend plein les yeux !
À l'écart du centre, histoire d’emprunter le métro moderne : la place Azadi avec son ostensible tour monumentale, bâtie juste avant la Révolution islamique, et l'ensemble palatial Sa'dabad (XXe s) dont l'immense parc accueillait les plaisirs d'été du Shah sur la fraîche pente de la montagne.
Kashan, la cachotière

De Kashan, située entre Téhéran et Ispahan, on pourrait presque ignorer les discrets trésors, pudiquement cachés par d'austères murs de pisé.
Les amateurs d'architecture seront conquis par de splendides maisons patriciennes. D'aucunes sont devenues des hébergements où coulent les heures dans de rafraîchissants jardins intérieurs. D'autres sont de vrais musées.
En franchissant leur seuil, on imagine quelque modeste masure. Puis, d'escaliers en patios, on en atteint le cœur, insoupçonnable joyau bâti pour quelque riche dignitaire ou négociant du XVIIIe s. De longues cours ponctuées de bassins servent de colonne vertébrale à des dizaines de pièces éclairées par des moucharabiehs ou de fins vitraux et chapeautées de coupoles richement ornées.
Les nervures des plafonds forment de magnifiques toiles d'araignée dans lesquelles le regard s'attrape volontiers. L'architecture réfléchie compte ses appartements d'hiver et ses quartiers d'été que des tours du vent (badgirs) rafraîchissent astucieusement.
Dans le même secteur, le Hammam du Sultan Amar Amid Ahmad est un pur bijou : pièces aux proportions parfaites où s'enchaînent voûtes et niches ; soubassements parés de carreaux vernissés ; murs et voussures gravés de motifs floraux ; superbe salle principale avec sa coupole polychrome turquoise et bleu marine et ses murs aux bas-reliefs pastel. De judicieux clochetons magnifient l'ensemble d'un doux éclairage.
Reste à découvrir : la mosquée Agha Bozorg, partiellement ruinée, mais très belle dans sa nudité de terre crue ; le très authentique bazar de Kashan, vieux de 400 ans dans sa partie la plus intéressante, avec de superbes cours intérieures éclairées par de hautes coupoles ; le jardin de Fin (XVI-XVIIe s), le plus remarquable d'Iran, secrètement niché derrière une haute clôture.
Les habitants dévoilent de bon cœur des recoins qu'on ignorerait sans leur concours. Mais qu'on s'entende bien, pas de faux guides ici : ils partagent juste le patrimoine, sans contrepartie.
Yadz, la joie

Ville aux briques de terre crue, cuites et recuites par les étés brûlants. Cité parée de simplicité, au raffinement tout intérieur. Localité de nulle part que Marco Polo baptisait déjà « noble ville »… Yazd, située au cœur du plateau central iranien, est célébrée pour la douceur de son accueil et de ses gourmandises à la pistache. On se perd volontiers dans le lacis des ruelles étroites de son centre ancien, où peu d'autos s'aventurent. Hôtels, bars et restaurants y ont investi de nobles maisons, offrant un décor de rêve.
Même si sa captivité ici relève du mythe, la prison d'Alexandre est l'une des stars de cette médina persane. Les mosquées façonnent le relief des toits de leurs magnifiques coupoles ornementées : le turquoise du mausolée de Seyed Roknaddin découpe ainsi l'azur du ciel depuis le XIVe s. Tours du vent et minarets rivalisent de hauteur. Ceux de la mosquée du vendredi (XIIe s), aux sublimes décors bleus, culminent à 52 m : les plus hauts d'Iran.
En s'extrayant des ruelles, on atteint l'incroyable mosquée Amir Chakhmak (XVe s). Ses alcôves à ciel ouvert donnent sur une longue place. Un rêve éclairé, la nuit. Dans un autre registre, le musée de l'eau explicite les qanat, ces canaux qui tiennent la ville sous perfusion depuis des millénaires.
Les zoroastriens, eux, conservent un autre élément dans leur maison du feu : un foyer jamais éteint depuis plus de 1 500 ans. Enfin, également antérieures au prophète, les maisons de la force réservent en soirée un incroyable spectacle de gymnastique collective.
On peut se garder un ou deux jours pour visiter les riches environs de Yazd. Des excursions à dos de chameau dans le désert. Les sites zoroastriens : tours du silence, temple du feu de Chak Chak. Mais aussi la ville de Meybod : la citadelle de Narenj vieille de 3 000 ans, le caravansérail Shâh Abbâsi, une étonnante glacière et un incroyable pigeonnier percé de quelque 3 000 niches. On en roucoule encore !
Shiraz, le nectar du poète

Perle de rosée en plein désert, Shiraz, capitale de la province du Fars au sud-ouest de l’Iran, est à la fois un berceau de l'histoire persane et une cité pleine de vie.
La citadelle de Karim Khan Zand (XVIIIe s) marque de ses remparts le passé guerrier de la cité tandis que le bazar Vakil témoigne de son patrimoine commerçant. C'est l'un des plus intéressants du pays, regorgeant d'artisanat : dinandiers, vendeurs de tapis, de brocards et autres épices, à découvrir au gré d'allées voûtées et d'anciens caravansérails transformés en cavernes d'Ali Baba.
Mosquées et mausolées ponctuent de leurs minarets élancés et de leurs rondes coupoles le reste de la découverte. La mosquée Vakil, avec ses faïences aux motifs enluminés comme un tapis persan. La mosquée Nasir Ol Molk, sans conteste la plus belle. Le matin (avant 10h), les piliers torsadés et voûtes ouvragées de sa salle de prière sont tatoués par les chaudes couleurs des vitraux brillamment éclairés. Magique !
Le mausolée de Shah Cheragh et la mosquée Attiq, magnifiques la nuit lorsque l'incroyable marqueterie de miroir sonne en écho au firmament et que le prédicateur module son chant. L'une des rares formes musicales à ne hérisser ni la barbe des imams (turban blanc) ni celle des ayatollahs (turban noir)…
On finira par le mausolée d'Ali ibn Hamza et la tombe d'Hafez, poète du XIVe s, révéré par Goethe, qui chantait l'amour et le vin. Le (di)vin, précisent les mollahs, avec un joli sens de la rhétorique... L'islam avait des tolérances qui se sont oubliées.
À 50 km au nord de la ville, excursion impérative à Persépolis. Capitale de la Perse dès 521 av J.-C., elle fut si riche que ses vestiges, même ruinés, émerveillent toujours : bas-reliefs, piliers monumentaux, chapiteaux... À un jet de flèche, Nécropolis accueille les grandioses tombes de Darius 1er et autres rois achéménides, sortes de palais de l'au-delà excavés dans une haute falaise.
Ispahan la magnifique

Située à 340 km au sud de Téhéran, entre la mer Caspienne et le golfe Persique, Ispahan (3e ville d’Iran, 2,4 millions hab.) a tout pour elle : dynamisme, artisanat de premier choix, gourmandises et monuments de toute beauté. Son nom signifie la « moitié du monde ».
Dans cette ville bleue s'exprime toute la splendeur architecturale perse. Le tour d'horizon commence par la place royale (dite "de l'imam"), un must. En quelques chiffres : 500 m de long, 160 m de large, 80 hectares de pur bonheur, 360° de bâtiments à arcades d'une harmonieuse unité architecturale, piquée de superbes monuments. Au levant, la mosquée du Sheikh Loftollah dont la coupole caramel chapeaute une haute salle aux céramiques bleues illuminées par des moucharabiehs. Au sud, la mosquée de l'Imam, gardée par un iwan particulièrement ouvragé. Au couchant, le palais Ali Gapu devancé par une monumentale terrasse couverte. Trois chefs-d'œuvre.
Au nord, le grand bazar d’Ispahan étend son dédale de couloirs. Le secteur des épices et herbes aromatiques mérite le détour pour ses parfums et ses couleurs. D'autres échoppes ont colonisé les arcades autour de la place et proposent l'artisanat le plus abouti d'Iran... Y compris la spécialité gourmande du lieu : le gaz, un succulent nougat mou à la pistache.
Plus au sud, les rives de la rivière Zayandeh Rud sont aménagées en d'agréables jardins paysagés où les familles étalent leur pique-nique le vendredi. Deux superbes ouvrages du XVIIe s. enjambent les flots : le pont Khaju force l'admiration par le relief de son décor et régule la rivière grâce à des vannes masquées dans sa base. Plus célèbre mais moins ouvragé, le pont Si-O-Se-Pol enjambe les eaux de ses 33 arches en brique.
Un peu plus au sud, le quartier arménien s'articule autour de l'église Vank. A l’intérieur, des fresques couvrent chaque millimètre des murs et des coupoles. La nature humaine a décidément horreur du vide. Attenant, un intéressant musée arménien, et plus loin la jolie petite place Jofla, bordée d'une galerie à colonnes.
Shushtar, Hamedan et Tabriz : étapes à l’ouest

Aux confins du pays, Shushtar, Hamedan et Tabriz méritent bien un détour buissonnier hors des parcours classiques.
Shushtar
La petite ville de Shushtar conserve depuis 2500 ans un « chef-d’oeuvre du génie créateur humain », dixit l'UNESCO : d'inouïs systèmes hydrauliques dont on voit le pont-barrage Polband-e-Shadorvan ; les restes du château Sâlase sur son promontoire stratégique, offrant un beau panorama sur la rivière Kârun et la digue Band-e-Mizan ; des moulins enclavés dans une gorge ; le pont Band-e-Lashkar, au tablier sinueux.
Pour le reste, la cité présente surtout l'intérêt d'une population brassée portant le pantalon bouffant et le chèche des Kurdes ou la djellaba blanche et le keffieh typiques à la péninsule arabique (l'Irak est à 50 km).
Hamadan
Plus au nord, là où les neiges chapeautent de blanc les montagnes, Hamadan est une cité vivante articulée autour d'un original plan en étoile. Vendeurs de tout et de rien y proposent un authentique inventaire à la Prévert de denrées.
Étrangement, la ville multiplie les tombeaux monumentaux. Du loin de ses 2500 ans, la tombe d'Esther et Mordechei est sans conteste la plus touchante (coupole du XIVe s et catafalques en ébène du XIXe s). Comme pour marquer le respect, on courbe la tête en franchissant la porte basse de ce qui est devenu une synagogue. Autre tombe historique, celle de Gombad-e Alavian, dans la crypte d'une mosquée funéraire (XIIe s) qui a perdu sa coupole mais gardé en façade des restes de décors géométriques.
Tabriz
Tout au nord, Tabriz l'azérie tire sa réputation du plus grand bazar de Perse, classé par l'Unesco. L'entrelacs de ses allées voûtées, les cours intérieures, la fine marqueterie de briques et la profusion des produits donnent le tournis.
On file se remettre les idées en place au musée de l'Azerbaïdjan avec son intéressante collection archéologique, ainsi qu'à la mosquée bleue (XVe s) qui conserve de beaux restes de ses superbes décors de faïence... bleue, pardi !
Fiche pratique
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Comment y aller ?
Vols directs Paris-Téhéran avec Air France depuis Paris CDG. Trouvez votre billet d’avion.
Visites
Compter 150 000 à 300 000 Rials (3,50-7,50 €) pour l'accès aux sites et musées.
Attention, dans certains palais, chaque bâtiment est décliné en musée spécifique, avec droit d'entrée à la clef : la note grimpe vite !
Hôtels, restos et bars
- Téhéran : Hafez Hotel (Bank Alley ; Tél. : (0)21-667-05-331) moderne et idéalement placé au centre des points d'intérêt touristique. Resto Baba Taher (Jomhouri av.) dans un sous-sol voûté décoré à la sauce "vieille Perse".
- Kashan : Ehsan Historical House un séjour de rêve dans une maison historique superbement restaurée. Très bien, des dortoirs aux chambres individuelles.
- Yazd : Mehr Hotel (face à la prison d'Alexandre) maison traditionnelle (très) chic et impeccable, du comptoir d'accueil au petit déj en passant par les très belles chambres. Yazd Art House Café (centre ancien) pour un café avec vue sur les toits.
- Shiraz : Arg Hotel (Takhti av.) moderne et confortable avec un personnel très serviable. Resto Shater Abbas (rue Khakshenasi) un peu excentré, mais propose une très bonne cuisine traditionnelle. Resto Saraz-e-Mehr (à la limite est du bazar Vakil) bonne cuisine traditionnelle dans un cadre qui ne l'est pas moins. Café Royal (entre hammam et mosquée Vakil) ambiance jeune et bonne musique.
- Ispahan : Amir Kabir Hostel (Chahar Bagh Paeen Street ; tél. : (0)31-322-27-273) une adresse petits budgets correctement placée, avec chambrettes ou dortoirs. Resto Sharbat Kaneh Firuz (à 30 m au sud-ouest de la pl. Jolfa) bonbonnière un poil kitch pour déguster de bonnes spécialités arméniennes.... normal vu le quartier. Roozegar Café (courette attenante à la mosquée Sheikh Loft Allah) ambiance cosy et sereine.
- Shushtar : Traditional Shushtar ((0)91-661-33-212) une maison traditionnelle comme on aime, avec de vastes chambres irréprochables. Mostoffe House (à proximité du pont-barrage Polband-e shadorvan) pour un thé et une sucrerie, le resto est cher et pas excellent.
- Hamedan : Hotel Aryan (Takhti av. ; (0)81-382-61-266) par-delà un accueil froid, ambiance design à la mode moyen-orientale tendance kitchouille.
- Tabriz : Malas Pizzeria (face à la mosquée bleue) pizzas et bons capuccinos à déguster entouré de jeunes couples en phase de déclaration.
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Change
1 € = 40 000 Rial = 4 000 Tomans. Attention aux confusions, certains prix sont annoncés en Rials, d'autres en Tomans : 1 Toman = 10 Rials. Bien se faire préciser.





















