Pérou du Nord : Kuélap et le pays des Chachapoya

Paula Boyer
par Paula Boyer

24 février 2026

chutes d’eau de Gocta
Chutes d’eau de Gocta © Jens - stock.adobe.com

Au Pérou, il n’y a pas eu que les Incas ! Leur empire, détruit par les Espagnols au XVIᵉ siècle, a été précédé par de nombreuses civilisations encore peu connues. Parmi elles, celle des Chachapoya.

Les nombreux sites — dont la cité haut perchée de Kuélap — laissés par ce peuple se cachent sur les hauts plateaux du nord du pays. Les découvrir implique de s’aventurer dans d’extraordinaires paysages de montagnes escarpées et de forêts à la végétation luxuriante. Une promesse de déconnexion totale.

Préparez votre voyage au Pérou avec nos partenaires
Plus de services

Chachapoyas, jolie ville coloniale

Plaza de Armas
Chachapoyas - Plaza de Armas © Beto Santillan - stock.adobe.com

Les Chachapoya sont un peuple qui a prospéré dans le nord du Pérou actuel, à l’est de la rivière Marañón, du Ve siècle apr. J.-C. jusqu’à leur conquête par les Incas au XVe siècle. Pour découvrir leurs sites, l’idéal est de se rendre d’abord dans la capitale de la région Amazonas, dont le nom Chachapoyas  s’écrit avec un s final.

À partir de cette ville d’altitude (2 334 mètres), on peut rayonner vers les multiples sites archéologiques (par commodité, nous avons converti en euros les prix d’entrée fixés en soles, la monnaie du Pérou). Dans cette région assez isolée, traversée par l’Utcubamba — un affluent du Marañón — les routes sont tortueuses et souvent dégradées. S’y déplacer prend donc du temps, surtout en bus local.

casonas
Chachapoyas - casonas © Beto Santillan - stock.adobe.com

Chachapoyas est une charmante petite ville de style colonial, fondée en 1538 par le conquistador espagnol Alonso de Alvarado. Sa Plaza de Armas est un carré parfait de 100 mètres de côté, bordé de bâtiments blancs aux balcons ouvragés et de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste, elle aussi immaculée.

Dans les rues environnantes, qui se croisent à angle droit, de larges casonas (maisons coloniales) couvertes de tuiles s’organisent autour de leur patio. Le centre-ville, animé de restaurants, pâtisseries et cafés, offre une atmosphère agréable et vivante.

Le + de routard.com

Ne pas rater le marché central, très coloré et très vivant. Au rez-de-chaussée, grande variété de produits locaux. A l’étage, on peut manger pour pas cher et boire des jus de fruits frais.

Kuélap, le Machu Picchu du Nord du Pérou

Kuélap - téléphérique
Kuélap - téléphérique © Paula Boyer

Kuélap  est le site le plus spectaculaire laissé par les Chachapoya. C’est aussi une excellente alternative au Machu Picchu inca — désormais victime de sur-tourisme. Cette cité perdue dans les montagnes est aujourd’hui plus accessible grâce à un téléphérique, le tout premier du Pérou.

Bien que Kuélap ne se trouve qu’à 60 km de la ville de Chachapoyas, s’y rendre reste une petite expédition (voir fiche pratique).

Kuélap date de l’an 500 apr. J.-C. et a été redécouverte en 1843, après plus de trois siècles d’abandon. En s’en approchant, on comprend pourquoi les Chachapoya ont été surnommés les « hommes des nuages ». Les ruines sont perchées à 3 030 mètres d’altitude, sur un promontoire long de 600 mètres, soutenu par une série de puissants murs d’enceinte en pierre calcaire, hauts par endroits de vingt mètres.

Kuélap  - maisons circulaires
Kuélap - maisons circulaires © Rafal Cichawa - stock.adobe.com

On pénètre dans Kuélap par la plus étroite des trois entrées aménagées dans les murs d’enceinte. Ensuite, que d’émotions. De là-haut, le regard se perd à l’infini dans les montagnes, les vallées alentour, parfois même dans les nuages. Pleines de mystères, les ruines dégagent une beauté saisissante.

Les archéologues y ont mis au jour les restes d’un aqueduc et les vestiges de 400 maisons circulaires en pierre — de 3 à 11 mètres de diamètre — autrefois coiffées de chaume, très différentes des constructions habituelles du Pérou. Les cinq bâtiments rectangulaires datent, eux, de l’époque inca : les conquérants ont pris Kuélap en 1470, non sans difficulté, moins d’un siècle avant l’arrivée des Espagnols.

Kuélap était une cité religieuse et administrative, et non une forteresse comme on l’a longtemps cru. L’étrange bâtiment en forme de cône renversé, surnommé « Tintero » (encrier), aurait servi à des rituels, des sacrifices, voire à des observations astronomiques : sa petite entrée s’aligne avec le soleil à la période la plus propice aux semailles.

En 2022, des pluies diluviennes ont provoqué l’effondrement d’une partie des murs d’enceinte. Depuis, le Pérou a lancé une vaste opération de sauvegarde : reconstruction des murs, nettoyage et assainissement du site, drainage des sols, restauration des maisons. Deux cents personnes y travaillent quotidiennement.

Attention, billets d’entrée vendus exclusivement en ligne.

Le + de routard.com

Contrairement aux autres peuples des Andes, les Chachapoya étaient « grands, blonds et blancs de peau », selon plusieurs chroniqueurs espagnols. Leur origine reste mystérieuse, les études de l’ADN des habitants de la région n’ayant pas encore abouti. 

Les curieux mausolées de Revash

site funéraire de Revash
Site funéraire de Revash © Artur Niedzwiedz/Wirestock Creators - stock.adobe.com

À près de deux heures de route de Chachapoyas, le site funéraire de Revash est presque aussi impressionnant (entrée 3 €). Contemporain de Kuélap, il s’agrippe à 2 800 m d’altitude, près du village de San Bartolo.

Incrustés dans une longue cavité de l’imposante falaise calcaire du Cerro Carbón, les mausolées qui font son originalité sont composés d’une série de minuscules maisons en briques de terre, accolées les unes aux autres. Sur leurs murs sont peintes, en blanc et rouge, de mystérieuses figures animales et humaines, ainsi que des motifs en forme de T, de croix ou de rectangles.

À l’origine, ces mausolées abritaient les momies de dignitaires, déposées en position fœtale, mais elles ont ensuite été abîmées par les rongeurs et les pilleurs de tombes.

Depuis San Bartolo, un sentier abrupt de deux bons kilomètres conduit jusqu’aux observatoires aménagés dans la pente, en contrebas des mausolées, permettant de les contempler tranquillement.

Le + de routard.com

Les Chachapoya prenaient grand soin de leurs défunts car, pour eux — comme pour tous les peuples de l’époque précolombienne — la mort n’était pas une fin, mais une nouvelle étape de l’existence. Accompagnés dans l’au-delà par des rites, des cérémonies et des offrandes, les ancêtres veillaient sur les vivants.

Les momies du musée de Leymebamba

Entrée du musée de Leymebamba
Entrée du musée de Leymebamba © Paula Boyer

Pour mieux comprendre les Chachapoya, il faut visiter le musée installé à Leymebamba. Ce bourg andin — à deux heures de route de Chachapoyas — se distingue par sa place centrale de style colonial, son église à deux tours en pierre, ses boutiques d’artisanat et… sa coopérative laitière.

À l’entrée du musée (situé en dehors du bourg), quatre hauts sarcophages anthropomorphes en roseaux, habillés de terre et décorés de motifs géométriques — ce sont des copies — accueillent le visiteur, qui en découvrira d’autres, d’allure différente, à l’intérieur.

momies du musée de Leymebamba
Momies du musée de Leymebamba © Paula Boyer

À l’initiative de l’archéologue Sonia Guillén, spécialiste des Chachapoya, ce musée conserve plus de 200 momies en position fœtale, ainsi qu’une multitude d’objets (offrandes) récupérés dans les mausolées découverts dans les environs, au-dessus de la Laguna de los Cóndores (Lac des Condors). 

Des panneaux explicatifs, une belle collection de tissages — les Chachapoya étaient d’excellents tisserands, bien que médiocres potiers — et des quipus (ensembles de cordes à nœuds utilisés comme système de communication par les civilisations andines) complètent la visite.

En sortant, il ne faut pas manquer la collection de broméliacées et d’orchidées locales, ainsi que les colibris qui virevoltent dans le jardin. Les agences proposent des excursions d’une journée incluant Revash et Leymebamba.

Le + de routard.com

Depuis Leymebamba, se rendre à la Laguna de los Condores est une vraie expédition. Le paysage est grandiose mais le chemin boueux serpente parfois jusqu’à 3700 mètres d’altitude avant de redescendre à 2600 mètres. Même à cheval, l’excursion reste exigeante. Compter trois jours. Sur place, refuge pour dormir. Emporter provisions et vêtements adaptés. Guide local indispensable.

Les vertigineuses chutes de Gocta

chutes de Gocta
Chutes de Gocta © SAHATS - stock.adobe.com

Sur ces hauts plateaux péruviens, les forêts, souvent luxuriantes, sont la proie du brouillard et des nuages. Dans cet environnement grandiose plongent les extraordinaires chutes d’eau de Gocta, les troisièmes plus hautes du monde : 771 mètres, selon l’hydraulicien allemand Stefan Ziemendorff. En réalité, il s’agit de deux chutes successives, l’une de 231 mètres et l’autre de 540 mètres.

On peut se contenter de les admirer de loin, depuis un mirador (entrée 1,50 €) ou depuis le Gocta Andes Lodge, à Cocachimba. Mais si l’on est prêt à affronter deux heures et demie de marche, mieux vaut aller jusqu’à leur pied. On y est impressionné par leur force, leur bruit… et l’on se sent minuscule. On peut même s’y baigner dans une piscine naturelle. Entrée du site : 4 €.

Karajia
Karajia © travelview - stock.adobe.com

Au retour, il faut absolument aller observer les étonnants colibris à queue de spatule dans la réserve naturelle située non loin du Gocta Andes Lodge.

Si l’on ne s’offre pas un « tour » (25 €) avec une agence ou un taxi privé (62 € l’aller-retour), s’y rendre depuis Chachapoyas est plus compliqué : bus (40 min, 2,50 €) en direction de Pedro Ruiz jusqu’à Cocahuayco, puis moto-taxi (5 €).

Le + de routard.com

D’autres sites valent le détour dans les environs. Celui de Karajia renferme encore six hauts sarcophages perchés dans la falaise, près du village de Cruz Pata. Un peu plus loin, la très profonde caverne de Quiocta (bottes, lampes et guide obligatoires) abrite stalactites, stalagmites et… des peintures rupestres chachapoya. Des agences locales incluent généralement ces deux sites dans un même « tour ».

Fiche pratique

Consulter notre guide en ligne Pérou

Office du tourisme du Pérou

Comment y aller ?

Depuis Lima, 15 heures de bus pour arriver à Chachapoyas. Ou avion. Attention : vols irréguliers.

Visiter Kuelap : comment s’y prendre ?

Le plus pratique, c’est bien de s’offrir un « tour » organisé par une agence locale (compter 30 à 37 €, tout compris : transports, entrée sur le site, déjeuner et guide). Attention : seule l’agence Santa Maria Travel a un guide francophone. En revanche, en taxi privé, compter 62 € AR. Le moins cher, c’est évidemment le bus (2,5 €) : au départ, dès 6 h du matin, de la gare routière de Chachapoyas, compter une grosse heure jusqu’à Nuevo Tingo (dernier retour des bus à 16 h 30) où se trouve le quai d’embarquement du téléphérique. 

Pour l’équivalent de 7 € A-R, cet engin ultra-moderne vous propulse en 20 min au-dessus de paysages à couper le souffle –vallée profonde, forêts où prospèrent broméliacées et orchidées- jusqu’au lieu-dit La Malca. Ensuite, louer un cheval (quelques soles) ou marcher une bonne demi-heure sur un sentier escarpé avant d’arriver au site. Attention, billets d’entrée vendus exclusivement en ligne (https://tuboleto.cultura.pe/kuelap).

Bonnes adresses (prix convertis en euros) 

- Casona Monsante à Chachapoyas. Hôtel-restaurant de charme 3* installé dans l’ancienne résidence d’une puissante famille locale. Joli patio et jardin. A partir de 60 € la double, petit déj. inclus. Menu à 3,60 €.

- Casona de Leymebamba. Des chambres autour d’un patio fleuri.  53 € la double, petit déj. inclus. 

- Gogta Andes Lodge à Cocachimba. Un vrai coup de cœur ! Qualité rare dans ce coin perdu. A partir de 125 € la double, petit déj inclus. Restaurant sur place (saveurs locales). Propose des « tours » pour les divers sites archéologiques. 

- Restaurant “El Batán del Tayta” à Chachapoyas. Décor typique. Cuisine autochtone. On y mange pour pas cher.

Trouvez votre hôtel au Pérou

Psst... En plus, il y a un cadeau à l'inscription à nos newsletters !

Le meilleur de nos reportages, idées et carnets de voyage

Réductions, gratuités & actualités voyage à ne pas manquer

Les derniers reportages sur le meilleur au Pérou

Pérou : sur les traces des trésors précolombiens de la côte Pacifique nord

Pérou : sur les traces des trésors précolombiens de la côte Pacifique nord

Au Pérou, il n’y a pas eu que les Incas ! Leur empire, détruit par les Espagnols au XVIᵉ siècle, avait été précédé par de nombreuses civilisations. Ainsi, la côte pacifique, au nord du pays, fut le...
Pérou : Cajamarca, une ville historique entre deux mondes

Pérou : Cajamarca, une ville historique entre deux mondes

Cajamarca (400 000 habitants), capitale provinciale des hauts plateaux du nord du Pérou, est, avec ses magnifiques paysages, sa belle architecture coloniale et sa riche histoire, une destination...
Le Pérou, d’Arequipa au lac Titicaca

Le Pérou, d’Arequipa au lac Titicaca

Cimes andines, terres de trek, villes coloniales tracées au cordeau, églises baroques farcies d’angelots, grappes de femmes chapeautées vendant de tout, de rien, pampas râpées, exsangues, animées par...
Pérou : escale à Lima

Pérou : escale à Lima

Peu nombreux sont les voyageurs à s’attarder dans les rues de Lima. Loin d’attirer les foules comme ses collègues argentine ou brésilienne, la capitale péruvienne se contente bien souvent du statut de...
Le saviez-vous ? Découvrez nos anecdotes sur le Pérou !

Le saviez-vous ? Découvrez nos anecdotes sur le Pérou !

Bienvenue au pays des Incas. Pour y avoir déjà été ou, au contraire, comme vous préparez avec minutie votre voyage pour y aller, vous avez deviné que l’on parle bien sûr du Pérou ! Véritable expert,...

Bons plans voyage Pérou