Sud de Madagascar : un Vazaha chez les Vezos

Gavin's Clemente-Ruïz
Mora mora : première expression malgache qu’on apprend vite à décliner sous toutes ses formes. Le mora mora, c’est un état d’esprit, une certaine langueur, une douceur de vivre, l’expérience du calme. En arrivant à Madagascar, il faut apprendre à oublier l’utilité de chacun de nos gestes. Il faut savoir attendre. Ne pas s’énerver. Garder toute son énergie, sans se soucier de perdre son temps. On ne le perd jamais. Sorte de sagesse africaine, dont on fait vite siens les préceptes. On avancera, quoiqu’il arrive. Un état d’esprit, transmis de proche en proche, avec force sourires et mots simples. À l’arrivée à Tananarive, deux options. Soit vous avez déjà acheté votre visa à Paris auprès de l’ambassade (50 €), soit vous pouvez le prendre sur place (58 €). Et là commence votre apprentissage. Vos collègues de l’avion attendent. Comme vous. Vos sacs défilent au loin. Votre passeport dûment estampillé, vous voici presque prêt à partir découvrir cette île, un peu plus grande que la France. Une pub pour un opérateur téléphonique avec les traits dessinés d’un lémurien sur fond noir nous fait sourire. Le voyage commence…
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Fort-Dauphin

Gavin's Clemente-Ruïz
Il n’y a que quelques vols par semaine pour Fort-Dauphin depuis Tananarive. Le fameux fort, c’est le fort Flacourt, construit par les Français en 1643. Dauphin, c’est en hommage au dauphin français, le futur Louis XIV. L’accès à ce fort n’est pas des plus faciles : un garde en faction avec son arme bien visible nous indique que la zone est protégée. L’armée est postée là. Il y a bien pourtant un petit musée à l’intérieur de l’enceinte. « On ne peut pas rentrer, vous êtes sûrs ? » Non. C’est définitivement non. Paraît qu’il y avait de jolies photos. « Le conservateur n’est pas là », nous dit-on. Dommage.
J’aime bien cette pointe sud-est de la ville, avec son Bazaribe, épicentre d’une ville un peu moribonde. On y trouve des gargotes, comme celle de madame Henriette, qui accueille son fichu sur la tête, en précisant bien « Ici, tout est fait maison, faudra attendre ». Le fameux mora mora, c’est donc ça. Y goûterons-nous le ravitoto, mélange de feuilles de manioc pilé, agrémenté au choix de viande ou de poisson ?
Remontons le temps. En malgache, Fort-Dauphin se dit « Tôlagnaro », signifiant littéralement « tas d’os », héritage d’un triste épisode pour les colons portugais, qui y furent massacrés en 1535 par les Antanosy, ethnie malgache dominant la région.
Depuis l’avion, en arrivant, on décèle une route flambant neuve. Elle brille presque ! Des camions sillonnent la ville, soulevant des tonnes de poussière. Des mines d’ilménite (entre autres) dont de nombreux gisements ont été découverts ces dernières années, sont désormais exploitées par la QMM, société canadienne. « QMM », acronyme sur toutes les lèvres. La ville se développe, assurément. En bien ? L’avenir le dira… On voit plus d’ouvriers venus de tous horizons, de tous continents, désormais à Fort-Dauphin que de touristes, qui semblent un peu désorientés par ce ballet d’engins. Reste quelques enclaves de bonheur simple : la plage de Libanona. Calme, reposant, parfait pour siroter une THB, « the » bière malgache.

La réserve de Nahampoana

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Fort-Dauphin est le point de départ de nombreuses balades dans les environs. Des réserves animalières peuvent être visitées. On peut même y dormir, qu’on songe à la réserve de Nahampoana, à 20 minutes en voiture du centre-ville, par une route cabossée, longeant le lac de Lanirano. On traverse des villages aux masures en roseau, avec des poulaillers en palétuvier. Bonjour vazaha ! nous crient les gosses en chemin. Le vazaha, c’est le blanc, la vingt-et-unième ethnie malgache, dit-on en plaisantant régulièrement.
Nahampoana approche. Notre guide est fier de ce site qu’il aime. Il raconte les crocodiles dans le petit canal jouxtant la réserve à l’origine, aujourd’hui réduits à la portion congrue (ils ne sont plus que deux ou trois, parqués à l’entrée). L’ensemble est magnifiquement entretenu. Des champs de mini-baobabs, des fleurs en pâture. La richesse de la faune et de la flore n’est pas une légende. En cette fin de saison des pluies, la chlorophylle éclabousse nos mirettes.
« Maki ! Maki ! Maki ! » hurle le guide. Tel est l’autre nom du lémurien, nounours emblématique de l’île. Ils ne sont pas faciles à dénicher les gaillards ! Ils arrivent par grappe, sans se mélanger. Des blancs, à la queue annelée de noir. Des roux et des plus sombres. Ils prennent la pose, la tête en bas, croquant une fleur au passage. Le soir on dort dans la réserve, soit sous la varangue, soit dans les petits lodges, en contrebas. Avant d’aller se coucher, balade à la rencontre des lémuriens nocturnes qui éclairent nos rétines. Que ce pays est beau !

Baie de Lokaro

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On nous l’avait dit. « Lokaro, ça se mérite, mais vous ne serez pas déçus. » La balade est organisée par tous les tours-opérateurs du centre. Rendez-vous tôt le matin près du lac de Lanirano, à côté des chauffeurs de 4x4 lavant leurs véhicules à l’eau douce. Le soleil se lève à peine. Une petite barque à moteur nous conduit dans un dédale de mangroves, un drogon, le roi des oiseaux fait une apparition (il imite même le chat !), au milieu des martins-pêcheurs et autres « oreilles d’éléphant », de larges feuilles vertes à souhait. L’arbre du voyageur s’offre à notre regard. Quelques instants plus tard, notre guide nous explique l’origine de ce nom. Arbre en forme d’entonnoir, il amasse toute l’eau de pluie à sa base. Les voyageurs assoiffés n’ont alors qu’à percer cette base pour faire couler l’eau. L’arbre du voyageur, une gourde naturelle !
Au campement, départ pour une balade de deux fois 1 h 30, voire 2 heures si l’on traîne à regarder les libellules géantes, les feuilles « ardoise », les « yeux de corbeau », petites boules rouge et noir, dont on ferait de jolis colliers, les népenthès, fleurs carnivores, si l’on s’arrête encore en surplomb du lac sacré, que les défunts doivent traverser pour rejoindre l’autre rive. Une parturiente surgit des broussailles, sa robe lumineuse enserrant sa poitrine, un panier sur la tête. Un homme cache sous ses feuillages de beaux poissons qu’il fera griller à midi.
Terre rouge mélangée au sable. La plage est nue. Pas la queue d’un lémurien à l’horizon. Des tétons rocheux affleurent sur le rivage, des patates plus loin. Notre guide s’amuse à lire dans les pierres. Là, il décèle une main posée sur la roche. Un vrai poète ! Mais à y bien regarder, il n’a pas tort, c’est vrai, regarde, une main, là ! Une crique à l’eau translucide se profile entre deux arbres. Un doigt de pied, deux doigts de pied et l’on plonge, sans se poser plus de questions. Un petit goût de paradis, assurément.
Une femme et son enfant, allongée à l’ombre, se rient de nous, son lamba noué autour de la taille. Des enfants crient au bord d’un petit ruisseau, l’école primaire d’Abanihampy fait ses travaux pratiques : poterie avec de la terre glaise. Ça fuse, ça s’arrose, ça s’esclaffe. Petite noix de coco à siroter (1000 Ar, soit environ 50 centimes d’euro) et on repart, la peau rougie par le soleil déjà déclinant. Ça tape sec. Un zébu nous salue. Belle balade, qui prend la journée (plus si l’on veut dormir au campement et partager la vie des villages alentour), à négocier autour de 35 € par personne.

Tuléar

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Tuléar, c’est l’ambiance désabusée des marins au long cours. Y erre une faune sombre avec sa jeune flore à l’affût. Loin d’être du meilleur goût. On y arrive en avion pour les plus pressés. En voiture par la côte, sauvage, compter plusieurs jours de voyage en 4X4, bivouac et organisation assurée par un tour-opérateur ; d’autres prennent des taxis-brousse… On nous a signalé des attaques de convois, gare ! Et des vertèbres amoindries aussi. À considérer sérieusement.
Tuléar, c’est aussi une des portes d’entrée de la côte sud-ouest, surtout connue pour son peuple, les Vezos, ces semi-nomades de la mer. Leur emblème reste la pirogue, à balancier entre autres, pour laquelle une famille peut s’endetter plusieurs années. Un vrai peuple de la mer, pêcheur hors pair, en osmose avec l’élément liquide, seule ethnie de l’île aussi à ne pas pratiquer la circoncision. L’histoire de ce peuple nous accompagne tout au long de notre périple sur la côte sud-ouest.
Première surprise à Tuléar, ces pousse-pousse, avec ces hommes accrochés à leur carriole surélevée, pieds nus, dans les flaques d’eau restant du déluge de la veille. Tous ont un numéro à l’arrière, sous une petite fenêtre d’où l’on aperçoit qui une nuque, qui le pendant d’une chevelure, d’autres ont suspendu un petit rideau à l’effigie de leur idole, très souvent… Bob Marley, toujours une fierté !
À Tuléar, pas grand-chose à faire, si ce n’est humer l’air du vent, visiter le marché le soir venu, aller d’épi-bar en épi-bar (les épiceries-bar), et visiter le petit musée Rabesandratana, présentant des bestioles plus ou moins bien conservées, dont ce cœlacanthe… Mais la conférencière nous a fait promettre de ne pas trop en parler, « sinon personne viendra le voir ! » dit-elle, un grand sourire aux lèvres à côté du squelette de cachalot dans la cour. Promis !
Coup de cœur aussi pour la boutique de madame Rihanna, « À la bonne épice de Tuléar », en face de la boutique Air Madagascar, sorte de repaire où gisent préparations en tous genres. Madame Rihanna nous accueille avec son joli masque à base de pois. Elle nous le confie, mais au vu des deux portraits dans sa boutique, on l’avait deviné : elle a un faible pour notre président ! On file vers Anakao…

Anakao et Nosy Ve

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Les chars à zébus viennent nous prendre au débarcadère. On embarque sur une pirogue à moteur de bon matin. Cela fait plusieurs jours qu’on nous parle de l’état de la mer pour aller à Anakao, plage au sud de Tuléar, uniquement accessible par la mer (en voiture, c’est possible, mais vous mettez plus de 7 heures, contre 1 h 30 en bateau). « Ah, nous c’était horrible ! », « Vous verrez, un grand souvenir ! », nous assènent les routards de passage avec des yeux complices. Au final, passer le tropique du Capricorne se fait très bien au petit matin. Quelques remous à l’approche de la fameuse ligne suivie du doigt, enfant, sur nos mappemondes. Dans un jeu de vagues se chevauchant (très belle perspective vue de loin), notre pirogue se faufile avec beaucoup de tact et file droit vers la plage d’Anakao. Une dizaine d’adresses se partagent l’anse de cette petite plage blanche, presque déserte au petit matin quand tous les marins sont en mer.
Le retour de la pêche charrie son lot d’images indélébiles. Des filets ramenés, de beaux morceaux de poissons qu’on dégustera plus tard sous une paillote. Des bungalows dans les dunes offrent des vues sublimes, on place son seau sur le devant de son bungalow pour qu’il chauffe et à nous la douche presque chaude le soir venu (très vite venu même, vers 17 h) ! Pas (encore) de toilettes publiques dans le village, « attention aux bombes » nous informe t-on joliment. Au sud de la plage, le cimetière, territoire fady, interdit, tabou. On le contourne par les roches en mer, histoire de voir de l’autre côté, tiens, un hôtel de luxe, bien caché, parfait pour les lunes de miel visiblement. Retour, les rochers affleurent, le sable gratouille.
Notre copain Pierre tient toujours le club de plongée L’Atlantide. Toujours marrant de retrouver des gens croisés, un jour, ici, ailleurs, sur le net, dans la rue, qui réapparaissent au détour d’une dune de sable. Les plongées ont lieu vers Nosy Ve (excursion à la journée facile), entre autres, le petit îlet face à Anakao, repaire des pailles-en-queue, roi des Mascareignes au royaume étendu. Les surfeurs aiment aussi à tâter de la vague dans le coin. La vie va son va, quoi.

Ifaty

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Ifaty nous attend, à 20 kilomètres environ de Tuléar, au nord. Routes cabossées. Cette zone est souvent considérée comme l’annexe balnéaire de Tuléar. En effet ! Facile de rester 2-3 jours sans voir le temps passer. Sous le gros arbre, au cœur du village, des femmes accueillent les nouveaux venus en taxis-brousse avec des litres de miel de baobab à vendre (un peu fort mais délicieux). Ambiance joviale, un peu commerciale, mais plaisante.
Plusieurs types d’hébergements sont disponibles, de la case en falafa, au bungalow en semi-dur, mais nos trois préférés sont sur la plage, au Mora Mora, le bien nommé, construits sur pilotis. Animation assurée, buffet thématique le week-end, souvent marin. Un coup de cœur sur ce bord de mer, avec le resto de Freddy dans le village. Nourriture et service extra. Sinon, on se prélasse, on boit des rhums arrangés à l’ombre, on se dore la pilule, on batifole avec masque et tuba bien chaussés. Et on découvre dans l’arrière-pays la vie des tortues étoilées, sauvées, chouchoutées et remises en forme au Village des tortues.
De prime abord, on craint le piège à touristes, mais pas du tout. Voici là une sorte d’hôpital pour tortues. La tortue irradiée - ou étoilée – est typique du sud de Madagascar. Certaines ont dû affronter les feux de forêt, ou les affres de l’espèce humaine. Saviez-vous qu’en vieillissant les tortues perdent leurs couleurs et blanchissent ? D’autres préfèrent les montures plus imposantes et partent faire des randos à cheval… Pas fréquent à Mada, bonne idée.

Ranohira et l’Isalo

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Chemin retour, on repart via la Nationale 7. Tout change. On quitte les habitats en bois pour des demeures en grès, en dur, avec des étages. Au sud, les murs noircis, où sont installées les cuisines ; à l’ouest, les fenêtres et les portes ouvertes pour le coucher du soleil ; le sud-ouest sert de réduit pour les outils, le nord-est, enfin, demeure sacré.
Ranohira est un stop parfait pour partir en rando dans l’Isalo, massif montagneux ruiniforme, datant du jurassique, en grès, réservant quelques surprises rocheuses. Avant d’arriver au village, on aperçoit la Reine, majestueuse, morceaux de pierres érodés. Pleine de sagesse. On peut découvrir la Fenêtre de l’Isalo, pour son coucher de soleil. Un à quatre jours sont nécessaires pour faire les différentes balades, établies selon différents niveaux de difficultés. Le tout est géré par l’ANGAP (billets en vente sur place ou auprès d’Océane Aventures, à Tananarive). Si on aime les grands espaces - n’appelle t-on pas l’Isalo le « Colorado malgache » ? -, c’est ici qu’il faut rester. Plusieurs hôtels proposant d’ailleurs pique-nique et même piscine !
Les sacs de charbon d’eucalyptus bordent notre route. Les hommes portent le chapeau betsileo, bitos de paille, sans bord, traditionnel. On croise les camions de la marque Tiko, la marque du président malgache, Ravalomanana, tous immatriculés avec des plaques finissant par 77, chiffre fétiche de ce dernier. Les rizières où paissent les zébus se suivent et pas une ne se ressemblent. La vue de ce paysage adoucit l’œil, irrésistiblement. Les virages se multiplient. Ça tourne, mais c’est beau ! Ça tourne beaucoup ! On croise Ambositra, ville connue pour son artisanat, sa marqueterie, Ambalavao et son papier antemoro (assister à sa création, génial) et Fianarantsoa, ne serait-ce que pour les clichés en noir et blanc de Pierrot Men, superbes ! Tananarive approche. Le départ, c’est pour demain.

Infos pratiques

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Tananarive
- Océane Aventures: 22, rue Andrianary-Ratinaviro, sur le même trottoir que l’hôtel Sakamanga, à Ampasamadinika. Tél : 22-312-10. oceav@moov.mg

La réserve de Nahampoana www.airfortservices.com

Anakao
Club de plongée L’Atlantide grandpierre2000@hotmail.com

Ifaty
- Mora Mora : au centre de la plage. Tél : 032-40-38-101. hotel-moramora.com

Divers
- www.parcs-madagascar.com
- Labo Men : dans l’enceinte de l’Hôtel Soafia à Fianarantsoa. Tél : 500-23. Ouvert en principe du lundi au samedi, 7 h 30-12 h, 14 h 30-19 h. Le plus célèbre des photographes malgaches est installé à Fianarantsoa.

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