Bonjour à tous,
Après avoir fouillé les carnets du Routard, je n’en ai pas trouvé un seul consacré à la petite île grecque de Nisyros. Cela ne m’étonne pas trop car elle est méconnue, mais c’est dommage tellement je l’ai trouvée belle. Alors voilà, pourquoi pas raconter l’expérience que j’ai eu la chance de vivre là-bas ?..
Nisyros est une petite île grecque somptueuse et heureusement, elle est donc plutôt bien cachée. Située à une bonne vingtaine d’heures de bateau, d’Athènes, son éloignement des côtes grecques dissuade la plupart des touristes de s’y rendre. C’est ce qui en fait une île hors des sentiers battus. Voilà pour les généralités.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je dois préciser que je l’ai visitée à vélo (malgré son dénivelé volcanique sévère et permanent), dans le cadre d’un périple que j’ai fait en solo de la France à la Turquie. Pourquoi cette précision ? Parce que, sur les dix pays traversés, et sur les dizaines et les dizaines de sites visités, Nisyros fait carrément partie de mes trois gros coups de cœur (avec l’île de Pag, hors saison, en Croatie, et l’Albanie pour l’ensemble de son œuvre : beauté de ses paysages naturels et hospitalité folle de ses habitants).
Bref, bienvenue dans ce carnet consacré à la jolie petite île volcanique de Nisyros…
Je débarque un beau matin à Mandraki, le principal port de l’île. Les vingt heures de bateau depuis Athènes sont passées comme une lettre à la poste. J’ai dormi sur le pont pendant trois ou quatre heures, affalé sur une banquette plus ou moins abritée du vent. A cette période de l’année (nous sommes le 2 mai), les touristes ne se bousculent pas et le bateau est donc loin d’être plein.
Ma première vision de Nisyros est typique des îles grecques : le soleil qui tape, un ciel couleur azur, et la mer d’un bleu encore plus profond. Le séjour commence bien.
Je dégote rapidement un petit hôtel excentré car je fais partie des gens qui fuient le plus possible la foule en voyage (ce qui, soit dit en passant, devient de plus en plus difficile) : alors que toutes les personnes qui descendent du bateau vont à droite à la sortie du port en direction du centre de Mandraki, moi, je prends à gauche ! Mon hôtel sympa est situé à cent mètres de là, face à une jolie petite église orthodoxe, dont le rouge tranche harmonieusement avec la Grande Bleue.
Je dépose mes sacoches dans ma chambre afin de pouvoir rouler léger, pour une fois, puis je prends la direction du prochain hameau : Pali. Il s’agit d’un petit village de pêcheurs qui s’anime un peu l’été, paraît-il, avec la venue de quelques touristes.
En pédalant sur le quai, je passe juste à côté d’un type assis sur une chaise en plein soleil. Impassible malgré son front ruisselant, il démêle son filet de pêche avec une minutie qui force le respect. Je lui lance le “kalimera” de rigueur (bonjour) auquel il a la même réaction qu’un sourd-muet : aucune.
A l’inverse, son employé me répond gentiment, depuis le chalutier amarré juste à côté. Debout sur le pont, il démêle lui aussi des filets tout entortillés et il m’invite à le rejoindre à bord pour discuter. C’est Mohamed.
La communication n’est pas très facile car il ne parle que grec et moi pas, mais il est jovial et sa joie est communicative. Il exhibe fièrement leur pêche du jour : deux belles raies et quelques poissons aux couleurs vives. Nous discutons ainsi pendant une quinzaine de minutes.
Quand vient le moment de reprendre ma route, je dis au revoir à Mohamed, qui me répond tout sourire. Mais cette fois, son patron, qui dégouline toujours autant sur sa chaise en plein cagnard, me salue lui aussi : il n’est ni sourd, ni muet.
Je poursuis ma route le long de la côte car c’est dans cette zone que se situent la plupart des plages de Nisyros. Elles commencent à s’aligner dès la sortie de Pali. Ce sont des plages de sable noir, qui ne peuvent nier leurs origines volcaniques.
Hier après-midi à Athènes, j’ai rencontré Peter et Michelle, un couple néerlando-français, alors que nous attendions le départ du ferry. Il faut dire que les marins grecs étaient en grève et que nous avons dû attendre une douzaine d’heures avant d’appareiller. Bref, nous avons eu le temps de discuter et Peter, qui vit depuis une vingtaine d’années sur Tilos, une petite île voisine de Nisyros, m’a expliqué que de nombreux migrants transitaient par ces deux îles. Ils viennent pour la plupart d’Afghanistan et de Syrie, dont ils fuient les régimes autoritaires ainsi que les massacres qui vont avec. Ils cherchent n’importe où ailleurs un avenir qui ne pourra de toute façon pas être pire. Peter m’a expliqué qu’on trouvait régulièrement leurs effets personnels sur les plages du coin. Et en effet, je n’ai pas besoin de chercher bien longtemps pour en apercevoir quelques-uns : vêtements, bouées de sauvetage…
Je jette un œil tout autour de moi en espérant voir l’un d’entre eux pour éventuellement pouvoir échanger un peu mais non, personne, je suis absolument seul.
Je remonte sur mon vélo et je passe le reste de la journée à flâner sans but précis, juste à visiter cette jolie partie de Nisyros. Je me procure également quelques provisions car demain, je partirai vers l’intérieur de l’île pour deux jours, au fin fond de sa caldeira de quatre kilomètres de diamètre, pour découvrir le volcan, encore actif. Je dormirai alors sous la tente et il me faut donc prévoir de quoi manger.
Après une nuit réparatrice dans un vrai lit, ce qui est rare pendant ce périple à vélo et en bivouac (je n’ose même pas parler de la douche…), je pars enfin pour le volcan (je donnerai à la fin du carnet des infos sur ce charmant petit hôtel aux excellents petits déjeuners).
Pour rejoindre Stefanos (c’est le nom du cratère principal), je dois monter au sommet de la caldeira.
Il fait chaud, certaines pentes oscillent entre 10 et 15%, ce qui est beaucoup et avec mon vélo de 54 kilos, je ne bats pas des records de vitesse. Mais qu’importe, j’admire le paysage et je dois dire que je suis surpris par tant de verdure. Plus je monte, plus la vue est belle.
La végétation se détache sur le bleu de la mer et les paysages de l’intérieur de l’île sont vraiment jolis. Du coup, je m’arrête toutes les cinq minutes pour faire des photos.
De temps en temps, je croise des vaches au milieu de la route, mais aussi des chèvres dans les arbres ! Elles y grimpent avec une agilité de singes pour en déguster les feuilles. Je n’arrive pas à les photographier car elles détalent toutes avant que je n’arrive près d’elles. C’est d’ailleurs tout le raffut qu’elles font en descendant qui me permet de détecter leur présence.
Deux villages sont posés au sommet de la caldeira : Emporios et Nikia.
Je passe aux pieds du premier sans grimper jusqu’à lui, puis je poursuis ma route jusqu’au second.
Et je dois dire que là, à Nikia, c’est le coup-de-foudre ! Je me retrouve en effet à pédaler dans de minuscules ruelles dont certaines sont à peine plus large que mon vélo, avec ses sacoches latérales.
Les murs sont blancs et les portes de toutes les couleurs : vertes, bleues, rouges, jaunes… Les rues sont vides et le silence règne. Mais ce n’est pas un silence de mort. C’est plutôt celui qu’on trouve dans les petits endroits secrets et paisibles. Le village respire la quiétude, la tranquillité et le bien-être.
Je pose mon vélo avec tous ses bagages contre un mur sans l’attacher, c’est bien la première fois du périple que ça m’arrive. Bon, en même temps, son poids relève moins du vélo que du char d’assaut, il faudrait donc être sacrément motivé pour me voler cette enclume à deux roues mais ici, sans trop savoir pourquoi, je me sens en totale confiance. Ce n’est peut-être pas très prudent de laisser mon vélo ainsi mais je fonctionne beaucoup au feeling et ici, il est bon. Alors je laisse là mon vélo tout chargé et je vais manger un peu plus loin, dans un petit resto posé sur la place principale du village : elle est réputée dans toute la Grèce pour la magnifique mosaïque qui recouvre et décore le sol.
Une fois abreuvé et repus, j’enfourche mon vélo qui m’a attendu sagement sans se faire la malle. Et l’avantage, c’est qu’après avoir roulé dans le sens de la montée toute la matinée jusqu’ici au sommet de la caldeira, et bien il ne me reste maintenant plus qu’à descendre en roue libre et ce, jusqu’au volcan. Un pur bonheur dans de tels paysages…







































































