Madagascar : sur la Nationale 7, de Tana à Tuléar

Juliette Camuzard
par Juliette Camuzard

05 août 2011

Juliette Camuzard
La Nationale 7, ce n’est pas qu’une route mythique de France. Les 941 km de la RN7 de Tananarive à Tuléar offrent l’un des itinéraires les plus praticables de la Grande île, mais aussi une grande diversité de paysages.

Parcourir la RN7, c’est aussi partir à la rencontre des ethnies qui jalonnent la route. Les Merina et leur cérémonie du retournement des morts, les Zafimaniry, peuple d'artisans sculpteurs, les Bara gardiens de zébus …

Pour une plongée au cœur de la vie malgache, on opte pour le taxi-brousse. Si ces minibus, parfois en piteux état, offrent un rapport « distance/prix » imbattable, ils sont assez inconfortables. Même quand il est bondé, un taxi-brousse n’est jamais rempli ! Qu’importe, ces trajets sont l’occasion de faire des rencontres sympathiques et d’apprendre des rudiments de malgache.
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Antsirabe et le retournement des morts

Juliette Camuzard
À la gare de taxi-brousse d’Antananarivo, il faut se défaire de la mêlée de rabatteurs avant de pouvoir trouver un véhicule pour Antsirabe. Une fois le prix du trajet négocié et le taxi-brousse rempli, la route s’offre au voyageur.

Rapidement, les premières bornes de la RN7 apparaissent. Caractérisée par l’omniprésence de rizières verdoyantes, la région des Hautes-Terres dévoile ses collines, qui ondulent les unes après les autres. Le trajet n’est pas long (environ 3 heures) pour rejoindre Antsirabe (km 169), domaine des Merina, où la tradition du « retournement des morts » (famadihana, photo) trouve son origine. Cette coutume, qui vise à honorer les ancêtres, a lieu plusieurs années après le décès, lorsque les descendants estiment que le défunt a besoin d’un nouveau linceul.

Avant d’assister aux festivités, il faut s’acquitter d’un rituel incontournable : la gorgée de rhum. Pour l’occasion, un orchestre professionnel, avec des instruments vieillis, a fait le déplacement. Les proches du défunt chantent et dansent dans un joyeux chahut. Plus tard, dans l’après-midi, la procession fait route vers le tombeau de la famille, toujours en musique.

Vient ensuite l’ouverture du tombeau : il faut enlever les pierres et la terre calfeutrant la porte qui n’a pas été ouverte depuis neuf ans. L’ambiance est solennelle quand le premier corps exhumé apparaît. Enveloppé dans une natte, il est transporté par les proches, avant d’être habillé d’un nouveau linceul.

Les membres de la famille se pressent autour des corps pour leur parler, leur chanter des chansons… Les danses continuent jusqu’à l’étourdissement. Aucune larme à l’horizon, car il s’agit de rappeler au défunt qu’il est toujours présent dans les mémoires. Le corps peut ensuite regagner le tombeau avant la prochaine cérémonie. La fête, elle, se poursuit jusqu’à la nuit.

Ambositra et les villages Zafimaniry

Juliette Camuzard
À peine 100 km plus au Sud, nous nous arrêtons à Ambositra. C’est dans les forêts environnantes qu’ont élu domicile les Zafimaniry, peuple de 25 000 âmes, maîtres sculpteurs sur bois. Pour rejoindre Antoetra, point de départ de la randonnée, le trajet en taxi-brousse est interminable : le petit camion s’arrête tous les 3 ou 5 km pour charger des marchandises.

Disséminés dans la forêt, les villages Zafimaniry ne sont accessibles qu’à pied. Il faut plusieurs jours de marche pour rejoindre les plus isolés. Sakaivo (photo), lui, est accessible en quelques heures. Encaissé au fond d’une profonde vallée verdoyante, le petit village se laisse découvrir au fil de la vertigineuse descente qui y mène. L’architecture de ses maisons est étonnante. D’ailleurs, depuis 2003, l’art zafimaniry est classé au patrimoine de l’Unesco.

Les maisons, serrées les unes contre les autres, affichent une orientation unique : le sud-ouest, pour garder la chaleur de l’après-midi. Construites à la main sans aucun clou ni pièce métallique, les habitations sont une œuvre d’art en soi. Fenêtres et portes sont sculptées de motifs géométriques. Ce sont précisément aux Zafimaniry que l’on doit les fameuses chaises en palissandre que l’on vend un peu partout à Madagascar.

Le chef du village nous reçoit dans sa maison. Le feu est fait à même le sol et un lit meuble l’unique pièce. « La forêt est notre maison. Notre vie en dépend », témoigne le vieil homme.

Chaque village a sa propre spécialité. À Vohitrandriana, les hommes sont scieurs de père en fils. À Sakaivo, c’est plutôt la construction des maisons. Mais peu à peu, les ressources forestières s’épuisent et les Zafimaniry doivent diversifier leurs activités. Les femmes s’occupent de la culture du riz et tressent des petits chapeaux de paille. Seule marque de la modernité : une petite épicerie qui vend bières, boissons gazeuses et lessive chimique.

Fianarantsoa et sa ligne de chemin de fer

Juliette Camuzard
Km 410. Fianarantsoa, deuxième ville du pays, est située au cœur de la région agricole la plus productive du pays. Elle est réputée pour ses plantations de thé et ses vignobles (qui se visitent). On y prend la seule liaison ferroviaire de voyageurs encore en service dans le pays, la ligne Fianarantsoa-Manakara, sur la côte est.

Ce train conçu à l’époque coloniale n’est pas seulement une attraction touristique : c’est aussi - et surtout - un moyen de survie pour la population locale. Il permet d’acheminer, depuis les régions les plus reculées, les productions locales (banane, café etc.) jusqu’aux marchés. Sa vitesse de croisière (20km/h) et ses multiples arrêts (17, soit tous les 10 km !) donnent l’occasion de déguster les spécialités proposées par la multitude de vendeurs ambulants. À peine le train arrêté, ils se précipitent aux fenêtres, sur les marchepieds ou à l’intérieur des wagons pour vendre écrevisses, samossas, beignets de bananes ou fruits de saison (photo).

La nature est luxuriante (beaucoup de rizières et de forêts), le voyage une aventure en soi. La misère s’affiche toutefois le long des rails. Quand un « Vazaha » (un blanc) sort un paquet de biscuits de son sac, c’est l’émeute devant le wagon. Les enfants, en haillons et les pieds dans la boue, fixent du regard les touristes espérant obtenir quelques gâteaux ou une bouteille d’eau vide, donnant aux passagers la désagréable sensation d’être là en spectateur.

Dix heures plus tard, c’est l’arrivée à Manakara. Pour se requinquer, rien de tel qu’une agréable balade en pirogue sur le canal des Pangalanes. Au programme : visite de villages de pêcheurs, déjeuner de poisson grillé, baignade dans l’océan Indien parfois déchaîné et visite de champs de plantes médicinales.

Le marché aux zébus d'Ambavalao

Juliette Camuzard
À Ambalavao, à une heure à peine de Fianarantsoa, on quitte les hauts plateaux pour rencontrer enfin l’île rouge. La route est un pur émerveillement. Ambalavao s’impose comme le royaume du zébu. La preuve : sur la route du Sud, à la sortie de la ville, on rencontre des dizaines de troupeaux qui occupent souvent toute la chaussée obligeant le taxi-brousse à s’arrêter.

La ville est d’ailleurs célèbre pour son marché aux zébus, le deuxième du pays. Le mercredi matin, tous les grands troupeaux du Sud convergent à Ambalavao dans un ballet impressionnant. En arrière-plan, les montagnes campent un paysage grandiose.

Sur une butte, à quelques centaines de mètres du village, les bovins sont jaugés par les acheteurs potentiels. Une fois l’accord conclu, les éleveurs (les Bara), drapés dans leurs couvertures tournent le dos à la foule pour finaliser les transactions. Il faut dire que la chose est sérieuse. Un zébu peut se vendre jusqu’à 500 000 ariary, soit 200 euros. Les Bara vouent un véritable culte à leur cheptel. Ils parcourent les grands espaces à la tête d’immenses troupeaux de zébus, symbole de richesse et de puissance.

Les falaises de granit du Tsaranoro

Juliette Camuzard
À quelques km d’Ambalavao, on rejoint le magnifique parc de l’Andringitra. Une heure de taxi-brousse, puis dix kilomètres sur un chemin facile. Et l’on découvre les impressionnantes falaises de granit du Tsaranoro (1910 m, photo). Ses parois vertigineuses se dressent fièrement devant le camp où nous allons dormir les deux prochaines nuits.

Aux alentours, une myriade de petits villages dans lesquels l’autosubsistance est le moteur de la population. On cultive pour manger. Peu d’écoles dans les environs. Bien souvent, les enfants subviennent très tôt aux besoins de la famille. Autour du Tsaranoro, les possibilités de randonnée sont multiples, les panoramas extraordinaires et la population charmante. On peut aussi y observer lémuriens, oiseaux rares, caméléons… Même en haute saison, le parc brille par sa tranquillité.

Isalo, western malgache

Juliette Camuzard
Prochaine étape : le parc de l’Isalo (photo), gigantesque massif de grès érodé (180 km de long et 25 km de large) au décor de western. Selon la lumière, la pierre se teinte de doré, vert ou ocre. Plusieurs circuits de 1 à 7 jours cheminent à travers la roche ciselée par l’érosion. Au menu, marche au fond des canyons verdoyants, baignades dans des piscines naturelles, randonnée sur les hauteurs du massif, rencontre avec les lémuriens et la végétation typique du Sud aride.

Après l’Isalo, les paysages deviennent de plus en plus secs. Des plateaux succèdent à de vastes plaines où le regard porte loin. Quelques baobabs, beaucoup de cactus, de l’herbe jaunie, et aucun village à l’horizon. Pourtant, des familles s’arrêtent avec bagages et enfants au milieu de nulle part. Sitôt le taxi-brousse reparti, ils vont marcher plusieurs kilomètres pour rejoindre leur village.

Plus étonnant encore, de gigantesques nuages de criquets, se déplaçant à une vitesse folle, viennent se fracasser contre les vitres du véhicule. Une calamité pour la population locale, car ils dévastent toutes les cultures sur leur passage.

Ilakaka, l'or bleu de l'île rouge

Juliette Camuzard
Le Sud, région la plus aride de Madagascar est aussi la plus pauvre, malgré les richesses dont regorge le sous-sol. Comme à Ilakaka. La présence de mines de saphir (photo) y a attiré des dizaines de milliers de candidats à la fortune il y a quelques années. La fièvre est désormais retombée, mais mieux vaut éviter de s’attarder dans les environs qui ne sont pas très sûrs.

Aujourd’hui, ce sont près de 40 000 personnes qui vivent à Ilakaka pour l’or bleu. « Le gisement, long de 250 km et large de 100 km est inépuisable », assure Marc Noverraz, négociant suisse installé dans ce no man’s land depuis dix ans.

Cette « ruée vers l’or » a produit son lot de désillusions, mais beaucoup de Malgaches espèrent toujours mettre la main sur « LA » pierre qui changera leur vie. « Quand j’aurai trouvé une grosse pierre, je rentrerai chez moi », raconte cet ancien instituteur venu de Tuléar. Arrivé il y a dix ans, il vit dans une minuscule bicoque en bois au confort spartiate, sur les hauteurs du village et espère, comme les autres, devenir riche.

Tuléar, la promise

Juliette Camuzard
Km 941. Tuléar, un carrefour-terminus au bout de la route. La ville, alanguie sous le soleil, n’a pas grand intérêt. Après cette route épuisante, on n’a qu’une idée en tête : atteindre la plage. Rendez-vous à Anakao (photo), un petit village vezo que l’on rejoint par la mer. Le village est pittoresque, le site est sauvage et la plage, magnifique. Mais le tourisme y fait des ravages. Les enfants réclament inlassablement argent et cadeaux sans un sourire ou salut amical.

La plage incite la rencontre avec les habitants, les Vezo. A l'aise sur l'eau dès l'enfance, leur existence est dédiée à la mer. Ces anciens nomades se sont aujourd’hui sédentarisés, mais ils continuent de tirer leurs ressources de la mer.

« C’est plus facile pour nous de vivre dans un village. On part à la pêche le matin et on revient le soir. On peut rester avec notre famille », raconte Aimée, un jeune pêcheur qui arrondit ses fins de mois en emmenant les touristes observer les baleines vers la barrière de corail.

Pour les vezo, la pirogue est à la fois outil de travail et de déplacement. Taillée dans un tronc d’arbre, elle est dotée d’une voile carrée et d’un balancier. Et comme le zébu pour la plupart des autres peuples malgaches, elle est le témoin de leur richesse.

En face d’Anakao, une petite île refuge du paille-en-queue, est l’occasion d’une sortie à la journée. Plage de sable blanc et eau turquoise invitent à la baignade. De juillet à septembre, les baleines venues mettre bas dans les eaux chaudes du canal du Mozambique se laissent observer facilement. Au soleil couchant, les pirogues alignées sur la plage brillent dans un amas de couleurs chatoyantes. On oublierait presque que le voyage touche à sa fin.

Fiche pratique

Juliette Camuzard

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Y aller

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Visa gratuit pour les séjours inférieurs à 30 jours. La saison sèche d’avril à novembre est la période idéale pour parcourir la RN7.
En juillet et août, c’est la haute saison. Vous ne serez pas seuls, mais l’affluence touristique est raisonnable. En revanche, les températures y sont fraîches, voire froides.

Où dormir

Tananarive

- Moonlight hôtel , SIAB 10, Ambondrona. Tél : +261 20 22 268 70 (environ 12 €). Excellent rapport qualité prix pour les porte-monnaie peu fournis. Chambres très propres et sanitaires à l’extérieur. Bonne situation (juste derrière l’avenue de l’Indépendance).

Antsirabe

- Chez Billy(environ 8 €). L’une des meilleures adresses de la ville dans la catégorie bon marché. Les chambres (sans sanitaire à l’intérieur) sont d’un confort simple, mais très bien tenues. Atmosphère chaleureuse. Le sympathique Billy saura vous conseiller un guide pour visiter les environs ou assister à la cérémonie du retournement des morts. Il n’est pas rare que des musiciens viennent enflammer la salle de dîner. Ambiance assurée.

Ranohira - Chez Alice (environ 10 €). Des bungalows traditionnels en terre sèche un peu rustique mais agréables. La muraille de grès domine en arrière-plan, magistrale. En juillet, août, la douche froide est glaçante.

Anakao

- Safari Vezo (environ 40 €). Les pieds dans l’eau, cet hôtel est une référence à Anakao. Surtout depuis que ses bungalows bois et bambous ont été rénovés. Mention spéciale aux salles de bain ! Possibilités d’excursions et de plongée.

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