Delhi, hier et aujourd’hui

Marina Gaultier
par Marina Gaultier

28 novembre 2012

Marina Gaultier
Sur la route des Z'Indes, Delhi fait souvent injustement office d'escale de second rang, au profit de sa voisine Agra et son incontournable Taj Mahal. Bien des voyageurs filent directement vers le Rajasthan, la vallée du Gange ou les montagnes du Nord. Et pourtant, la capitale de la plus grande démocratie du monde se révèle un bon reflet des grandeurs et des ambivalences de l'Inde contemporaine.

« Nous sommes très vieux et un nombre incalculable de siècles murmurent à nos oreilles » a dit Jawaharlal Nehru, ancien Premier ministre et grande figure du nationalisme indien. Delhi, Shéhérazade de pierres, nous conte mille et une histoires, celles d'hier, qui ont forgé les hommes, et celle de la ville d'aujourd'hui : Old Delhi contre New Delhi. Au pays de Gandhi, comme dans tous les pays, difficile d'oublier d'où l'on vient.

Conquise et reconquise, foyer de différentes communautés, jadis simple cité, maintenant capitale, ville de lumière par ici, bidonvilles par-là, ribambelles de saris et défilés de cols blancs, buildings high-tech, souks colorés... Delhi offre une multitude de visages au voyageur qui prend le temps de la regarder. Portrait d’une ville de 17 millions d’habitants, qui rejoint peu à peu le concert des grandes métropoles asiatiques.
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Delhi, ville de contrastes

Marina Gaultier
Capitale d'un pays aux mille couleurs, Delhi a pourtant des allures de tableau en noir et blanc, témoignant de l’histoire du pays. Choisie comme lieu de pouvoir par les différents conquérants de l'Inde du Nord, elle en garde des cicatrices, plus ou moins profondes et visibles.

Delhi n’a pas pansé totalement les plaies du colonialisme. L'hégémonie britannique a mis à mal l'âme de l'architecture indienne, d'où la curieuse hybridation d’une main indienne dans un gant occidental. Parfois aussi, le mépris des conquérants s'inscrit entre les pierres, comme au cœur du majestueux Fort Rouge, où les Britanniques ont implanté une vilaine caserne militaire, toujours là.

Aujourd'hui, deux villes cohabitent. Old Delhi est l'ancienne partie, qui date de l'époque Moghole, tandis que New Delhi, la plus récente, a été aménagée par les Britanniques.

Au Nord, Old Delhi semble obéir aux clichés sur l’Inde : congestionnée, grouillante, vrombissante et odorante, mais surtout pleine de vie. Un autre monde, autour du Fort Rouge, de la mosquée Jama Masjid et du bazar Chandni Chowk, qui signifie littéralement « lieu du clair de lune». Un univers de saris, de vaches en liberté, de rickshaws et tutti quanti.

Au sud, l'élégante New Delhi, bastion de l'élite, avec ses grandes avenues et ses bâtiments modernes... La Raj Path, entre l'India Gate (photo), un imposant Arc de Triomphe, et Rashtrapati Bhavan, le palais présidentiel, n’est pas sans rappeler nos Champs-Élysées.

C’est aussi à New Delhi que se trouvent le centre commercial et animé de la capitale, Connaught Place, ainsi que Pahar Ganj, quartier popu et routard, à l’animation débordante. Le symbole d’une Inde émergente et toute en contrastes, qui dame le pion, chaque année un peu plus, à nos pays occidentaux.

Le Delhi musulman

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Avec plus de 150 millions de fidèles, l'Islam est la plus importante minorité religieuse d'Inde : les premiers musulmans sont arrivés en Inde au VIIIe siècle, pour commercer, puis pour guerroyer. L'apogée de leurs conquêtes se situe au XVIe siècle avec l'Empire Moghol. Depuis, hindous et musulmans tentent de vivre en harmonie... Comme bien des communautés en Inde, les musulmans aspirent à plus de pouvoir et quelques tensions (notamment concernant la sécession du Pakistan) se ressentent de temps à autre.

Lorsqu'ils arrivent à Delhi au XIIe siècle, les musulmans entreprennent de construire un monument témoin de leur foi et de leur puissance : Qutb Minar (photo), majestueuse tour de plus de 70 mètres de haut, est à la fois le minaret de la mosquée voisine (la plus ancienne de Delhi, s'il vous plaît) et une tour de la victoire. Comptant aujourd'hui encore parmi les plus hauts minarets du monde, il est d'autant plus impressionnant qu'il s'élève au milieu de ruines.

La plus grande mosquée d'Inde se trouve sans surprise à Delhi : Jama Masjid peut accueillir quelque 25 000 fidèles. Construite par Shah Jahan (qui fit également bâtir le Taj Mahal), elle était jadis reliée au Fort Rouge voisin par un passage souterrain. Ses dômes rouges et blancs évoquent la majesté d'un peuple qui a définitivement marqué Delhi et l'Inde du Nord : les Moghols.

Il était une fois les Moghols

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L'Empire Moghol, qui voit le jour au XVIe siècle, a laissé son empreinte sur Delhi, qui fut sa capitale. Autant conquérants qu'esthètes, ils ont pris soin d’en faire une cité à la hauteur de leur puissance militaire.

Au cœur d’Old Delhi, se dresse toujours l'impressionnant Fort Rouge, aujourd'hui classé Monument Historique. Ses murailles rouges sévères dissimulent un jardin verdoyant, ponctué de pavillons à la moghole, blancs, jadis ornés de pierres précieuses. Sur l'un des murs, les quelques mots d'Amir Khusraw évoquent cette époque des plus fastueuses : « s'il y a un paradis sur Terre, le voilà, le voilà, le voilà ». On imagine aisément le gratin moghol fumer nonchalamment le narguilé à l'ombre des colonnades de marbre ciselées.

Visiter des mausolées moghols en Inde n'a rien d'une triste tournée des cimetières à la Toussaint : ce sont de véritables palais d'éternité, plantés dans un écrin de verdure, à la fraîcheur des fontaines.

Le plus célèbre d'entre eux, la tombe d’Humayun ne déroge pas à la règle de l'art moghol : à la fois rigoureusement symétrique et aux courbes délicates, associant marbre et gré rouge, il rend immortel toute la majesté du souverain.

Il en existe d'autres à Delhi, peut-être moins connus mais assurément reposants : la tombe de Khan-i-Khanan's ou encore la tombe de Safdar Jang's (photo). C’est par ailleurs sur des bases similaires que fut conçu le joyau incontournable de l'architecture moghole : le Taj Mahal.

Indiens ou Hindous?

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Contrairement à ce que l'on entend trop souvent, tous les Indiens (les habitants de l'Inde) ne sont pas des hindous (pratiquant la religion hindouiste). On trouve en Inde certes plus de 900 millions d'hindous, mais aussi des musulmans, des sikhs…

Forte d'une atmosphère plutôt pacifique, Delhi offre un bel aperçu de l'enchevêtrement des différentes communautés : car au fond, la religion, quelle qu'elle soit, est au cœur de l’expérience indienne : « Si vous ne priez pas, vous avez perdu votre voyage. C'est du temps donné aux moustiques ! » résume Henri Michaux.

Pour commencer ce voyage au cœur de cultes méconnus, les sikhs. Ils sont environ 20 millions en Inde, pour la plupart au Penjab et aux alentours de Delhi. Coiffés d'un turban et souvent affublés d'une sacrée moustache, les sikhs prient dans des Gurudwara, ouverts au public à condition de se déchausser et de se couvrir la tête.

Le Gurudwara Bangla Sahib (photo) dispose d'un bassin aux eaux purificatrices, surprenant havre de paix dans la grouillante Delhi. Gurudwara Sis Ganj est quant à lui le plus connu : immense par la taille, comme par le cœur, ce sont près de 1 000 bénévoles qui s'y activent chaque jour pour offrir le gîte et le couvert aux nécessiteux.

Preuve encore que la religion est loin d'appartenir au passé, Hanuman Temple, lieu de culte hindou, rompt avec l'image des temples classiques de nos livres d'histoire : aux abords d'une voie de métro aérienne, près de Karol Bagh, il s'agit d'une colossale et colorée statue d'Hanuman, le Dieu Singe, qui se revêt d'un décor burlesco-kitch que l'on croirait en plastique. À titre d'exemple, l’une des entrées est une gueule de crocodile. Imaginez un peu l'intérieur...

Delhi, ce n'est pas fini

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On l'aura compris : parler uniquement de Delhi au passé serait une grave erreur. L'Inde d'aujourd'hui n'hésite pas à revendiquer sa modernité. Amateurs d’art, faites un tour à la National Gallery of Modern Art pour vous en convaincre ! Delhi a été rattrapée par les responsabilités en devenant successivement en 1911 capitale de l'Empire des Indes par les Britanniques, puis celle de l'Inde indépendante en 1947.

La modernité de l’Inde s’accommode de la mémoire, particulièrement de celle des grands hommes de l'indépendance : Gandhi, Nehru, puis le parti du Congrès mené par la dynastie Gandhi (les descendants de Nehru, sa fille, Indira, ayant épousé un certain Monsieur Gandhi, nullement apparenté au Mahatmah).

À Delhi, on peut visiter le Mémorial de Gandhi, situé à l'endroit précis où il fut abattu par un extrémiste hindou, et le Gandhi Museum. Indira Gandhi dispose elle aussi de son propre mémorial : c'est l'occasion d'en savoir un peu plus sur les grandes étapes de l'histoire politique indienne. Un vrai feuilleton.

Au-delà des problèmes liés à la cohabitation de presque 16 millions de personnes, Delhi s'affiche comme une capitale dynamique et résolument moderne : pour preuve, Indira Gandhi Airport (tiens, tiens, encore elle...) est le 8e terminal le plus grand du monde, et le métro ne cesse de se prolonger.

Au-delà des infrastructures de communication, la fièvre du modernisme touche tous types de monuments. Baha'i House of Worship (photo), plus connu sous le nom de Temple du Lotus, est le lieu de culte des Baha'i, dont la religion diffuse un message de paix universelle, accueillant les fidèles de toutes les confessions. Il représente à lui seul toute la grâce dont veut se parer l'Inde moderne : une structure d'acier pour saisir à jamais la poésie et la délicatesse indiennes.

Où aller depuis Delhi ?

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Delhi est la porte ouverte à différentes excursions. S'il y en a pour tous les goûts, il y a surtout un sacré point commun : vous en verrez de toutes les couleurs…

Le Taj Mahal, hymne à l'amour (photo)

À l'origine de ce sublime mausolée de marbre blanc, un amour passionnel de l'empereur Shah Jahan, pour sa compagne, Mumtaz Mahal. Effondré à sa mort, il voulut lui rendre le plus bel hommage qui soit. Résultat, un lieu aussi majestueux que poétique. Inscrit au Patrimoine de l'Unesco, le Taj Mahal est le premier site touristique d'Inde, où se pressent chaque année 2,5 millions de visiteurs.

Encore plus de capitales mogholes

Agra (la ville du Taj Mahal) et Fatehpur Sikri ont, elles aussi, été choisies comme capitales par les Moghols. La première abrite un Fort Rouge tout à fait charmant depuis lequel Shah Jahan contemplait le Taj Mahal, n'oubliant pas sa bien-aimée. Fatehpur Sikri, bien qu'elle ne fut qu'une capitale éphémère, s'est vue dotée d'un grand palais et d'une somptueuse mosquée.

Le pays des Rois

Au sud de Delhi, le Rajasthan – littéralement le pays des rois – offre toute une collection de palais, plus beaux les uns que les autres. L'occasion de découvrir le rose de Jaipur, le bleu d'Udaipur ou encore le jaune de Jaisalmer.

Que la montagne est belle…

Un peu plus loin et beaucoup plus haut, les beautés des hautes montagnes indiennes au climat rude se laissent découvrir à qui sera solidement équipé. Un peu de courage, le jeu en vaut vraiment la chandelle.

Suivre le cours du Gange

On ne le dira jamais assez, l'Inde est un pays qui revendique sa spiritualité. Alors, pourquoi ne pas aller directement à sa rencontre ? La vallée du Gange, fleuve sacré, devrait pouvoir vous en donner un petit aperçu...

Fiche pratique

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Pour préparer votre séjour, consultez notre fiche Inde.

Site officiel du tourisme en Inde (en anglais)

Arriver-Quitter

Vols directs Paris-Delhi avec Air France et Air India. Souvent de meilleurs tarifs avec les compagnies des pays du Golfe (Gulfair, Etihad, Qatar Airways…) et Aeroflot.

Ensuite ? En avion (si vous allez vraiment loin), en train (si vous êtes un peu aventurier) ou en voiture avec chauffeur (si vous pouvez partager les frais avec d'autres routards). Pour les trajets intra-muros, aucun problème, Delhi pullule de taxis et de rickshaws : veillez cependant à bien négocier le prix et précisez l'adresse avant de monter.

Où dormir ?

On trouve de tout à Delhi, pas facile de dénicher un vrai bon plan...

Dormir gratuitement à Delhi, c'est possible ! À Gurudwara Sis Ganj, complexe d'hébergements adjacent au temple sikh du même nom, vous pouvez découvrir la culture sikh, manger et dormir à l'œil ou pour une bouchée de pain. Différents niveaux de confort, mais authenticité garantie ! Tél : 30-96-40-18 (résas)

À Agra : à deux pas du Taj Mahal, l’hôtel Taj Resorts élégant, chic sans être choc. Piscine (très appréciable par forte chaleur), vue sur le Taj Mahal depuis le toit, repas délicat avec concert de cithare.

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Où manger ?

Mawa, lassi, jus de mangue, samosa ou thé indien... Autant de bonnes raisons de s'accorder une pause gourmande. Gare aux langues et aux estomacs fragiles, les plats sont toujours assez relevés. Ambiance plutôt gargote à Pahar Ganj et plutôt chic et occidentalisée à Connaught Place.

Dans deux genres très différents, le Sita Ram Diwan Chand à Pahar Ganj (2243, Rajguru Road, Chuna Mandi) et le très chic Spice Route de l’Imperial Hotel, un temple du raffinement dans le décor tout comme dans l’assiette (cuisines indienne et thaï, mais attention, prix occidentaux !).

Où faire un peu de shopping ?

Bazar de Chandni Chowk, dans le quartier du même nom, proche de Jama Masjid. On trouve de tout dans ce joyeux capharnaüm. Attention à bien négocier les prix...

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